II l'O
a06 LES MISÈRES
rées parcillcSj'et je deviendrais semblable à la Belle au bois dormant. Demain, je vais à l'ambassade d'Aulriche.... Je ne serai pas couchée avant lejour. Oe soir, je me repose; les Italiens seulement, et une sauterie^ en petil comité, chez la baronne d'Espieu, qui nous fera les honneurs d'une serre nouvelle. Et toi, te plaît-il que je te présente chez la baronne d'Espieu ?
— Merci, nous allons à TOpéra-Comique. Un ami de Pernand y fait ses débuts dans la carrière musicale; un acte seulement, mais voilà un an qu'il y travaille. Ce pauvre garçon en a la fièvre.
— Oh! un artiste ! c'est son état. La fin de ma semaine est un peu chargée par exemple.... huitbals, deux concerts et un pique-nique aux Frères-Provençaux, en quatre jours. Je passe mon temps chez lès couturières. Tu comprends, quand on ne met jamais une toilette plus de deux fois, c'est une affaire de s'habiller. Ah I j'oubliais!... Dimanche je quêterai à Saint-Louis d'Antin. La dernière fois que j'ai figuré dans celte cérémonie, j'ai eu vingt-cinq louis de plus que la marquise d'Auvremont. Nous ne nous saluons plus. A quoi passeras-tu ton temps dimanche?
— Mon père attend quelques personnes.... les rédacteurs de sa revue ; on causera et on prendra le thé.
— Bonté du ciell quelle espèce de gens vois-tu
donc? Des musiciens, des gens deleUres, dès voyageurs! On ne fait pas un salon avec ce nionde-Ià !
— Mon ambition ne va pas si haut; il me suffit d'y trouver des amis. .
• — Ah! situ crois à ces bèlises?... Je donnerais tous mes amis pour un cachemire. Un châle 1 on sait à quoi cela sert ! »
Marcelle hésita ; puis avec un sourire : ' « Je ne te savais pas si brouillée avec ' les amis, et je pensais bonnement que tu en avais au moins un, M. de Bréhal, dit-elle.
— Oh! lui; c'est différent ! répondit Mme Colombey qui rougit un peu; il n'est pas d'homme qui sache, comme lui, organiser une partie de plaisir. Je veux finir la saison par un bal travesti; M. de Bréhal arrange tout. J'aurai une galerie toute neuve dont il a fait faire les dessins. Les murs seront tapis-» ses de camélias; il y aura un bassin et des jets d'eau, et, dans le jardin de l'hôtel, abrité par une tente, cinquante tables de cinq à six couverts chacune. Mon costume arrive d'Ispahan ; il sera brodé de perles fines; plus de perles que de soie; colliers de perles, bracelets de perks, chapelets de perles, des perles depuis la tète jusqu'aux babouches.
— Voilà des magnificences qui semblent renouvelées du temps de Dinarzade! quel budget as-tu donc?
— Je ne sais pas. Est-ce que tu comptes, toi?
-^ Il le faut bien.
— Ah 1 Dieu! et tu ne péris pas d'ennui?
— Regarde-moi. »
Ence moment, l'enfant de Harcelle, fatigué par ses jeux, s'efforçait de grimpersur Içsgcnoux desa mère. Marcelle l'y aida doucement, il s'étendit, balbutia^ fermâtes yeux, les rouvrit, laissa tomber ses paupières et s'endormit. Marcelle l'enveloppait de ses bras.
« Penses-tu que cela ne vaille pas un costume d'Ispahan? » reprit-elle.
Léonie devint sérieuse. Quelque chose d'amer et de douloureux parut sur son visage; enfiu, et comme ft la force de la vérité l'emportait :
c Ah! s'écria-t-elle, je crois que lu as pris le bon chemin.... va, je ne suis pas heureuse! »
Marcelle, remuée par ce cri, saisit la main de sa cousinç :
« Ne peux-tu pas changer? dil-elle ; celte roule où je marche, tu peux la suivre.
— C'est impossible.... mon mari s'appelle M. Colombey!...va, cemot dittoul! »
Elle se releva. L'expression d'une tristesse navrante passa sur son front ; mais, rajustant les pli» desa robe floltantc, et avec un air de hauteur et de froide résolution :
c Adieu! dit^ellc.... il n'est plus temps de regarder en anicrc. .. J'ai choisi ! »