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indemnités prélevées sur les biens des fédéralistes et autres conspirateurs mis à mort. {^Monileur du 17 germinal an II.)
Ici se termine la correspondance et avec elle la mission des Bouches-du-I\hône. Ce département vit en dix mois paroître sur son territoire vingt représentans ; savoir : Albitte, Barras, Bayle (Moïse), Bayle (Pierre), Bazire, Beauvais, Bo, Boisset, Despin^kssy, Dubois-Crancé, Escudier , Fréron , Gasparin, Gauthier (de l'Ain),
NlOCHE,P0ULTIER,RlC0RD,R0BERSPIERRE
(jeune), iloviîRE , Salicetti. Tous étoient régicides ; tous avoient appris, en versant le sang de leurPtoi, à ne pas ménager celui de son peuple , dont ils s'appeloient les représentans, et dont ils furent les bourreaux... Les trois quarts avoient péri avant le 20 mars , et il ne leur a pas été donné do voir pour la seconde fois en r ranc« , une chambre dite des représentans. Le quart restant a néanmoins fourni aux ccntjours un lieutenant de police (RicORD ), un commandant d'armes (Poultier), et deux autres fonctionnaires , Ni oche et Despinassy, débris précieux des erreurs de 1793, victimes de la terreur de 181 5, qui doivent trouver de puissans motifs de consolation
dans rintérét que leur témoignent les libéraux de 1819. ( Voyez la Biographie des hommes vwans. )
Mission de Collot-d'Herbois, Làsource et GoupiLLEAU , dans le département des Alpes Maritimes.
Le premier missionnaire républicain , envoyé dans ce pays , fut le g^énéral Anselme , commandant de Tarmée du Var, qui, sans déclaration de guerre préalable, fit son entrée à Nice le 29 septembre 1792, et. y planta l'arbre de la liberté, le lendemain 3o. Cet arbre donna des fruits précoces; la plantation fut suivie du pillage de la ville et de la fuite des habitans; il ne resta que les porte-faix, auxiliaires utiles pour le partage du butin. Après ce partage , les bourgeois rentrèrent peu à peu dans leurs domiciles. Les nobles et les prêtres qui n'y auroient pas trouvé sûreté, furent obligés de s'expatrier, et se réfugièrent dans le Piémont. Du nombreux clergé de iSice , il ne resta que deux curés assermentés. La ville eut, à la place, un club formé des portefaix et autres patriotes. La première opération
de l'Assemblëe , ainsi constituée , fut d'envoyer à Paris deux de ses membres , chargés de demander la réunion du comté de !Nice à la république française , nouvellement décrétée. Les députés furent admis à la barre de la Convention le 4 novembre 1 792 , et , un mois après l'invasion , goûtant à peine les fruits de la liberté j ils en parloient avec des transports difficiles à décrire, o Hâtez-vous, s'écrioient-ils, « de prononcer notre agrégation à la répu- )) blique française ; nous vous disons, avec » cette franchise qui convient à un peuple )) libre , que si notre prière n'étoit pasaccueil- » lie , noMS ne transigerions jamais avec nos » persécuteurs , et nous embraserions plutôt i) toutes nos possessions dans cette terre de » proscription, pour aller vivre dans la terre » de la liberté que vous habitez. »
Le président répondit que la société, comme Ja 7iature , ne séparer oit plus désormais les Alpes et V indépendance. Cependant Barrère fit ajourner la réunion jusqu'au moment où le peuple souverain auroitémis son vœu (i).
iLn attendant, l'arbre de la liberté ç^ntinuoit à porter des fruits abondans , sous Tliçu-
{\) Moniteur à\i 5 novembre 1792.
reuse inflaence du climat de !Nice ; et quinze jours ne s'étoient pas encore écoulés depuis qu'elle avoit vu à sa barre les patriotes du pays demander sa réunion à la France , lorsque la Convention fut réduite à entendre un rapport sur les vols ^ les pillages y les viols y les concussions arbitraires , et les autres fléaux qui ajjligeoient cette région rendue à la liberté. C'est ainsi que s'exprima le rapporteur, Goupille au (de Fontenay), dans la séance du 17 novembre. L' Assemblée, pour tout réparer, envoya sur les lieux trois commissaires, GoupiLLEAU, Collot-d'Herbgis et Lasource , noms qui suffisent pour faire connoître les remèdes qui furent employés. Les commissaires destituèrent Anselme , mirent à sa place Brunet, et annoncèrent, dès le 27 décembre , que les cboses alloient au mieux. « Depuis notre arrivée ici, écrivoient-ils, les » choses ont pris une tournure moins affli- » géante.... Aujourd'hui elles se présentent » sous un aspect très-consolant ; les citoyens » du pays fraternisent avec les Français, et » commencent à croire à la libellé. »
Au milieu des soins de leur mission , les trois représentans ne perdoient pas de vue les affaires de Paris ; et , craignant de n'y être pas
rendus pour le Juge meut de Louis XFI^ ils écrivirent qu'ils votoieut pour la mort (i). Mais ils arrivèrent au troisième appel nominal, et il leur fut donné de prononcer du haut de la tribune nationale celle sentence qu'ils avoient transmise du pied des Alpes, et qu'ils motivèrent d'une manière plus ou moins remarquable (2). Us apportoient aussi le vote du
(i) Moniteur au. 3 janvier 179^.
(2) Collot-d'Herbois : « Eloif;né de la Convention » nationale, j'ai déjà émis le vœu dont j'étois forlemcnt )) convaincu j ce vœu, c'est la mort. Fidèle à ma cons- » cience, fidèle au vœu de mes commeUans , je le répète )» aujourd'hui Je vote pour la mort. »
Lasource : « J'ai une observation à faire. La mesure » que vous prenez suppose que vous êtes à une grande w hauteur. Si la Convention s'y maintient, elle écrasera jj les factieux, et établira la liberté. Mais si les partis et les M haines continuent, si la Convention n'a pas le courage » de les étouffer , alors on dira qu'elle" n'étoit composée >i que des plus vils et des plus lâches de tous les hommes j » elle ne passera à la postérité qu'avec Texécration univer- » selle. Après cette réflexion , je prononce la mort. »
GOUPILLEAU, le dernier des trois représentans revenus, qui opina, le fit avec ordre et méthode : cf Comme je ne 3) fais, dit-il, que d'arriver de l'armée du Var, je n'ai pas « encore opiné sur la première question. » En conséquence , il opina d'abord sur cette première question, puis
peuple souverain du comté de Nice pour sa réunion à la France. Le 3 1 janvier 1793, ce vœu librement émis , fut accepté, et le comté de Nice, réuni à la république française sous le nom de départementdes Alpes-Maritimes. Son organisation fut confiée auxsoinsdes commissairesqui se trouvoient dans le département du Mont- Blanc (i), dont nous verrons plus loin les missions. Nous nous bornerons à remarquer ici que le département des Alpes-Maritimes fut non seulement soumis au régime de la liberté, mais encore au régime militaire , et que la viUe de Nice fut presque toujours en état; de siège.
Quant au sort des trois commissaires, on sait que LAvSOUUCE périt comme Girondin ,
sous PiOBERSPlERRE; que CoLLOT-d'HeRBOIS,
déporté à la Guyane, périt après Roberspierrt^ ; et que Goupilleau, seul, a augmenté le nombre des victimes du terrible 181 5.
SUT la seconde , et airiva ainsi mértiodiqnemcnf à la solution de la troisième, a J'ouvre, dit-il, le livTe de la nature ... » j'ouvre le Code pénal.... J'emends la voix de la liberté.... n Je vote pour la mort. »
(() Décrets des 01 janvier et 4 février 1793.
Missioji de Beau champ dans les trois dc.pail?.mens des JIpcs , et dans ceux de la Drame et du p^ar.
Ces d('partcmcns eurent à repondre de leur conduite aux représentons envoyés près les deux armées dTlalic et des Alpes. Nous avons va , dans la mission des Bouchesdu-Rhône , les représenlans étendre leurs soins aux départemens de la Haute et de la Basse-Provence, et faire périr à Marseille, sur l'échafaud révolutionnaire , le procureurgénéral-syndic du département des Hautes- Alpes. Nous verrons plus loin les opérations de passage des représentans Simon et DuM-As , et autres, envoyés dans le département du Mont-Blanc, ou à Tarmée des Alpes. Les deux départemens des Hautes et des Basses- Alpes, ainsi livrés aux soins de représentans dont l'attention étoit partagée et réclamée par des affaires plus importantes, ne devinrent point, comme les départemens voisins, un théâtre de sang et de carnage. Le département des Hautes-Alpes fournit même un asile aux fugitifs de Lyon , de Toulon , de Grenoble et des autres villes voisines , que leur position protégeoit moins contre les missions des rc-
C 217 ) ..dsentans. Il ne faut pas- croire cependant que cet asile fiit inviolable : nous apprenons, en effet, du représentant Beauchamp, qui y fut envoyé pour opérer la /ewée ejctr'aordinaire des chevaux décrétée le 17 vendémiaire an II, qnen soccupant des chevaux il clendoit ses soins aux proscrits réfugiés dans ces contrées. « Spécialement chargé de la levée des chevaux n dans ces départemens (mandoit-il dans sa » lettre datée de Gap le 29 brumaire an II, » ig novembre 1793), j'ai cependant cru de- » voir m'occuper d'autres objets. Je me suis >» principalementatlaché à Gap, ville connue, M sinon par un incivisme fortement prononcé, » du moins par sa léthargie politique , plus j) funeste que l'aristocratie qui se montre à » découvert. Les gens suspects se promenoient » paisiblement dans les Hautes-Alpes 5 ce dé- » partement étoit le refuge des sectionnai l'es » des Basses-Alpes, de llsère et d'ailleurs. » A mon arrivée , j'ai établi des comités de » surveillance ; la loi s'exécute , et si cela con- » tinue , nous ne trouverons pas de logement » pour tous les gens suspects , qui seront » saisis. Tranquillisez-vous sur le sort et Tes- » prit des Hautes - Alpes. » (^Moniteur du 9 frimaire an IL )
Certes , rien n'étoit plus tranquillisant qu'un tel langage, et la Convention nationale dut être pleinement rassurée sur l esprit des Hautes- Alpes. Grâces en soient rendues au génie de ce représentant, si habile à calmer les sollicitudes de ses collègues; qui savoil mener de front la les>ée extraordinaire des clie^mux et l'arrestation des hommes suspects; qui, au milieu des soins qu'il donnoit à trois départemens, trouvoit des momens à consacrer aux fugitifs de VIsere et d'ailleurs. Aussi à quoi songeoient ces sectionnaires de venir se promener paisiblement dans les Hautes-Alpes ? Ils auroient dû savoir qu'il n'y avoit ni montagne si élevée , ni vallée si profonde qui pût soustraire , à la surveillance des représentans en mission , les suspects qui osoient se promener paisiblement.
Le représentant Beauchamp, en mission à l'époque du procès de Louis XVI, n'opina pas danslesdeuxpremiersappels nominaux. Arrivé au troisième , il dit: « Je demandela mort., avec » l'amendement de Mailhe (i). » Nous ignorons si c'est une victime de la terreur de i8i5.
(i) C'est ainsi que le Moniteur la fait parler, troisième appel nominal seulement; car le procès-verbal le dit absent aux quatre appels nominaux.
Missions dans le département du Mtint^Bhinc (la Savoie). — Première mission,
La Savoie , ou le deparlement du Mont- Blanc, fut le théâtre de quatre missions successives qui y furent remplies en moins de deux ans. La première de ces missions fut celle du général Montesquiou, qui prépara les voies à tous ses successeurs. Ce général , envoyé dans la Savoie après le lo août 1792, sans auctme déclaration do guerre préalable, n'eut pas de peine à remplir la mission qui luiavoit élé confiée, et qui consisloit à porter les principes de la liberté dans ce pays. Le général y entra le 19 septembre, et dès le 22 il annonça à l'Assemblée que V arbre de la liberté serait planté le jour même, en grande cérémonie^ sur la principale place de Charnbéry.
L'arbre planté, et la liberté ainsi installée en grande cérémonie ^ le jour même où la république française fut décrétée , il étoit question de savoir si la Savoie , qu'on appela le pays des Allobroges ^ formeroit le quatre-vingtquatrième département de la France , ou ujte république sous sa protection. « Il est à dé- Y> sirer, mandoit le général, que je connoisse
» le vœu du gouvernement; car je crois que >i je serai à même d'influer sur les partis que » Ton prendra. »
Cette dépêche donna lieu , dans l'Assemblée nationale, à une discussion fort animée, et les opinions étant partagées , la question fut renvoyée au comité diplomatique, sur l'avis de Danton. « En nous députant ici, dit l'ora- » teur, la nation française a créé un grand » comité d'insurrection générale des peuples. » Remplissons notre mission; mûiissons le y> principe, et ne précipitons pas nos déci- M sions. » (^Moniteur du 29 septembre 1792.)
Le principe^ en effcl , fut mûri pendant deux mois, au bout desquels l'Assemblée rcnditledécretdu 19 novembre, portant « qu'elle » porteroit fraternité et secours à tous les » peuples qui voudroient recouvrer leur lij> berté. »
Dans le même temps le général Montesquiou, ayant connu le çœu du gouvernement ^ fut à même àHnJluer sur celui des ylllobroges ^ et ce peuple , souverainement libre et affranchi de ses chaînes brisées avec le secours des baïonnettes françaises , demanda sa réunion à la France. Ce fut alors que Grégoire, organe du comité diplomatique, qui avoit mûri
le principe , en fit l'application aux Allobroges dans un rapport semé de traits admirables , entre lesquels on remarqua ce bel éloge de la maturité des délibérations de la Convention. « Vous avez, dit-il, voulu com- » puiser les arcbives de la nature , voir ce » que le droit vous permet, ce que le devoir » vous prescrit à cet égard. Ainsi , vos délibé- » rations, toujours soumises au compas de » la raison , auront ce caractère de dignité » qui convient à la Convention nationale et à w la majesté du peuple qu'elle représente. »
Le rapporteur, entrant dans le détail des avantages réciproques de la réunion , trouva , avec le secours du compas de la j'aison , que les biens du clergé^ des émigrés et du fisc , devenus nationaux^ s élèveraient à un capital de vingt millions. Il développa tous les autres motifs déterminans , que je regrette de ne pouvoir faire connoître , et conclut ainsi :
« Ne craignons pas que cette incorporation >) devienne une nouvelle pomme de discorde : » elle n'ajoute rien à la haine des oppresseurs » contre la révolution française ; elle ajoute » aux moyens de puissance par lesquels nous » romprons leur ligue. D'ailleurs , le sort en » est jeté; nous sommes lancés dans la car-
» rièrc : tous les gouvernemens sont nos » ennemis ; tous les peuples sont nos amis ; » nous serons détruits , ou ils seront libres. » lis le seront, et /« hache de la liberlc\ if après açoir brisé les trônes , s 'abaissera sur » la tête de cfuiconque voudrait en rassembler » les débris (i). » De nombreux applaudissemens couvrirent la voix de l'orateur. Celui-ci lut le projet de réunion, qui fut adopté en ces termes : « La Convention nationale, après avoir » entendu le rapport de ses comités de cons- » titution et diplomatique, et avoir reconnu » que le vœu libre et universel du peuple « souverain de la Savoie , émis dans les assem- » blées des communes, est de s'incorporer à « la république française; considérant que la ^ nature , les rapports et les intérêls respectifs » rendent celte réunion avantageuse aux deux » peuples , déclare qu'elle accepte la réunion » proposée, et que , dès ce moment, la Savoie >» fait partie intégrante de la république » française. »
Suivent d'autres dispositions, portant que:, provisoirement, la Savoie formera un quatre- TÎngt-quatriçniç département, sons le nom de
(i) Moniteur du 28 novembre 1792.
département du Mont-Blanc; que , provisoirement, elle aura une représentation de dix députés , et qu'enfin il y sera envoyé quatre membres de la Convention pour procéder à sa division provisoire et à son organisation en districts et en cantons.
Les quatre commissaires nommés furent le rapporteur des deux comités , Grégoire , SiMOND ( prêtre savoyard chassé de ce pays , et député du Bas-Pihin); Hérault de Sé- CHELLES et Jagot, de l'Ain.
Mission de l'abbé Grégoire , l'abbé Simond, HÉRAULT-SÉCHELLES et Jagot (de l'Ain) daîis le département du Mont-Blaiic.
Cette belle mission se fit sans correspondance ; il n étoit pas nécessaire d'écrire pour organiser un département, et ce fut un jeu pour un législateur tel que Grégoire, qui, depuis quatre ans , travailloit à V organisation des quatre-vingt-trois départemens de la république française. Dieu sait de quelle manière le quatre-vingt-quatrième département fut organisé^ dmsé en districts , cantons , municipalités , et trituré à l'aide du compas de la
raison et du niveau révolutionnaire , apporté» sur ce terrain par le rapporteur du comité diplomatique et du comité de constitution. 11 fut assisté par ses collègues , surtout par SiMOND , prêtre apostat du pays, et trèspropre à donner les renseignemens nécessaires pour le choix des nouveaux fonctionnaires du Mont-Blanc , et pour l'application des lois de la république aux nobles, aux prêtres, aux émigrés, etc. L'organisation du Mont-Blanc, et celle des Alpes-Maritimes , qui fut confiée aux mêmes représenlans, les occupa plusieurs mois, pendant lesquels ils s'y appliquèrent sans relâche, et sans diverlir à d outres actes.
Cependant , le 1 3 janvier i ygS , ils écrivirent à la Convention la lettre suivante :
« Nous apprenons, par les papiers publics, » que la Convention nationale doit prononcer » demain sur Louis Capet. Privés de prendre » part à vos délibérations, mais instruits par 3) une lecture réfléchie des pièces imprimées, » et par la connoissance que chacun de nous » avoit acquise depuis long-temps, des traj> bisons non interrompues de ce roi parjure, » nous croyons que c'est un devoir pour tous » les députés d'annoncer leur opinion publi- ^> quement, et que ce seroit une lâcheté de
» profiter de notre éloignement pour nous n soustraire à cette obligation.
» Nous déclarons don» que notre vœu est M pour la condamnation de Louis Caj^et, par » la Convention nationale , sans api^el au » peuple.
» Nous proférons ce vœu dans la plus inj) timc conviction , à cette distance des agita- » tions 011 la vérité se montre sans mélange, » et dans le voisinage du tyran piémontais. ». (^Moniteur du i'l^ janoLnr lygS )
Il n'y a pas de réflexions à faire sur un tel \>œu exprimé librement au sein des Alpes , envoyé sans être demandé , qui ne fut pas compté^ et qui n'a servi qu'à manifester l'étrange courage de ceux qui le profer oient comme le vœu de leur âme , comme leur opinion mûrement émise à cette distance des passions et des agitations qui seules opérèrent la conviction de tant de membres pré^ens, et qui auroient si fort souhaité d'être à la distance de ces hommes qu'on pourroit appeler ultra" régicides K^i). Ceux du Mont-Blanc ne tardèrent pas à rentrer dans le sein de la Convention
(i) Sur quinze représentans en mission, il y eut sept ultra-régicides. Voyez plus loin la HJissioo de l^ayence.
nationale ; mais il fallut leur donner bientôt des successeurs dans le Mont-Blanc, et les Alpes-Marilitimes, afin d'affermir de plus en plus la réunion de ces dëpartemens, toujours prêts à se détacher de la grande république.
Cette troisième mission fut encore confiée à SiMOND, auquel on adjoignit Dumas, son compatriote , nouveau députe du quatre-vingtquatrième département, qui n'y joua pas un grand rôle.
Mission de Simonu et Dumas dans le Mont-Blanc.
Ce fut par un décret du 25 août 1798 , rendu sur le rapport de Hérault de Sé- CHELLES, que SiMONDfutrenvoyé, avec Dumas son collègue , dans le département du Mont- Blanc et les départemens voisins. Ils dévoient prendre toutes les mesures qu 'ils jugeraient propres à les délivrer des ennemis.
En effet, dès le 18 septembre, Simond donna de bonnes nouvelles, et annonça des succès obtenus au pont de Marigny.
Cette lettre fut suivie d'une seconde, annonçan], de nouvelles mesures prises ; et enfin ,
d'une troisième du 3o septembre , reh-açant la de'roule complète des Piémontais à Cluses: « A chaque instant , c'crit-il , on voyoit rouler n sur les rochers les corps des satellites du » Piémont.
)) Nous tenons quelques émigrés , quelques » révoltés ; tandis que la commission mili- » taire les juge, lespionniers font leurs tombes, » et , jusqu'à présent , ils ont bien préjugé leur » sentence.
» Je fais partout descendre les cloches; et, » au moyen d'une mine de cuivre , dont j'ai- » derai l'exploitation déjà en activité, nous » aurons de quoi faire à peu près sept à huit )) cents pièces de canon de tout calibre...
)) Il s'est fait un petit supplément à la pre- » mière émigration , et le total des biens na- » tionaux dans ce département sera à peu )) près de cinquante à soixante millions. »
On reconnoît à ce suppîémenl les progrès rapides de la liberté depuis le 28 novembre 1 792 , époque où Grégoire n'évaluoit les biens nationaux du Mont-Blanc qu'à vingt millions; on voit que le supplément ïi'étoit pas si petit.
SiMOND retrace, en terminant, les mesures qu'il prend pour empêcher la contrebande avec la Suisse et Genève : « Je vais , dit - il ,
( 228 ; » faire surveiller particulièrement aux fron- )) tières de ce côté , et je mettrai en réquisi- » tion pour les Pyrénées ou pour l'Amérique , « tous les individus soupçonnés de ce détes- >i table agiotage. » {Moniteur du l'j çendé^ miaire an II, 9 octobre lygS. )
Le 19 frimaire an II, 9 décembre 1793, SiMOND, de retour, vint à la société des jacobins , dont il étoit membre, rendre compte de sa mission : il voulut mêler, à ce compte rendu, quelques observations relatives au système de désorganisation , à l'aide duquel l'aristocratie M avoit , suivant lui , réussi à faire j) mettre dans les cachots , ou à faire impro- » portionnellement imposer des patriotes. »
Ces observations déplurent à la société^ et furent combattuesparRoberspierre. Huit jours après , passant au scrutin épuratoire , Simond fut obligé de s'expliquer sur sa prêtrise : « J'ai » été , dit-il , pendant six mois prêtre dans le î) pays Sarde. Obligé de fuir la colère du » petit roi de ce pays, je passai dans le dépar- » tementdu Bas-rRhin , où , me trouvant chargé » de ma mère et de ma sœur, je fus forcé de. )) faire le même métier pendant sept à huit » mois encore.... ^»
Interpellé s'il est noble , il répond : C'est
M *bien assez d'être prêtre. » Interpellé sur son opinion émise dans la séance du 19 , il dit qu'il l'a puisée dans son voyage, où il a m beaucoup d'abus de cette espèce. Son épuration fut ajournée; et Simond, profitant de Tajournement, essaya de se relever dans la séance du 2.3 nivôse, par un fort long discours sur les crimes du gouvernement anglais ; dans celle du 26 , où il proposa de poursuivre , comme suspects , tousles défenseurs officieuxa.es, royalistes, des fédéralistes, etc., et dans plusieurs autres. Mais ces efforts d'éloquence et de jacobinisme ne le sauvèrent pas du décret d'arrestation , où il fut corapris avec Hérault de SÉCHELLES, le 27 ventôse an II (17 mars 1794) , comme prévenu de complicité avec tétranger. Il périt avec Chaumette, Gobet, la veuve HÉBERT, en tout , dix-neuf condamnés , le 24 germinal an II, i3 avril 1794-
Tandis que Simond se débat;oit aux jacobins , et liitloit sans espoir de succès contre la colère de Roberspierre, à qui il avoit déplu ^ celui-ci le fit remplacer dans le Mont-Blanc par un collègue , déjà éprouvé dans la carrière des missions , et qui alla remplir la dernière dans les déparlemens de l'Ain et du Mont- Blanc.
Mission J'Albite dans les deparlernens de r Ain et du Mont-Blanc.
Albitte (Taîné), député de la Seine-Inférieure à rAsscmblée législative , s'y occupa beaucoup d'organisation militaire, et s'y signala par ses opinions démocratiques. Le ii août 1792, il fit décréter le renversement des statues des rois, et leur remplacement par la statue de la Liberté.
Député à la Convention nationale , il vola la mort de Louis XVI sans appel ni sursis , et s'opposa à ce que le monarque pût choisir un ou plusieurs conseils. C'est ainsi qu'il se prépara à la carrière des missions. Il fut d'abord envoyé dans son propre département, puis à l'armée des Alpes, à Toulon, à Marseille, à Lyon , missions dont il n'est pas question en ce moment. 11 suffit de savoir qu'ALCiïïE les remplit de manière à obtenir de nouvelles marques de confiance du comité de salut public, qui l'envoya dans les départcmens de l'Ain et du Mont-Blanc pour T exécution des mesures de salut public et rétablissement du gouvernement révolutionnaire^ que la Convention venoit de décréter le i4 frimaire an IL
Dès les premiers jours de nivôse, Albitte donna des nouvelles de ses opérations à Bourg : « Celte commune , écrivoit-il , dont la plupart )) des habitans s'étoient laissé égarer par les » malveillans , est enfin régénérée : les faux » patriotes sont en état d'arrestation, le fanait tisme et la superstition abandonnent le champ » de bataille à la Raison. »
Le représentant annonce, en terminant, « l'envoi de trente-huit marcs d'argenterie et » d'effets précieux qui ont été découverts dans » la maison d'un particulier qui a été tué » pendant le siège de la ville de Lyon. » (Moniteur du 20 nivôse an //, ^janvier 1794)
Après avoir couvert les départemcns de l'Ain et du Mont-Blanc de prisons, et donné tous ses soins «1 V eacécution des mesures réçoîutionnaires , Albittc s'occupa du maintien des mœurs parmi les détenus, et il prit pour cela deux arrêtés qu'il transmit à la Convention où ils furent lus et approuvés dans la séance du 22 ventôse an IL
Le premier porte que « les nobles et autres » suspects, mis en état d'arrestation, âgés de » plus de 1 8 ans . seront détenus dans des mai- » sons d'arrêt différentes de celles où seront » les femmes. >>
Le second e'toit relalif à l'éducation des enfans des do'lenus dont le représentant voiiloit prendre un soin particulier. Son arrêté portoit : « Les enfans détenus âgés de moins de * i8 ans, seront rais, les garçons, entre les » mains d'instituteurs nommés par le district, )> et les fdies, sous la surveillance dinsiilu-> » trices ; on leur donnera une éducation con- » forme aiicf- principes de la liberté. I^s irais » de cette éducation seront prélevés sur les » biens des devenus qui sont séquestrés. » ( Moniteur du 24 ventôse an II. )
Au mois de germinal suivant, Albitte écrivit à ses frères jacobins ^ à Paris, la lettre suivante :
« rrèresetamis,lespatriotessontàlahauteur » des circonstances danslesdépartemensoùje » suis envoyé. Le char révolutionnaire roule 3> rapidement malgré les obstacles que les in- » trigans cherchent à semer sur la voie que la M Liberté a frayée.
» Le fanatisme fuit des départemens de TAin » et du Mont-Blanc. Les aristocrates sont en » lieu de sijreté; les sans-culottes chantent la » carmagnole en détruisant tous les hochets » de la superstition. Les ci - devant prêtres, » pour la plupart , consentent à dire , au moins
(233) » une fois , la vcritc. Le peuple la saisit avide- » ment, et ne la laissera plus échapper. Les » égoïstes crient, les intrigans se démènent » en cent manières différentes; mais je tiens n ferme.
» On ne voit plus de clochers ni de » cloches (i) ; les châteaux forts disparoissent , » et les revenus des gens suspects servent à la » république.
» La lumière enfin pénètre , et dissipe les >» ténèbres de l'erreur et de Tignorance dans » les lieux où le fédéralisme avoit jeté les plus » profondes racines.
» Enfin tout va bien dans les départemens, » si le modérantisme , consolateur officieux » des coquins , de raristocratle , ne parvient à « rendre nos efforts inutiles.
(i) Nous serions lentes de croire que le représentant enfle ici lerécitdoses exploits. Nous savons du moins qu'un des clochers des bords de la Saône échappa à la destruction j c'est celui de Pouilleux , village des environs de Trévoux. 11 fut sauvé par l'intrépidilé d'un fermier qui menaça de tirer sur le premier qui mnnteroit au clocher pour l'abattre. Albitte n'osa pas en donner Tordre , et le clocher de Pouilleux est resté debout, monument curieux du courage d'un pajsan dans un pays où tant de ruines aliestoient la mission d'un représentant.
» Au demeurant , quelles que soient les » menées des intrigans qui vont larmoyer » près de la Convention , j'irai toujours au pas, » et je ne négligerai rien pour leur apprendre j> ce qu'ils ont à attendre d'un vrai sans-culotte, » pour qui l'intérêt du peuple est tout. » (^Moniteur du 5 germinal an 11^ 4 mars 1794O
Après avoir fait hommage de ses travaux aux jacobins de Paris, Albitte reçut un témoignage flatteur des jacobins d'Annecy. La société régénérée des sans-culottes ^ç^ cette ville envoya à la Convention, qui l'accueillit «t'^c mention honorable^ l'adresse suivante :
<« Vous avez, écrit la société, chargé Albitte, » représentant du peuple , de l'importante » mission dont il s'acquitte aux applaudisse- » mens universels. Les monumens de la ty- 3) rannic et de la féodalité , les attributs odieux » du fanatisme, dont quelques uns, par leur j» gigantesque structure, insultoient et semi) bloient menacer la liberté; les préjugés, » dont les racines profondes s'opposoient au » développement du germe de la raison , tout » ce qui rappeloit enfin l'esclavage et l'igno- « rance a disparu comme les ténèbres devant » l'éclat du jour; les prêtres ont abjuré leurs » erreurs , et divorcé avec leur ministère hy-
(233) » pocrite et mensouger; la caste nobiliaire et » ses adhérens, dont la pre'sence blessoit les >> regards des sans-culottes, me'ditent, dans un )) lieu de sûreté, leur impuissance et la grandeur i) du peuple français. Tels sont, législateurs, » les fruits des travaux de votre digne collègue, » uniquement occupé du bonheur du peuple. » (^Moniteur du lo^ jloréal an 11^ i8 m.ai i794-)
Dans cette adresse, les sans-culottes, montrant Albitte uniquement occupé du bonheur du peuple^ oublièrent de rapporter qu'il « met- » toit en réquisition, pour sa table , la volaille » la plus fine de la Bresse , et pour les bains, » qu'il prenoit chaque jour, le lait qu'on apw portoit à Bourg pour la consommation de » la ville. 0
On trouve ces détails dans la Biographie des Hommes vivans : le même ouvrage nous apprend que, le 21 janvier 1794, Albitte « fit » guillotiner, en effigie, les rois d'Angleterre , » d'Espagne , de Prusse , de Sardaigne , l'em- » pereur, le pape, Pitt, et brûler la ville de » Toulon sous la figure d'une femme. »
Après le 9 thermidor, Albitte fut dénoncé par les administrateurs du district de Bourg. Décrété d'arrestation, le premier prairial an III ( 20 mai 1790), il prit la fuite, fut déclaré con-
tamax par la commission militaire , et mis à Tabri de toute recherche par le décret du 4 brumaire an IV. Il paroît que le 20 mars n'a pas ramené Albitte sur la scène politique , €t qu'après avoir si heureusement échappé à la réaction du g thermidor (28 juillet 1794)1 il n'a pas augmenté le nombre des bannis victimes de la réaction du 8 juillet 181 5.
P. S. Il est juste d'observerqu'ALBiTTE avoit iBté précédé dans le département de l'Ain par Amar et Merlino, deux représentans moins célèbres dans la carrière des missions de «793 que dans l'histoire des comités de salut public et de sûreté générale , dont le premier fut souvent l'organe.
Missions de Léonard Bourdon , Prost et Bassal , dans le département du Jura.
Léonard Bourdon fut nommé à la Convention par le département du Loiret, oîi il n'étoit connu que depuis le massacre des soixante prisonniers conduits d'Orléans à Versailles, dont le transport lui avoit été confié. Entre sous de pareils auspices dans le sein de la
représentation nationale , il y vota la mort de Louis XYI sans appel ni sursis , et fut envoyé avec Prost dans le département du Jura pour y faire exécuter la levée décrétée le 24 février précédent. Cette mission le rendit moins célèbre que son passage à Orléans , oij il voulut déployer son caractère de représentant. Après avoir passé la journée du 16 mars dans des orgies, il rencontra le soir à dix heures des groupes formés par ses affidés ; ceux-ci vinrent attaquer le factionnaire de la maison commune, qui fut secouru par les hommes du poste. LÉONARD Bourdon étoit dans la mêlée ; et sa personne, quoique inviolable, fut effleurée par la pointe des baïonnettes. Le lendemain il écrivit à la Convention que lui aussi avoit payé son tribut à sa patrie , que de nouveaux Paris Vavoient frappé sur tout le corps , que son chapeau et sa redingotte n'avoient pas permis aux baïonnettes de s'enfoncer plus de deux ou trois lignes^ qu'il lui étoit doux d être le confesseur de la liberté , et qu'il ne rendroit à personne les blessures quil avoit reçues. (^Moniteur du ic) mars.) Sur cette lettre la Convention rendit une série de décrets contre la ville d'Orléans, qui fut déclarée en état de rébellion; contre la munici-
palité qui étoit Irès-bonne , qui fut suspendue , rcmplaccîc par des sans-culoUes , et dont les membres ne durent la vie qu'à leur fermeté (i); enfin contre les prétendus auteurs de Tattentat. Ceux-ci furent en effet traduits au tribunal révolutionnaire, pendant que Léonard Bourdon alla avec Prost remplir sa mission dans le Jura ; elle ne fut pas longue ; son affaire d'Orléans Toccupoit bien davantage. Il sembloit que la destruction entière de la ville pouvoit seule expier Vattciitat commis dans ses murs. Un procès fut instruit contre quarante habilans , entre lesquels la vengeance nationale choisit neuf citoyens, la plupart pères de famille : l'un étoit père de dix -neuf cnfans; un autre étoit veuf et père de cinq enfans en bas âge. M. Tassin, mis en balance avec un troisième, ne dut la préférence qu'à sa fortune , nécessaire pour payer les frais du procès , qui traîna jusqu'au i3 juillet , malgré les soins du représentant à en presser la conclusion. Ce même jour, après la condamnation , Léonard Bourdon entendit à la barre de la Convention les sanglots
(i)Elleavoit à sa tête M. deSailly, mairej M. Johanet, procureur de la commune, et M. Lemarcy, premier bfllcier-municipal.
( 239) des familles des condamnés sur lesquels on décréta V ordre du jour. Le même jour i3 juillet , les neuf condamnés furent exécutés en chemises rouges ; et Léonard Bourdon , surnommé , depuis cette affaire , Léopard Bourdon , continua à remplir des missions. Il fut remplacé dans le Jura parBASSALctPROST.
Le premier, curé constitutionnel de Saint- Louis à \ersailles, fut député de Seine et Oise à l'Assemblée législative , oii il se signala à la fois en demandant Tamnistie des massacres d'Avignon, et le jugement du duc de Brissac, qui fut massacré avec les prisonnIersd'Orléans.
Nommé à la Convention , Bassal y augmenta , par son vote régicide , le nombre des députés propres à la carrière des missions. Le 17 août 1790 , Barrère le fit envoyer dans le Jura pour éclauer le peuple qui étoit , dit-il , toujours é^aré. Bassal y répandit sûrement de grandes lumières^ et y fit arrêter deux mille huit cents personnes; la correspondance officielle ne dit pas celles qu'il fit périr. Bassal , à son retour , déclara lui-même aux jacobins , que pas un seul patriote n'avoit à se plaindre de lui. Il fut, ainsi que Léonard Bourdon , assisté dans sa mission par Prost , son collègue. Il étoit mort avant la terreur à^ i8i5,
dont LÉONARD Bourdon cIProst ont été victimes. 11 fit partie des prêtres que leur caractère n'empêcha pas d'envoyer Louis XVI à l'échafaud (j).
Mission de Lejeut^e dans le département du. Doubs.
Lejeune (S. P. ) » député du département de l'Indre à la Convention nationale, vota la mort de Louis XVI sans appel ni sursis , et sans craindre^ dit-il, les jugemens de la pos~
(i^ Ils complétèrent la majorité, selon la remarque qu'en fit Hébert, procureur de la commune, à roccasiondesdeux prêtres, Jacques Roux et Pierre Bernard, qu'elle désigna pouraccompagner l'infortuné monarque àréchafaud:« Les » prêtres, membres de la Convention, dif-il, en votant M pour la mort, quoique la sainteté de leur caractère le » leur dëfendîl, ont formé la majorité qui nous délivre du w tyran ; eh bien ! que ce soit aussi des prêtres constituï) tionnels qui le conduisent à léchifaud. »
On sait avec quelle férocité ils remplirent cette fonclion. Ils sont morts depuis, Tun à Bicëfre, de. plusieurs coups de couteau qu'il se donna; l'autre a péri sur l'érbafaud, avec Roberspierre. Il nousresîo de cette classe intéressante l'abbé Grégoire, si toutehus on peut placer un ulràfégicide abient , parmi les prêtres régicides présens.
îéiité. Il demanda au mois d'août lygS qu'il fût établi des forges sur toutes les places publiques , dans toutes les villes de la republique , afin que le peuple vit forger les instnunens de sa vengeance ; c'est ainsi qu'il se prépara à la carrière des missions qu'il parcourut avec distinction. Apres avoir débuté dans les départcmcns de l'Aisne et de l'Oise» il alla continuer ses opérations dans celui du. Doubs, qui devint un théâtre de carnage.
« Lejeune, pour repaître son imagination *> sanguinaire , avoit fait construire une pe- » tite guillotine avec laquelle il coupoit le cou » à toutes les volailles destinées pour sa table ; » il s'en servoit même pour couper les fruits; M souvent, au milieu des repas, il se faisoit ap- » porter cet instrument de mort, et en fai- » soit admirer le jeu à ses convives, n ( iV7oniteur du 18 prabial an III ^ 6 Juin 1795.)
Le Moniteur .^ qui nous révèle cette circonstance ne parle pas du nombre des victimes immolées dans le département du Doubs; on peut consulter sur ce point, dans le Moniteur du i3 germinal an II, la justification deBASSAL aux jacobins , où il fait mention de cinquantedeux febeiles guillotines pour une seule affidre. Lejeune, décrété d'arrestation le i3 prai-
rial an III (i** juin lygS), puis amnistié le 4 brumaire an IV, éloit réservé à de nouvelles épreuves ; c'est une des victimes de la terreur du 8 juillet i8i5.
Mission de douze représenians , dont dix régicides , dans les départemens du Haut et du Bas-Rhin,
Les habitans du Haut et du Bas-I\bin n'imi-» lèrent pas la courageuse résistance de ceux du Midi aux décrets de la Convention. Mais leur conduite pac ifiqne ne leur servit de rien , et les bords du Rhin ne furent pas moins ensanglantés que ceux du Rhône et de la Durance. On diroit même que le flegme allemand, en cédant à la violence de l'oppression , ne fit qu'irriter la fureur de ceux qui l'exerçoient. Parmi les tranquilles babitans de l'Alsace, les uns ne surent que tendre le cou aux bourreaux, les autres que fuir à îcur aspect. Un grand nombre furent immolés sur des écbafauds , un plus grand nombre franchirent le Rhin pour se soustraire à la mort. Mais ni la résignation de ceux qui périssoient, ni la fuite de ceux qui sVloignoient , ne purent ralentir un seul instant l'activité des mesures révolutionnaires de tout gcme, qui firent de cette malheureuse
(43) conirée un théâtre de misère , de sang et dô carnage. Quand !es campagnes, dépeuplées par la fuile de cinquante mille cultivateurs, attestèrent la présence des représentans en mission, Barrère ne vit d^autre remède contre le mal , que des instituteurs de langue française, qui feroient disparoître , de l'Alsace» l'idicMne allemand, seul coupable d'une désertion si effroyable; et, pour l'arrêter, il fit décréter l'établissement de ces instituteurs, dans chacune des communes de ces contrées, pour y enseigner tous les Jours la langue francuise et les droùs de l'homme à tous les jeunes citoyens des deux sexes ^ que les pères ^ mères et tuteurs étoieni tenus de leur envoyer. Ce fut là une partie des occupations des représentans en mission. Ils furent chargés du choix des instituteurs , sur la présentation des sociétés populaires. Il est temps de voir a^r ces représentans. Nous en avons annoncé douze. Ce ne furent pas, sans doute, les seuls ; mais ce sont ceux qui se sont fait remarquer euxmêmes , ou par leur propre correspondance , ou par la célébrité de leur conduite. Ce furent BoRiE, Baudot, CooTURiER, Dentzel, Guyar- DiN, Hérault, Lacoste (du Cantal), Lebas , MiLHAUD, RuLH, RcAMPS ct Saint-Just. Les prC"
( 244 ) miers, qui parurent dans celle contrée, furent CouTuiuER, DENTzELct Pvui-H. Lebruitdc leurs opérations retentit jusqu'à la tribune de la Convention , non par leur correspondance , mais par une pétition des habitans, dirigée contre les deux premiers. « Ils ont, disent ces » habitans, mis la désolation dans les dépar- » terncns du Rhin : ils ont banni quinze admi- 5> nistrateurs sans leur faire connoître leurs » dénonciateurs , et sans les entendre. La ter- » reur a tout paralysé ; chacun craint d'être » arraché à sa famille. »
Une autre pétition ajouloit que les deux représentans avoient « substitué à l'accusateur » public du tribunal criminel de Strasbourg » un prêtre allemand; au maire de cette ville » un jeune homme qui n'a pas l'âge requis » par la loi. » (^Moniteur du 17 mars lygS.)
Si ce prêtre allemand étoit Sc.heneider, il paroît qu'il resta malgré la pétition , et nous verrons plus lard quel étoit cet homme. Cependant les représenlans furent rappelés. Il ne f'alloit pas que la terreur eût encore tout paralysé^ puisque la plainte étoit permise , et en quelque sorte écoutée. Les représenlans lappelésfurent remplacés par MiLHAUJ),T\rAMPS et BoiuE , qui se signalèrent d'abord par des
arrêtés sévères qu'ils prirent pour rehausser le cours des assignats ^ et par leurs soins à lever une armée révolutionnaire. ( Moniteur du 24 août 1793.)
Après ces mesures préliminaires, les trois représentans, occupés d'opérations militaires, songèrent moins à écrire qu'à agir, et on ne les voit reparoître à Strasbourg, qu a des intervalles plus ou moins éloignés, et plus souvent séparés que réunis. Milhaud fut le premier qui donna de ses nouvelles de Strasbourg. Il y trouva un nouveau collègue appelé Guyardin , et ils écrivirent ensemble la lettre suivante , datée du 1 3 brumaire an II , 3 novembre 1 794 , qui fut lue à la Convention le 19 :
« Le tribunal révolutionnaire , que nous ^ avons établi pour juger les accapareurs, les » agioteurs, les marchands qui ne veulent pas y> se conformer à la taxe des denrées, a déjà » fait des exemples utiles. Plusieurs ont été con- >; damnés à des amendes de 5o et 100,000 fr. , » et à quelques années de fers. Il faudra encore » quelques jugemens pour détruirp la cupi- » dite , qui est pire dans cette ville que dans il toute autre de la république ; mais le tri- » bunal n'épargne personne , et ça ira. » (Moniteur du 20 brumaire an Ily 10 nov. 1793.)
Pour juger de quelle manière ça atloit, il faut lire la lettre suivante , écrite par les deux reprësentans au comité de surveillance du département du Bas-Rhin, le 18 brumaire an IL « Nous vous invitons , citoyens , à nous » rendre compte du résultat de la levée des » scellés apposés sur les papiers des notaires, » banquiers, agens de change et autres scéléj> rats que vous avez fait arrêter, afin de faire » alimenter la guillotine par la chute de leurs » têtes, et de donner par là l'exemple ter- » rible de la vengeance nationale , dont tous » les conspirateurs vont être bientôt atteints , » et afin de faire porter à la Convention natioii nale tous leurs trésors (i). »
Cette lettre s'accorde parfaitement avec une dépêche de la même date, lue à la Convention dans la séance du 23 brumaire, et aimonçant l'arrivée de Saint-Just et de Lebas dans les mêmes départemens. Elle étoit ainsi conçue :
« Citoyens collègues, la terreur est à V ardre » du jour sur cette frontière ; les tribunaux » révolutionnaire et militaire rivalisent de » àévcrité contre les égoïstes et les conspira- » teurs. Tous les riches conire-révoluiionnuires
fi^ Moniteur Avi w fructidor nn V.
(^47) » et fanatiques des villes et des campagnes ) sont arrêtés par nos ordres. Nous croyons u que leurs trésors, qui sont encore sous 1^ » scellé , produiront à la république plus de » i5 millions en assignats et numéraire. Trois » ou quatre jugemens du tribunal révolu- » tionnaire ont fait verser dans les caisses pu- » bliques plus de 600,000 liv. d'amendes.
» Nos collègues Saint -JusT et Lebas ont » fait déporter dans l'intérieur tous les corps » administratifs, et déporter à Dijon tout » l'état-major de la garde nationale... Plusieur» » officiers supérieurs et soldats ont été fu- » sillés à la tête du camp. Salut et fratcr- » nité. Signe J. B. Miluaud. » (^Monilcur du i5 novembre 1793, 25 brumaire an II.')
Nous ne savons pas pour quelle raison la mission d'un représentant , doué d'une telle activité , fut susperiduc sur les bords du Rhin; mais le jour même où Milual'd donnoit des nouvelles de sa rentrée à Strasbourg, il étoit rappelé , ainsi que ses collègues Borie , Rtjamps et GuYAiiDiN. Il est vrai que ces quatre représentans furent dignement remplacés, puisque le décret du 1 3 brumaire, qui les rappela, envoya à leur place Baudot et Lacoste, qui avoient été précédés par Saint-
( 2l8) JusT et Lebas. Ceux-ci, arrivés les premiers, donnèrent de leurs nouvelles; mais ils n'eurent d'autre correspondant que Roberspierre »
qui fit quelquefois le récit de leurs opérations dans la société des jacobins. « Ils ont , dit 3) Roberspierre, dans la séance du i" fri- » maire , parcouru ce département , établi » une commission militaire, et tout aristo- 3) crate municipal, judiciaire ou militaire, a » été condamné à mort,
» Les riches ont été les premiers à les en- » tourer, et à protester de leur dévouement, » On les a pris au mot, et un arrêté a été » pris , portant : il sera levé dix rnillions sur » les riches.
y> Cela a réveillé la force révolutionnaire et » l'énergie patriotique. Les aristocrates ont *> été guillotinés , à commencer par les ban- 5> quiers du roi de Prusse. « (^Monileur du 4 frimaire art 11^ 2.1^ novembre 1793.)
A la même date (le 29 brumaire), un fonctionnaire nommé Delcambe, occupant je ne sais quelle place, mandoit de Slrasbouig:
« La guillotine va toujours son train ici. » Une vingtaine de jacobins, de différcns dé- « partcmens, sont arrivés à Slrasbourg....,v-'
( ^49 ) » Déjà ils ont remplacé l'autel des prêtres de o la cathédrale par l'autel de la patrie ; ils >♦ vont aussi démuscadiner la société popu- » laire , et bientôt on dira : Strasbourg fut » aristocrate... »Si^^6''DELCAMBE.)) (JMoniteur du 5 frimaire an H, 23 novembre lygS.)
L'accusateur militaire , par sa lettre du même jour, mandoit : « L'argent et les assi- » gnats sont au pair.... L'accapareur est livré » au glaive de la loi. Chaque jour les partisans » de l'ennemi paient de leur vie leurs trames M audacieuses.... »
Lacoste et Baudot furent aussi du nombre des représentans qui écrivirent moins qu'ils n'agirent. Nous ne trouvons qu'une seule lettre de ces représentans, datée de Strasbourg le i4 nivôse, 3 janvier 1794- Us rendent compte de leurs opérations à Spire , et terminent ce compte rendu par le récit des plus effroyables profanations. Les représentans font rénumération des trophées de la victoire , entre lesquels ils comptent « les métaux qui » servoieni à la décoration ou à la compo- )) sition des raonumens de la cathédrale ; les j> saints délogés, six mille cierges déballés, )) quelques ciboires et autres instrumens de n sottises fondus, les cloches brisées j le tout
» pour la plus grande gloire de la répu- )) blique »
Ils terminent par ce trait de bravoure et de géne'rosité :
« Philippe Petit, itiaréchal-des-logis dans » les hussards de la Liberté , qui a tué un » prêtre émigré, vous envoie l'argent, le » calice de ce coquin , pour en faire tuer >> d'autres. » (^Moniteur du 20 nivôse an 11^ 20 jançier 1794-)
Telle est la correspondance des missionnaires du Rhin. Quelque horrible qu'elle soit à lire, elle est presque insignifiante si on la compare aux forfaits inouïs commis dans cette contrée , et qui furent révélés plus tard à la tribune, dans un rapport relatif aux malheureux fugitifs de l'Alsace que les bourreaux de cette contrée a voient forcés de s'expatrier, et auxquels il falloit rouvrir les portes de leur pays , en les exceptant des lois de sang rendues contre les émigrés.
Voici dans quelles circonstances fut fait ce rapport :
Quelque temps après le 9 thermidor an H, le représentant Bar fut envoyé dans les départemens du Haut et du Bas-Pvhin , pour y
prendre des renseignrmens sur rémigration forcée d'une foule d'habitans de ces dépaitemens.
Sur le compte rendu de sa mission par ce représentant , fut rendue la loi du 22 nivoîie an III, qui permit la rentrée de tous les habitans de ces départemens , ouvriers et laboureurs, travaillant babilnellement de leurs mains aux ateliers , aux fabriques , aux manufactures ou à la terre.
Un article exceploit de la faveur accordée aux laboureurs les nobles et les prêtres, quoi^ qu'ils fussent sortis à la même époque que ceux-là, et contraints par les mêmes causes.
Le délai pour rentrer, n'étant que de trois mois, fut reconnu insuffisant, et il fut prorogé par la loi du 4* jour complémentaire an m. Mais ce nouveau délai fut encore trop court; il étoit nécessaire de le proroger une seconde fois. La loi, d'ailleurs, avoit besoin de quelques explications. Conime il n'y a pas de manufacture sans chef, sans commis; ni de fabrique sans fabricant, il étoit convenable d'étendre à tous les chefs et employés d'atelier une faveur que le texte du décret ne sembloit réserver qu'aux seuls ouvriers. Ainsi , la prorogation du délai de la loi du 22 nivôse , et soa
extension ou interprétation, furcntl'objet d'une re'solution prise par le Conseil des Cinq-Cents le 19 messidor an V.
Celte résolution , portée au Conseil des Anciens, y devint la matière du rapport dont nous parlons, dans lequel le rapporteur, pour plaider, comme il Je devoit, la cause des fugitifs du Haut et du Bas-Rhin , que les lois de rémigralion avoient atteints, fut obligé de dérouler le tableau des scènes de carnage qui avoient forcé les habitans les plus paisibles à quitter leurs foyers pour éviter les cachots et les échafauds.
« Que pouvoient faire (dit le rapporteur » Hahmand, de la Meuse, dans la séance » du 6 fructidor an V ) ; que pouvoient faire )) cinquante mille fugitifs cherchant en foule i> un abri contre la mort?
M Rester chez eux ! L'instrument fatal de « la mort les attcudoit sur le seuil de leur M porte. Rentrer dans Tintérieur! mais ils » seroient venus au - devant de leurs cnne- « mis ; ils se seroient livrés eux - mêmes à » leurs bourreaux; et quand cela ne seroit i) point arrivé, dans quels lieux, dans quelle » ville , dans quelles forets , dans quels antres » eût-on pu receler cinquante mille hommes?
( 253 ) )) Qui les eut nourris , vêtus? Qui eût pris » soin des vieillards, des femmes, des enfansl*»
Ici le rapporteur retraça quelques unes des opérations de Milhaud et Guyardin , et continua ainsi : « Quand Milhaud et Guyar- « niN signoient l'arrêté que j'ai lu au conseil , » une armée révolutionnaire marchant à » leurs ordres , et sur ceux de Ruamps , >» parcouroit les campagnes , saisissoit les » chevaux, les bestiaux et les denrées, que » les chefs de ces armées prétendoient inu- » tiles à l'agriculture d'une année , faisoient >» transporter le tout à Strasbourg , et les fe commissaires Tisserant et Neslin, em- » ployés comme juges par les représentans du «peuple de cette armée, dressoient procès- » verbal de ces faits, et y ajoutoient qu'ils » avoient ordonné de nombreuses arresta- » tions , saisies , séquestres et imposi- » tions. »
« A la suite de ce procès -verbal on lit un j» arrêté des mêmes représentans, qui approuve » les opérations de l'armée révolutionnaire, et » qui ordonne que les malheureux habitans des >> campagnes qui ont pris la fuite pour 8-2 sous- » traire à l'arrestation, et ne rentreroient pas » dans la décade , seront déclarés émigrés par
« le tribunal , et leurs biens confisqués et ven- » dus au profit de la re'publiqne.
» Ainsi nulle alternative entre la mort, dont » l'arrestation n'étoit que Tagonie plus ou moins » longue, ou la proscription suivie de la mort » civile comme émigré.
» Saint-Just et Lebas avoient imposé un « emprunt de neuf millions (i) sur les citoyens » dé Strasbourg, dont la liste étoit jointe à » leur arrêté; ils avoient vu que les réquisi- » lions en nature étoient un contingent suffi- >» sant pour les habitans de la campagne. Eh » bien! la commission dont je viens de parler, » prit un arrêté par lequel :
<« Considérant que les aristocrates de la ville de Strasbourg ont été taxés par les représentansdii peuple; considérant que c'est aussi aux aristocrates de la campagne à .supporter le fléau de la guerre , arrête qu'elle approuve la taxe imposée aux aristocrates des communes, et qu'elle sera payée dans huit jours , sous peine d'être regardé, comme émigré.»
» Quelle place, reprend le rapporteur, eût » été tenable entre la spoliation et la mort ?
(i) Dix, suivant le compte rendu par Roberspieyre aux jacobins le i^' frimaire an II.
n Déjà les maisons destinées aux détenus , ne » pouvoient plus suffire, et les listes fatales » se multiplioient. Des milliers de citoyens » avoient été transportés , chargés des chaînes » du crime , dans plusieurs villes de l'inté- » rieur , quand enfin les t^Tans s'occupèrent » de leurs destinées. »
» Ce fut le 27 vendémiaire de l'an II, que la » propagande réî^oliiHonnaireXmi sa première » séance sous la présidence de Monnet ; cette » monstrueuse association étoit composée des » émissaires de diverses sociétés populaires de » dix à douze départemens, appelés et désignés » par les représentans du peuple en mission » dans le département du Bas-Rhin et aux » armées, et dans les soixante membres ou en- *> viron qui les formoient, on comptoit à peine » trois ou quatre individus chez lesquels l'amour » de l'humanité n'étoit pas éteint, et que les » circonstances avoient placés là.
» Dans le même temps Schneider, déjà » accusateur public près du tribunal criminel, » étoit commissaire civil à la tête de Tarmée « révolutionnaire et membre de cette propa- » gande.
» Marat n'avoit demandé que deux cent » mille tètes , mais Jiissent'ih un million ,
( 256 ) » disoit Baudot, dans la séance du 19 frî- » maire de Tan II, détruisons - les entière- » ment.
» Le 23 du même mois, dans le même lieu , » un orateur dont le nom ne m'est pas connu , » s'écrioit, en parlant des détenus et des sus- « pccts : Hérode ne fit-il pas massacrer tous » les e.nfans qui éloient dans ses Etats P Oui , » la mesure d'exterminer les gens suspects est » nécessaire et vigoureuse.
» En effet, le massacre des de tenus fut arrêté; » les moyens d'exécution manquèrent et furent » 11* seul obstacle qui l'empêcha. Il fallut donc » faire en détail ce qu'on n^avoit pu exécuter » d'un seul coup. »
Ici le rapporteur fait connoître quelques traits pris au hasard entre mille autres, pour donner une idée de la scélératesse des tyrans des départemens du Haut et Bas-Rhin, et de la terreur inouïe qui fit déserter ces malheureux départemens.
Il cite un malheureux ayant une jambe de bois, qui fut conduit au supplice sans autre crime sinon qu'il ne pouvait plus servir la république (i). Une femme enceinte fut ira-
(j) Paroles de SCHNEiDER,
( 2S7 ) molée à Schelestadt , avec l'enfant qu'elle portoit dans son sein, comme suspecte. Un capitaine de gendarmerie qui avoit refusé ses chevaux et ses pistolets à Schneider, périt pour ce crime. Un propriétaire de maison qui avoit augmenté le prix de ses loyers ,' périt pour avoir déprécié les assignats ; sa maison fut rasée. Sous des prétextes semblables ou plus dérisoires encore , on conduisit à Féchafaud huit cultivateurs de Grispolzheim ;
Un laboureur de Gresswilles ;
Un garde forestier d'Epfig ;
Deux vignerons de Scherville ;
L'agent national de Dambag.
Le juge de paix d'Epfig , Kuhn, fut immolé dans la basse-cour de sa maison , sous les yeux de ses enfans , de sa femme , de ses amis , tandis que l'ordonnateur des supplices, Schneider,étoit à table chez l'hôte qu'il envoyoit à l'échafaud, et dont le seul crime étoit d'avoir été receveur du cardinal de Rohan. Le rapporteur raconte la fm de Schneider; «mais,- » ajoute-t-il, par son supplice , les habitans » du Bas-Rhin n'eurent d'autre avantage que » de compter un ennemi de moins , et la » terreur ne fit qu'y changer de forme et de » maifis, »
( ^^58 ) Le rapporteur fait connoître divers arrêtes, un, entre autres, .s/i;//e Baudot et Llman , portant : Dix lignes suffisent et au-delà pour chaque objet de pétition ; ceux qui en écriront davantage seront suspectés de vouloir mettre des longueurs à la révolution, «c Je ne » parle pas, continue le rapporteur, de mille » autres jugemens de mort plus atroces les » uns que les autres , rendus contre des Ju hommes que ces monstres appeloîent sus- » pects ^ et contre un nombre infini d habi- * tans de la caojpagne , à raison de la loi du » maximum ; je ne parle pas de mille faits » de concussion , de spoliation , de la plus » révoltante immoralité, de mille autres ju- » gemens de déportation , de ces réquisitions » forcées en subsistances , denrées et habil- » lemens qui ne laissoient aux babitans de » ces contrées , jadis si florissantes , que les » larmes et le désespoir ; de celles en hommes, » en chevaux , qui privoient l'agriculture de » ses premiers moyens; de ces taxes révolu- » tionnaires, dont les tyrans employoient le » produit à satisfaire leur Inxe et leur intem- » pérance ; ni enfm de ces listes de proscrip- » tion dont on feroit un gros volume , ni de » ces arrestations sans nombre qui dépeu-
( 2^9 ) » ploient les manufactures , les ateliers , les » villes et les campagnes.
» Je ne vous ai pas fait voir rUniversité )» de Strasbourg déclarée fédéraliste; tousses » professeurs arrêtés, les régens, les maîtres » d'école, et tous les instituteurs publics et » particuliers jetés dans les cachots. . . . J'ai » laissé à l'histoire à dire à la postérité, com- « ment on força , par toutes les tortures de » la crainte et de la politique , les infortunés » habitans du Haut et du Bas-Rhin à renoncer » à leurs moeurs, à leurs coutumes et à leur « langage. »» (^Moniteur du 1 1 fructidor an /^.)
En effet, ce dernier genre de violence fut l'objet d'un décret du 8 pluviôse an II, qui établit des instituteurs de langue française dans chacune des communes des départemens où l'on parloit l'allemand, le bas-breton, le basque, l'italien , etc. Barrère qui fit rendre ce décret, vouloit (ainsi que Grégoire (i), et tous les deux, au nom de la liberté) , faire disparoître ces divers idiomes. Barrer E fit sur cette matière , un rapport fort curieux. Voici ce qu'il disoit des départemens du Rhin
{i) Voyez dans le Moniteur du iH prairial an II, un rapport fort curieux de Grégoire, sur la Nécessiié de rés>uli*donner la langue française.
et de la nécessité d'en bannir la langue alle-r. mande : « L'empire du langage et rintelli- )) gence qui régnoit entre Jios ennemis cTAl- » lemagne et nos concitoyens du Bas-Rhin , » est si incontestable , qu'ils n'ont pas été » arrêtés dans leur émigration par tout ce » que les hommes ont de plus cher, le sol » qui les a vus naître , leurs pénales et les n terres qu'ils ont fertilisées. La différence î) des conditions, l'orgueil a produit la pre- » mière émigration qui a donné à la France » des milliards; la différence du langage^ le » défaut d'éducation , l 'ignorance , ont produit » Id seconde émigration^ qui laisse presque » tout un département sans cultivateurs. »
Ainsi ce n'étoient pas les bastilles et les échafauds , ce n'éloit pas la pro})agande révolutionnaire de Monnet, ce n'étoient pas les guillotines de Schneider , ce n'étoient pas les taxes révolutionnaires , les tribunaux révolutionnaires , et toutes les autres institutions des représcntans en mission , qui avoient mis en fuite les malheureux cultivateurs de ces contrées : c'éloit l'ignorance du français. Le malheur de^ Alsaciens éloit de ne pouvoir** comprendre les droits de l'homme , et tous les décrets de la république , appliqués par les rc-
( ^6i ) présentans en mission. Celte ignorance , qui ne pouvoit être guérie par l'idiome allemand de l'Alsace, avoit mis cette province à feu et à sang; voilà pourquoi on lui donna des instituteurs qui furent chargés d'enseigner tous les jours la langue française et la déclaration des droits de l'homme à tous les jeunes citoyens des deux sexes ^ « que les parens furent tenus » d'envoyer à ces instituteurs , lesquels étoient « nommés par les représentans en mission , 3) sur l'indication des sociétés populaires , qui » elles-mêmes étoient invitées à propager l'éta- » blissement des clubs pour la traduction vo- » cale des décrets et des lois de la république , » et à multiplier les moyens de faire connoîtrc » la langue française dans les campagnes les >» plus reculées. » ( Décret du 8 pluviôse an II.)
Tel fut le dernier bienfait des représentans en mission sur les bords du Rhin. Il n'est personne qui n'en sente le prix, et les bons Alsaciens surtout durent être confondus d'une marque d'attention si touchante. Tandis qu'ils nageoient dans le sang, quelle consolation pour eux de recevoir des leçons de langue française, et d'apprendre à lire dans les lois et décrets de la république , source si abondante d'ins-
truclions et de lumières! Mais ce cours detudes fut abrège' ; une puissante diversion y fut apportée par le 9 thermidor, journée Vitale à quelques uns des représenlans en mission. Saint-Just et Lebas furent proscrits avec RoBERspiERRE, leur collègue. Mis tous les trois hors la loi , l'un s'ôJa la vie , tandis que les deux autres, livrés à Tesécuteur, furent mis à mort sans jugement préalable. Rulh v^t RuAMps eurent bientôt le même sort (dans les journées des 12 germinal et i*' prairial), et HÉRAULÏ - Sechelles les avoit précédés à l'échafaud :tous les cinq victimes des réactions politiques , tous éminemment dignes des regrets des libéraux qui , protecteurs nés de tous les opprimés, ne doivent pas plus négliger la cause des proscrits du 27 juillet 179I ( 9 thermidor ) , que celle des bannis du 8 juillet 181 5; deux journées qui doivent leur être également odieuses , si toutefois la haine de la dernière n'est plus forte , comme plus récente et plus féconde en proscriptions. En effet , sur sept représcntans envoyés sur le Rhin , et ramenés par le 20 mars sur la scène politique , cinq ont succombé à la journée du 8 juillet; savoir Baudot, Borie, Guyar- I3IN , Lacoste cl M/lhaud. Deux seulement,
Couturier et Dentzel, ont échappé à la terreur de i8i5, grâce à leur absence de l'Assemblée , lors du procès de Louis XVI ; et loin d'elle proscrits , l'un d'eux (Dentzel), a augmente le nombre des candidats à la Chambre des Députés, et il a été présenté aux électeurs du Bas-Rhin comme un homme dime grande fermeté de caractère, {y oy. Vindépendant du 3 septembre 1819.)
Missions de Mayence.
Le premier missionnaire que la république ♦ à peine décrétée , envoya dans cette place forte , fut le général Custine , qui y pénétra à l'aide de ses intelligences et de l'argent qu'il y avoit répandu. Il en surprit la petite garnison qui capitula sans avoir essayé de se défendre, le 2t octobre 1792.
Les premiers fruits de la mission furent rétablissscment d'un club des amis de la liberté et de V égaillé^ l'arrestation des banquiers, la fuite des familles les plus considérables. 11 y resta , pour former et présider le club , assez de chauds patriotes , entre lesquels on distingua
( 264 ) un docteur appelé Bohemer, qui vint y lire une proclamation importante adressce à llauiianité opprimée. Le général Gustine ne dédaigna pas de venir y prononcer un discours plein de patriotisme et d énergie. ( Moniteur du 6 novembre 1792.)
Le club s'empressa de demander la réunion du pays à la France. 11 eut pour organe et défenseur officieux , dans le sein de la Convention , le représentant Rulh , qui dit dans la séance du 3 novembre : « Si vous voulez » que le peuple de Mayence vous serve de y* rempart contre les tyrans, assurez-lui votre » assistance dans Ta lutte qu'il aura à soutenir » contre tous les princes , le haut et le bas :» clergé , enfin , contre tous les suppôts du :» despotisme et de la tyrannie (i). » L'Assemblée renvoya d'abord l'affaire au comité de législation. Sur les nouvelles instances du même orateur, elle rendit, le 19 novembre, le fameux décret portant qu'elle accorderoit fraternité et secours à tous les peuples qu^ voudroient recouvrer leur liberté.
Le i5 décembre suivant, nouveau décret par lequel , fidèle au principe de la souve-
(1) Moniteur du 4 novembre.
raineté du peuple qiU ne lui permettait pas de T'econnoitre aucune autorité qui J portât atteinte , la Convention fixa les règles à suivre par les généraux de la république , dans les pays où ils porterolent les armes.
Ce décret fut précédé d'un rapport de Cameon (organe des comités de finances , militaire, diplomatique), et suivi d'une proclamation dans laquelle la Convention annonçoit aux peuples devenus sa conquête , les délices de l'âge d'or : « Vous êtes , leur disoit-elle , » dès ce moment, frères et amis, tous ci- » toyens , tous égaux. Formez - vous sur-lc- » champ en assemblées de communes; hâtez- » vous d'établir vos administrations provi- » soires (i) ; les agens de la république fran- » çaise se concerteront avec elles pour assurer » votre bonheur et laj}'aternité q'âi doit exister » désormais entre nous. » Effectivement la Convention, par décret du i8 décembre, expédia aux Mayençais trois de ses membres, Rewbell , Merlin ( de Thionville ) , et
(i)Tous les agens de l'ancien gouvernement, nobles, en étoient exclus. Il falloit absolument, suivant l'expression du rapporteur, une administration de sans-culottes. [Moniteur du 18 décembre.)
( 266 ) Haiissmann, personnages qui dcjà avoicnt montré, dans les deux premières assemblées, leur aptitude aux missions. Rewbell , exconstituant , étoit connu , par toutes sortes de motions plus ou moins atroces contre les émigrés, les prêtres, et spécialement contre le cardinal de Rohan ,révéque de Bâle , etc. etc.
Merlin , huissier à Thionville , avant d'élre élevé au rang suprême de législateur , ne s etoit pas seulement distingué à la tribune de l'Assemblée législative ; il s'étoit l'ait connoître par d'autres exploits ^ avoit marché le lo août contre le château des Tuileries, et armé de deux pistolets , avoit, suivant l'expression de son honorable collègue Chabot , porté Veffr-oi dans Vâme du tjrcui (i). A la tin de la session , il avoit annoncé l'intention d'entrer dans \^ corps des douze cents tjrannicideSy proposé par Jean Debry.
Haussmann , moins célèbre que ses deux collègues , s'étoit fait remarquer seulement le i3 août 1792 , en faisant décréter l'évacuation des maisons royaUs^ pleines , dit-il , de
(i) Moniteur ^M. 10 aoÛL 1793.
prêtres insermentés et de gens suspects (^Moni leur du i5 août 1792) (i).
Tels ëtoient les trois reprësenians auxquels fut contiéc la mission de Mayence.
Mission de Rewbell , Merlin et Hauss- MANN , à Majence.
Les trois commissaires partirent avec la resolution d'écrire peu et d'agir beaucoup. C'est un renseignement qu'on trouve consigné dans leur première dépêche en date du 6 janvier iygo;ilssVréféroient auxleltresqu'ils avoient adressées à divers comités , pour faire connoître leur siiuaiioii politique , militaire et financière. Ils terminoient celle-ci par leur vote sur Louis XVI , conçu en ces termes ; cf Nous sommes entourés de morts et de » blessés. C'est au nom de Louis Capet que » les tyrans égorgent nos frères, et nous ap- )) prenons que Louis vit encore ! Sig7ié H Avss- » MANN, Rewbell, Merlin, de Thlon- » ville. » ^Moniteur du 12 janvier lygo.)
(O Elles ne pouvoienl plus renfermer les prisonniertdu Temple.
C 368 ) Ces votes réunis ctoierit accompagnés d'un vote exprimé séparément , et d'une manière à la fois plus claire et plus énergique , par Merlin. Après avoir observé qu'il ne pouvoit penser qu'en l'envoyant sur les bords glacés du Rhin y l'Assemblée eût voulu le priver d'émettre son vœu y Merlin /e/zze/to/f dans les termes suivans : « Je pense que la Con- » venlion peut punir le tyran , mais n'a pas » lef" droit de le sauver. Moi , j'ai conservé » celui de venger mes frères ^ dont le sang a » coulé sous les murs de la Bastille , à Nanci , )) au Champ-de-Mars, dans les plaines de » Châlons, et ceux qui s'immolent tous les » jours à la pairie, sous mes yeux, et tom- » bcnt en la défendant contre les despotes » dont la cause est liée à celle de Capet. Je )) crois que la mort du tyran peut seule assurer » la liberté, et servira d'exemple aux autres i) Rois et aux prétendus maîtres du monde , )) quoi qu'en dise M. Burke. Je vote donc » pour la mort de Capet, et la prompte exé- » cution du jugement. Je demande qu'à l'ap- » pcl nominal , moti vœu soit compté.
» .S7^/?e Merlin (i). »
(i) Moniteur du 12 janvier 1793.
(=69) On est étonné qu'en faisant nne mention honorable de ses frères de la Bastille et de Châlons , le représentant passe sous silence ses Ji'ères dii^ lo août; ce qui élonne moins, c'est cette logique , où d'une part, les représentans émettent leur vœu régicide^ pour venger , disent-ils , leurs frères égorgés au nom de Capet ^ et de l'autre reconnoissent que \çuYsfrcres tombent en défendant la patrie (à Mayence ) , contre les despotes dont la: cause est liée à celle de Capet : logique de tigres altérés du sang de la royale victime , à laquelle ils imputent à crime les efforts (hélas! impuissans) de libérateurs armés pour leur propre cause ! Trois mois après ces voles , l'un des votans, Haussmann , vint en personne rendre compte à la Convention de l'élat de Mayence, où l'arbre chéi-iâe la liberté avoit été planté sur la place principale de la ville , au bruit du canon et aux acclamations d'un peuple immense ( Moniteiu^ du zS janvier 1793), où une convention avoit été formée, et « avoit déclaré son- iiidépetidance ^ voté la dé^ t chéance de tous les chanoines , prêtres , » magistrats héréditaires, et décrété à l'una- » nimité sa réunion à la république fran- « çaise. » {Moniteur du i*' a^^rrl lygS )
Voilà ce qui regardoit la situation politique. Quant à la situation militaire, Hauss- MAMN assura que Mayence ne serait jamais livrée, tant que ses deux collègues , Merlin et Rewbell/ seraient (i). En effet, ceux-ci nuindoient, le 3 avril, la déterminatian qu'ils avoient prise de s'enfermer à Mayence, et de mourir, s'il le fallait (2) ; résolution qui pénétra la Convention nationale d'un sentiment d'admiration , que le président fut cbargé de leur exprimer. «Je vous félicite, leur écri- » voit-il , au nom de l'Assemblée , d'avoir été » à même de donner aux intéressans Mayenn çais, nos frères adaptifs , cette marque » d'attachement...., et d'avoir montré que i> les représentans du peuple français ne » craignent pas plus les efforts de la tyrannie » sur les remparts d'une vil}e assiégée, qu'à » la tribune nationale (3). »
Ainsi parloit du haut de la tribune nationale , le 23 avril 1 793, le président Lasource ; mais trois mois après (le :i3 juillet), la garnison de Mayence , commandée par le général
(^1) Moniteur du i" avril lyyS.
(2) Moniteur dvL 22.
(3) Moniteur du 2Ù- août 1793.
( 27») Doyrc, capituloll, trouvant, sans doute, que les efforts de la tyrannie étoient moins faciles à repousser du Iiaut des remparts d'une ville assiégée et livrée aux horreui-s de la faim , que du haut de la tribune nationale , d'où le président lançoit tarit de décrets , et même des complimens. Cette nouvelle fut annoncée à la Convention par Maribox-Montaut et Sou- BRANY, représentans attachés à l'armée de la Moselle , qui trailoientla capitulation ô^ infâme , et appeloient la vengeance des lois sur ceux qui l'avoicnt signée. En effet , la Convention entra en fureur, mit en accusation le commandant, avec tous les officiers d'élatmajor de la garnison, et ordonna aux représentans du peuple, près la girnison, de se rendre sur-le-champ dans le sein de la Convention pour y être entendus sur la reddition de Mayence. (Décret du 28 juillet i7y3 } Ceux-ci arrivés , n'eurent pas de peine à prouver la nécessité où ils avoient été d'abandonner leuTsJi'ères adopiifs , auxquels ils avoient apporté les horreurs de la faim et de la guerre, en exécution du décret qui leury^roniettoit secours et fraternité. 11 n'éloit pas fort difficile de justifier une garnison qui n'avoit pas besoin de leurs éloges , et qui fut bien
mieux dëfenilue par un de ses chels Aubert- DuBAYET ; elle fut envoyée avec les deux représenlans dans la Vendée, oîï elle ne montra pas moins de valeur sans avoir plus de succès. Les déserts incendiés du so| fertile de la patrie, reçurent les débris des soldats échappés aux ruines de Mayence , instrumens intrépides autant qu'infortunés de tant de décrets yyvzternels.
Cependant il falloit une grande victime pour expier un grand affront, et on ne la chercha pas loin. La Convention déchargea toute sa fureur sur le général Custine qu'elle avoit rappelé de l'armée du Nord , puis mis en arrestation , et enfin en accusation par le décret même rendu contre la garnison de Mayence, le 28 juillet. Le procès de Custine commencé le 16 août, fut continué avec solennité jusqu'au 27, jour du dénouement; le 28 , ce général expia , sur Téchafaud, les deut capitulations de Mayence , celle qui Ty avoit introduit le 21 octobre 1792 , et celle qui en avoit fait sortir la garnison le 23 juillet lygS.
Telle fut pour Custine l'issue d'une mission où il avoit moins signalé ses talens que son patriotisme. On le poursuivit jusque darïs son fils, auquel il avoit adressé des adieu^f ton-
chans , et qui fut immolé l'année suivante sur le même échafaud où le père avoit péri avec beau^ coup de fermeté et des sentimens de religion. Les trois représentans continuèrent à remplir des missions , soit dans la Vendée , soit aux armées du Rhin et du Nord , où ils furent renvoyés. La France dut même à l'un deux, Haussmann , la découverte de l'instrument de fer où avoii été attaché Drouet, son collègue ; il le trouva à Bruxelles, et Frécine l'apporta à la Convention qui en ordonna une exposition publique, à Paris, et en fit envoyer le dessin à toutes les puissances amies de la république (i), (qui n'étoient pas nombreuses). Les représentans ne se reposèrent qu'après avoir acquis une fortune qui fut un foible dédommageaient de leur dévouement à la cause de la liberté et de l'égalité. Rewbell est mort après avoir été l'un des cinq directeurs de la république , sans être atteint par la terreur de i8i5, qui n'a pas troublé davantage le repos de ses deux collègues.
(ï) Moniteur du 27 fructidor an II, où il faut lire le discours de SERGENT, qui dit, entre autres choses : « Donnons souvent de pareils spectacles au peuple, que » notre morale soit tout en exemples. »
Mission de Mallarmé dans les départemens de la Moselle , de la MeuHhe , et de la Meuse.
Mallarmé , député de la Meurthe à la Convention nationale , y vota la mort de Louis XVI sans appel ni sursis , en disant : a II est temps que les représentans de la na- » tion française apprennent aux autres nations j) que nous ne mettons aucune différence entre » un Roi et un citoyen. »
Mallarmé, ainsi préparé à la carrière des missions , fut envoyé , au mois d'août 1 798 , dans les départemens de la Moselle et de la Meurthe, pour y faire exécuter le décret du 16 du même mois, sur la levée en masse (i).
(i) Mallarmé fut quelque temps en mission avec RuAMPS et BoRlE, et c'est à ces trois reprësentans que Lacoste et Baudot écrivoient : « Quant aux aristocrates » et aux f..... Alsaciens , nous vous promettons d'en avoir » soin , et sans la loi sur le tribunal révolutionnaire , qui » nous lie les bras, nous en aurions déjà fait une jolie » fricassée. Mais ils ne perdront rien pour attendre , » parce que nous espérons que vous nous ferez donner » des pouvoirs extraordinaires pourfranciser ces coquins. » (^Moniteur d\x 18 prairial an III, 6 juin 1793.)
La manière dont Mallarmé remplit sa mission dans la Meurthe, est retracée dans un décret d'arrestation, rendu contre lui le i" juin lygS, où il est « prévenu d'avoir fait M des proclamations qui ne respirent que le » sang; d'avoir fait périr un grand nombre » d'innocens ; d'avoir arraché aux femmes et » aux filles des croix d'or et d'argent, sous » prétexte que c'étoient des signes de fana- » tisme ; d'avoir mis en réquisition tout ce » qui lui plaisoit pour sa table et pour ses » autres besoins, et de n'avoir jamais rien )) payé, pas même les chevaux de poste, ni » les postillons qui le conduisoicnt ; d'avoir » créé des tribunaux d'assassins; d'avoir dit, » dans im discours imprimé, que la majorité » du peupte français étoit mauvaise , et que » la minorité seule éloit bonne. » ( Moniteur du 17 prairial an lU, S juin 1790. }
Décrété d'arrestation le i3 prairial an III, compris dans l'amnistie du 4 brumaire an IV, ramené sur la scène politique le 20 mars , et nommé sbus-préfet d'Avesnes, Mallarmé est une des victimes de la terreur à\x 8 juillet 181 5.
Faure , député de la Haute- Loire à la Convention , oii il vota la mort de Louis X\I, sans appel ni sursis , fut envoyé dans la Lor-
(^76) raine après Antoine Levasseur et Mallarmé; ceux-ci avoient levé des hommes ; Faure fui chargé de lever des chevaux, et reçut des pouvoirs illimités pour tout autre objet (i). J'ignore à qui il faut attribuer les horreurs dont cette province devint le théâtre. Les seules villes de Sarrelouis et de Sarguemines ( Moselle ) virent périr plus de trois cents personnes, entr'autres le vieillard Schmitt, iigé de quatre-vingt-douze ans, sourd et aveugle, qui fut envoyé à l'échafaud avec sa tille, l'un et l'autre comme contre-révolutionnaires. Dix administrateurs du môme département, et Poutet, procurcur-général-syndic , furent envoyés au tribunal révolutionnaire à Paris , pour avoir suspendu arbitrairement la vente des biens de l'abbaye de "Wagdasse, et furent exécutés au mois de floréal an IL (Voyez le rapport de Lozeau , du 27 germinal an H, et le Moniteur du 21 floréal.) Le département de la Meuse n'est pas moins célèbre que les deux autres , par le nombre de ses victimes. La ville de Verdun vit partir pour l'échafaud révolutionnaire de Paris , trente-trois de ses habitans, au nombre des-
(i) Moniteur du 16 brumaire au II, 6 novembre 1790.
( 277 ) quels ëloient ces jeunes filles dont le crime étoit d'avoir présenté des fleurs au Roi de Prusse, lors de son entrée dans cette ville au mois de septembre 1792 : elles furent immolées le 12 floréal an IL La Biographie des Hommes vivans attribue leur arrestation à Mallarmé ; et Tauteur de la Vie des Députés de la Convention attribue à Faure les exécutions de Sarrelouis et de Sargucmines. Pour nous qui ne faisons que recueillir la correspondance des représentans en mission , et qui ne trouvons aucune lettre de Mallarmé ni de Faure sur ces exécutions, nous nous bornons à déplorer le sort de ces deux représentans, victimes de la terreur du 8 juillet 181 5-
Mission de sijc régicides dans le département des Ardennes.
Le département des Ardennes fut le partage des représentans attachés à l'armée du même nom , et de plusieurs -au très qui s'y succédèrent pour remplir des missions diverses. Nous en comptons six qui s'y firent remar- <]uer d'une manière particulière, et dont la
( ^78) correspondance atteste les opérations : ce furent Bo (de l'Aveyron), Coupé (de TOise), Hentz (de la Moselle), Levasseur (de la Sarthe) , Massieu (de TOise) , et Ruox (de la Haute-Marne). Il y avoit dans ces six envoyés un évêque constitutionnel , Massieu , deux prêtres constitutionnels, Coupé et Roux, un médecin, Bo, un chirurgien , Levasseur, et enfin un huissier, Hentz,
Hentz , Bo et Coupé furent envoyés dans les Ardennes au mois d'octobre 1793. Ils étoient chargés d'y épurer les autorités. Arrivés à Sedan , ils débutèrent par la destitution et l'arrestation des administrateurs et des officiers municipaux qu'ils firent conduire dans les prisons de Reims. Voici les considérans de l'arrêté qu'ils prirent à ce sujet le 2 brumaire an II (24 octobre 179^)-
« Considérant que les patriotes sont depuis » long-temps comprimés dans le département 3) des Ardennes et particulièrement à Sedan , 3i sous les yeux des administrateurs ;
» Qu'ils (les administrateurs) ont convo- » que au mois de mars dernier à Mézières « une assemblée extraordinaire , composée de » messieurs , de riches , de militaires , à l'imi- >' tation de Nancy, de Bordeaux, de Mar-
( ^79 ) » seille et de Lyon , où le fédéralisme a e'té » proposé.... ;
» Qu'aucune loi révolutionnaire n'a été en » son temps mise à exécution dans ce dépar- » tement , où cependant le peaple est bon, » et désire que la révolution s'achève...;
» Qu'ils attiédissent l'esprit public par la » faveur marquée qu'ils accordent aux enne- » mis de la révolution , et par la persécution » qu'ils font éprouver aux hommes forts de » caractère ^ ^t amis chauds de la révolution ;
» Que les gens suspects ne sont pas mis en •n état d'arrestation : qu'ils ont fait mettre en » liberté , par leurs intrigues , ceux qui avoient » été renfermés par les comités de surveillance;
)) Arrêtent que le directoire du départe- » ment des Ardennes , et le conseil général » du même département sont destitués de » toutes fonctions administratives ;
» Requièrent le commandant de la force » armée du même département de les mettre » sur-le-champ en arrestation pour les faire » conduire de suite , et sans désemparer, à » Reims, dans la maison d'arrêt dite de Belle- » Cour.... Signé Bo , Hentz , J. M. Coupé jj (de l'Oise). » (^Moniteur du ii brumaire an II , i" nocembre 1793.)
Nous pouvons remarquer ici que ces adminislrateurs furent un peu plus tard conduits de Reims à Paris, et qu'ils périrent tous sur rëcliafaud révolutionnaire ; ils furent immolés le même jour au nombre de trente-deux (i) , ayant à leur tête le maire Desrousseaux et le procureur de la commune , Lenoir.
Cependant les trois représentans se rendirent à Givet, et y prirent un nouvel arrêté d'épuration , qui n'est pas moins curieux que le précédent.
« Voulant, disent -ils, rendre efficaces » les lois révolutionnaires , et faciliter les )) moyens d'exécution qui vont être employés 3> par les nouveaux administrateurs du dépar- )) tement , nous avons arrêté ce qui suit : »
Suivent des dispositions portant que tous les fonctionnaires publics du département seront renouvelés par les représentans , d'après les renseignemens fournis par des commissaires des sociétés populaires de Sedan , Givet, Philippeville et Mouzon, lesquels se transporteront dans les districts et municipalités.
Cet arrêté fut transmis à la Convention , accompagné d'une dépêche ainsi conçue :
(i) Le i5 prairial an II , 3 Juin 1 794.
(( Nous venons de prendre des mesures vi- » goureuses pour ne laisser en place aucune « autorité constituée entachée d'incivisme...
M II étoit temps de délivrer le peuple de » Tinfluence des ci ■ devant chapeaux noirs. M Lorsqu'il sera dirigé par ses vrais amis , j) nul sacrifice ne lui coûtera pour défendre » la liberté; mais II demande qu'on enlève à » ses ennemis... l'or et l'argent qu'ils emu ploient pour égarer et corrompre l'esprit » public, et retarder l'affermissement de la » république. Il faut absolument nationaliser » ces superjluités lihcrticidcs. La richesse nuit M à la sûreté , et conduit rarement à la vertu. » Salut et fraternité. Signé Bo et Hentz. » ( Moniteur du 20 brumaire an II ^ 10 novembre 1794- )
Telle fut la mission des trois représentans dans les Ardennes. Leurs services , nécessaires ailleurs , les firent rappeler d'un département qui , sous la direction de nouveaux fonctionnaires , put se passer quelque temps de représentans.
Hentz fut envoyé dans le Palatinat, où il livra aux flammes la ville de Couselle , sous prétexte qu'il y avoit circulé de faux assignats, et entassa des victimes vivantes sur des victimes
mourantes^ suivant l'expression de Merlin, de Thionvillc. (^Moniteur du i6 germinal an m.)
Les malheureux habitans de Couselle envoyèrent à Paris, en Tan III, des commissaires auxquels la Convention accorda douze mille livres de secours pour retourner dans leur pays ; elle ajourna le surplus de leurs demandes. {Moniteur du 12 messidor an IIL) Cependant le besoin de fêtes civiques se fit sentir à Sedan , et l'on y envoya Roux et Massieu , qui vinrent inaugurer le temple de la Raison. Cette cérémonie, • long -temps retardée, n'eut lieu que le 20 ventôse an II , 10 mars T794. Les représentans en informèrent la Convention par la lettre suivante :
« La Raison a aussi son temple dans la » commune de Sedan ; l'inauguration en a » été faite hier avec solennité : Massieu et » moi , précédés de la musique militaire et M de celle des amateurs, accompagnés par » toutes les autorités constituées > suivis d'une » foule immense de peuple qui soupirait de- » puis long - temps après une fêle civique , >» nous nous sommes rendus à ce temple, » où les prétendus réformés et les soi-disant
( =83) » catholiques se jouèrent tour à tour de la )) crédulité des peuples.
» Massieu en a commencé la purification » par un discours où il a peint le fanatisme » sous les couleurs capables d'en préserver à » jamais les peuples. Je lui ai succédé à la » tribune , pour faire pressentir aux citoyens » les avantages qu'ils doivent retirer de la cé- » lébration des décades ; j'y ai solidement » établi les principes qui assurent le bonheur » des peuples dans un gouvernement répu- » blicain. J'en ai conclu la nécessité de com- » battre les despotes jusqu'à leur entier » anéantissement.
» Les cris mille fois répétés de vii^e la repu- » blique! viveni les représentans du peuple! » vii>e la montagne ! ont prouvé combien « les Sedanois sont sensibles aux doux accens » de la Raison quand elle leur fait entendre » sa voix. » (^Moniteur du 26 ventôse an II y 16 mars 1794- )
La Baison ne pouvoit pas assurément avoir de plus dignes organes que Roux et Massieu. Deux ex-prétrcs, qui avoient commencé par se purifier eux mêmes en abjurant, étoient bien propres à purifier l'église de Sedan , érigée en temple de la Raison. Dieu
( 284 ) sait de quels accens dut retentir cette chaire devenue une tribune , oii toutes les maximes de la morale républicaine purent être solidement établies par les disciples d'Hébert et de Chaumette. Malheureusement la dinsion se mit entre les deux représcntans , et il fallut les remplacer par un troisième. Ce fut Le- VASSEUR (de la Sarlhe), déjà connu par diverses missions dont il vint terminer le cours dans les Ardennes.
Levasseur ne s'amusa pas à charmer les oreilles des Sedanois par les accens de son éloquence ; mais il s'appliqua à les frapper par les actes d'un bon montagnard. On peut juger de sa mission , qui dura trois mois » par le compte sommaire qu'il en rendit aux jacobins le i" messidor an II, 19 juin 1794-
« Il y avoit, dit -il, dans les Ardennes, « beaucoup de contre-révolutionnaires ; j'en » ai fait arrêter un bon nombre , dont plu- » sieurs sont tombés sous le glaive de la loi ; » d'autres sont traduits devant le tribunal M révolutionnaire.» (^Moniteur du S messidor an 11^ iZ juin 1794.)
Telle fut la mission des Ardennes. Parmi ceux qui la remplirent , il y en eut quatre , Bo,Hentz, Laurent et Massieu, qui furent
quelques instans victimes de la réaction du 9 thermidor. Décrétés d'arrestation , ils furent accusés « d'avoir porté la terreur et la désola- » tion dans les Ardennes , d'y avoir prêché » publiquement les doctrines les plus incen- » diaires et les plus destructives de la morale » publique ; d'avoir mis en place et protégé les » plus grands scélérats ; d'avoir envoyé à l'é- » chafaud trente-ileux fonctionnaires publics « de ce département ( i ). » Mais ils furent compris dans l'amnistie du 4 brumaire an IV. On les avoit tous oubliés , lorsque le 20 mars a ramené sur la scène politique , Hentz , Levasselr et Roux, qui ont été frappés tous les trois par la terreur du 8 juillet 181 5. Le premier s'est retiré à Philadelphie , le second à Coblentz , et le troisième à Nuy, où il est mort après avoir reconnu ses égaremens et s'être réconcilié à l'Eglise. Reste à rappeler Hentz et Laurent, pour lesquels les avocats des bannis doivent redoubler d'ardeur et de zèle. Massieu est mort laissant une veuve qui éloit sa troisième femme. C'eût été , sans doute, trop peu de l'abjuration et du mariage
(i) Rapport de Girod-Pouzol , dans le Moniteur du. 27 thermidor aa IH, i4 août 1795.
dans un évéque; il falloit que tout cela fût couronné par le divorce.
Mission de cinquante-deux régicides à t armée du Nord.
Le 26 août 1792» Jean Debry , l'un des commissaires envoyés à l'armée du Nord , avoit proposé à TAssembléc législative la création d'une légion de tjrannicides destinée à combattre les Rois corps à corps. L'assemblée , à qui cette proposition avoit paru toute simple » 1 avoit écoutée sans étonnement; cependant elle n'y avoit pas donné de suite, et sentant parfaitement que la légion se formoit d'elle-même , et sans l'intervention d'aucun décret , elle laissa aux événemens le soin de la produire et de la présenter aux Rois et aux peuples. En effet, le 21 janvier 1793 fit apparoître au grand jour cette légion de tyrannicides qui, de Téchafaud de Louis XVI, s'élança tout armée, c'est-à-dire toute couverte du sang de la victime royale, et dévouée à répandre le sang de tous les Rois et a renverser tous les trônes.
A la vérité, cette légion de tyrannicides , unis d'intérêt par un même régicide , se dispensa de combative les Rois corps à corps; mais ce qui lui manqua en bravoure , elle l'eut en haine. Elle vociféra contre les Rois un langage infernal qui, en excitant les combattans, la tenoit elle-même loin de la mêlée, et à la manière dont ils agirent, on eût dit que les tyrannicides n'avoient pris d'autre engagement que celui de se conserver , en immolant, s'il le falloit , à leur salut, jusqu'au dernier des Français. Pouvoient-ils , en effet , avoir d'autre pensée , soit dans ces levées immenses d'hommes, d'argent, de chevaux, soit dans celte double destruction de Français , les uns immolés sur les échafauds do rintcrieur, comme ennemis des régicides ; les autres transportés sur la frontière pour y combattre les satellites des tyrans , tous cernés par les guillotines des tjrannicides.
Certes, quand on considère les efforts prodigieux de cette légion toujours loin du péril , toujours précipitantdesviclimesàla mort, qui n'est frappé de son dévouement à ce qu'elle appeloit Idi patrie^ c'est-à-dire à elle-même? Qui n'est ravi d'admiration à la vue des ressources que déploya le comité de sûreté générale pour la
sûreté particulière de chacun de ses membres? Qui n'est frappé de stupeur, à la vue des mesures que prit le comité de salut public pour son salut particulier, et celui de ses associés? Et combien l'on saisit la force de cette parole échappée à Barrère dans le désordre d'une séance orageuse , disant à ses collègues : « Je vous somme de vous réunir pour vous j> sauver vous-mêmes en sauvant la patrie(i).» Parole qui lut couverte d'applaudissemens prolongés, parole où Ton voit déchiré ce voile de la patrie^ constamment employé pour exprimer le salut individuel des soidisant représentans de la patrie, qu'il falloit quelquefois frapper sans aucune équivoque , de la nécessité de se sauver eux-mêmes ^ sans égard à la destruction de la France entière , si elle n'étoit pas de leur avis. Tel fut le but constant , comme la règle unique des missions. Celles que nous avons fait connoître sont la preuve de cette vérité , qui recevra un nouveau degré d'évidence de la mission des cinquante-deux régicides envoyés dans les départemens ou à l'armée du Nord.
Quel jeu ne se font-ils pasde la vie des Français,
(i) Moniteur du 9 mars «JtjS.
(289) soit soldats et généraux républicains , soit émigrés qu'on fusille par^/'ow/jertf<j:, pour me servir des expressions de Tun de ces représenlans î Quelle rapacité dans la levée des contributions dont sont frappées des villes réunies au nom de la souveraineté du peuple, et dans le dépouillement des églises pillées au nom de la liberté des cultes! Donnons une légère idée de ces quatre points auxquels peut se réduire la mission des représentans envoyés à l'armée du ÎSord.
Les premiers conventionnels qui parurent sur ce théâtre, furent Bellegarde, Aoust, Delmas, Doulcet et Duquesnoy, que rassemblée , dès le commencement de sa session , cjiargea de Finspeclion de l'armée du. Nord (i). Ils furent remplacés par Camus , Danton et Lacroix (d'Eure-et-Loir), dont la première mission fut courte; les deux derniers furent rappelés dans le sein de la Convention pour le procès de Louis XVI, où ils apportèrent leurs votes régicides. Le 23 janvier Lacroix rendit compte de sa mission à l'assemblée , qui lui en témoigna sa satisfiaction , en lui en donnant une seconde. (Décret du
CO Vojez leur lettre du 5 octobre 1792.
3i janvier.) Celle-ci, où Lacroix fut associe à ses deux premiers collègues et à trois nouveaux, GossuiN, Treilhard et Merlin (de Douai , eut pour objet cV éclairer le peuple belge et liégeois , de lui faire émettre son vœu sur le gouvernement quil vouloit adopter, de fraterniser avec lui, de lui exposer les avan- ' tages de notre révolution. {Moniteur du 4 ventôse an II. )
Camus, remplace par Robert (de la Seine), vint rendre compte de cette seconde mission dans la séance du 22 mars lygS, c'éloit quatre jours après la bataille de Ncrvinde, qui avoit été suivie de grandes cruautés, au rapport même du représentant : « On a vu , dit-il , des » paysans demander grâce à genoux , mais vai- » nement, et il s'est commis des barbaries. »
C'étoit là les fruits naturels que l'arbre de la liberté portoit au Nord comme au Midi ; cependant, Camus assura la Convention « qu'avec du sang-froid elle auroit toujours » àesji'ères dans la Belgique , et une armée » pour étendre les conquêtes de la libei'té. »
En effet, dit- il encore, « vous avez perdu » des hommes ; eh bien ! les volontaires ac- » courent par milliers des déparlemens, pour » les remplacer. » {Moniteur du 24 mars i yyS.)
( ^91 ) Les représentans n'y manquèrent pas ; Camus y fut envoyé pour la troisième fois , avec Bancal, Lamarqle, Quînette, et le géne'ral Beurnonville : ils étoicnt cbarge's d'arrêter Dumouriez qui les préviniL , les arrêta eux-mêmes, et les envoya en Autriche. Ils furent remplaces parCARNOT ,Gasparin,
BRIEZ , DUHEM , RoUX-FaSILLAC , DUQUES-
NOY, Dubois -Dubay et Delbrel. {Décret du 4 as>ril 1793.)
11 falloit remplacer aussi Dumouriez. On nomma Cusllne sur la demande des quatre commissaires, Ducois-DuBAY, cIBriez, Cochon et Bellegarde. {Décret du iS mai. )
Mais bientôt les soupçons s'élevèrent sur Custine , qui se rendit à Paris, et fut remplacé par Huuchard. ( Décret du i'?' août.) Ce dernier eut le même sort au bout de six semaines. Son arrestation fut annoncée par Hentz et Peyssard (commissaires nouvellement arrivés ) , et par Duquesnoy.
« L'armée , mandoient-i!s d'Arras , le 26 sep- » tembre 1793, est républicaine; elle voit j) avec plaisir qu'un traître soit livré à la jus- » tice , et que les représentans du peuple )) veillent sur les généraux. » (Moniteur du 3o septembre. )
En effet , grâce à la surveillance exercée par les rcprésentans, Cusline et llouchard furent envayes à rechafaud. Le premier périt le 28 août, et le second le 16 novembre. Celui-ci tenta inutilement de s'ôler la vie , et cette tentative donna lieu au deciet du 29 brumaire an II (19 novembre 1793), portant confiscation des biens des suicidés , soit condamnés, soit seulement traduits au tribunal révolutionnaire. Les reprcsentans de l'armée du Nord avoient soin d'envoyer des prévenus à ce tribunal. Le jour même de l'arrestation de Houcbard , BENTADOLLEctLEvASSEUR écrivirent dc Lille pour annoncer qu'ils venoient d'envoyer au tiibimal révolutionnaire dc Paris douze individus accusés d'un complot infâme. « Ils » engageoient fortement l'accusateur public j) à traiter avec la plus grande rigueur cette » affaire , » qu'ils ne font pas connoître.
Pendant le procès du général Houcbard , DuQUESNOY vint rendre compte de sa mission, et annonça la destitution qu'il avoit prononcée des généraux Mereneau , Graticn , ( hanuel , Cordeliier, Davennes , et dune gi-ande quaniité d'officiers muscadins. Sa conduite fut approuvée. (Aloiiiteur du 22 brumaire an IJ.)
Tandis que les généraux étoient envoyés à
( 293 ) Paris , les prisons de Lille regorgeoient de suspects, et les représcntans demandoient à la Convention de désigner un local pour les renferme I*. (^Moniteur du 2 septembre 17g 3. ) Cependant on en envoyoit de temps en temps à la giiilloline pèle - mêle avec les émigrés , auxquels on ne croyoit pas devoir toujours accorder la faveur de les fusiller.
« Nous avons, ccrivoit un représentant le » 22 octobre, tué hier un troupeau entier M d'émigrés sous le moulin de ^Vervick. Ua )> seul a été envoyé à Lille pour entretenir la
M guillotine Triomphe et joie aux sans-
» culottes. SigJié IsoRÉ. » ÇMoniteuv du 26 o^obre 1793.)
Quelques mois après , Richard écrivoit
d'Ypres : « Nous faisons justice d'un assez grand
» nombre d'émigrés qui nous tombent chaque
» jour sous la main. On doit en fusiller quatre
» aujourd'hui (i)- »»
A la voix d'IsoRÉ et de Châles, son collègue , la société populaire de Lille étoit sortie de la torpeur oà le modérauiisme l'avait plongée; et par son zèle la ville de Lille avoit été entièrement régénérée. {Moniteur du 26 octobre. )
;^i) Lettre du kj messidor an II, Monilew dit 20.
11 ne lui mauquoit plus qu'une armée révolulionnairc qui fut organisée par les soins des patriotes^ et Ton put d'autant plus compter sur la fermeté de sq^ principes ^ que ses officiers étaient de vrais jacobins. ( Moniteur du 12 novembre 1793. )
Grâce à la société populaire et à l'armée révolutionnaire , on eniretenoit la guillotine ., et les prisons de Lille se vid oient.
Le 3o pluviôse, Florent Guyot, autre représentant nouvellement arrivé , mandoit de Lille; «• M.Lejosne, noble, avocat, etconvaincu 3) d'intelliggnce criminelle avec les ennemis 3) de la république , a été guillotiné le 25 pluj) viose , ainsi qu'un de ses complices. Deux )) autres ont subi le même sort deux jours 3) après; et il se trouve dans les maisons d'arrêt 3) de Lille une vingtaine de personnes impli- » quées dans le même complot. Je puis vous )) assurer que la guillotine ne se reposera î> point qu'elle n'ait fait tomber la télé de » tous les coupables. »(JMoniteur du 5 ventôse an II , '2 3 jévi ier 1794-)
Les représcntans ne se bornoient pas à entretenir la guillotine ., ils s'eftorçoicnt de remplir le trésor national ; tandis qu'ils requéroient une immense quanlité de marchandises qu'ils
(293) payoient en assignats, ils frappoicnt les villes dfî Ja Belgique d'énormes contributions, et fotçoient les habilans de les payer en numéraire, en disant que c'étoil pour les débarra ser dece vilmétal. Pourle mémemotirondépouilla les églises de l'or, de Targont , et de tout ce qu'elles renfermoient de précieux. Il n'est guère de ville en Belgique qui n'ait subi cette bumilialion en signe du régime, où tout rcspiroit la libei'té^ Végalite\ la propriété^ la fi-aternité. !Nons ne citerons en exemple que la mission de Laurent, qui écrivoit au président de la Convention la lettre suivante, datée de Maubeuge , le 20 messidor an II , 8 juillet 1 794 •
« Citoyen président , les églises des com- » munes évacuées par les bulans, regorgeoient » de saints; ils n'ont pas recouvré plus tôt la M liberté , qu'ils ont voulu voir la Convention j» nationale à Paris. Je leur ai donné des ci- » boires, des calices, des remontrances, des » galons pour faire leur route , et je te les » envoie de suite par la diligence de Mau- » beuge.
» Ils méritent de ta part un accueil d'au- » tant plus gracieux qu'ils son!; les précur- » seurs de deux millions en numéraire que » nous avons imposés, Gillet et moi, sur les
( =96 ) » richards de Mons , et qui feront demain » leurs adieux aux rives de la TroueJle (c'est » la petite rivière qui passe à Mous).
» Salut et fraternité. Signé Laurent, » (^Moniteur du 27 messidor an //, i^ Juillet
Ce qui affecta le plus les Belges , ce fut l'enlèvement de leurs tableaux qui partirent avec l'argenierle des églises. Nous avons donné imc idée de la mission des représenlans envoyés dans les déparlemens ou à l'armée du Nord. En voici la liste par ordre alphabétique : AousT , Bar , Bellegarde , Benta-
BOLLE, BERLrER,BlLLAUD-VARENNES , BOL-
LET, BourbottEjBriez.Carnot, Citales, CiTOUDiEU, CocHOX, CoLOMBEL (dc l'Orne), CussET , Danton , Delbrel , Delcher , Drouet. Dubois-Dubay, Duhem , Duques- NOY, Frécine, Gasparin, Gillet, Guyot Florent), Hentz , Isoré, jAMBON-SAfNT- André, Jean-Debry, Lacoste (Elic), Lacroix, Lamarque, Laurent (du Bas- Rhin), Lebas, Lequinio, Lesage-Senault, Letourneur (de la Sartlie), Levasseur (de (laSai'thc), Maribond-Montaut , Merlin (de Douai), NioUjPeyssard, Prieur (de la MarueJ,QuiNETTE, Richard (de la Sarthc),
( 297 ) Robert (de Paris), Roux-Fazillac , Sal~
LENGROS, SoUBRANY, TrEILHARD, TrUL-
LARD, en tout cinquante - deux régicides qui parurent sur ce thcàlrc en moins de deux ans. Ils eurent pour adjoints huit collègues qoi ne sont pas souillés du même sang ; savoir : Bancal et Bernard (de Saint- Afrique) , tous deux fort modérés; Camus et Gossuin, en mission l'un <ît l'autre pendant le procès de Louis XVÏ, GouJEON, fameux jacobin, entré à la Convention après le 21 janvier (i), exécuté au mois de prairial an III; Legot, Sillery cl Varlet : ces deux derniers proscrits du 3i mai, l'un exécuté le 3i octobre, et l'autre échappé à la mort. (Voyez à la Table la fm des cinquante - deux représentans régicides missionnaires à l'armée du Nord.)
Mission de Le bon, dans le département du Pas-de-Calais.
Ce déparlement , limitrophe de celui du Noid, fut souvent livré aux mêmes repré-
(i; 11 fut d'abord attaché à l'armée de la Moselle, avant sa réunion à rarmée du Nord.
( ^9» ) Acntans. Cinq d'entre eux, que nous avons vus chargos de rinspeclion de Tarmée , au mois d'octobre 1792, le Irouvoicnl , commeAe Nord ^ farci d aristocrates de tontes les espèces; et, sur leur demande, leur mission y fut étendue.
En 1793, nous avons vu Dumont étendre sa mission de l'Oise et de la Somme au Pasde-Calais.
Knfm , en 1794» ce départencnt, toujours farci d'aristocrates et couvert de prisons , devint le partage de Joseph Lebon qui en étoit le député , et qui y vint en mission. G'éloit un prélrc oratorien , à peine âgé de trente ans. Il s'étoit signalé dans l'assemblée par des discours sur l'instruction publique et par une proposition sur le philosophe Labarre , dont il avoit fait réhabiliter la mémoire , lorsqu'il fut envoyé dans le département du Pas-de- Calais.
Arrivé à Arras, Lebon établit un tribunal révolutionnaire , formé à l'instar de celui de Paris , et qu'il eut soin de pourvoir de victimes. Si elles venoient à manquer, Lebon, flattant la cupidité pour en obtenir, exciloit les dénonciateurs, en leur disant : « Sans- » culottes, dénoncez hardimentsl vous voulez » quitter vos chaumières ; c'est pour vous
( ^99 ) » qu'on guillollnc , vous êtes pauvres : ne » connoisscz-vous pas quelque riche, quelque » marchand? dénoncez-le, el vous aurez son » bien. »
Ce Ianf»age produisit si bien son effet , que des rues entières d Arras devinrent désertes ; en trois mois il envoya à léchafaud, qui étoit en permanence, quatre cents personnes de tout sexe, de toute profession et de tout âge. Les exécutions ctoient accompagnées de traits de férocité qui font dresser les cheveux. Un jour, étant sur le balcon de la Comédie, en face de Téchafaud , où une des victimes arrivoit , Lebon fit suspendre Texécution , pour lire le bulletin d'une victoire qu'il venoit de recevoir, « voulant, dit-il, que le condamné » empoHclt à la mort la douleur de nos » succès (i). »
IvEBON, profilant des avis qu'il donnoît aux sans-culottes, n'oublioit pas de se gorger de butin : c'étoit aussi un monstre de lubricité.
Le spectacle que présentoit la ville d'Arras étoit si lamentable, que les cris des victimes retentirent jusqu'à la Convention, à une époque
(i) C'est le propre aveu de Lebon , dans sa défense à la Comehiicn. Voyez /e Moniteur du. i6 thermidor an II.
C 3oo )
où tout ac?cès etoit fermé à la plainte, où le langage de rhumanilé etoit considère comme un crime. Les pétitions des habilans d^Arras donnèrent lieu à un rapport du 21 mesvsidar an II, 9 juillet 1794» devenu célèbre par un mot de JiARRÈRE, rapporteur : « Des formes >» un peu acerbes , dit-il, sont reprochées à » Lebon; mais il a complètement battu les » aristocrates , fait punir, surtout , les conlre- » révolutionnaires et les traîtres. Les mesures » vigoureuses qu'il a prises ont sauvé Cambrai » couvert de trahisons. Ce service paroît assez » décisif au comité de salut public pour ne pas » donner un triomphe à Taristocratie. »
En conséquence , BARRiîRE proposa l'ordre du jour, qui {ni adopté ni unanimité. RoBERS- PIERRE, qui, depuis près d'un mois, n'avoit pas paru au comité de salut public , étoit à la veille de sa chute. Dès que la nouvelle eo fut portée à Arras, où elle se répandit malgré les elforts que fit le représentant consterné, pour la tenir quelque temps cachée, un nouveau cri d'horreur s'échappa du sein de cette ville , qui ne voyoit, depuis trois mois, que des bourreaux et des supplices. Cambrai, couvert de trahisons., suivant Barrère, c'est-à-dire, inondé de sang, prit riniliallvc , cl sa dénon-
( 3oi ) dation « portée à la tribune de la Convention , le i5 ttiermidor an II, fut appuyée par André