‹ Les misères d'un millionnaireChapitre 28 sur 29 · MESSIEURS LES GENTILSHOMMES · texte numérisé non relu

MESSIEURS LES GENTILSHOMMES

Après le départ de son père, Auguste était resté quelque temps oisif, perdant ses heures à battre le boulevard. Ses amis des beaux jours lui prodiguaient des compliments de condoléance; on lui offrait des cigares, et chacun rassurait qu'avec les superbes relations qu'il avait, il ne manquerait pas de trouver une position digne de son intelligence et de son habitude des afTaires. La position ne venait pas. Cependant Auguste vivait toujours sans rien faire.

En homme expert, il avait prudemment, et sans en rien dire à personne, serré quelques billets de mille francs dans un tiroir dont seul il avait la clef. La somme était môme assez ronde et provenait de certaines opérations dont il s'était bien gardé de

parler. Quelques meubles, sauvés du naufrage et qui garnissaient son appartement particulier de la rue Taitboul, lui permirent de s'installer dans un entresol de la rue de la Pépinière avec tous les dehors d'un homme du monde qui a un pied-à-lerre coquet à Paris. Il déjeunait d'un petit pain et d'une tasse de chocolat, et dtnait en cachette dans un modeste restaurant. Quelle que fût l'exiguïté de ses dépenses, Auguste comprenait pourtant qu'il fallait ajouter à son capital les ressources de quelque revenu, s'il ne voulait pas le voir disparaître, comme tombent une à une les feuilles d'un arbre secoué par le vent d'hiver.

Un matin, un hasard calculé le fit rencontrer, au café Tortoni, M. Sébastien Brunel, qui croquait à la hâte une aile de perdreau eintre deux courses. L'agent de change serra vivement les deux mains d'Auguste et le pria de partager son menu.

« Tout n'est qu'heur et malheur dans la vie! dit-il en vidant un verre plein d'un excellent vin de Bordeaux. Quand j'ai fait la connaissance de Jacques Bernard, votre père, je n'étais guère plus riche que lui.... Voyez à présent. Bah! je n'en suis pas plus fier ! Ce que je suis, vous pourrez l'être. »

M. Sébastien Brunel avait le déjeuner tendre. II trouva de bon goût de jouer au bienfaiteur avec le fils d'un ancien millionnaire; la pensée qu'Auguste

n'avait pas besoin de son secours venait en aide à ce beau mouvement.

« Çà, lui dit-il tout à coup, un homme qui a mis en circulation les chemins de fer napolitains ne peut pas rester éternellement oisif.... Vous plal(-il de travailler avec moi ? Utilisez les connaissances que vous avez dans la banque.... Vous m'apporterez des affaires, et la remise que je vous ferai vous aidera à attendre un sourire de la fortune. »

Auguste eut le bon esprit de ne pas accepter du premier coup.

« Je verrai, dit-il en remplissant son verre.

— J'en étais sûr, il a des ressources! pensa M. Sébastien Brunel. Allons, ce n*est pas un sot! »

Et il insista.

« Je réfléchirai, répliqua Auguste; soyez ici demain à pareille heure; je vous rendrai une tranche de pâté pour votre perdreau, et vous aurez maréponse. »

Le malheur avait eu cela de bon qu'il avait enseigné au fils de Jacques l'art de dépenser un louis à propos. Cette invitation, qui n'était pas, on le sait, dans ses habitudes, con&rma M. Sébastien Brunel dans la conviction que l'aimable jeune homme avait quelques capitaux enfouis dans un portefeuille secret, et la considération naissante qu'il éprouvait pour Auguste en fut augmentée. Dès lors il le traita en apprenti millionnaire.

Le lendemain, Auguste accepta les propositions

de l'agent de change. On le vit dès lors, un carnelà

la main, sous les colonnades de la Bourse.

Mais si, le matin, Auguste courait la ville en coupé de louage, récoltant les ordres de vente et d'achat, après en avoir si longtemps donné, le soir, on le voyait à Torcheslre de TOpéra, où il avait consenc une stalle à Tannce. C'était par ce petit coin qu'il se rattachait à la vie élégante, à ce que les Anglais appellent hight life. Ce n'était pas l'amour du chant ou de la musique qui l'enchaînait trois fois par semaine dans sa stalle; Auguste y trouvait ce bonheur précieux d'entendre parler de courses et de paris, et de se mêler encore ^par Ja pensée aux choses qu'il avait le plus aimées. Comme autrefois ces citoyens de l'antique Rome, jetés parles proscriptions sur des plages barbares, pouvaient dire aux peuples étonnés : € El moi aussi je suis Romain ! > Auguste, au moment des solennelles discussions, pouvait s'écrier dans un groupe de novices : c Et moi aussi, j'ai fait courir ! »

Cependant, en cherchant bien,.peut-ôlre auraiton découvei*t une autre cause à la présence assidue d'Auguste àTorcheslre de l'Opéra.

Quelque temps avant l'éclat qui amena sa rupture avec la Madone, le (ils de Jacques avait remor- ({ué une danseuse qui s'appelait Clélie. Qu'avail-ellc de plus ou de moins que ses camai*adcs qui méritât

l'attention d'un homme à qui les galanteries n'étaient pas difficiles, il serait impossilfle de l'expliquer. Clélie plaisait à Auguste parce qu'elle lui plaisait.. Toutes les philosophies du monde ne trouveront jamais une meilleure déiinition.

Grande , maigre, brune , avec des yeux noirs pareils à des charbons , simple dans sa mise , gaie naturellement, mais d'une gaieté qui laissait place nu calcul , amusante à table , médiocre mais hardie sur la scène , acerbe quelquefois comme un coing vert, revéche en diable quand on lui tenait tête , Mlle Clélie avail quelque temps vécu avec un riche manufacturier qui ne l'avait pas oubliée à l'heure (le sa mort ; maîlresse de rentes qu'elle se gardait bien d'entamer, la danseuse occupait à TOpéra une place à part. C'était, au milieu de ce nid de cigales, une fourmi que la bise ne pouvait jamais prendre au dépourvu.

Clélie avait eu des bontés pour Auguste. La pensée de supplanter la Madone l'avait peut-être poussée à oublier de se montrer cruelle; elle fut entraînée à continuer, par cetle conviction que le fils d'un liomme tel que Jacques Bernard ne pouvait pas être radicalement ruiné. Combien n'avait-elle pas vu, dans les coulisses de son rovaume, de financiers renversés par la fortune étonner ses amies par leurs prodigalités? Elle mil donc un certain entêtement dans sa bonté.

Dès iors on put voir Auguste marchant trois fois par semaine ,^vers minuit , dans ce couloir sombre qui s'allonge comme un trait d'union entre la rue Drouot et les galeries illuminées du passage de rOpéra. Il fumait en attendant Clélie qui se déshabillait dans sa loge. Les machinistes et les habilleuses le saluaient.

Les débuts d'Auguste, sous le drapeau Ae M. Sébastien Brunel, avaient donné de son savoir-faire à Mlle délie une opinion qui engagea la danseuse à l'avouer; malheureusement, l'habileté d'Auguste devait être au bout de l'an ce qu'elle avait été le premier jour; c'était une habileté de surface. Il saluait bien, courbait l'échiné à propos, remplissaitun ordre lestement, et c'était tout. L'intelligence des grandes affaires ne lui était pas venue. Il ne savait même pas tirer parti de son nom. Ce qu'il avait gagné en trois mois, il pouvait le gagner toujours, mais il ne devait jamais aller au delà. C'était la vie assurée, la vie aisée même, et rien de plus.

Vers celte époque, et lorsque Clélie commençait à se douter de la vérité, un caprice de l'édililé parisienne venait de condamner à la démolition ThAtel dans lequel Auguste s'était retiré. Pris à l'improviste , il parla de louer une chambre dans une maison garnie, en attendant de trouver un appartement à sa convenance.

« Es-tu hôte ! lui dit Clélie , viens chez moi : il y

aura place pour toi et pour tes meubles.... tu chercheras à ton aise. i>

Auguste accepta. Nous avons dit que délie lui plaisait. En outre , Auguste connaissait le notaire chargé de servir à la danseuse les termes de la rente dont un testament avait constitué le capital à son profit. Elle n'avait donc pas besoin de lui , el c'était bien quelque chose.

Quand les mêmes rideaux abritent deux êtres, il est bien difficile que le plus habile des deux ne pénètre pas l'autre tout entier. Clélie vit au fond d'Auguste. Il n'avait qu'une adresse courte , une adresse sans haleine en quelque sorte. Ce qu'il avait dé* robe à la catastrophe paternelle n'en faisait pas un millionnaire. La danseuse comprit qu'elle s'était trompée.

Elle pensa d'abord à l'expulser comme un locataire qui ne remplit pas les conditions d'un bail. Puis se ravisant :

< Non pas, se dit-elle; s'il ne peut pas me donner la fortune, au moins j'aurai son nom. Mme Auguste Bernard, c'est quelque chose.... je serai la bellesœur de Mme Colombey.. »

Et en vue d'un mariage vers lequel se tournèrent toutes ses visées, l'hospitalité continua d'être offerte à Auguste dans l'appartement de la danseuse.

M. Colombey et Pulchérie invilaient quelquefois Auguste et Clélie à souper. •

Quittons maintenant Paris et passons en Afrique.

Un régiment de chasseurs est en garnison à ConsLmtine. Un jeune homme arrivant de Paris y est entré tout nouvellement; il a été inscrit sous le nom de Guillaume Friraond. Le visage de sir William a la rigidité et la blancheur du marbre. Jafdais soldat n'a fait son service avec plus d exactitude. . On dirait que depuis Tenfance il a été plié à toutes les rigueurs de la loi militaire. On ne le voit jamais à la cantine. Un de ses camarades de chambrée Ta raillé sur sa sobriété.

< Si jamais il touche la manche de ma veste, a dit le soldat, j*enverrai dans un marais ce monsieur qui a des mains de demoiselle et Testomac d'une grenouille! »

La chambrée a beaucoup ri de la plaisanterie; mais elle est tombée dans les oreilles d'un houinie ' qui n'a jamais rien enduré.

Le jour même, sir William a coudoyé le railleur assez rudement.

« Qu'est-ce ? dit le chasseur.

— Rien ; je veux savoir seulement s'il y a au bout de cette manche une main qui sait tenir un sabre. >

Une heure après, sir William coupait la joue du chasseur et vidait sa bourse entre les mains des témoins pour que la compagnie bût à la santé du

blessé.

« Biei>! a dit le vaincu, le bras est solide et le

cœur est bon. C'est dommage que notre camarade 1)6 boive que de Teau. »

On adore sir William dans l'escadron ; il ne partage jamais les plaisirs des soldats, mais, en revanche, il monte la garde ou il remplit volontiers la côr- ' véc d'un chasseur. Il est silencieux comme un Arabe.

Un malin, une femme a paru dans Gonstanline et s'est logée dans une petite maison voisine de la caserne. Sir William, à cheval, passait sous ses fenêtres : il a levé les yeux. Il est devenu tout blanc. La Madone était devant lui. Au déchirement de son cœur, sir William a compris que llabsence et Téloignement ne l'avaient pas guéri.

Une heure après, la Madone l'attendait à la porte de la caserne.

« Écoutez, lui a-t-ellc dit, vous m'avez trompée, vous m'aimez, je le sais, je le sens. ...Il y a dans cette résolution que vous avez prise de me fuir, un mystère que j'ignore.... mais, par pitié, laissez-moi vivre près de vous.... c'était pour moi l'enfer à Paris. »

Le visage de la Madone était baigné de larmes. Le cœur de sir William battait à l'étouffer. La Madone lui tend ses deux mains.

a Que voulez-vous que je fasse?.... parlez.... ordonnez! reprend-elle; loin de vous je suis comme une morte I »

Sir William ûiil un pas , un feu intérieur le dévore, mais le maîtrisant par un effort désespéré :

« Si vou.. Ves comme une morte, je suis comme un cad^: ^, .. Adieu! » dit-il.

off .e est rentrée dans sa maison. BienKH ue sa merveilleuse beauté se répand dans

aile. Quelques officiers qui ont traversé Paris la reconnaissent; plusieurs s'acharnent à frapper à sa porte ; ils n'épargnent rien pour lui faire oublier ce romanesque amour qui l'amène à Constantine.

Quelques-uns y trouvent une distraction ; pour Tun d'eux , cette fantaisie devient une passion.

Un soir, après une longue promenade à cheval \ et taudis que le régiment des chasseurs rentrait de l'exercice y musique en tète, la Madone trouve une lettre sur sa table.

« J'ai trente ans et trente mille livres de rente; « Je mets tout à vos pieds.

« GASTON DE MONT-SERVaN. »

La Madone tortille quelque temps cette lettre entre ses doigts , puis la jette sur un meuble.

« Ah 1 murmura-t-elle , autrefois je n'en aurais fait qu'une bouchée 1 »

Le lendemain, en jouant, elle pose la lettre ouverte sur les genoux d'un officier.

« Gonnaissez*vous le jeune fou qui a signé ces deux lignes ? dit-elle.

— Le capitaine de Mont-Servan! Certes, oui, ré-

pond rofficier; dévorez-le tout vivant^'f^ il vous remerciera. Gaston n*a jamais menti. »'

La Madone reprend la lettre et la j ceaux dans le jardin.

Chaque jour elle voit sir William , chaque joi ^ évite de lui parler. Un matin, le bruit court ai^<. quartier de cavalerie qu'un escadron va être expéf dié aux frontières du désert pour châtier une tribu insoumise. Sir William se présente chez le colonel du régiment, et lui demande comme faveur spéciale d'être attaché à l'escadron qui doit partir.

« Je suis brigadier, dit-il , je sais que je suis proposé pour les galons de maréchal-des-logis; depuis que je suis dans les chasseurs, jamais aucune punition ne m'a frappé; permettez-moi d'aller au feu. »

L'escadron part et sir William porte le fanion du commandant. Les coups de fusil accueillent les soldats qui chargent l'ennemi. Sir William se bat en homme qui cherche la mort. Son sabre est rouge de sang. Ni le fer ni le plomb n'effleure son habit. L'escadron et les fantassins qui l'accompagnent s'ouvrent un passage terrible au milieu des populations révoltées. Le clairon sonne enfin la retraite. Beaucoup de chasseurs manquent dans les rangs. On retourne à Consfantine. Le visage pâle de sir William s'obscurcit. Cependant la fusillade recommence à l'arrière-garde. L'escadron part au galop; il déblaye le terrain et chasse un nuage d'Arabes.

Un officier tombe; sa monture, aUeinle d*un cou|) de feu, ne peut se relever; sir William s'en aperçoii, court seul en avant, s'empare du blessé et le jette sur le garot de son cheval, qu'il presse de l'éperon ; quelques balles arrivent encore et sifflent autour de lui. Un tressaillement passe sur son visage tout à coup; puis l'inflexible soldat, le sabre au poing, debout sur sa selle, poursuit son chemin. Le soir, on arrive au campement. Sir William remet l'officier au chirurgien.

« Il est sauvé, dit-il , maintenant je puis tomber. »

Et il roule de son cheval à terre. X^w^ balle lui est entrée en plein corps. Deux jours après, il était dans l'hôpital de Constantine , couché sur un lit maculé de sang. La Madone veillait à sou chevet, silencieuse, attentive, dévouée. Sir William la regardait et ne parlait pas; cependant le mal empirait.

A la fin du quatrième jour, le soldat fait appeler le chirurgien.

« Vous avez affaire à un homme, dit-il , ainsi parlez sans crainte, j'ai besoin de savoir la vérité; comment pensez- vous que je puisse sortir d'ici?

— Mort, répond résolument le chirurgien.

— Bien ; et quand croyez-vous que viendra la dernière heure?

— Cette nuit peul-ôlrc, demain au plus tard.

— Merci. »

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La figure de sir William s'éclaire d'une expression de joie indicible.

« Enflnl s'écrie-t-il, je puis donc l*embrasser! »

La Madone s'approche, effrayée de la conférence qu'il vient d'avoir avec le terrible chirurgien. Sir William lui tend les bras; elle s'y précipite, il la serre sur son cœur et l'embrasse sur le front.

« Sauvé! tu es sauvé! dit-elle.

— Adieu ! répond le soldat , à présent je puis te dire que je t'aime. »

Une pâleur de cadavre se répand sur son visage ; il ferme les yeux à demi; la Madone se jette à genoux.

Le lendemain, une femme pleurait accroupie sur un coin de terre fraîchement remuée. La pluie tombait à flots ; elle ne la sentait pas. Les sanglots déchirait sa poitrine ; ses mains crispées pressaient le sol.

< Ah ! dit-elle d'une voix suffoquée, où est le temps où je m'ennuyais! »

Elle veut enfin se lever; le frisson fait claquer ses dents ; ses jambes fléchissent, et elle tombe anéantie sur la fosse.

« Dieu bon ! à toi et pour toujours ! » murmuret-elle.

Cependant deux chasseurs traversent le cimetière; avant de s'éloigner, ils veulent dire un dernier adieu au camarade qu'ils ont perdu. Ilss'appro-.

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chenl et voient ane femme étendue par, terre ; ses vêtements tout trempés d*eau sont collés contre ses membres glacés. Ils la secouent et cherchent à la ranimer; l'un des deux ouvre son bidon d'eau-devie et en introduit le bout entre les lèvres blanches de la Madone, l'autre essuie son front tout ruisselant et frotte vigoureusement ses mains. Un peu de chaleur revient à la peau; elle entr'ouvre les yeux, regarde autour d'elle^ et pousse un cri.

« Dieu ne veut donc pas que je meure? » dîtelle.

Les deux chasseurs la soulèvent; elle fait quelques pas en chancelant.

« Où voulez-vous que nous vous conduisions , madame? » dit l'un d'eux.

La Madone passe la main sur son front ; un soarire effrayant soulève les coins de sa bouche.

« Eh bien ! dit-elle, conduisez-moi chez le capitaine de Mont-Servan ! »

Et tout bas, le sourcil froncé, l'éclair dans les yeux, et d'une voix nerveuse :

« Pauvre garçon ! » murmure-l-ellc.

A quelques mois de là, M. le marquis de Montallais rencontra M. de Bréhal au foyer de l'Opéra. M. de Bréhal était à celte époque un des hommes dont on s'occupait le plus à Paris. Il tenait un rang considérable dans la finance; aucune grande affaire ne se créait sans son concours; il était mêlé à la

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politique, et on lui savait une influence réelle dont il usait avec habileté dans les occasions décisives. Il avait le train de maison d*un pair d'Angleterre. Ses relations avec Mme Colombey n^étaient plus un se- * cret pour le monde.

lie marquis et M. de Bréhal échangèrent une poignée de main.

« N'est-ce pas une personne que vous avez protégée autrefois, qu'on voit là-bas dans cette loge du rez-de-chaussée, près de l'orchestre,' à gauche? dit M. de Bréhal.

— La Madone? c'est elle, en effet.... je viens de lui serrer la main.

— L'Algérie ne l'a pas enlaidie : sa beauté a pris même un caractère sauvage qui la rend moins pure, mais plus originale.... avec qui est-elle dans sa loge?

— Avec un ex-capitaine de chasseurs d'Afrique, le comte de Monl-Servan. Elle est en train de le dévorer : il ne lui reste plus qu'une jambe et un bras, m'a-t-elle dit tout à l'heure.

— Am^n! répondit M. de Bréhal.

— Mme Colombey est aussi dans sa loge, reprit M. de Montallais. Eh ! vous avez tenu à faire de votre prophétie une vérité : le Philémon d'autrefois est deipenu Jupiter 1 »

M. de Bréhal sourit.

« Un gentilhomme n'a que sa parole, dit-il.

— Mais j'imagine, pour suivre la mélapliore, ajoute le marquis, que Baucis ne s'appelle plus Léda ; elle a dû prendre le nom de Danaé. »

Cette fois, M. de 3réhal ne répond pas.

Une heure après, on apprend que M. Colonibey est mis à la tête d'une compagnie dont les statuts viennent d'être approuvés par le conseil d'Élat. L'autorisation de la Compagnie parisienne sera demain au Moniteur.

On l'entoure' au foyer et on le félicite. M. de Bréhal passe. M. Golombey court à lui.

« Merci , » dit-il en lui serrant la main. !

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