‹ Les missionnaires de 93Chapitre 6 sur 9 · DUMONT · texte numérisé non relu

DUMONT

Lebon, accouru d'Arras au bruit des événemens, et surtout des dénonciations dirigées contre lui , dit en les entendant : a 11 n'est pas » étonnant que la calomnie se soit exercée sur » le com{)te d'un représentant qui , depuis » neuf mois, a sué.... d

PouLTiER : « Le sang.... »

Lebon : u 11 est vrai que , sans la sévérité » que j'ai déployée , Taristocratle respireroit » encore.

» Mon collègue Dumont s'est laissé pré- » venir contre moi , parce que nous avons eu » quelques difficultés lorsque nous étions en » mission ensemble. »

L'arrestation de Lebox fut décrétée, et suivie, peu après, de la dénonciation de la ville d'Arras. « A peine sortis ( dirent les ha- » bitans, dans la séance du 24 thermidor » an II) de la stupeur profonde où l'a plongée » le spectacle continu de trois mo.'^ de snp- » plices, la commune d'Arras ne peut revenir » encore qu'avec terreur sur ce long et ef- » froyable rêve. Nous ne voulons ni ne pous> vons discuter ici chacun des quatre cents

» arrêts de mort prononcés et exécutés par » les ordres du frénétique Joseph Lebon. » Mais quand nous nous rappelons la joie bar- » bare avec laquelle il vcnoit compter publi- » quemenl les têtes tombées dans le jour, j» celles qui, le lendemain, dévoient tomber; » ses fureurs contre ceux des jurés qui avoient » été trop peu dociles; ses menaces contre » les autres, plusieurs d'entre eux destitués,

» quelques - uns même incarcérés notre

» âme , encore oppressée , se soulève , etc. ( i) » L'instruction du procès de Lebon dura près d'un an. Ce fut seulement le \/^. messidor an II , 2 juillet 1795, que la Convention ouvrit la discussion , sur le rapport fait par QuiROT, au nom de la commission du 21, divisant ses délits en quatre classes, assassinats juridiques , oppression des citoyens en masse , exercice des vengeances particulières , vols et dilapidations , et tendant au décret d'accusation.

Lebon opposa à ces conclusions les décrets delà Convention qu'il avoit été chargé d'exécuter; 11 récrimina avec succès contre Guf- FROY, son collègue et l'un de ses dénoncia-»

(i) Moniteur du i6 thermidor an II.

tours, qui disoit, dans son journal intitulé Rongif : «« A bas tous les nobles, et tant pis » pour les bons, s'il y en a ! que la guillotine » soit en permanence dans toute la rcpu- » blique ; laFrance aura assez de cinq millions » d'habitans. Commerce et accaparement sont M svnonvmes. » (^Moniteur du i8. )

Dans la séance du i8 , développant les mêmes argumens, Leeon dit, en résumé, qu'il n'avoit poursuivi que les ennemis déclarés de la révolution, parce que la Convention lui en avoit fait un devoir, et lui avoit commandé d'être révolutionnaire. 11 éloit surpris de n'en avoir pas fait davantage. Si la Convention ne lui avoit pas dit elle-même : les aristocrates soîit plus dangereux que les Autrichiens^ il n'auroit pas fait un seul acte de rigueur. « Si » je vous ?vois moins respectés , ajouta-t-il» •>•> je ne se rois pas dans les fers ; j'ai fait en « sorte d'être le moins coupable qu'il m'a été » possible en exécutant vos lois. Faites des » lois justes ; et si je vis encore , vous me les » verrez exécuter avec le même dévouc- » ment (i). «

Cette défense n'éloit pas facile à réfuter.

(i) Moniteur dii 21 messidor an III.

( 3o4 ) P^ien de plus pressant que des argumcns ad hominem , présentés à des ju^cs qui s'avisent de poursuivre des crimcis dont plusieurs d'entre eux ont été les instigateurs, un grand nombre les imitateurs, à peu près tous, directement ou indirectement, les complices. La Convention éprouva donc ici l'embarras où l'avoitmise le procès de Carrier ; elle s'en tirade même, en faisant figurer, dans les motifs du décret d'accusation, certains griefs dont les accusateurs se scntoient fort innocens.Ellc lui reprocha , par exemple , d'avoir avili en sa personne le caractère de représentant en arrêtant luimême deujc citoyennes d'une manière peu décente , et qui renfermoit un outrage aux mœurs : délit qui, assurément, raériloit punition , et devoit trouver des vengeurs inexorables dans rassemblée des rcprésentans, aussi bien que celui de Carrier, qui n'avoit pas craint d'attenter à la représentation nationale , en suspendant Trehouard son collègue (i).

(i) Les rcprésentans n'avoient pas seulement une grande idée de leur caractère^ qu'ils vouloietil préserver de /'ac/lissement^ m'àis encore de leur personne, qu'ils préservoienl avec soin de toute atteJnle. Le moindre accident qui leur survenoit fortuitement, devonoit un attentat à la fVprésentation nationale^ et le nombre des viclimes hu-

Un crime qu'on est bien plus étonné de trouver dans le décret d'accusation, est celui « d'avoir mis en jugement , pour la seconde j» fois , des citoyens qui avoient été acquittés » sur le même fait par un jury légal. » C'étoit assurément plus fort que d'avoir arrêté des citoyennes ; mais ce crime , reproché par la Convention à Lebon, avoit été commis par elle, non pas une fois, mais très-souvent. Il est vrai que la Convention devoit avoir plus de pouvoir qu'un de ses membres , et qu'il n'est rien qu'elle ne pût se permettre, selon son bon plaisir, sans qu'elle s'exposât pour cela à être décrétée d'accusation.

Lebon , renvoyé devant le tribunal criminel de la Somme , y persista dans le même genre de défense, qui ne l'empêcha pas d'être condamné à mort, mais dans lequel il persévéra jusqu'au dernier moment. Lorsqu'on lui mit la chemise rouge , destinée aux assassins (auxquels on ne craignit pas d'assimiler un repré-

maines nécessaires pour Texpier n'étoit pas déterminé. Il en fallut neuf pour laver dans leur sang je ne sais quel accident arrivé à LÉONARD Bourdon, à Orléans, le 16 mars lygS, et, un an après, il en fallut dix pour venger l'insulte prétendue faite àd'ARTiGOYTE à la société populaire d'Auch.

ao

( 3oG ) sentant en mission , chez qui naguère on ne trouvoit à reprendre qgc des formes acerbes) , Le BON s'ëcria : « C'est à la Convention qu'il » faudroit l'envoyer; je n'ai fait qu'exécuter » ses ordres. »

Lebon ne cessa donc de se conside'rer^ comme victime d'une réaction politique; et il nous semble que c'est ainsi qu'il doit être considéré par les libéraux d'après leurs principes ; car ils admettent bien Vactioji^ mais ils proscrivent la réaction; ils n'ont rien à dire contre le vingt -mars, suivi des cent -jours; mais ils ne peuvent trouver assez d'anathèmes contre la réaction du 8 juillet jSiS. S'ils sont conséquens , ils doivent proscrire également toutes les réactions, et celle du 9 thermidor comme celle du 8 juillet. Ils doivent plaider la cause de Lebon, victime , en lygS, comme celle des régicides, victimes de 181 5. Ils ne peuvent , sans trahir leurs principes , se dispenser de le comprendre dans les pétitions des bannis. Il est impossible qu'ils ne fassertt pas pour sa mémoire ce que Lebon fit pour celle du philosophe Labarre : il faut qu'elle soit réhabilitée ^vX il est bien malheureux qu'on r.e puisse pas faire davantage pour un proscrit qui fit tant de choses pour les principes.

C3o7 ) Ici se terminent les missions des dcpartemens-fronlières. Nous avons parcouru toute la circonférence depuis le départemement de la Somme, point de de'part, jusqu'au Pas-de- Calais , terme du voyage. Nous ne sommes cependant encore qu'au milieu de notre carrière. Les départemens - frontières ne sont qu'au nombre de quarante-deux ; il nous en reste autant à parcourir, en suivant les représentans en mission dans l'intérieur. Nous l'avouerons , ce nouveau voyage nous paroît long à entreprendre , pénible à exécuter : il n'y faut pas chercher l'agrément son utilité seule peut nous soutenir dans notre marche. Nous songerons néanmoins à en diminuer la longueur en prenant les chemins les plus courts , je veux dire en choisissant les méthodes expéditives qui abrègent la tâche que nous nous sommes imposée.

Missions de l'intérieur^ — Réflexion^ préliminaires,

Mallet-du-Pan , dans une de ses lettres en date du 17 septembre 1792, mandoit au

maréchal de Caslrics , alors en Champagne ; ce Plus de huit mille personnes ont été égor- » gées à Paris depuis le lo août; on luoit » encore le 8 de ce mois, et on tuera jusqu'au » dernier moment.... Jusqu'à présent les pro- » vinces ont ])eu imité les crimes de la capi- » taie; mais si la Convention a le temps de » s'assembler, on reprendra vigjicur, et le » royaume entier sera un champ de carnage. » Celte lettre , remplie d'averlissemens qui prouvent la pénétration de celui qui les donnoit , fut interceptée et insérée dans le Moniteur du 5 novembre. A cette époque , non seulement la Convention avoit eu le temps de .s'assembler, mais elle avoit fait des pas de géant dans la carrière oh elle entroit , et jeté ]es fondemens de cette législation nouvelle qui devoit changer le royaume >-enlier en un champ de carnage. Ce n'éloit pas, en effet, par une imitation servile des massacres de vseptembre que le régime de 1793 pou voit s'établir en France, et retracer, sur toute la surface du royaume, et d'une manière du. rable , les journées sanglantes de 1792. Il falloit des moyens nouveaux pour multiplier des scènes pareilles , les reproduire et les perpé. tuer en quelque sorte sur tous les points du

( 309 ) royaume. En 1792 , on avoit tuék Paris , dans robscurilé des prisons; en 1793, il falloit que la France entière fût couverte de victimes immolées en plein jour sur les échafauds avec tout l'appareil des formes judiciaires ; la fërocilc , qui rougissoit d'elle-même, avoit armé les septembriseurs, qui égorgèrent en silence , pendant huit jours , sur plusieurs points de la capitale ; une législation raisonnée , et longuement discutée, établit sur tous les points du royaume ces légions de juges , de jurés , de bourreaux , de représentansqui assassinèrent pendant vingt mois à Tombrc des lois , et sous les yeux même des législateurs qui venolentdc les rendre, et quiarrivoient exprès pour les exécuter.

Tel fut ce cluiJiip de carnage prédit par Mallet-du-Pan,en 1792, parcouru, en 1790 et 1794» P2U' les représentans en mission. Tel est le spectacle que nous ont offert les quarante-deux départcmens- frontières, c'est-àdire la moitié de la France, où nous avons vu les opérations des missionnaires de la lihcrlé; tel est celui que nous offrirai'au tre moitié. Mais pour achever de remplir celte tache , et même pour l'abréger, il est utile de s'arrêter ici quelques instaiis. Il faut rem^onler à la source

(3.0 ) de ces effroyables calamités; il faut considérer ces lois qui inondèrent le sol de la pahie de torrens de sang, et la couvrirent de ruines : h correspondance que nous avons dëroule'e fait connoître les missiojinaii'es beaucoup plus que les le'gislateurs de gS. Ce sont ceux-ci maintenant dont il est nécessaire de retracer les travaux. Les lumières de la législation , en éclairant ce qu'il peut y avoir d'obscur dans les mis^ sions que nous avons exposées, nous mettront à même d'abréger le récit des autres.

Législation de gS,

Tandis que les législateurs de celte époque portoient la guerre aux tyrans et la paix aux nations^ selon l'expression de Grégoire ; tandis qu'ils déclaroient Pitt ennemi du genre humain^ et qu'ils soulevoient tous les peuples contre tous les gouvernemens, eux-mêmes, insurgés contre toutes les lois divines et humaines, arrùés contre toutes les doctrines et toutes les institutions sociales, faisoient voir au monde , sous le nom de lois , tout ce que la î)arbarie n'avoit encore pu imaginer d'atroce ,

(3.. ) le brigandage de révoltant, le délire de ce qu'on appeloit les principes d'insensé. On peut donc diviser les travaux de ces législateurs en trois parties : législation des personnes, législation des propriétés , législation des doctrines ou des principes. Nous joindrons à ce triple code le tableau des fonctionnaires qui l'appliquèrent , ou la hiérarchie du gouvernement révolutionnaire , et nous terminerons par quelques moU sur le ressort de ce même gouvernement.

Législation des personnes.

Tandis que la constitution de lygS, proclamant (art. 3) tous les hommes égaiioc par la nature et devant la loi , renversoit non seulement toutes les inégalités sociales , mais encore toutes les inégalités naturelles, et détruisoit jusqu'au gouvernement de la famille, en soulevant le fils contre le père , la femme contre l'époux, le serviteur contre le maître ; tandis que le niveau révolutionnaire faisoit disparoître jusqu'à la domesticité (i), la lé-

(i) « La loi ne reconnoît point de domesticité. » (Â,rt. i3 de la déciaratiou des droits.)

(3.0 gislation, peu d'accord avec la constitution, ne sembloit occupée qu'à exhumer les distinctions abolies; et l'on vit, au sein d'une république, fondée sur l'égalité, la législation multiplier, pour les proscrire , des classses nouvelles de privilégiés plus nombreuses que toutes celles de l'ancien régime. Nous les réduirons à trois , ecclésiastiques , émigrés , suspects , dans lesquels se trouveront les nobles et les non nobles. Chacune de ces classes eut sa législation et son code, dont il faut donner le précis.

Code des ecclésiastiques.

La législation de 1790 avoit à peine dépouillé le clergé de ses biens , qu'elle lui donna en échange une constitution appelée civile ^ qui l'étoit peu sous ce rapport , et beaucoup si Ton entend par cet adjectif, précédé du substantif, un acte qui renversoit la constitution religieuse de l'Eglise gallicane. Quoi qu'il en soit, les membres de ce clergé, civilement constitué , s'appelèrent constitutionnels , ou assermentés, à cause du serment de fidélité

(3.3) qu'ils prêtèrent à cet acte de schisme. Ceux qui refusèrent ce serment s'appelèrent insermentés ou. réfractaires au schisme. La loi les qualiBa ainsi, quoique le serment qu'elle leur demandoit fût libre dans l'origine , et n'entraînât d'autre suite que le remplacement des fonctionnaires qui le refusoient. En 1791 , la prestation du serment fut imposée non seulement à toutes les personnes dont l'existence et le traitement étoient assurés par la constitution civile du clergé ^ mais encore à toutes celles qui étoient chargées de Vinstruction publique^ et aux desservans des hôpitaux et des pris 07is.( Décret du i5 avril 1791.)

Les uns et les autres furent dépouillés de leurs places et pensions, à défaut de serment. En 1792 , par un décret du 26 août, les prêtres réfractaires , déjà privés des moyens d'existence , furent privés de leur liberté ; les uns furent condamnés à la déportation , et les autres à la réclusion. Ce décret enveloppa, dans ses dispositions pénales , non seulement les prêtres sujets au serment, mais encore tous les ecclésiastiques , et jusqu'aux simples clercs et frères lais ^ dont V éloignement seroit demandé par six citoyens actifs du même département.

Celle première loi de de'porlation laissa aux ccclésiasliques la faculté de se déporter euxmêmes, et même celle du choix du lieu de leur exil, s'ils ne vouloient être déporlcs à la Guiane ; mais bientôt le législateur, se ravisant, fixa le lieu de l'exil comme celui de la déportation; et une loi du 17 septembre 1792 leur défendit de se rendre dans aucun des pays actuellement en guerre avec la France , et ne leur laissa ouverts que quelques points des frontières, lesquels même ctoient si bien gardés , que les malheureux exilés ne purent les franchir sans subir auparavant mille avanies, dont la moindre étoit la spoliation de ce qu'ils emporloient pour vivre dans Tetra nger.

Tel fut le code des prêtres , légué par les deux premières assemblées à la Convention nationale , qui fut chargée de porter au dernier degré de perfection cette législation, à peine ébauchée par quatre années de décrets. En effet, en 1793, la constitution civile du clergé fit place à la liberté des cultes , et bientôt la liberté des cultes fit place au seul culte de la Raison. Il sembloit que , sous ce double régime , les lois pénales rendues contre le& prêtres réfractaircs à la constilulion de 1790,

( 3î5 ) dévoient s'évanouir avec la constitution ellemême. Ce fut néanmoins alors que ces lois acquirent un degré de barbarie inconnu dans aucun code.

Un premierdécretdu i4 Février 1793, appelant 1^ cupidité au secours de la loi, accorda cent francs de récompense à quiconque arrêteroit un prêlre sujet à la déportation (1).

Les cent francs de récompense ne produis sant pas assez d'arrestations , un nouveau décret du 18 mars 1790, mit hors la loi les prêtres réfractaires qui seroient rentrés, et ordoima à tout citoyen de les dénoncer, arrêter ou faire arrêter , pour être « conduits de » suite dans les prisons du district, jugés par » un jury militaire, et punis de mort d*ns les » vingt-quatre heures. »

Il semble que la rigueur ne pouvoit être portée plus loin. Cependant une nouvelle loi enchérit encore sur les précédentes. Ce fut celle des 29' et 3o* jour du premier mois de l'an 11 de la républicjue (20 et 21 octobre 1793). Co décret, en dix-neuf articles, s'occupa spécialement du sort des prêtres sortis de France en vertu des lois antérieures. Le

^1) Ce décret éloit commun aux émigrés.

législateur, suivant d'un œil attentif ces Français au dedans et au dehors, sans les perdre un instant de vue , les traita partout de la même manière.

Ceux qui ctoienl trouvés sur les frontières ou en pays ennemi, étoicnt, dans les vingtquatre heures , livrés à l'exécuteur des jugemens criminels et mis à mort , après que le fait avoit ctc déclaré constant par une commission militaire. (Art. i, 2 et 3. )

Ceux qui étoient trouvés en France étoient également , dans les vingt-quatre heures^ livrés à Vexécuteur des jugcmens criminels et mis à mort après que les juges du tribunal criminel avoient déclaré que les détenus étoient convaincus d'avoir été sujets à la déportation. (Art. 5.)

Ce même décret comprit, parmi les prêtres sujets à la déportation, une foule d'ecclésiastiques, et même les instituteurs publics et autres qui n'y avoient pas été compris d'abord. Elle augmenta également la catégorie des prêtres sujets à la réclusion. Elle voulut, en outre, que la déportation, la réclusion et la mort prononcées en vertu de ses dispositions , emportassent confiscation des biens. (Art. 14.)

Elle réputa émigrés les prêtres déportés

voloTit ai renient avec passeports , ainsi que ceux qui avaient pi'éjeré la déportation à la réclusio7i. (Art. 17.)

Elle continua les cent francs de récompense à tout citoyen qui dénonceroit F ecclésiastique sujet à la déportation^ lequel citoyen étoit d'ailleurs tenu de faire cette dénonciation et arrestation. ( Art. 18.)

Enfin , après les récompenses décrétées en faveur des dénonciateurs, venoient les peines portées contre les receleurs ; et tout citoyen qui ui'oit recelé un prêtre sujet à la déportation, étoit condamné à la même peine. (Art. 19 et dernier du décret. )

Cette peine ne fut que celle de la déportation , jusqu'à la loi du 22 germinal an H, qui voulut que le i^céleur d' ecclésiastiques jût regardé et puni comme leur complice. ( Art. 2. )

Les domestiques (qui existoient encore en France malgré la constitution qui ne reconnoissoit point de domesticité) , subissoicnt la peine des maîtres qui avoient accueilli ces proscrits , et périssoient sur le même échafaud, conformément au principe vital de Tégalilé. Kestoient les ecclésiastiques sexagénaires ou infirmes , sujets seulement à la réclusion, et qui ne s'éloicnt pas

livrés aux geôliers. Le législateur vouloit savoir où les prendre, et un décret interprétatif dx^s art. i4 et i5 de la loi du 3o vendémiaire an II, leur prescrivit , sous peine de mort, do se transporter , dans deux décades , au chef-lieu de leurs départemens respectifs pour y être reclus. Ce décret, rendu sur le rapport de Bezard , organe du comité de législation, le 2.2 floréal an II, est contresigné de PaGANEL, prêtre constitutionnel : il compléta le code des ecclésiastiques réfraclaires.

La législation embarrassée des prêtres constitutionnels , depuis qu'il n'y avoit plus de constitution, ne les oublia pas. D'abord ils furent compris dans une loi du i5 août 1792, qui imposa à tout Français recevant un traitement de prêter , sous peine de le perdre , le serment suivant : Je Jure d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité y ou de mourir en les défendante Cette loi conservoit aux ecclésiastiques deux fois assermentés , les moyens de vivre , mais elle ne leur conserva pas l'existence civile que leur avoit donnée cette constitution de 1790 , qui s'éclipsa à l'aspect de la constitution de 93 , comme les brouillards du matin à l'aspect de l'astre du jour. Ce fut alors que la légis-

(3.9) ]âlion toujours secourable à ce clergé , ert même temps qu'elle s'efforçoit de rendre son ministère inutile et méprisable, tendoit la main aux individus q'ii en avoienl fait partie; elle leur ouvrit la carrière du mariage par un décret du 19 juillet 1793 , qui , d'une part, conserva leur traitement à ceux qui y entreroient, et qui de lautre prononça la déportation des évéques qui la leur formcroient. Cette loi fut corroborée par deux autres des 12 août et 17 septembre suivans. Mais moins de deux mois après survint ce fameux mouvement coîitre le culte ^ qui substitua le culte de la Raison à la liberté des cultes, les temples de la Raison aux églises, les officiers municipaux aux prêtres et aux évéques constitutionnels Ce fut alors que le législateur redoublant d'intérêt pour les anciens ministres des autels, qui avoient parcouru et la carrière du serment et celle du mariage , leur ouvrit encore une quatrième et dernière ocrricrc, celle de l'abdication ou abjuration. Un décret du 2 frimaire an II (22 décembre 1793), accorda des secours annuels aujo e\'éques , curés et vicaires qui avoient abdique ou abdiqueroient leur état. L'honneur éloit placé à côté de l'émolument , et plusieurs décrets ordonnèrent

la mention honorable des abjurations et renonciations au caractère sacerdotal , et leur dépôt au comité d'instruction publique , comme des monumens des progrès des lumières. (Voyez les décrets des 19 et 23 brumaire an II.) Ainsi la législation qui avoit réserve d'abord les honneurs et les traitemens aux seuls prêtres jureurs , huit par n'honorer et ne récompenser que les prêtres abjureurs. Tel fut le code ecclésiastique. Passons au code de Téniigration.

Code des émigrés.

Le code des émigrés , ébauché par l'Assemblée constituante , singulièrement augmenté par l'Assemblée législative, perfectionné par la Convention et le Directoire , demanderoit un professeur de droit public positif, et de droit administratif., et une chaire telle que celle où M. de Gerando vient d'être élevé , pour être exposé avec une étendue convenable ; mais nous ne voulons donner ici qu'une idée abrégée des lois principales de ce code.

La première remarque à faire sur la le'gislation des émigrés , est relative aux persomies qui furent ainsi qualifiées.

L'Assemblée constituante ne vit les émigrés que dans les princes et leurs adhérens^ et sç borna à les rayer de la liste des pensions , et à meltre une triple imposition sur leurs biens. (Décret du ly juillet 1791.) Ils n etoient encore appelés quémigrans. L'Assemblée législative vit des émigrés dans tous les Français sortis depuis une certaine époque, sans cause légitime; déclara conspirateurs ceux qui ne seroient pas rentrés à une autre époque (décret du 9 novembre 1791); mit leurs biens et leurs parens sous la main de la nation (décrets du 9 février et i5 août 1792), et ne négligea rien pour s'assurer de leurs propriétés et de leurs familles, à défaut de leurs personnes , dont elle lègue la proscription à la Convention.

La Convention se borna d'abord à prononcer la peine de mort contre les émigrés pris les armes à la main. (Décret du 9 octobre

Puis elle bannit à perpétuité tous les émigrés, sous peine de mort. (Décrets des 9 et 23 octobre 1792. )

ai

C3") Knfui , elle dccréla la même peine contre ceux qui sçroient pris en France, ou ailleurs , armés ou non arniés. (Décret du ^3 mars

Jin décrétant des supplices, la Convention prit soin de décréter des coupables en nombre suffisant pour les subir; elle enveloppa dans le code des émi^^rés, i". tous les citoyens de Lyon, Toulon, Marseille et autres villes qualifiées de rebelles, qui ne les quilteroîeht pas dans trois jours , ainsi que les étrangers qui n'en sortiroicnt pas dans les vingt - quatre heures (décret des 23 et 29 juillet 1793); 2". les fugitifs de Toulon , qui sortirent de cette ville , au nombre de quatorze mille , pour ne pas être fusillés ; 3°. cinquante mille fugitifs du département du Rhin , qui avoient abandonné leurs foyers pour éviter les échafauds ; 4°- ceux de la Moselle et des autres di'partemcns -frontières , qui se trouvèrent dans un cas semblable. Enfin , la Convention considéra comme complices des émigrés , i". les erifans et filles âgés de plus de quatorze ans qui avoient suivi leurs pères et mères , en sorte que les unes ni les autres ne pouvoient rentrer sur le territoire , sous peine de mort; le seul adoucissement en faveur des

( 323 ) filles rentrées à l'âge de quatorze ans , étoit la déportation ; la peine de mort n'étoit prononcée qu'en cas de récidive : tels étoient les égards de 'la Convention en faveur du sexe (décret du 5 mars 1793); 2°. les débiteurs des émigrés, qui leur envoyoient de l'argent, sans en excepter leurs pères et mères. (Décret du 1 5 ventôse an II, 5 mars 1794)

Les émigrés ainsi frappés dans leurs biens et dans leurs personnes , dans leurs parens et dans leurs débiteurs, le furent encore d'une autre manière qu'on ne sait comment qualifier ; un décret du 17 frimaire an II, 7 décembre 1793, voulut que « tout individu j> ayant des fils émigrés , qui ne prouveroit » pas qu'il avoit été ardent patriote ^ et qu'il » avoit fait tout au monde pour empêcher » leur émigration, ne fijt plus considéré que » comme pensionnaire de l'Etat, et que tous » ses biens fussent acquis à la république. »

Tel fut le code des émigrés sous le régime de g3 et 94 ; il fut singulièrement perfectionné , ainsi que celui des prêtres , sous le Directoire ; mais la législation postérieure au régime de 93 ne doit pas trouver ici sa place. Passons au code des suspects , oii nous retrouverons encore les émigrés et leurs familles.

Code des suspects.

Le premier qui ait parlé des suspecis €st FoucHÉ dans une de ses lellres du 2.3 mars lygS, datée du département de Maine et Loire , où il ctoit en mission , et d'où il écrivToit : « Déjà les nobles et les prêtres sont cn- » fermés ; on en fait autant à l'égard des pei-- » sonnes suspectes (c'est ainsi qu'on appelle » les modérés), sitôt qu'ils tiennent quelque » propos. ) Ç Mojiiieur du l'j mars lyg^.) Le même numéro du Mo7iiteui' où on lit cette lettre renferme la première loi sur les suspects, en date du 26 mars lygS.

Cette loi ordonna le désarmement des cidevant nobles, ci devant seigneurs, yyreVe^, et autres personnes qui seraient reconnues suspectes par les conseils généraux des communes , ou, à leur défaut, par les directoires de district ou de département. (Art. i et 2.)

Cette loi fut corroborée par celles des 28" mars et i*^^ avril , qui en développèrent les dispositions ; par celle du 3 , qui autorisa les représentans en mission à faire arrêter et déporter les suspects d'un département dans uu autre; par celles des 2 juin et 12 août, qui

ordonnèrent leur arrestation ; enfin par celle du 17 septembre, qui réunit les dispositions de toutes les autres , et qu'il est nécessaire de faire connoître plus en détail. Celte loi considéra comme suspects, « i". ceux qui par j> leur conduite, parleurs relations, ou par ;) leurs écrits , ou par leurs propos , se sont » montrés fédéralistes , partisans de la tyran- >■> nie, et ennemis de la liberté.

» 2°. Ceux qui ne peuvent pas justifier de » leurs moyens d'exister , et de l'acquit de 3) leurs droits civiques.

» 3°. Ceux à qui il a été refusé des certifi- 3) cats de civisme.

» 4°- Les fonctionnaires publics suspendus » ou destitués par la Convention nationale . » ou par ses commissaires ( les représenlans » en mission),

» 5*^. Ceux des ci-devant nobles, ensemble n les maris, femmes, pères, mères, fils ou ) filles , frères ou sœurs et agens d'émigrés , » qui n'ont pas constamment montré leur n attachement à la révolution.

» 6". Ceux qui ont émigré dans TintervaUe 5> du I*' juillet 1789 à la publication de la loi » du 8 avril 179'» quoiqu'ils soient rentrés 7> en France dans le délai fixé par cette loi. »>

( 326) Tels ëloient l^s signes caracléristiqaes auxquels on rpconnoissoit les suspects. La liste devoit en être dressée chaque annc'e par des comités de surveillance qu'avoit crées la loi dû 21 mars 1793, et qu'avoient renouvelés les représenlans en mission. Ces mêmes comités, composés de tous les sans-culoltes du lieu , étoient chargés de décerner contre les suspects des mandais d'arrêt, et de les faire conduire dans les maisons de réclusion établies dans chaque chet'-lieu de distiict et de département. C'est ainsi que la France entière fut couverte de prisons. Il n'y avoit pas une ville de quatre à cinq mille âmes qui n'eût la sienne. Les chefs-lieux des déparlemens en avoienl plusieurs; il n'y en avoit pas qui ne ïenfermàt trois ou quatre cents individus détenus en qualité de suspects. Comme la loi supposoit qiié des ennemis de la liberté dévoient soupirer après les chaînes , et être pleins de reconnoissance pour ceux qui les détenaient , elle leur doima des gardiens qu'elle les chargea de payer, à raison, pour chaque homme de garde, du montant à^une journée et demie de travail par jour : rétribution honnête , si on la compare au travail , et modi(pie, si on la compare au patriotisme

des gardiens , choisis en général parmi les ardens patriotes et les plus tiers sans-culotles du lieu. Il semble qu'un tel code ouvroit à ceux qui étoient chargés de rappliquer, une carrière qui ne laissoit plus rien à faire ni à prévoir aux législateurs. Cependant il n'en fut pas ainsi, et leur sollicitude à cet égard fut déposée dans plusieurs lois additionnelles qui vinrent compléter la législation des suspects.

Le premier décret additionnel, en date du 38 brumaire an II, déclara suspects les citoyens décorés de croix de Saint-Louis, on <»utrcs , qui ne les auroient pas déposées , avec leurs titres, à leurs municipalités.

Un deuxième décret, en date du 17 frimaire suivant, élargit encore le filet, en donnant aux comités révolutionnaires ou de surveillance , un pouvoir discrétionnaire à Tégard iles individus qui ne seroient pas lUtéraleutent compris dans la loi du 1 7 septembre ; la seule attention des comités , en prenant des mesures (le sûreté générale sur le compte de ces individus ^ étoit d'en coucher par écrit les motifs sur un registre, et d'en soumettre la légitimité aux représentans en mission, ou, à leur défaut , au comité de sûreté générale de la Convenlion

A ces classes de suspects que la le'gislation

créa d'une manière expresse et directe , ii

faut joindre ceux qu'elle cre'a d'une manière

tacite et indirecte ; c'est ainsi que de la loi

du maocimum^ des taxes révolutionnaires, de

l'emprunt forcé, naquirent des milliers de

proscrits vsous le nom de riches, d^égoïstes,

d'accapareurs , de comnierçahs , (V agioteurs^

même de laboureurs. C'est ce qui nous explique

ces passages de la correspondance des repré-

sentans en mission ; on se souvient que ceux

de Bordeaux écrivoient : « Cette nuit, plus de

:» deux cents gros négocians ont été arrêtés ;

> la guillotine et de fortes amendes vont

:» opérer le scrutin épuratoire du commerce ,

■:» et exterminer les agioteurs et les accapa-

ï» reurs. » (Pag. i35.) On n'a pas oublié que

Dartigoyte mandoit de Toulouse : « Toutes

» les personnes suspectes, au nombre des-

j> quelles on a rais ceux qui par leurs spécu-

» lations mercantiles ont contribué à discré-

'» diter les assignats , sont arrêtées. » (P. i47 )

On se souvient de cette foule de décrets rendus

contre Marseille , sur le rapport de Danton

qui dit : « Il faut que les commerçans qui ont

» vu avec plaisir l'abaissement des nobles et

» des prêtres , soient abaisses à leur tour ; il

( 329 ) 9 faut se montrer aussi terribles envers eux » qu'à l'égard des premiers. »

Ils furent en effet abaissés sur les e'cbafauds, ou mis dans les fers. C'est ainsi que fut épuré le commerce de Nantes, de Bordeaux, de Marseille , de Lyon , de Strasbourg , de Rouen et des autres villes dont les négocians fournirent une ample provision de proscrits et de suspects.

Enfin , il se trouva des suspects jusque dans cette classe privilégiée , et , pour ainsi dire » choyée de la révolution , qu'on prétendoit arracher à la glèbe; je veux parler des laboureurs des campagnes , qui furent en effet arrachés à la glèbe ^ et jetés dans les maisons de réclusion ou sur les guillotines.

Il reste un monument curieux de la législation sur celte classe de suspects, c'est un décret du 21 messidor an II (9 juillet 1794)-

Il paroît qu'à cette saison de l'année , les législateurs de la France s'aperçurent que la récolte ne pouvoit se faire faute de bras , et c'est ce motif qui les engagea à meitre en liberté provisoire « les laboureurs , manouvriers, » moissonneurs , brassiers et artisans de pro- » fession des campagnes, bourgs ou com- )> munes dont la population éloit au-dessous

» de douze cents habilans, et qui se trou- » voient déteiius comme suspects. » (Art. i'^'^ du décret.) L'art. 2 exceptoit de celle faveur les prc\>enus de crime de liante trahison, ce <|ui nous prouve quels éloient, à celle époque, Jes artisans dès hautes trahisons ^ et ou la sagacité des législateurs avoit élé les déterrerl L'exéculion du décret fut confiée aux comités révolutionnaires; et , moyennant ces précaur tioiis, la loi parut sans inconvénient à TAssemblée et aux comités de siîreié f^e'nérale et da sahit public réunis. « Il s'agit ici ( dit Va dieu , » leur organe), d'hommes qui pratiquent les » vertus républicaines, la frugalité, la lempé- » rance , l'amour du travail, et qui, lorsqu'ils « sont trompés, le sont par des voies indi- » rectes , par des aristocrates , des fanatiques , » des chercheurs de places, car le peuple est » toujours bon. »

En effet, le peuple est toujours bon à tromper., à pervertir, à spolier, à ameuter, à corrompre, à exterminer de mille manières ; il suffit pour cela que ses destinées soient confiées à une assemblée de rcprésentans, et son sort livré à des comités de siirelé générale et de salut public, lesquels savent se réunir pi3ur elendrc leur proteclion jusqu'aux laboureurs

des champs et aux brassiers des villes. On voit avec quel inlérêt touchant la loi s'occupe d'eux, et vient les arracher au filet des suspects i pourvu toutefois qu'ils n'hahitent pas des bourgs de plus de onze cents âmes , et qu'ils ne soient pas prévenus du crime de haute trahison : double circonstance où la pairie exige encore leur détention.

Ces mesures de douceur et de philanlropie achèvent de nous faire connoîlre le code deé suspects mieux encore que toutes les lois rigoureuses dont nous pourrions le grossir, en y ajoutant la loi des militaires résidans à Paris, d'où ils furent éloignes (5 septembre lygS); celle qui en exila les nobles c'chappcs au fdct des suspects (loi du 27 germinal an 11); celle des étrangers parmi lesquels la législation avoit d'abord distingué plusieurs philosophes dignes da litre de citoyens français , et même d'entrer dans le sein de la représentation nationale (i),

(i) L'Assemblée léplslalive, par un décret du 26 août Ï792» conféra le litre de cilojens français à plnsiem*» ëtiangers, notamment à TllOMAS Payne, républicain des Elafs-L!nis, et au baron allemand ANACllARSiS CloûTS, qui l'un et l'autre lurent nommés reprësenlans du peuple en France. Cet honneur lenla un autre étranger,

et dont clic finit par faire une catégorie de suîSpects ( loi du 6 septembre 1 793 ). Que d'autres lois, j)lus curieuses encore, dont nous pourrions grossir le code des suspects ! mais il est nécessaire de se borner, même en retraçant les prodiges d'une législation qui ne connut aucune espèce de bornes dans la manière dont elle disposa des personnes. Voyons comment elle disposa des biens, et passons au code des propriétés.

Législation des propriétés.

On nous appelle brigands , dit un jour Drouet à la tribune nationale ; hé bien ,

Adam Lux, docteur en philosophie , nalif d'OfTenbourg, demeurant à Ollenriek , vis-à-vis Majence, venu à Paris le 3o mars fjQ-^, pour demander la réunion de son pays à la république française. Ce voyage ne le mena pas loin , et la philosophie qu'il professe il ne le sauva pas de Téchafaud, où il périt au mois d»; brumaire an If. (Voyez sa condamnation dans le Moniteur à\\ 16). Ce fut aussi le terme où aboulit le baron prussien, le plus fougueux impie de ce temps de délire. Il fut condamné le 24 mars ïyq4» ft mourut comme un homme en démence.

Thomas Payne , incarcéré comme suspect, fut réclamé par I03 Etats-Unis, où il alla mourir eu 181 1.

soyons brigands ! Quel brigandage , en effet , que celui de 1793! brigandage calculé, raisonné, exercé à conps de motions, de rapports et de décrets! Quelle est la propriété publique on privée qui ait été à Tabri des argumens de la tribune nationale et des actes de la législation ?

L'Assemblée constituante fit la première brèche à la propriété, en confisquant les biens du clergé ; mais comme cette assemblée avoit une sorte de pudeur , et qu'elle étoit forte sur les principes , elle ne dit pas qu'elle confisquoit , ni qu'elle prenoit les biens du clergé. Elle se borna à les mettre à la disposition de la nation. En effet , la nation ne manqua pas d'en disposer y et la Convention mit bon ordre à l'administration de ces biens , par une foule de lois dont la nomenclature seroit aussi longue qu'inutile.

Les biens des fabriques , l'immense mobilier des églises qui n'étoit pas au clergé» mais aux laïcs, aux fidèles, qui l'avoient consacré à l'exercice du cultii, furent administrés comme ceux du clergé.

L'Assemblée constituante, toujours pleine de respect pour la propriété , se borna « à » inviter les évêques , curés, chapitres, supé-

( 334 ) j> rieurs de maisons et communautés sécu- » Hères et régulières de l'un et de l'autre sexe, 1» municipalités , fabriques et confréries de » faire porter à l'hôlel des monnaies le plus j> prochain toute l'argenterie des éelises , M fabriques , chapelles et confréries , qui ne » seroit pas nécessaire pour la décence du » culte divin. M (Arrêté du 29 septembre 1789.)

Il n'est pas facile de calculer tout ce qu'une pareille invitation , qui équivaloit à un ordre , lit refluer d'or et d'argent dans le trésor national. Elle fut d'ailleurs bientôt inutile à l'égard des couvens et de beaucoup d'églises , dont la suppression ne tarda pas à cire prononcée par l'Assemblée constituante. L'As- .semblée législative n'eut donc qu'à s'occuper des biens des églises conservées, et elle le fit par un décret du 10 septembre 1792, par lequel , « considérant que les meubles , effets >i et ustensiles en or et en argent, employés » au service du culte dans les églises cojiseriy vces ^ sont de pure ostentation, et ne con- » viennent nullement à. la simplicité qui doit « accompagner le service, « décréta quV/7" m'oit urgence y et, après avoir décrété l'urgence, développa, dans dix articles, une

série de mesures qu'elle prit pour faire parvenir CCS ustensiles d'or et (largeîit aux hôtels des monnaies. Un reste de pudeur publique ou de ménagement pour la constitution civile du clergé , qui duroit encore , fit glisser dans ce décret un article qui excepta de la spoliation les soleils^ ciboires, calices et autres vases sacrés seulement. C'étoit réserver une proie aux législateurs de 1793 , pour qui rien ne devoit être sacrée. On a vu avec quelle fureur sacrilège les représenlans en mission se jetèrent sur ces dépouilles. On a vu aussi qu'ils procédèrent par ordre; qu'ils commencèrent par décréter la liberté des cultes , puis le culte de la Raison, et que ce fut pour exercer ce culte si raisonnable ^ que les églises , transformées en temples de la Pvaison , furent entièrement spoliées et réduites à cet état de simplicité qui de\'oit accompagner le service.

Bientôt elles furent mises en vente , et les cloches qui y rassembloient les fidèles , furent jetées dans le creuset national, en vertu de plusieurs décrets successifs.

Un premier décret du i**^ février 1793 , autorisa les communes à convertir leurs cloches en canons.

Ln deuxième décret du 23 juillet suivant,

( 336 ) réveillant le zèle des communes qui n'avoient pas profilé de l'autorisation de fondre leurs clocher, ordonna qu'il n'en resteroit qu'une seule par commune. Ënfm , le mouvement \ contre le culle acheva de mettre en branle jusqu'à la dernière cloche , et il n'en échappa guère à ce mouvement et au zèle des représenlans en mission.

Les autres biens des communes furent traites comme les cloches, et réunis au domaine national. (Décret du 24 août 1793.)

Les modestes presbytères parurent aussi inutiles à un peuple ramené au culte delà liaison^ que les palais épiscopaux; et les uns ne furent pas plus épargnés qbe les autres (i). Ces biens eussent tous passé dans les mains des particuliers, s'il se fût trouvé un asseifi grand nombre d'acheteurs. Mais la Tiation , gorgée de propriétés, ne trouvoit pas d'acquéreurs pour toutes. C'est ce qui engagea la

(1) Les palais ëpiscopaux furent nationalisés dès le 19 juillet 17M2 , par l'assemblée législative, qui considéra leur somptuosité y comme peu com^enaiie à la simplicité de leur état (des évêques), l'entretien trop disportionné à leurs revenus^ et jugea nécessaire de les débarrasser ^'v"? jouissance évidemment onéreuse.

(337 ) Convention à rendre, les i" et 4 avril 1793, lin décret qui ordonna la dî\'ision et vente, par petits lots séparés , des grandes propriétés nationales , siliiées dans les villes et dans les campagnes.

Après les biens du clergé , des églises , des communes, vint le lourdes biens des collèges, et de tous les étiiblissemens d'instruction ou d'ulilité |)ubli(jue. Tout cela fut livré au même brigandage, et alla s'engloutir dans le même gouifre,

Resloit une espèce de biens , patrimoine de cette classe, au bonheur de laquelle les représentans du peuple consacroient , disoientils , leurs travaux; je veux parler des biens des hôpitaux et de tous les établisscmens (juc la charité des particuliers avoit fondés. Il .semble qu'un tel patrimoine devoit être à Tabri de la spoliation générale; point du tout: les biens des pauvres , des prisonniers , des captifs, des malades, des incurables furent jetés dans le trésor national. ( Décret du 23 messidor an H , rendu sur le rapport de Gambon.)

C'est ainsi que les représentans du peuple travailloicnt a le rendre heureux, l^a spoliation des hospices laissa ces établisscmens dan$ un

( 338 ) ëlat de dcnûmcnt si affreux qu'il arracha plns^ tard des larmes aux législateurs de Tan VI et de l'an VII , ainsi qu'au Directoire qui n'éloit pas tendre. 11 fut question de leur restituer ce ([u'on leur avoit pris. Mais ce projet s'évanouit sur une observation lumineuse des directeurs qui, calcul fait, avoient trouvé que l'exécution de ce projet enlèveroit plus d'un milliard au trésor national (i). On peut juger par là de l'importance de la prise. Qu'on joigne à ce milliard des pauvres le milliard d'emprunt forcé mis sur les riches ( décret du 20 mai 1793); qu'on joigne aux biens des pauvres et des riches, aux biens des villes et du clergé, aux biens des églises et à c< ux des collèges, les biens des émigrés, les biens des prêtres , les biens des suspects mis sous le séquestre , les biens des commerçans enlevés par la loi du maximum , les biens des pai licaliers enlevés par des réquisitions de tout genre, les châteaux démolis comme féodaux; qu'on joigne à ces biens-meubles et immeubles l'or et l'argent dont la possession étoit également criminelle , soit que leur usage osten-

(i) "Voyez dans le Moniteur du liS germinal an VII, un rapport de Joueniie<

( 339 ) sible accusant le luxe du possesseur, l'exposât à un danger plus grand que celui de les perdre , soit qu'en les enfouissant il les livrât aux recherches et à la cupidité des dénonciateurs à qui la loi donnoit le vingtième de leur valeur (i); enfin, qu'on joigne aux objets d'or et d'argent tous les ouvrages en fer, grilles, rampes , balcons, qu'on sY'toit avisé d'clablir à l'entrée ou aux fenêtres des édifices particuliers , d'où la loi les arrachoit comme objets de luxe , quand les édifices eux-mêmes n'étoient pas démolis comme monumens de la féodalité; qu'on fasse, s'il est possible, toutes ces additions, et Ton aura une idée de la législation des propriétés en g3. Passons à la législation des doctrines.

Législation des doctrines , ou Morale de gS.

« Je demandé, dit Barrère à la séance j) du i8 mai lygS, que l'Assemblée s'occupe » d'une instruction révolutionnaire, celle qui

(i) Un décret diiiS novembre iji^S fz'-i brumaire an II) prononça la confiscation des matières d'or et d'argent qui seroient découvertes enfouies ou cachées, et adjugea le vingtième de leur valeur en assignats aux dénonciateurs.

( 34o ) » doit avoir pour objet de changer nos idées ^ » nos opinions anciennes^ et d'établir la morale >» qui convient à la liberté, à la république. » Celte proposition de Barrère a été le constant objet des eflbrls, non seulement de la Convention , mais de toutes nos Assemblées et de tous nos docteurs révolutionnaires , qui cberchent encore à résoudre le problème et à dégager l inconnue (i). Il ne s'agit ici que de la morale de gS, de la morale de la liberté, de la morale de la république , une et indivisible. Pour donner une idée de celle morale , nou la diviserons, comme toute morale , en trois articles, qui comprendront les devoirs envers la Divinité , les devoirs envers le prochain , les devoirs envers soi-même. Ainsi nous considérerons les doctrines de la Convention , dans leurs rapports avec le Créateur, avec les autres gouvernemens , et avec ellemême.

(i) On peut voir les données du problème dans le recueil des pièces officielles de l'ouvrage intilulé: Le Génie de la Ré\?oluti()n considéré dans V Education ,ou Mémoires pour servir à l'Histoire de l'instniction publique depuis ijS^ jusqu'à nos jours. Paris, Le INormant,

Doctrines de la Convention à V égard de la Divinité , ou Morale religieuse de g3.

Dès le troisième mois de sa session , le 1 2 décembre 1792, la Convention entendit du haut de la tribune nationale , un de ses membres , Jacob Dupont, faire profession solennelle d'athéisme : » Je l'avouerai de bonne Jbi à la » Convention, dit le représentant, dans un » discours sur 1 instruction publique ,ye 5m/.ç » athée. » La Convention qui avoit décrété ia liberté des opinions , ne trouva rien à dire à celle de l'athéisme (i).

Huit mois après, le dimanche 20 août 1793, la même Assemblée entendit une profession de foi semblable, faite , non plus par un de ses membres , mais par une dépuiation d'instituteurs et d'élèves^ et ce fut par la bouche d'un enfant que la députation demanda u qu'au » lieu de les prêcher au nom d'un soi disant )) Dieu, on les instruisît des principes de Téga- » lité, des droits de l'homme et de la cons-

(i) C'est le système des libéraux du jour, exposé dans un ouvrage intitulé : de la Liberté religieuse^ par Benoist, annoncé avec de grands éloges dans les feuilles libérales.

)> titulion. )) (^Moniteur du 27 août 1793.) Le jeune orateur fut interrompu par un mouvement spontané d'improbalion assez étonnant de la part d'une Assemblée, qui, rendant, depuis onze mois, tant de décrets contre le culte de la Divinité et contre ses ministres, auroit dû reconnoître l'expression de sa législation dans cette profcfssion publique d'athéisme , sortie de la bouche d'un enfant, qui n'avoit fait que retenir la leçon de ses maîtres , et profité à cette école d'enseignement mutuel^ au-delà de leurs espérances confondues. Toutefois ceux-ci sortirent vite de leur étonnement, et la liberté des opinions et des cultes les rappelant aux principes ^ ils se turent. Nul ne prit la parole, et la profession d'athéisme de l'enfance passa comme celle du représentant, sans être censurée. La Convention touchoit à l'époque de ce Jïioiwement contre le culte , oh elle-même devoit non seulement se soulever contre la Divinité, mais encore substituer à son culte celui de la déesse Raison^ offrir solennellement ses hommages à une des divinités de l'Opéra , la recevoir triomphante dans le sein de la repiésentation nationale, l'installer à côté du prési- (Jent, l'accompagner dans le premier temple de

la capitale, métamorphose, par décret, en temple de la Raison , la placer sur les autels, et chanter en son nonneur Thymne improvisée par un de ses poètes (Chénier).

Ce culte de la Raison dura six mois, pendant lesquels la France vit ce qui ne sVHoil jamais vu chez aucun peuple ni civilise ni barbare; ce que le délire des hommes sembloit incapable d'imaginer, et ce que l'enfer, transporté sur la terre, pouvoit seul réaliser; ce fut répoque des abjurations et des renonciations au caractère sacerdotal ; actes de lâche infamie , provoqués par des décrets , et qui furent déposés au comité d'instruction publique, comme des monumens du progrès des lumières : ce fut Tépoque où l'autel de la patrie fut couvert des dernières dépouilles des églises, livrées aux derniers excès du génie de 1 impiété; ce fut l'époque où les temples les moins profanés , furent ceux que la guerre convertit en arsenaux ou en écuries , lesquels, étant livrés aux êtres inanimés ou aux animaux sans raison, ne retentirent pas des cris forcenés que l'impiété déchaînée fit entendre dans ceux qui furent réservés aux sociétés populaires, ou qui servirent de théâtre aux discours des leprésentans en mission et des

antres fonctionnaires. Ce fui l'époque où Tcnfancp professa publiquement ratliéisme, non seulement sans improbalion, mais même avec applaudissement (ï); ce fut l'époque où l'on vit les amis de Marat venir à la barre de la Convention , demander rhiipression de ses œuvres à un grand nombre d exemplaires , afin de répandre par toute la république , la vérité^ et d'en faire une propriété nationale , et cette demande accueillie et renvoyée au comité d'instruction publique. {Moniteur du i*' pluviôse an 11^ 20 janvier 1794)

Apres six mois d'un tel culte , soit que le gouvernement révolutionnaire eût horreur de lui-même, soit que Roberspierre eût besoin d'un prétexte poor se défaire de ceux qui l'avoienl provoqué, et dont la popularité lui porloit ombrage, il l'arrêta, et envoya au tribunal révolutionnaire GoBEL, Hébert, Chau- MÈTTE, RoNSfN, général de l'armée révolu-

(1) Vojez, dans le Moniteur du lo frimaire an H, un discours prononcé le 6 du même mois, à la séance publique de la commune de Paris , par les jeunes élèves <h la section des Arcis ^ qui vinrent déclarer qu'oH lieu de t Evangile ils apprendront les Droits de P Homme ^ et que leur Catéchisme serait la Constitution,

( 345 ) tîonnaire , et beaucoup d'autres qui périrent le 16 et ii/j. germinal an lï.

Un mois après , la Convention décréta l'existence do l'Etre-Suprème avec rimmortalilé de l'àme (décret du 18 floréal an II), et suivit RoBERSPîERRE. SOU président, à une fête où furent hriiiés deux manneqnins représentant l'Athéisme et le Matérialisme. Cependant la Convention restoit toujours fidèle au culte des nouveaux dieux dont elle remplissoit le Panthéon ; et ce fut même après la chute de Roherspierre qu'elle y accompagna solennellement \q?, restes précieux de Marat, toujours révéré comme le martyr de la liberté, l'ami du peuple , l'un de ses docteurs , l'une des plus vives lumières de la république.

Morale diplomatique de 98, ou Principes de la CofU'ent/oTi dans ses relations avec les autres Gouvernemens.

« En nous députant ici (dit Danton le » 28 septembre 1792), la nation française a >y créé un grand comité d'insurrection géné- » raie des peuples. Remplissons notre mis-

( 3/|6 ) » sion. » (^Moniteur du 29 septembre 1792.) Tels sont l'esprit et le texle de cette foule de lois qui forment le code diplomatique de 93. Les dispositions en sont développées dans deux rapports également curieux : l'un fait par Grégoire, organe du comité diplomatique et de constitution, le 2.8 novembre 1792, à roccasion de la réunion de la Savoie à la France; l'autre f;iit par Cambon, organe du comité de défense générale, à l'occasion de la conquête de la Hollande, le 2 mars 1793. Donnons une idée de l'un et de l'autre.

B apport de Grégoire.

Le rapporteur commence par se féliciter « d'exister à une époque où les sujets dc- » viennent citoyens, oij les Piois ont les peuples » pour successeurs. >>

Il examine ensuite si une république universelle est possible , et il répond à ceux de ses collègues, partisansde cette république, comme un ministre à l'abbé de Saint- Pierre , envoyez préalablement des missionnaires pour convertir le globe.

« Quelques centaines de peuples, reprend-il, 5) seront encore long -temps étrangers aux

n vrais principes^ et il est douteux que de » sitôt ils soient adoptés par les écumeurs » barbaresques , les voleurs de TArabie et les )) antropophagcs de la mer du Sud. »

Après avoir soufflé sur cette chimère , le rapporteur combat un préjugé plus accrédité , celui qui veut circonscrira toute république dans un territoire resserré, o L'on ne veut pas voir, » dit il, <ju'il n'existe aucune parité entre les )) autres républiques et la nôtre ; celles-là » créées pour la plupart dans rentance de V l'art social , ne pouvaient s'étendre , sous » peine de n'avoir qu'une existence précaire ; j» la république française, presque la seule qui i) soit fondée sur les véritables principes de » légalité, est ramenée sans cesse à l'unité par M l'ensemble de ses lois constitutionnelles; o dans sa construction savante et hardie^ elle « trouve le présage d'un bonheur qui embras- M sera l'étendue des siècles comme celle des » départemens. »

Le rapporteur fit une longue application de ces principes à la Savoie, et conclut ainsi : « Ne craignons pas que cette incorporation » devienne une nouvelle pomme de discorde.... » Tous les gouvernemcns sont nos ennemis, >• tous les peuples sont nos amis; nous serons

( 3/,8 ) » détruits, ou ils seront libres,. Ils le seront - » et la hache de la liberté, après avoir brisé » les trônes , s'abaissera sur la tête de qui- » conque voudroit en rassembler les débris. « ( Moniteur du 28 novembre 1792. )

On sait que ce rapport fut suivi de la mission de sept représentans dans le Mont-Blanc et la Savoie, et nous avons vu leurs opérations.

Rapport r/e Cambon sur la Hollande,

Trois mois après le rapport de Grégoire sur la Savoie , les principes avoient fait des progrès si rapides , qu'on ne pouvoit plus douter (jue la répuplique universelle ne fût à la veille d'être établie , grâce aux décrets de l'Assemblée , et aux efforts de ses missionnaires répandus sur tous les points oii pénétroient les armes de la république française : aussi Gambon, organe du comité de défense générale , chargé de présenter un projet de décret, tendant à faire triomplier les principes des efforts de toute cette coalition couronnée et armée contre la liberté des peuples , n'hésita pas à prédire le prochain établissement de la république universelle. « Bientôt , dit-il, » il faut l'espérer, tous les peuples, abattant

( 349 ) M les trônes, ne seront qu'une famille : bieji- » tôt nous verrons se réaliser le système de » l'abbé de Saint- Pierre , la paix universelle ; » et lorsque nous poserons les armes , ce sera » pour la dernière fois que TEuropc aura été M ensanglantée. »

Appliquant ces principes à la Hollande , le rapporteur dit : » 11 ne faut , pour être libre, » que du pain, de la bière et du fer. Vous » donnerez aux saus-culottes bataves les moyens '» de danser la carmagnole autour de Tarbre » de la liberté ( applaudissemens ). En éta- » blissant des contributions, vous les ferez » porter sur la classe qui a le plus de pro- » priétés à défendre. Vous verrez que les Hol- » landais , temoitts de votre bonheut\ voudront » s^ réunir à vous. «

Pour leur donner cette volonté et un avanlgout du bonheur dont ils n etoient pas encore témoins y l'Assemblée, sur ce rapport, rendit un décret qui chargea les généraux fran^-ais d'exercer provisoirement dans le pays baUive le pouvoir révolutionnaire. L'étendue de ce pouvoir étoit développée dans une série d'articles au nombre de vingt- huit. Le décret étoit terminé par celte déclaration : « La nay lion franc^aise renouvelle au peuple batavc

( 35., ) » la déclaration solennelle qu'elle a faite de » traiter comme ennemis les peuples qui, re- >. fusant la liberié et l'égalité, ou y renonçant, » voudroient conserver, rappeler ou traitçr *» avec les tyrans qui les ont gouvernés , ou avec » leurs complices, et les castes privilégiées. >»

Ce décret fut accompagné d'une adresse de la Convention nationale de France au peuple batave, rédigée par Barrière, dans laquelle les bienfaits de la liberté et de l'égalité étoient plus amplement développés. « C'est ainsi, di- » soit la Convention en terminant, que nous » stipulons pour le genre humain, en procla- >i mant sa puissance, et en assurant ses droits. » ( Moniteur des 4 et 5 mai^s 1 793. )

Ces principes diplomatiques furent corroborés par cinq décrets, celui du 19 novembre, qui prometloit secours et fraternité à tous les peuples qui voudroient recouvrer leur liberté ; celui du i5 décembre suivant, qui développa les dispositions du précédent; celui du 7 août 1793 , qui déclara Pitt ennemi du genre humain; celui du 7 prairial an II (juin 1794)» portant « q^\' il ne seroit fait aucun prisonnier » anglais ou hanovrien; » et celui du 24 thermidor suivant ( août 1794 ) -, portant <\uilne s er oit plus fait de prisonniers espagnols.

Tel fui le code diplomatique de 98 , code dont les principes ne furent pas empruntés auœ écumeurs barharesques , aux voleurs de V Arabie , aujc antropophages de la mer du Sud, mais aux philosophes de la Convention, à Danton, à CaiMBon, à Barrère, et surtout au plus ardent ennemi qu'aient jamais eu les trônes , au plus étonnant docteur, au plus savant, et plus éloquent des missionnaires qui aient prêché la croisade contre les Rois, en un mot, à Tévéque Grégoire.

Nous avons vu l'application de ces principes faite aux Savoisiens , aux AUobroges , aux Belges, à Maycnce ; et les missions remplies dans ces contrées suffisent pour nous donner une idée des autres missions étrangères.

C'en est assez sur les principes de moil-ale diplomatique de la Convention. Voyons quelle ctoit sa morale envers elle-même , et chacun de ses membres.

Morale de la CoTwention envers elle-même.

Tout ce que la Convention nationale refusoit aux gouvernemens étrangers, elle se l'accordoit à elle même, et le culte qu'elle re-

( 352 ) fusoit à la Djviiiitt;, clic le rendit à plusieurs de ses membres qu'elle déifia, sans en cxcepler les plus grands scélérats de la terre.

Ici chacun rappelle à sa mémoire les apothéoses de BeauvaiSjRaylEjFabrEjGaspa- RiN,LEPELLETiER,MABAT;on sc rappelle Ics honneurs rendus à Beau vais, mort à Montpellier, et dont les cendres révélées, recueillies <lans rurne funéraire, traversèrent la France entière avec pompe , et furent religieusement présentées à TAssembléc , qui en décréta le dépôt aux archives; on se rappelle TAssembléo elle-même portant en triomphe les restes précieux de Marat au Panthéon; on se souvient enfin du recueillement avec lequel l'Assemblée enlendoit quelquefois dans son sein les oraisons funèbres de ses membres assassinés , et en ordonnoit la traduction dans toutes les langues , qui peut-être n'ont pas conservé ces immortels monumens de l'éloquence républicaine ( i ) ; les

(i) Nous douions qu'on lise aujourd'hui dans aucune Ianf;ue l'oraison funèbre dft Feraud par LouvET, dont la Convention ordonna la traduction dans toutes; ce qui, au surplus, ne prouve rien ni contre le mérite de l'orateur, ni contre celui du héros ; mais ce qui prouve que l'Assemblce avoit une trop haute idée de l'un et de l'autre, et d'elle-même. (Vo}'ez le décret du i4 prairial an IIl.)

( 333 ) représenlans, qui échappoient à de tels honneurs , et qui n'étoicnt que confesseurs de la liberté^ devcnoient l'objet d'une autre espèce de culte , il leur falloit des victimes humaines ; témoin ces neuf pères de famille d'Orléans, immolés à la vengeance de Léonard Bourdon, et ces dix citoyens tirés de la maison. de réclusion d'Auch, et traînés à l'échafaud pour expier l'insulte faite à Dartigoyte dans la société populaire par un soldat endoî'mi.

En général les représentans étoient pénétrés de la nécessité de se conserver pour la patrie , et d'arriver le plus tard possible au Panthéon. Ils auroient même voulu doubler leur existence pour faire deux fois plus de lois : « Le poignard des assassins est sur nos tètes, » s'écrioit Levasseur ( de la Sarthe ) le i5 » juillet 1793; doublons, s'il est possible, » notre existence politique. Il nous reste le- » ducation publique à décréter, des lois popun laires à faire ; alors nous aurons assez vécu. » ( Moniteur du 17.)

L'orateur demandoit que les séances de la Convention fussent plus longues, et s'ouvrissent à hui t heures du matin; mais ce n'étoit pas le seul moyen qu'il proposoit pour doubler l'existence des représentans : il vouloit aussi épouvanter,

par d'ntrangcs mesures , tous ceux qui en vou-

loicnt à Itiir vie. « Je demande , dil-il, le 23

'v mai 1793, que la Convenlion, pour prou-

^> ver riiorreur que lui inspireroit le meurtre

î) d'un représentant du peuple, décrète que la

» maison oii cet attentai pourroit être com-

» mis sera rasée. Je dcman-le encore que,

M donnant un effet rétroactif à ce décret, elle

» ordonne la démolition de la maison 011 Le-

« PELLETIER cst tombé SOUS Ic poignard d'un

p assassin (i). » {Monilciw du 2.S mai 1795.)

La proposition fut applaudie sans être décrétée.

Ce morne représentant avoit une si grande idée de tous ses collègues, qu'il ne croyoit pas que ceux qui lomboient au pouvoir des ennemis , pussent être échangés contre des princes ni des Piois , et il s'opposa par ce motif à l'é-

(1) L'Assemblée avoit déjà déposé, dans une foule de décrels et de rapports, sj sollicitude en faveur de Lepel- LETIER. Elle lui avoit fait faire un service funèbre dans toute la république ( le culte de la Raison n'étant pas encore décrété^ ; elle l'avoit porté au Panthéon, elle avoit adopté sa fille, elle avoit fait faire son porirait par David, elle avoit promis 10,000 liv. à celui qui arrêleroil Paris, et accordé 1,200 fr. à un citojen AuGUSTF, , son dénonciateur.

C 355 ) change de Drouet et des autres représentans qui gérrtissoieht dans les fers des despotes, et dont Merlin (de Thionville) demandoit l'échange contre les trois princes de Linanges qu'il avoit lui-même faits prisonniers.

« Je ne partage pas , dit Levasseur , l'o- » pinion qu'on puisse échanger des princes » contre des rcprcsentans du peuple. Tous les î> Rois de l'Europe, coalisés contre nous, ne « valent pas un représentant du peuple. Si » j'eusse été fait prisonnier lors de ma mis- » sion à l'armée du Nord , je n'aurois pas » voulu devoir ma liberté à l'échange dun ï> prince ; et si ce malheur m'arrivoit , je vous » prie, mes collègues, de ne jamais parler « d'échange en ma faveur. » ( Moniteur du 25 novembre 1 79^. )

Effectivement les cinq représentans continuèrent encore, pendant plus de deux ans, à gémir dans les fers du despote d'Autriche. Ce ne fut que le 25 décembre lygS que la Convention , revenue un peu de la grande idée qu'elle avoit d'elle en général , et de chacun de ses membres en particulier, consentit à échanger Bancal, Camus, Drouet, Lamarque, QuiNETTE, et plusieurs autres prisonniers français contre l'héroïne duTempIcf

En altcndant,larepresentalion nationale donna de grandes marques d'inlcrct auxcinq représentans. Il en existe un monument curieux : c'est un décret du 24 fructidor an 11 , par lequel l'Assemblée , après avoir entendu la lecture d'une lettre de Briez, Bellegarde , Hauss- MANN , Frecine et Laurent , annonçant l'envoi de V instrument qui tenoit enchaînées et saisies tout à la fois la tête et les mains de Drouet pendant sa captivité, et qu'ils avoient découvert à Bruxelles, ordonna que la lettre de5 rcprésentans serait traduite dans toutes les langues, insérée au Bulletin, avec le dessin de linstrament; (pi'il en seroit envoyé des copies aux puissances neutres; et enfin que linstrii' ment seroit attaché au piédestal de la statue de la Liberté, sur la place de la Révolution , avec cette inscription : J^oilà les bienfaits que vous préparent (es tyrans. ( Moniteur du zj fructidor an II. )

Tels furent les devoirs touchans que la Convention remplit envers elle-même , et envers chacun de ses membres, martyrs ou confesseurs , morts ou vivans , libres ou captifs. On voit qu'ils répondoient parfaitement à ses règles de conduite envers le Créateur, comme envers les autres gouvcrnemens de la terre , et

( 357 ) que de cet ensemble résultoit l'instruction complète demandée ^z\V> sv.ky.re^ pour changer nos idées , nos opinions anciennes , et établir la morale de la libei'té et de la république. Il nous resteroit, pour compléter la législation des doctrines de 98, à donner ici la liste des principaux membres du comité d^instruction publique de cette époque ; citons du moins les noms des Bouquier , des Bourdon ( Léonard), des David, des Fouché, des Lequi- Nio, des Petit, des Prieur , des Romme, des Roux-Fasillac» des Lakanal, des Coupe, des LiNDET, des Massieu, et surtout de Grégoire, l'organe le plus laborieux de ce comité, au nom duquel il fit une demidouzaine de rapports volumineux, sous le régime de gS : phénomène moral de ce siècle, également étonnant et par la violence, et par la constance d'une haine surhumaine contre les Rois et la royauté; qui ne fit pas seulement retentir la tribune nationale, mais encore la tribune sacrée, des accens de férocité auxquels on ne peut comparer que les rugissemens de l'Enfer et la langue des démons; qui n'exhala pas seulement ce torrent de haine dans la chaleur du discours et l'entraînement de l'improvisation , mais qui lui

donna un libre cours dans tous ses écrits, dans ses rapports officiels , comme dans les moindres essais de sa plume non oiriciellc, et loujotirs infatigable à exprimer ce sentiment^ si Ion peut donner ce nom aune telle fureur; qui ne fut pas le partisan de cette doctrine en théorie , mais dans la pratique, et qui persévéra dans cette application avant, pendant, et depuis le sacrifice d'une royale victime; phénomène moral également extraordinaire en lui-même, et plus extraordinaire encore par son alliance avec je ne sais quel christianisme digne de trouver grâce au sein de celle Assemblée qui fil profession publique d'athéisme , cl qui pardonna à Grégoire sa religion civile en faveur de sa religion politique ; |>hénomène enfm à la gloire duquel rien ne manque, puisqu'au bt)iit de trente ans , celui (}ui le montre à la lerrc n'est plus seulement considéré comme un homme, inais comme une doctrine vivante, et dans lequel les libéraux de 18*9 ne voient pas seulement un ami , mais un principe (i).

(i) Voyez le Constitutionnel àe?. 2 el 3 novembre 1819; le discours prononcé à l'Assemblée constituante le i5 jviillet 1791 , par l'abbé GRÉGOIRE; Ks d. soeurs prononcés à la Convention les 21 septembre, i4 et aiJ no--

Hiérarchie du, gouvernement révolutionnaire.

De même que l'égalité de tous les hommes devant la nature et devant la loi, ii'avoil pasempêche les Icgislaleurs de gS de créer, au sein de cette de'mocralie, des classes de citoyens qui conservoient et communiquoient le piivilége de la proscriplion, ainsi la même égalilé naturelle , civile , politii/ue et constitutionnelle , n'empêcha pas les mêmes législateurs d'établir une hiérarchie révolutionnaire de rangs et de fonctions plus ou moins marqués, depuis le soldat réquisitionnaire jusqu'au représentant

vembre 1792, par Grégoire ; le discouis prononcé dans l'église cathédrale de Fjlois, à roccusion du service funèbre de Simoneau, maire d'E lampes, lue le 3 mnrs r792, par M. Grégoire , évêqne du départenient do Loir et Cher ; le discours prononcé dans l'église cathédrale de îjîois, air service célébré pour les citoyens morts à Paris le to aotif 171)2, par M. Grégoire, évèque du département de Loir et Cher; le vote envojé de Cliamb(irj, le l'S janvier 17()3, lu à la séance du 20 du même mois j TEsiai hlsto^ riijue et patriotique sur les Arbres de la Liberté , offert à la Convention le 12 germinal an II , i"" avril 17941 P^i* Grégoire, membre de fa Convention ; le rapport sur lanécessilé de révolutionner la langue française, fait \e 16 prairial an 11,^ 4 j*^in- i794i P'*'^ ^^ eiloyen Grégo-iri^

du peuple , envoyés l'un et l'autre aux armées , où ils jouoient deux rôles si différcns. Plus la législation des personnes avoit multiplié les citoyens proscrits ou passifs , plus la hiérarchie révolutionnaire devoit offrir des fonctions et des carrières diverses aux citoyens actifs. Il falloit que ces deux grandes masses , occupées l'une par l'autre, fussent dans une harmonie parfaite; plus l'une renfermoit de payans , plus l'autre devoit renfermer de salariés ; plus les premiers étoient souffrans, plus les seconds dévoient être agissans. C'est ce qui nous reste à faire voir, en parcourant rapidement ics diverses carrières que le gouvernement révolutionnaire ouvrit à l'industrie des citoyens actifs. Je dirai d'ahord un mot de la plus vaste carrière de ce temps, carrière mitoyenne qui renfermoit autant et même plus de citoyens proscrits que de citoyens actifs. Je veux parler de la carrière militaire, où furent enrégimentés, de gré ou de force, deux millions de Français , sous le nom de défenseurs de la liberté. Ce fut l'ouvrage de trois décrets et le fruit des missions des représentans. Le premier de ces décrets, en date des 19, 28 et ^4 février (car l' Assemblée fut trois jours à le produire) mit à la disposition du ministre de

( 36i ) la guerre et des généraux tous les célibataires et veufs sans enfans, et prit provisoirement trois cent mille hommes âgés de dix -huit à quarante ans.

Le deuxième décret, en date du ^3 août suivant , connu sous le nom de levée en masse, mit tous les Français en état de réquisition permanente pour le service des armées , et fit marcher d'abord tous les jeunes gens , ou veufs, âgés de dix-huit à vingt-cinq ans (i).

Le troisième , rendu le 22 novembre suivant, frappa des peines de F émigration ceux qui se seroient soustraits à la loi de la réijuisilion.

On peut joindre à ces décrets celui du ï" août 1793, qui mit tous les officiers de santé , chirurgiens et pharmaciens , depuis

(1) «" Tous les Français, tous les sexes, tous les âges, M dit BARRÈRE, sont appelés pour défi-ndre la libert»?.

» Toute la France doit être debout contre les tjrans.

» Tous les citoyeus sont requis, mais tous ne peuvent se » mettre en mouvement à la lois : la jeunesse ira la pren mière 3 c'est pour olle que la liberté est fondée, j»

BarrÈRE ajouta beaucoup d'autres développemens tendant à expliquer la pensée du comité de salut public sur la levée du peuple entier pour la défense de sa constitution et de sa liberté.

l'àge de dix-huit ans jusqu'à quarante, à la disposition du ministre de la guerre.

Après la carrière des di'fcnseurs de la Uberlé , vcnoit immédialernent la carrière des armées révolutionnaires disséminées dans l'intérieur de la république ; la carrière des tribunaux révolutionnaires établis dans un nombre de villes indéterminé ; la carrière des commissions populaires , des commi.^sions militaires, des commissions révolutionnaires attachées aux armées de l'intérieur , ou formées suivant les besoins des localités par les rcprésentans en mission ; la carrière des comités révolutionnaires établis dans toutes les villes, bourgs et villages; la carrière des geôliers, préposés à la garde des suspects, enfermés dans toutes les villes de France; la carrière des dénonciateurs de tout genre qui servoient à peu[)ler les prisons , à eni retenir la guillotine , à remplir le trésor national, et qui étoient l'objet d'une foule de décrets d'encouragement qui leur décernoient des récompenses nationales ()).

(i) Entre les décrels de ce genre , nous citerons les su i vans :

Le 3 juillet lytp, sur le rapport de MALLARMÉ ,>

( 363 ) La capitale, toujours privilégiée , vil ouvrir dans ses murs quelques carrières quiluiétoient particulières. La plus vaste ctoit celle déS quarante-huit sections , ouvertes à tous les citoyens qui vouloient s'y réunir en assemblée extraordinaire deux fois la semaine, les jeudi et dimanche (il n'y avoit pas encore de décadis). Ces citoyens , très -actifs , recevoient quarante sols d'indemnité par jour. ( Décret du i5 septembre 1793 ). C'éloit aussi le salaire des furies de guillotine , qui venoient applaudir aux décrets de la Convention » aux jugemens du tribunal révolutionnaire et aux exécutions. Mais ce salaire éloit mis au rang des

décret qui accorde i,5oo liv. de récompense au citoyen J.avigne, pour avoir procuré au irésor 182 marcs d'argenterie enfouis dans la cave d'un émigré.

Le 2?> frimaire an 11 , décret qui décerne à ^oël Legras, domesiique de 1 abbé Carrev , un témoignage de .>atis'ai;tion, pour avoir livré un dc-pôt de son maitre.

Le 17 du même mois (novembre lyyS), décret qui accorda au portier de I aide-de-camp de Domfiont, pour avoirlivré un dépôt, 3oo liv. de récompense.

Le 22 messidor an H (10 juillet 1704^1 décret qui accorda 4j5oo liv. de récompense à Médird Maret , domestique du baron d'A gny, pour avoir décelé le trésor de son maître, m s à mort.

dépenses secrètes du comité de salut public.

Il y avoit en outre dans Paris des écoles ouvertes à la jeunesse , entre lesquelles il faut distinguer le Cours révolutionnaire du Salpêtre établi au Jardin des Plantes, et Y Ecole de Mars établie dans la plaine des Sablons , où un décret du i3 prairial an II avoit rassemblé , de tous les points de la France , trois mille fils de sans -calottes (ce sont les termes de la loi). Les élèves de ces deuxec^o/eiétoient payés , ainsi que les professeurs.

Rcstoit répandue sur la surface de la république une classe de fonctionnaires dont les intérêts fixèrent la sollicitude paternelle du législateur, qui leur donna des aides ^ des indemnités ^ et un supplément de traitement y le tout proportionné à l'accroissement de leurs travaux, et réglé avec un esprit d'équité qui brille éminemment dans le décret suivant, rendu le 3 frimaire an II, 23 novembre i7g3 :

a La Convention nationale , après avoir » entendu le rapport de ses comités de fi- » nances et de législation , délibérant sur les » pétitions des exécuteurs des jugemens cri- » minels, décrète :

» Indépendamment du traitement annuel » accordé aux exécuteurs des jugeniens crimi-

n nols par la loi clii mois de juin dernier, il w leur sera accordé annuellement i6oo liv. » pour deux aides ; à celui de Paris , l^^ooo liv. » pour chaque aide, oulre une somme an- » nuclle de 3,ooo liv. qu'il aura pendant la » durée du gouvernement révolutionnaire. »»

Suivent d'autres arlicles , dont les uns règlent les indcnmitr's à payer aux exécuteurs pour frais de déplacement ; les autres règlent le mode de paiement, etc.

Il est juste de dire, à la décharge de ceux qui furent ainsi traités ^ qu'ils n'avoient guère de profits autres que leur traitement ^ ou que du moins ils avoient de redoutables co-partageans dans une foule de fonctionnaires qui leur livroitnt le plus souvent des victimes dépouillées (i). Ils en éloient dédommagés

(i) « Paquet, exécuteur des haules œuvres, a fait , le

» 8 décembre «794, devant le tribunal criminel de Vau-

• ciuse , une déclaration portant que Viot , accusateur

» public de la commission révolutionnaire dOrange , et

M îsapier, officier ministériel, se porloient dans les mai-

»» sons d'arrêt et de détention , avant qu'il j fût , pour se

» saisir des condamnés à mort j qu'ils les fouiiloienl dans

» toutes leurs poches et goussets, et dans leurs malles,

» enlevoient tous leurs effets, bijoux, montres, bagues,

» boucles d'oreilles, chaînes en or au cou des femmes, et

par la conside'ialion dont ils jouissoient auprès des représentans en mission, ainsi qu'on l'a vu dans celle de Lequfnio , qui en fit de si hauts personnages. Us n'avoient guère audessus de leur rang que les représentans qui les avoient ainsi élevés presque à leur niveau , quoique eux-mêmes fussent des êtres d'une nature surhumaine, êtres qu'il faut étudier dans leurs missions, sans chercher à les dcfuiir par des qualifications ou des comparaisons. On les a appelés proconsuls ^ dénomination qui prouve que ceux qui l'employoient savoient l'histoire romaine , mais <ju'ils ignoroient celle des missions de 98 ; c'est en vain qu'on chercheroit, dans les Etats anciens ei modernes , dans les républiques les plus démocratiques ou les monarchies les plus despotiques, des fonctionnaires qui aient du rapport avec ceux qui ont paru en France sous le titre de représenta?it en mission. C'est donc ce titre qu'il faut leur laisser, puisqu'ils

» quelquefois les habits d hommes et de femmes ; de ma» " nière que, quand ils étoient cf)nduits à l'échaaud, ils » n'avoient que la eu oite, bas, habits, et chemises, s'iU » étoient mauvais , et que les dépouilles étoient parlagées. >■ {Vie politique de tous les Conventionnels, pag. 2/3.)

(367 ) l'ont pris , en y attachant tontes les idées qu'il rappelle. Nous ne recueillerons ici que deux traits propres à nous pénétrer de ce sentiment de terreur universelle qui accompagnoit ces hommes partout où ils portoient leurs pas : l'un est le supplice de ces dix citoyens d'Auch , dans le sang desquels fut lavée Tinsuite faite à Dartigoyte par une bricjue tombée à ses pieds (ce qu ifut le crime d'un soldat endormi); Tautre est Texéculion de ces neuf pères de famille d'Orléans immolés pour l'expiation d'une insulte peu différente faite à Léonard Bourdon à son passage dans cette ville (i).

(i) On sait que celle condamnation donna lieu à une scène de cannibales, où l'on vit la Convention entière partager la férocité du représentant en mission. La voici textuellement copiée du Moniteur dn i5 juillet 1798, séance du i3, présidence de Jambon-Saint-André. Le président : « Des païens de neuf citoyens d'Orléans , » condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire » comme auteurs et complices de l'assassinat de LÉONARD » Bourdon , demandent à présenter une pétition. »

Plusieurs femmes fondant en larmes, et poussant des cris de douleur, sont introduites. Un homme dont tous les mouvemens annoncent le dése5poir les accompagne.

On entend les cris : Grâce ! grâce !

Un des pétitionnaires : « Cilovens, c'est au nom de Thu-

(368 ) Enfin s'élevoit au-dessus de la société rt au s(»mniet de la hiérarchie, la Convention nationale, tout entière, source à la fols et réunion de tous les pouvoirs , qui faisoit les lois, et qui les cxécutoit elle-même; qui nommoit les administrateurs , et qui tenoit jusqu'au dçrnicr fil de l'administration ; qui éta-

» manité, de la justice, que nous nous présentons devant »» vous. On conduit au supplice nos pères , nos frères, »» nos enfans. L'un d'eux est père de dix-neuf enfans , « dont quatre sont aux armées. LÉONARD Bourdon lui- » même ne nous démentira pas; nous croyons qu'il est » assez généreux pour s'unir à nous afin d'obtenir à nos » malheureux parens les moyens de prouver leur innoj> cence. «

(On demande l'ordre du jour. On entend des sanglots et des gémissefnens. On demande de nouveau l'ordre du jour. Plusieurs des pétitionnaires se prosternent à genofux et prononcent des paroles entrecoupées.)

Un membre : v Nous ne devons pas oublier ce que nous » devons à la justice et à la représentation nationale, n indignement violée dans la personne d'un de vos col- >» lègues exerçant la fonction auguste de représentant du n peuple. Je demande l'ordre du jour. »

Un des pétitionnaires : « J'offre ma tête pour sauver » mon cousin, père de famille respectable. »

Le président fait retirer les pétitionnaires. L'ordre du jour est décrété.

(369) blissoit des tribunaux, ctqui jugeoitelle-menip, qui nommoit des juges et des jurés, et qui annuloit les jugomens et les déclarations des jurés, et cassoit jusqu'aux décisions du tribunal de cassation.

Cette cumulalion de pouvoirs au fort d'une révolution qui avoit eu pour prétexte d'en faire une division bien symétrique , est une de ses merveilles les plus curieuses. Au mot de vénalité des charges de judicature , on avoit réussià attacher l'idée de la vénalité des personnes qui les rcmplissoient , et dont lindépendance fut remplacée par le salaire d'un troupeau de juges uniquement dépendans de celui qui les payoit , et qui virent leurs décisions , même en matière criminelle , devenir le jouet des législateurs de qui ils tenoient leur mission , et les lois qui en fournissoient les motifs; nous avons cité plusieurs exemples de ces violations inouïes ; nous avons vu le sansculotte Coquet, condamné par jugement du tribunal de la Seine - Inférieure , absous par décret de la Convention ; et le comte de Barbotan, absous par une déclaration du jury du Gers , condamné par décret de la Convention. Celte double manière d'exercer le pouvoir judiciaire, devint familière à la Conven-

( 370 ) tion , et il Rcroit facile d'en citer une foule d'exemples. Mais il est temps de dire un mot de la lerriiur de c)3, considérée comme uni(|ue ressort du gouvernement de cette c'pof|ue.

Ressort du gouvernement révolutionnaire -, ou Terreur c?e 93.

Je ne sais si Ton entend par terreur de 98 , le sentiment de crainte qui poussoil les citoyens actifs , je veux dire les agens de ce gouvernement, ou celui qui glaçoit dVpou vante les différentes classes de proscrits. Tout le monde trembioit ; Cependant , au-dessus de tout le monde, planoit la représentation nationale, et c'est dans son sein que je trouve le sentiment de la terreur plus fort que dans les représentés : c'est là que les grands coupables montroient quelquefois autant de crainte , de trouble et d'agitation, que leurs victimes montroient de calme , de paix et de sérénité; c'est surtout dans l'âme des bourreaux-législateurs que j aime à rbercher ce sentiment, lequel n'étoit pas tellement concentré, qu'il n'éclatât souvent au dehors par des motions, des dé-

crets , des discours , des paroles qui montroient son empire, et ce règne de la terreur établi dans le cœur des grands criminels, dans l'àme des régicides.

Ce grand attentat, toujours présent à leur pensée, ne leur laissoit que des intervalles de repos ; la conscience troublée par l'aiguillon du remords accusateur , ne pouvoit perdre tous ses droits, et souvent frappée de l'idée que le trône pourroit se relever, elle laissoit échapper Tcxpression de la crainte jusque dans l'expression des motifs de sécurité.

Le 10 mars 1793, Barrère , parlant sur l'exaspération des passions dans l'Assemblée, ■fe'efTorçoit de la rassurer, et se rassuroit lui-même en ces termes : « Je suis peu ému » des passions qui s'exaspèrent d^ns cette en- /> ceinte; c'est ici le foyer le plus naturel de » toutes les passions les plus généreuses et les

» plus viles Nous interrogerons ces

a hommes qu'on soupçonne de vues ambi- » tieuses sur la république — Nous leur de- » manderons : où voulez-vous nous mener, est- » ce à la royauté? Il y a ici plus de sept cents » députés qui auront chacun un pistolet ou » un poignard pour détruire l'ambitieux ou », le tyran qui aura oublié le £i janvier: est-ce

» à r»inarclilci Les dc'parlcmens sont foris et M libres : ils ne le soiiffiiront pas. »

C'est ainsi que BarrÈRE rassmoit tout le monde, et vouloit inspirer une sécurilc qu'il ne parta^eoit pas, ni contre le retour de la royauté, ni contre la présence de ranarcbic.

lloBERSPiKRRE combattoit l'anarchie avant tout, et il demanda le même jour l'établissement d'un gouvernement pkis actif. « Nous M. ii'ons, dit-il , à l'ennemi ; nous terrasserons » encore une fois les tyrans qui veulent atten' » tej' à notre liberté'

» Il faut que celte campagne finisse la guerre; M il faut que tous les despotes soient renver. » ses, et la liberté établie sur les débris de » toutes les aristocraties : pour cela il faut des M représentansdu peuple fermes et pleins d'c- » nergie.... » Ç Moniteur du 12 maj's lygS. )

Le résultat de la discussion fut l'établisso,ment du tribunal révolutionnaire^ dans leseift duquel la Convention déposa pendant quelques mois ses remords , ses troubles et ses fureurs (i).

(i) Le tribunal rcAolutionnaire fut mis en activité par «n décret du 27 mars 1798 , qui renfermoit d'autres dispo- «ilions ainsi conçues : « La Convention nationale, sjir la

Mais ce tribunal , qui pouvoit rassurer les régicides contre les royalistes de l'inlcrieur, ne dissipoit pas ies craintes que leur inspiroit la coalition des Rois, et qui éclatoient avec fureur dans les momcns des revers; c'est alors que le comifé de salut public, obligé de répondre du salut particulier de chaque régicide, s'ccrioit ; « Le comité de salut public « est prêt : il vous dira qu'il faut que la res- » ponsabilité pèse sur toutes les têtes, et que » la Convention réponde en masse du salut » public. » ( Paroles de BillaudVarennes dans la séance du 25 septembre 1 793. ) « ï\ap- » pelez -nous dans votre sein; nous y serons » encore votre muint-garde contre les tyrans y. coalisés; et si nous renjellons nos fonctions » dans des mains plus heureuses , vous ne les » aurez pas confiées à de plus pures. » ( Paroles de Barrhire dans la même séance. ) ( Moniteur du 27 septembre 179^. )

En effet, par le secours de deux millions de

y proportion d'un membre, déclare la ferme réàolulloa

il de ne faire ni paix ni Irève aux aristocrates, et à tous

» les ennemis de la révolution j elle décrète qu'ils sont

•> hors de la loi j que tous les citojens seront armés de-

a piqiips» et oue le iribiina! extraordinaire iera inis dan»

w le jour en pleine activi é. »»

( ^74 ) soldats établis au dedans et au dehors, et de deux cents guillotines qui les cernoient, ta victoire parvint à rassurer les régicides, et ce fut alors , dans un heureux moment, de calme , et rame dilatée par la joie des victoires ainsi achetées, que Barrère , les annonçant, s'éçrioit , le 9 messidor an II (27 juin 1794): « Voilà le résultat précieux de votre union, » les garans dc la belle république que vous » avez fondée sur les cadavres des Capcts et

» des fédéralistes La Convention ,

» éclairée sur les intérêts du peuple et sur sa 5) propre sûreté, saura tirer parti de la victoire » au dehors, pour anéantir au dedans toutes » les coalitions impies et les complots parri- » cides, » (Moniteur du 10.)

Ces compl'its étoient sans doute les journées des 9 et lo thermidor qui se méditoient dès cette époque , et qui manquèrent d'envelopper Torateur dans la chute de Koberspierre son collègue. Aussi s'écrioit-il quelques jours après, en célébrant cette journée: « Que les » ennemis reconnus de la république n'es- » pèrent pas de succès! Cette révolution tout :>■> entière est pour la liberté. On ne renverse » pas un tyran nouveau pour soutenir les « amis de l'ancienne tyrannie Les

( 375 ) » patriotes veulent faire cesser les injustices; » mais les contre- révolu liûiinaires veulent :» hriser les ijislrumens du pouvoir national. » ( MoTiiteur du 1 7 thermidor an II. )

Le même principe faisoit dire à Maure , le 7 fructidor an II; «Si les entrailles niater- }> nelles de la république réclament des en- .*> fans, ce sotit des sans-culottes un moment » égarés, et qui ont ensuite défendu la patrie « au péril de leur vie , et non des ci-devant » comtes, ducs, nobles, ou parens d'émij) grés. M {Moniteur du 10 fructidor an II. y

Enfin, en Tan III, plus de cinq mois après la chute de RoBERSPfERRE , la Convention n etoit pas moins agitée par les remords du grand attentat dont elle se sentoit coupable. Le sang du juste couro/uie crioit vengeance dans la conscience même de ceux qui Tavoient versé. Le moindre incident qui reportât leur pensée vers cette époque sanglante, les faisoit entrer en fureur. Une mince brochure , le. moindre pamphlet où il fut question de royauté, éloient des événemcns qui donnoient lieu aux scènes les plus orageuses. C'est ainsi qu'un ouvrage intitulé le Spectateur ., par Lacroix, fournit matière à une dénonciation des plus véhémentes par Duhem, et arracha à

Mailhe ces paroles qui furent couvertes d'applaudissemens : « Un Français qui vou- » droit un Roi ne seroit pas un homme , 3) ce seroit un tigre ennemi de riiumanité 5> entière » {Moniteur au 10 nivosc an IH): paroles d'une énergie incomparable pour peindre les frayeurs de ces hommes qui confondoient leur cause avec celle de l'Jiii'manité enlière , et qui , après avoir agi en tigres h IV'gard de Tinnocence, s'imaginoienl que la douceur éloit leur partage , et la férocité cchû de tous les hommes qui n avoient pas applaudi à leurs luis ^ ni éprouvé leurs remords.

C'en est assez sur la législation et sur les législateurs de 93. Nous avons déroulé le triple code des personnes, des propriétés, des doctrines, code inouï dans toutes les histoires de •la terre, et qui déposera dans tous Jes siècles contre ce siècle de lumières qui a répandu les plus épaisses ténèbres sous les noms les plus pompeux, qui a fini en inventant, perfectionnant, multipliant les instrumens de supplice, sans cesser de se parer des honneurs de la philanthropie, et a versé des torrens de tacg en demandant l'abolition de la peine de jftort ; qui a été également prodigieux en

( 377 ) force pour commelfre tous les genres d'attentats, et en impuissance pour les rc{>arer.

La législation de 98 et les missions où elle a clé appliquée sont une double preuve de cette vérité. Nous pourrions la fortifier en montrant, dans chacun des départcmens qu'il nous reste à parcourir, les mémos horreurs que le tableau des départcmens- frontières nous a offertes. Mais c'est un travail qu'il est nécessaire d'abréger. Le lecteur impatient veut voir finir le récit de ces calamités qui parurent sans terme comme sans mesure.

Nous nous bornerons donc à retracer les missions de Paris, et des départcmens voisins de la capitale, celles de Lyon, et enfin, sous le titre de missions diverses, nous indiquerons les singularités que le régime de 98 a présentées dans un petit nombre de départcmens ou de villes; nous nous hâterons ainsi de franchir cet abîme de. maux et de crimes que 1 œil de l'homme ne peut sonder tout entier, et que la justice divine pourra seule punir à défaut tie la justice humaine impuissante et vaincue.

Mission de quatre- vit igt- seize représentons dans les quarante-huit sections de Paris.

Un beau jour (c'cloit le 8 mars 1793), la Convention nationale , qui ne cessoit de résider en corps au milieu de Paris, voulut, par Tintermédiaire de plusieurs de ses membres, fraterniser avec les Parisiens, et en choisit quatre-vingt-seize auxquels elle ordonna de se répandre deux à deux dans les quarante-huit sections, « {)our leur faire part (ce sont les :» termes du décret) de l'état des armées fran- » çaises dans la Belgique ; rappeler à tous les j' citoyens en état de porter les armes les ser- » mens qu'ils ont prêtés, et les sommer, au « nom de la liberté et de Végalité de voler au :» secours de leurs fj 'ères dans la Belgique. » (3/oniieur du 9 mai's lygS.)

La mission fut remplie dans le jour même. Le lendemain, les quatre-vingt-seize représenlans vinrent exposer les fruits de leur mission. Plusieurs d'entre eux, Rulh, Prieur (de la Marne), P£RRiN ,Lamarque, Bentabolle, Mailhe, rendirent hommage au zèle des Parisiens pour s'armer et aller secourir leurs frères dans la Belgique.

( ^^79 ) David et Jambon - Saint - Anôré , qui avoient été envoyés dans la section du Louvre , y avoient trouvé un concours considérable de citoyens^ qui «leur avoient demandé léla- » blissement d'un tribunal- chargé de punir i) les contre-révolutionnaires et les perturbais teurs du repos public. » Ce vœu de la section, exprimé par les représentans en mission , lut appuyé par Carrier qui le convertit en motion , et fit décréter le tribunal en principe. Le principe décrété le 9 , fut développé dans la séance du 10, consacrée tout entière aux conséquences ^ c'est-à-dire à la discussion du projet de loi sur l'organisation du tribunal lévolutionnaire. Barrère réclama des jurés; Bill aud-Varennes opina pour un jury choisi par les départemens. Robert Lindet présenta un projet défendu par Philipeaux , <]ui élablissoit neuf juges sans jurés. « Nous avons « fait la révolution pour avoir des jurés, » s'écria Boyer-Fonfrède; et aussitôt l'Assemblée décréta à l'unanimité qu'il y auroit des jurés pris dans tons les départemens, et nommés par la Convention. Ïhuriot fit décréter qu'ils opineroient à haute voix : la nomination fut faite le lô; l'installation, décrétée le 27, eut lieu le 28. Il fut autorisé à juger au nornbre

( 38o ) de dix jurés. Six représeiilans y furent allachcs. Les premiers choisis furent Gar an-Cou- LON, Lareveillère-Lepeaux, Rabaut- Safnt-Etienne, Delaunay le jeune, Gomaire et Prieur (au lieu de Hréard qui n'accepta pas celte mission ).

L'institution ainsi ébauchée par quatre décrets, fut successivement portée au dernier degré de perfection par quatre autres, celui du 5 avril qui ordonna que les prévenus seroient traduits à ce tribunal sur la dénonciation des autorités constituées, et ne fil d'exception que pour les re])résentans , les ministres et les géncrauK, lesquels ne purent y cire traduits que par décret de la Convention; celui du 24 juillet qui augmenta le nombre des juges elle traitement de chacun d'eux, rendu sur le rapport de CAMBACÉRiis; celui du 5 septend^re qui le divisa en quatre sections, rendu sur le rapport de Merlin ; enfin celui du lo juin 1794 (22 prairial II) qui abrégea encore les formalités, et les réduisit, suivant l'expression de CouTHON, rapporteur,' r///.r moyens .simples que le bon sens inspire : « h: délai, dil- » il , pour punir les ennemis de la patrie, ne » ♦lf)il cire qjie le temps de les reconnoîlrc; « il s'agit moins de les punir que de les anéan-

( 38. ) » lir. L'Indulgence envers eux est atroce, la » clémence est parricide. Celui qui veut sub- »> ordonner le salut public aux préjugés du * Palais et aux invasions des Jurisconsultes est » un insensé ou un scélérat qui vent Inerjuri- » diquement la patrie et l'humanité. »

En conséquence , ce décret supprima la formalité des dépositions orales dans le cas où il existoit des preuves soit matéiielles , soît morales. Il supprima également les défenseurs officieux. Za/o/,ditle rapporteur, donne pour défenseurs mue patriotes calomnies des Jures patriotes j elle n^en accorde point aujc conspiratent s.

Toutes ces lois (sauf la dernière) sont parfaitement analysées dans V Almanach natio?ial de FraîicedeVan TI de la république française , uTie et indivisible^ où on lit, à Tarlicle du tT'i" buîial révolutionnaire^ le résumé suivant :

« Par décret de la Convention nationale du » lo mars, ce tribunal, sous la dénominatien n de tribunal ciimitiel extraordinaire., a été » établi pour juger en dernier ressort et sans » recours an tribunal de cassation, toute en- » treprise contre-révolutionnaire, tous atten- » tais contre la liberté, légalité y l'unité, l'in- » divisibilité de la république, la sûreté

>) inlérieure et extérieure de l'Elat, et tous » les complots tendans à rétablir la royauté, w ou à établir toute autre autorité attentatoire « à la liberté , à l'égalité et à la souverai?ieté du « peuple , soit que les accusés soient fonc- » tionnaires civils ou militaires, ou simples 1) citoyens. Les jugemens à mort emportent la » confiscation des biens des condamnés, sauf Y> à pourvoir à la subsistance des veuves et » enfans s'ils n'ont pas des biens d'ailleurs.

» Par le décret d'érection de ce tribunal , il » ne fut composé que de cinq juges, un accu- » .sateur public et deux substituts , et de douze » jurés et quatre suppléans, lescjuels jurés » opinent à haute voix à l'audience publique; » ils peuvent au nombre de dix former un » jury ; les juges peuvent former un tribunal , » et juger au nombre de trois.

» Mais, depuis rétablissement du tribunal , » les conspirateurs et contre- révolutionnaires » se sont multipliés au point que le nombre >3 des juges, jurés et accusateurs publics s'est » trouve insuffisant. Ils ont été successivement » augmentés jusqu'au 5 septembre dernier, » que la Convention nationale, par un décret, » a fixé le nombre des juges à seize , celui des » substituts de l'accusateur public à cinq,

» celui des jurés à soixante , celui des commis- » greffiers et des huissier-s (qui d'abord n'é- » toient que deux ) à huit. Il a de plus ordonné )) que le tribunal seroit divisé en quatre sec- )) tions qui se tireroient au sort tous les mois, » tant parmi les juges que parmi les jurés.

» Ce tribunal lient ses séances au Palais. Il '> y a deux salles à cet effet, où deux sections » tiennent audience , tandis que les deux autres >» sont occupées à Tinstruclion des procès. Les « audiences se tiennent l'une dans la salle dé » /rtZ,/^e/'^e, jadis grand'chambre du ci-devant » Parlement; et l'autre dans la salle del'Ega' » lité, jadis salle de Saint-Louis, ou lournelle »i criminelle du ci-devant Parlement.

» Ces deux salies sont toujours occupées »j depuis neuf heures du matin jusqu'au mo- » ment où les affaires sont finies, et ouvertes » au public pendant les audiences.

» Nota. Les juges et accusateurs publics ne » reçoivent personne chez eux pour affaires >» du tribunal ; leurs portes sont absolument » fermées à quiconque s'y présenteroit pour » cet objet (i).

(i) On peut remarquer ici que le coiiiilé de suret»'; générale , qui envoj'oit les victimes au U-ibunal ^évoIution-

» Les juges, accusateurs publics el jures » sont nommés par la Convention nationale. »

Tel fut ce tribunal à jamais célèbre dans rhisloire de la justice humaine, à qui Ton ne peut reprocher ni les procédures secrètes de ces tribunaux vrais ou fabuleux du moyen âge, ni les formes lentes et les voies tortueuses des tribunaux de l'Inquisition , et qui, pendant vingt-six mois ne cessa de faire couler le sang par torrens, à la face du soleil, et au grand jour des lumières du siècle; tribunal qui éten-

naire , ne fut pas moins jaloux que ce tribunal lui-inêinc de se soustraire aux sollicitations, et prit pour cela l'arrêté suivant, monument curieux de l'impartialité et de rinlégrité rcpublicaine^s, :

m Les représentans du peuple composant le comité «Je M sûreté générale de la Convention ,

» Considérant que tous leurs instans sont à la chose » publique , et qu'ils doivent même, autant que possible, j) écarter d'eux le soupçon ,

» Arrêtent qu'ils ne recevront chez eux aucune visita » de solliciteurs et solliciteuses, et que,, pour la plus » prompte expédition des affaires, les citoyens sont invités » à fournir leurs demandes et observations par écrit. » Boucher-Saint-Sauveur, Ruhl, Joseph Lebon,

« LAVICOMTERfE, AMAR, YOULLAND, PaNIS, A. Ben NOIT, J. GUFFROY, M. BayLE, LebaS , VaDIER . » David. » [Moniteur à\x 20 septembre lyqH.)

( 385 ) dit sa juridiction à lous les âges comme à tous les sexes et à lous !e^ états de la vie humaine ,■ qui choisit ses viclime > dans lous Ips rangs , en descendant du général jns(ju au soldai, du duc et du prince jusqu'au laboureur, do l*évéque jusqu'au simple clerc , du magistrat et du ministre jusqu'au moindre arùsan, de la Reine assise sur le trône jusqu'à la I ingère et à la blanchisseuse, du gros négociant jusijuau gagne-petit (i); tribunal enfin où l'fmvoit le règne d ■ l'égalité établi par le gUik'e de la loi également suspendu sur toutes les létes, sans en exceplor celles des juges et des bt)urroaux qui devinrent à leur tour ses justiciables. En effet le tribunal révolutionnaire de Paris, installé le 28 mars 1793, ne fui supprimé que le 3i mai »79^ (par décret du 12 prairial an III). Ainsi il cul une durée de Ningt-six mois, en y comprenant les dix mois de sa continuation après le règne de la terreur. Ce fut dans ce second période de son existence que de nouveaux juges et de nouveaux accusateurs firent briève justice de ceux qui les avoient pré» édés

(1) Lne marchande de tisane d'Orléans fut traduite au tribunal révolutionnaire à Paris, et coridamnee à niurl pour son opinion rosaiiste, et sa/;s :]u'on pu' lui reprocher d'autre crime que celui-là, qu'elle ne n.o pas.

sur le siège. La réaction s'étendit alors jusque siir les exécuteurs des jugemens révolutionnaires , notamment sur celui de Brest , nomme Hauss, qui fut mis en jugement avec les juges, Faccusateur public, .ses adjoints, les greilicrs et dix jurés du tribunal révolutionnaire de Brest, par décret du i6 prairial an IIl. Le tribunal révolutionnaire venoit d'être supprimé ; mais le décret de suppression renvoyoit devant un jui'j spccicil les accusés traduits devant les tribunaux par décret du Corps législatif, et prévenus de conspiration ou d'attentat à la sûreté publique (i).

(i) Le décret de suppression du tribunal révolulionnaire fiit rendu sur le rapport de M. PoRCHER, qui s'exprima ainsi dans la séance du 12 prairial an 111 :

a Créé sous le prétexte apparent de proléger la liberté » publique, ce tribunal dirigea promptement ses opéraw lions vers le but secret que se proposoient ceux qui

» l'avoient fait adopter La France dépeuplée dos

» hommes les plus probes, les plus instruits et les plus » énergiques, assassinés par milliers ; les défenseurs les » plus intrépides des droits du peuple dans les deux assem- » blées qui nous ont précédés inhumainement mis à » mort ) Thouret allant à Téchafaud avec d'Esprémesnil , » en faut-il davantage pour motiver à. vos jeux la sup- >• pression de ce tribunal?» ÇBIoiiilcur du ifi prairial an Ijl , 4 juin I 795. )

( ^8?) Je ne sais si on a tait le relevé des victimes du tribunal révolutionnaire pendant le règne de la terreur ; mais celui du dernier trimestre et des neuf premiers jours de thermidor s'élève, d'après le Moniteur^ savoir:

Le mois de floréal à 4^3

j^e mois de prairial à 3o4

Le mois de messidor à 833

Les neuf premiers jours de thermidor 484

Total. . . 2024

Tel fut le fruit de la première mission des représentans dans les sections de Paris, et ce ne fut pas la dernière. Il y en eut encore bien d'autres; c'est sûrement à lune des suivantes que Paris dut la création de son armée ré\'olutionnaire y dccréléc en principe le 5 septembre 1793, sur le rapport de Barrère , pour comprimer les contre- réx^olutiounaires , et faire eocécuter les mesures de saint public; organisée le 9 du même mois sur le rapport de Carnot, portée à 6000 hommes et 1200 canonnicrSj composée de volontaires payés à raison de 4osous par jour, lesquels nommoient leurs officiers et sous-olficiers, et rccevoient leurs officiers d'état-major du comité de salut public qui s'en étoit réservé le choix. Il s'étoit

réserve aussi, ou du moins il exerça la faculté de licencier cette armée ; et c'est ce qu'il fit au moment oii elle lui parut dangereuse, c'est-*à-dire le 7 germinal an II (27 mars 1794). Le licenciement fut de'crété sur le rapport du même Barrère : « Née, dit-il, au milieu >) des troubles publics, au sein des ambitions » particulières , elle fut souvent utile et quel- » quefois contraire au but de son élablisse- » ment par le crime du cbef. »

Ce cbef étoit Honsin qui venoit d'être condamné a mort et exécuté , le 4 germinal, avec dix-neuf accusés et complices de la conspiration de l'étranger.

On voit que cette institution dura beaucoup moins que celle du tribunal révolutionnaire. On a vu dans le récit des missions que Tune et l'autre avoicntété imitées dans les départemens , et que plusieurs villes de France eurent leur tribunal et leur armée révolutionnaires; c'est ce que nous aurons occasion de remarquer encore dans l'article des missions diverses de l'intérieur.

C'en est assez sur colles de la capitale ; nous négligerons la banlieue , Choisy, Bourgla-Bcine , Sceaux, Meudon , Saint-Cloud, Boulogne, Passy , Neuilly, Saint-Denis,

(389) appelé Franciade , et qui , sous ce nouveau nom, vit raèler à tant de scènes d'horreur et d'impicté ces profanations inouïes des tombeaux, que Tcloquence et la poésie ont vainement essayé de vouer à une exécration égale au crime des profanateurs. Tous ces lieux naguère témoins de la munificence royale , objets d'une bienfaisance inépuisable , furent alors livrés au plus dégoûtant sans-cidottisme ^ ou à la férocité d'infâmes régicides, dont la présence ne s'y manifesta que par deâ scènes d'impiété, ou par l'envoi d'une foule innombrable de victimes au tribunal révolutionnaire. L'expédition seule de Neuilly, cotiduite parVADiER , coûta la vie à cent quatorze babitans envoyés à l'échafaud (i). Les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous permettent pas de nous étendre sur ces missions de la banlieue de Paris. Parcourons rapidement les départcmens voisins.

(i) Cet homme qui parloit en 1794 <Ig ses soixante ans de vertus , doit être fort âgé. Toutefois les années ne lui ont rien ôté Je sa vigueur première : on l'a vu dans les cent-jours reparoilre à la tête des fédérés de l'Ariège, el c'est une des victimes de la terreur de 181 5. (Voyez la Biographie des Hommes çioans, art. Vadier.)

Missions dans les dépariemens eiwiroiinant Paris. — L'Oise y Seine et Oise, Marne, Seine et Marne.

Département de l'Oise. — Ce dcpartement, théâtre des opérations d' André Dumont , Lejeune, Roux, Delbrel , Laurent, et de plusieurs autres, fut cependant le partage spécial de Levasseur , de la Sartlie , qui y remplit deux missions au commencement de l'an II de la republique. Il s'y fit accompagner d'un détachement de l'armée révolutionnaire, commandé parMAZUEL. Il éloit chargé (ï épurer les autorités., et mêla à cet épurenient plusieurs autres opérations dans lesquelles il fut assisté par le détachement de l'armée révolutionnaire , et qui eurent pour but principal le mouvement contre le culte.

Levasseur , de retour à Paris , parut avec son escorte , dans le sein de la Convention nationale, le 20 brumaire an II, 10 novembre 1793, et laissa [e chef rendre compte lui-même de la mission , et en présenter les fruits à l'assemblée , en ces termes : «< De- » puis six semaines, les républicains que » vous voyez devant vous marchent pour

» raffermissement de la liberté' et F ane'antisse-

)) ment du despotisme. Dans le département

» de rOise nous avons arrêté cent prêtres :

» nous les avons mis à Chantilly où ils auront

» le temps de lire leur bréviaire. Vous voyez

» sur nous une partie des dépouilles de Té-

» vèque de Senlis. A Luzarches nous avons

» pris 162 marcs d'argent; à Senlis et aux

» communes voisines 320 ; les cloches sont

» tombées partout où nous avons passé. Nous

» avons recueilli 2,5oo,ooo pesant de cuivre,

» plomb et fer... Nous amenons avec nous

» dix hommes qui vont payer de leurs tètes

» leurs forfaits, n

Levasseur n'ajouta à ce beau récif que son suffrage en faveur des citoyens qu^on venoit d'entendre; il dit qu7/ ne pouvait que faire leur éloge , et demanda que la Convention approuvât leur conduite : ce qui fut décrété. (^Moniteur du 23 brumaire an 11^ i2> novembre Ï79"-. )

La mission de Levasseur fut faite au milieu de repas civiques^ entre lesquels on peut remarquer celui de Chaumont, où les convives portèrent un toast qui fut converti en adresse à la fin du repas , et conçu en ces termes : « Représentans, vous avez abattu la

(390 » tête du tyran , et posé les bases de IVga- » Jité ; il vous roslc maintenant à affermir » voire ouvrage , de manière à le faire rc- » sister aux mains du Temps. » {^Moiiheur du 2& vendémiûiie an //• )

Voyez l(*s antres opcralions de Levasseur dans la Mission des Avdennes.

Seine et Oise. — Ce département fut eitploilé par un giand noiïjbre de représenlans q«ie le voisinage y altiroit. Plusieurs y furent long-lctnps ocrupés à la spoliation des maisons royales livrées au brigandage. La vente du mobi ier de Macly fut confiée aux soins d'AuGUis , Enlart et Thejlhard, qui y restèrent long- temps. ( Voyez le Moniteur des 2. brumaire et 11 jrlmaire an //.) Versailles , après avoir vu massacrer dans ses murs les soixante prisonniers arrivés d Orléans, fournit ensuite un grand nombre de victimes au tribunal révoluiionnaire. Il en fut de même de Saint Germain et des autres villes du département, encombrées de reclus de tout âge» de tout sexe , de loute condition. Nous supprimons les détails cpii nous mcneroient trop loin ; nous ne pouvons cependant nous dispenser de faire une mention spéciale de la

(393) mission de Couturier à Elampes, ville qui fut rc^cné/ée avec toutes les cunimunes envi^ tonnantes, par les soins de ce représentant. ( Moniteur des \2. et 2^ brumaire an II. )

Marne et Haute-Marne. — Je regrette de ne pouvoir entrer dans le détail des missions remplies dans ces départemens : on verroit à Pieims le représentant Rulh assembler les vieillards sur la place publique pour prêcher la haine des tyrans ; puis, afin d'appuyer les documens de l'exemple et de la pratique y saisir d'une main a la Sainte-Ampoule , cette » fameuse fiole d'huile que le fanatisme con- » servoit précieusement pour le sacre des » Rois, et la briser au milieu des plus vifs » applaudissemcns. » (^Moniteur du il^ octobre 1793, 22 du premier mois de l an IL ) On le verroit ensuite à Chaumont ( Haute-Marne ), « arrêter les ex-nobles, les ex-prétres et gens j* de robe, entr autres le grand-préteur de » Sirasbour^ ^ gangrené d'aj'istocratie , tous » ennemis nés de la liberté. » Ou verroit tous les prêtres réfractaires renfermés, déportés, dispersés ; on verroit le glaive de la lui frapper les conspirateurs ; et enfin on entendroit le représentant lui-même rendre compte de

C 394 ) toules ces mesures de salut public y à la Convention, dans sa séance chi 26 brumaire an 11. ( kofcz le Moniteur du 28. )

Seine et Marne. — Ce département fut livré successivement à Mauduit et à Lakanal , à Maure et à Dubouchet ; 1; s deux premiers se signalèrent en outre par des opérations de passage au château de Chantilly , oij ils découvrit eut ^ 1". « les effets les plus précieux du » ci- devant prince de Condé , évalués à plus » d'un million pour la république ; 2". (jiiinze » énormes portefeuilles où ils puisèrent des » noies contre les individus suspects ^ ou no- » toirement coupables ; 3'\ les plans secrets de » campagne de ce brigand illustre connu sous » le nom de grand Coudé; » c'est ainsi qu'ils s'exprimoient. ^Moniteur du 26 mars 179^).)

DuEOUCHET rendit compte de sa mission dans le même département à la Convention , par la lettre suivante , qui fut lue dans la séance du i" frimaire an II :

« Les mesures révolutionnaires se contiï> nuent avec célérité et avec énergie : les » arieslalions se multiplient. J'ai fait saisir à » Fontainebleau soixante-six réfugiés nobles, » membres du parlement de Paris , et autres.

(395) î) L'esprit public s'élecirise : les sans-culotles » respirent. J'ai donné des fêtes civiques aux » dépens des aristocrates , qui n'en ont pas n i^rofué; des contributions ont été exigées » des riches ; les visites domiciliaires ont pro- » duit beaucoup d'argenterie armoiriée... J'ai i> poursuivi la vente du mobilier des émigrés... » L'argenterie des égHses et les cloches sont » à la disposition de la nation. » ( Moniteur du ^ frimai t'e an II-^

On peut observer que cette conduite de DuBoucHET ne l'empêcha pasd êLi*e dénonce aux jacobins par Rousselin, dont il avoit , dit- il, humilié V orgueil ^ et qu'il fut obligé de se justifier du reproche de modérantisme , ce qui ne lui fut pas difficile. Il fut remplacé par Maure (jui avoit été déjà employé dans les missions de Chartres , et qui fut chargé d'établir le gouvernement révolutionnaire à Auxerre , où il célébra la fête de la Terreur^ dans laquelle furent portés en pompe les instrumens des supplices, dégouttans du sang des victimes (i). Il avoit été précédé dans cette

(i) a Maure exerça dans le déparlement de l'Yonne le »» despotisme le plus atroce. Par ses ordres , de nombreuses

ville parGARNiER, de l'Aube, qui y avoît été envoyé le 21 septembre 1793. ( P^o/ez le Monilciir du 24.)

Missions de sept régicides dans le département de la Nièvre.

Le département de la Nièvre fut confié aux soins de Fouché , Laplanche , Collotd'Herbois, Forestier, Legendre ( de la Nièvre), Lefiot, Noël Pointe, sept régicides, dont les trois premiers nous sont déjà connus ; les autres s'y succédèrent sans que le poste fût jamais vacant. Cii au mette y alla aussi , et ce fut lui qui fit connoître tout le

» victimes furent envoyées au tribunal de Roberspierre j »> cent soixante détenus furent accablés de traitemens ■» insupporlables ; leurs épouses éplorées étoient indigne- » ment repoussées et brutalement insultées.

» Au mois de messidor an II, MAURE consacra la » terreur en ordonnant une fêle publique sous le nom de j» Fêle de la Terreur. Les instrumens de la mort furent » portés en pompe par les satellites de MAURE, qui , do » retour à la Convention , se proclama impudemment le » favori de Roberspierre. » {Moniteur au. 20 prairial an IHO

(397 ) bien (p'avoit fait Fouché à ses compatriotes, ùicii qu'on lui avoit attribué, et dont sa modestie le força de renvoyer la gloire à ses auteurs, u La vérité me presse , dit-il, et je dois » la proclamer On m'a donné tous les hon- » neurs du bieti qui s'est opéré dans mon pays » naiai, tandis que j'en ai nommé les auteurs, » et j'avoue que le peu de bien que j'ai pu faire » dans ma vie n'égalera jamais celui qu'ont >i fait dans le département de la Nièvre le « représentant du peuple FouCHÉ , de Nantes , » et les sans- culottes de la société populaire » de Nevers.

» J'ai indiqué quelque bien à FouCHÉ , et le » bien a été fait ; mais ce pays étoit déjà ré- « généré par ses soins paternels. Entouré de » fédéralistes, de royalistes, de fanatiques, « le représentant du peuple n' avoit pour » conseil que trois ou quatre patriotes persé- » cutés, et, avec ce foible secours, il a opéré » les miracles dont j'ai parlé. » {Moniteur du 2 septembre 1793.)

Les successeurs de Fouché dans ce département n'eurent plus qu'à marcher sur ses traces pour consommer le bien que Chau- METTE et lui avoient commencé. Je ne sais à qui des sept ou huit missionnaires il faut

attribuer IVnvoi des victimes dont fut pourvu le tribunal révolutionnaire de Paris. J'en trouve une liste de quinze dans le Moniteur du 2 germinal an II, 22 mars lyijS; dix dans celui du 2o prairial , 18 juin 1 794 ; et dix-sept dans celui du mois de thermidor suivant , qui furent condamnc'es et exécutées le 4» cinq jours avant la chute de Roberspiekre. Voici, au surplus , un échantillon du style de Forestier arrivant au comité révolutionnaire de Moulins : « Je suis élonnéde votre embarras; il » vous manque des farines , prenez-en chez les » aristocrates; il vous manque des blés, orga- » nisez votre armée révolutionnaire , et mettez » sur réchafaud les fermiers et propriétaires » qui seront rebelles aux réquisitions; il vous » manque des loi;cmens , emparez-vous des » hôtels de vos détenus : en un mot, que rien >) ne vous arrête dans vos mesures.

» Rien n'est plus beau , s ecria-t-il un jour, » rien n'est fklus majestueux qu'un tribunal » révolutionnaire , que cette foule d'accusés * qui y passent avec une rapidité incroyable, j) et que ces Jurés qui font feu de file (1). »

Je ne sais si Noël Pointe et Lefiot le

(i) Biographie des Hommes watts, article FORESTIER.

( 399 ) ccdoient à Forestier; on peut consulter à cet égard les dénonciations des habilans de Nevers dans le Moniteur de Tan III, n" 3^6 et 327, et un décret du 22 vendémiaire an V, qui cassa plusieurs de leurs arrêtés de spoliation. (Moniteur du 29. )

FoucHÉ leur avoit laissé peu de chose à faire en ce genre , surtout pour ce qui regarde les dépouilles du culte.

On sait que ces quatre ex-représentans, victimes de la terreur de 18 15 , sont au nombre des cliens des libéraux de 1819. L'un d'eux, NoEF, Pointe, a rompu son ban, et a été condamné à la déportation par arrêt de la Cour d'assises de la Dordogne , suivi d'un pourvoi en cassation , qui a été rejeté ; cependant Noël Pointe a été compris dans le rapport de Son Excellence le ministre de la police, du 24 décembre 1818, et il est rentré malgré la loi qui le bannissoit et le double arrêt qui le déportoit.

Il est étonnant que la ville de Nevers, après avoir goûté le bien que lui avoient fait de tels missionnaires , ait voulu prêter loreille à ceux qui sont \Qï\\isfanatiser en 18 18 une ville qui avoit été si parfaitement et si complètement régénérée en 1793.

C 4oo )

iV. B. La ville de Troyes , dans le départemrnUk FAubc, fui à peu près traitée comme celle de Nevers, par les soins de FouchR et de Bo. Ge dernier y fut envoyé , ainsi que dans le département de la Marne, pour l'établissement du gouvernement révolutionnaire du .4 frimaire. ( Voyez; sa mission et son ripologic aux jacobins, dans le Moniteur des 7 nivôse et 28 pluviôse an II. )

Mission de Bernard (de Saintes) dans le département de la Cote - u Or et autres enviroîinans .

Bernard, de Saintes, qui s'appela Pioche Bernard après que le calendrier républicain décrété lui eut fourni ce beau nom qu'il substitua à celui de son patron , fut d'abord envoyé dans les départemens du Jura, de la Haute-Saône et du Mont Terrible Dans le cours de Tune de ces missions, il se mit a la tête d'un bataillon de nouvelle levée de Dole , de cinquante bommes de cavalerie , autant . d'aitillerie légère, et alla, sans aucune autre formalité préalable , prendre possession de la

( 4oi ) principauté de Montbeillard. Il entra dans la ville le 3 octobre 1793, et rendit compte de cette brillante expédition à la Convention , par sa lettre du même jour, écrite , dit-il, sur lui papier de deuil trouvé dans le château du Petit-Duc de Flrtembej'g. Il en remplaça les armoiries par le bonnet de lu liberté^ fit maùi basse sur toutes les caisses. ( Moniteur du 25 vendémiaire an 11.^ Et puis, comme Targent manquoit dans le département du Mont- Terrible , ainsi organisé , il autorisa le district de Porcntrui, à échanger les calices contre du, numéraire. ( Moniteur du 1 2 pluviôse an II. )

Ce fut par de tels exploits que Bernard se prépara à sa mission dans la Côte-d'Or, où il éloit rendu au mois de ventôse suivant. En arrivant, il fit périr M. de Courbeton , vieillard vénérable, le père des pauvres, auxquels il consacroit une immense fi>rtune. Il paroît que le représent;:nt trouva le moyen de le faire condamner comme émigré; on peut en juger parla lettre srâvanle qu'il écrivit à la société populaire de Montbeillard pour la maintenir à la hauteur des principes où il Tavoit placée :

« Mon coup d'essai à Dijon a été de prendre » gîte dans la maison de Crésus Micault, prén sidcnt du parlement, et j'ai eu assez bon nez ;

» car, outre que la cave est meublée de fort » bon vin , il s'est trouvé (juelques petites ar- » moires qui m'ont mis dans le cas de confis- » quer ce superbe hôtel au profit de la nation. » Tenvoic chercher le maître à Luxeuil pour y* lejaire juger émigré , et4oo,ooo liv. de rente n vont tomber dans le coffre de la nation (i). »

On regrette que le représentant, occupé des 400,000 fr. de rente, ne fasse aucune mention du mobilier aussi précieux que considérable de M. de Courbeton , et qu'il ne dise pas s'il le fit tomber aussi daJis le coffre de la nation. Tout ce qu'on sait à Dijon, c'est que ce qu'il y avoit de précieux dans ce mobilier disparut aussi subitement que l'infortuné possesseur, cbczqui Bernard avoitlogéàLuxeuil, comme à Dijon, et dont il fit tomber la tête, en recoiinoissance de celte double hospitalité (2}.

Après avoir fait périr ce vieillard arrivé de sa maison de campagne (qu'il n'avoitpas quittée) pour monter à l'échafaud comme émigré ^

(i) Vie des Conventionnels , par M. R. , pag. 427.

(2) M. de CourbelOH, qui' avoit reçu BERNARD à Luxeuil, l'avoit engagé à loger chez lui à Dijon, espérant que des bons procédés pourroienf adoucir la férocilé du représentant, en faveur des habifans de celle ville , notée pour son rovalisme.

(to3) îe rcprcsenlant s'occupa des reclus de Dijon , et il en envoya une vingtaine au tribunal révolutionnaire à Paris, où ils périrent en plusieurs fournées.

Bernard en annonça les envois à la Convention, par sa lettre du 14 ventôse an II, lue dans la séance du 18 du même mois. Le prétexte de Bernard est curieux : il avoit appris que les rcchisjliis oient j'Ci'ivre les cjualifxatiojis proscrites^ et se traitoient de barons ^ de comtes et de marquis. « En conséquence , » dit-il , j'ai donné ordre de conduire un des » plus coupables au tribunal révolutionnaire. » Je fais continuer 1 information , et ferai « faire le même voyage à ceux qui le mérite- » ront. On ne sauroit trop tôt délivrer "la » patrie des monstres qui la déchirent. » ÇMoniteui' du ig veîitose an 11^ 9 maj's 1794-)

En effet, le représentant expédia à Paris plusieurs des monstres qui remplissoient la maison deréclusion,etilnecompritpas seulement dans l'envoi les comtes , les barons et les marquis. On trouve encore dans la liste B. Peruchot et J. J, Mouzin , notaiies, P. Guilemin, clerc de notaire, E. Gelot, avoué, Chaussier, marchand de boisj Lejolivet , ingénieur des ponts et chaussées, Lebeuf, négociant (qui mourut

en roule), et quatre perruquiers, J. Gaicton, G. Joudrier, J. C. Thierry, et F. Fille, qui partagèrent le sort et périrent sur le même échafaud que les d'Alleray et les autres membres du parlement de Dijon. Ils furent tous condamnés pour manœuvres pratiquées dans les maisons d'arrêt de Dijon , ou ils étoient détenus com,me suspects ; ou poiu' des propos tenus contre la république. (^ ployez le Moniteur des 28 i^erminal et 2 ! floréal an II.)

A ces victimes envoyées à Paris , il faudroit joindre celles que Pioche Bernard fit périr, à Dijon, après M. de Gourbelon. Le Moniteur n'en donne pas la liste; mais on sait que l'échafaud resta plusieurs mois en permanence dans cette ville, oi!i le nom de Pioche Bernard rappelle tout ce qu'on-^peut imaginer de plus féroce.

Telles furent les missions de Pioche Bernard, fune des infortunées victimes de la te, reur de »8i5, et l'un des cliens les plu» intéressans des libéraux de 181 9.

Mission de i>ingt régicides à Lyon.

Il n'est pas de ville en France où Thorreur du parricide du 21 janvier ait clé plus universelle et plus ft>rte qu'à Lyon. La stupeur, qui glaça d'abord tous les esprits, fit bientôt place à une indignation qui éclata dans une foule d'écrits affichés : « Tremblez , tyrans , s'éy crioient les Lyonnais; souvenez- vous que » les infâmes assassins de Charles Sluart oqt » péri misérablement, ou sont tombés sous » les coups des vrais Anglais : le même sort » vous attend. »

Ces écrits furent accompagnés d'attentats contre l'arbre de la liberté.

A celte nouvelle la Convention demanda au comité de sûreié générale un rapport qui fut fait par Tallien le 25 février 1793, et suivi de l'envoi des trois représentans , Bazire , Legexdre, de Paris, et llovÈRE. ( Moniteur du 2,- février. )

Ces commissaires arrivés à Lyon , mandèrent •< qu'ils n'avoicnt pas été long-temps à » découvrir qu'on vouloit faire de cette ville M un novau de contre-révolution.

)) Les lieux publics, écrivoicnt-ils , refecnî) tissent de clameurs se'ditieuses qui ne sont » ni repoussées par Topinion , ni suffisam- » ment réprimées par les magistrats, et il » n'existe pas de ville en France où Taristo- » cratie soit dans une proportion plus alar- » mante avec le nombre de ses habitans, où » les malveillans aient plus d'audace , et les » patriotes moins d'énergie. » (^Moniteur du 12 înars 1793. )

On conçoit les alarmes des rcprésentans à la double vue de ce petit nombre de patriotes^ et de cette grande population d'une ville toute royaliste, d'où il falloit bannir Tborrcur du régicide. La cbosc n'étoit pas facile , et c'est en vain que les rcprésentans appliquèrent au mal les remèdes violens qui ne pouvoient que l'aigrir. Ils donnèrent à la ville de Lyon une municipalité composée de sans-culottes, enire lesquels se dlslinguoit un prêtre étranger et apostat, nommé Challier , qui s'appeloît lui-même le Marat de Lyon. Après un tel changement dans les magistrats qui ne changèrent point l'opinion, et quelques autres opérations analogues , les rcprésentans quittèrent Lyon où leur mission. n'avoit fait que redoubler l'irritation des esprits. Les Lyonnais, in-

dignes de se voir sous le joug d'une municipalité jacobine, qui se disposoit à régner par les supplices, firent un cfTort pour le briser : ils s'armèrent contre Icursbourreaux, livrèrent un combat sur la place des Terreaux le 2g mai, et en sortirent victorieux. Ch allier succomba malgré le renfort que lui avoient amené de l'armée des Alpes les rcpréscntans Ntoche et Gauthier, qui l'abandonnèrent, n'osant pas le défendre. Ils mandèrent à la Convention qu'ils se rctiroient dans le pays de Gcx où leur présence étoit absolument nécessaire , laissant Lyon administré par une municipalité substituée à la bande de Challier, qui, de l'aveu même des représentans , ahnsoit de son poiwoir. Sur ces nouvelles , et .sur le rapport de Barrière , l'Assemblée envoya le 3 juin un nouveau représentant, Robert Lindet, qui vint le 21 juin rendre compte , en personne, de sa mission , et dit « qu'il n'y avoit rien à » craindre , mais beaucoup à observer. »

Cependant Marat, qui n'étoit pas indifférent au sort de Challier, et qui étoit moins rassuré que Robert Lindet , annonça le même jour à la Convention « qu'il savoit de » bonne part que les contre-révolutionnaires î> de Lyon se disposoient à guillotiner Chal-

» MER, patriote ardent et du bon genre. » ( Moniteur du 2."^ juin, )

En effet , cet ardent patriote , livré à la justice, pe'rit sur le même cchafaud qu'il avoit dresse pour les Lyonnais, et sous le tranchant du même fer qu'il avoit fait venir de Paris pour les-rmmoler à sa fureur.

A cette nouvelle la Convention ne put douter que \qs patriotes ne fussent sous le couteau à Lyon, suivant rexprcssion d'un de ses membres; mais, déjà, elle avoit pris des mesures pour les secourir, et rendu une série de décrets contre plusieurs des députés du Rhône, contre ceux des habilans de Lyon qui ne sortiroient pas de ses murs dans trois jours , contre une réunion qui s'y éloit formée sous le nom de congrès dépaHemenfal ., dont les membres furent mis hors la loi; enfin elle avoit autorisé les commissaires de laConvention près l'armée des Alpes , à conduire des troupes à Lyon pour y rétablir ï ordre. (Décrets des 3, 11, 12 et i4 juillet.)

Cependant le conseil général de Lyon annonça à la Convention que la ville avoit accepté la constitution ((jui venoit d'être décrétée); et qu'à l'abri de ce palladium, elle espéroit n'avoir plus à redouter les hostilités

( 4o9 ) dont on Tavoit menacée ; mais les préparatifs ne firent que redoubler: les forces arrivèrent de toutes parts sous les murs de Lyon, qui de son côté s'étoit mise en état de soutenir un siège. Tout fut cerné le 8 août, et le 24 le bombardement commença. Il y avoit juste six mois écoulés Idcpuis le rapport de Tallien, du 25 février.

Tandis queKF.LLERMAN bombardoitlaville, où il jeta cinq cents bombes et mille boulets rouges ÇMoJiiteuT' du 00 août et fours siuvans) , UuBois -Crancé et Gauthier , prenoient des arrêtés pour exterminer les babitans qui en sorloicnt , confisquoicnt leurs biens, et envovoicntà Técliafaud tout ce qui tomboit sous leurs mains. Ils retracèrent euxmêmes ces diverses mesures dans la lettre suivante , datée du quartier général de la Pape, le 2% août 1793.

a jNous vous envoyons un extrait de l'arrêté » que nous avons pris pour faire séquestrer >i les biens que les rebelles de Lyon possèdent » aux environs de cette ville. Nous avons pris » des mesures tant po:ir leur intercepter les » subsistances qui pcirroicnt leur arriver, qiie » pour leur ôlcr toute communication avec » nos troupes. Nous avons appris qu'ils en-

» voyoienl des émissaires pour corrompre nos » volontaires à prix d or. Nous avons un grand » nombre de prisonniers pour ce genre de 3) de'lits. Nous avons pris sur nous d'établir » des tribunaux militaires pour les juger. » Signe Du BOIS- Cr A acÉ, Gauthilr. (Moniteur du 4 septembre 1793. )

La résistance des Lyonnais , conduits par M.dePrccy, fut plus longue qu'on n'avoitcru, et la Convention, peu touchée de leur courage héroïque, taxa de lenteur les généraux et les rcprésenlans en mission. Elle rappela Kel- LERMAN qui fut remplacé par Doppet ( ii septembre ), et adjoignit à Dubois-Crancé et a Gauthier quatre collègues, Couthon,

MaIGNET, LaPORTE CtCuATEAUNEUF-RAN-

DON, sans compter Javocques, Legendre, ReverchoNjDupuy, qui furent envoyés dans les départemcns ciivironnans (21 août lygS). Enfin, le 8 octobre, après deux mois de .siège et un bombardement de quarante jours, Lyon, à moitié incendié, ouvrit ses portes au général Doppet, qui en prit possession, el manda que les rebelles s' eloient enfuis de la ville; fuite qui causa un grand scandale dansTAsscmblée. Les uns crièrent à Tineplic, les autres à la trahison, et Fa bre-dEglantine demanda

un rapport mathématique sur cctle circonstance (^Moniteur du i3 octobre); mais M. de Precy seul s'étoit fait jour, avec une poignée des siens, à travers les rangs des républicains; ceux-ci entrés dans Lyon, y trouvèrent assez de Français pour satisfaire à la vengeance îiaLionalc; et les législateurs troublés et désespérés de \ai fuite des rebelles^ durent être pleinement rassurés par la lettre suivante des représentans, en date du 9 octobre: « Les me- » sures sont si bien prises, et l'armée est si » bien disposée, que nous pouvons nous pro- » mettre que nous les tuerons tous, ou qu'ils » seront tous enchaînés....

» Au moment où nous allions fermer cctle » lettre, on nous apporte la nouvelle que » soixante des traîtres nous sont amenés; dans » le nombre est M. de Yiricu , cx-constitu- » tionnel. Aucun d'eux n'échappera. Le tocsin )ï sonne dans Loufcs les communes, et Tordre » est donné partout de leur courir sus comme » sur des animaux féroces qui cherchent à » dévorer le genre humain. » Signé Couthon,

ChATEAUNEUF - RaNDON, MaIGxNET, La-

PORTE. {^Moniteur du i!\ vendémiaire an II ^ 17 octobre lygS.) Eu effet, une nouvelle lettre du général

."Doppct, lue h T Assemblée dans la séance du i,g vendémiaire (20 oclobrc), lui annonça « (ju une commission mililaire avoit été éla- » blie; que plusieurs chefs avoient été fusillés, » et que les rebelles étoieut tous détruits ou » emprisonnés. » (^Moniteur du 3o vendémiaire an IL )

Au milieu de cette destruction ^ les reprcsentans mandèrent, le 1 1 oclobrc, que la vdle de Lyon comiiiençoit à s'organiser. « Nous » avons, écrivoienl-ils, établi dans leurs fonc- » lions municipales ceux que l'aristocratie » avoit arrachés de la Maison Commune pour » les plonger dans les cachots. La société » populaire a été solennellement réinstallée. » Une commission militaire a été créée; elle j) est actuellement en fonctions. Le désarme- » ment de tons les habitans sera bientôt ter- » miné. Le comité de surveillance est créé: » il est composé d'hommes qui, martyrs de » leur liberté, nous inspirent la plus grande » confiance.... » (^Moniteur du 2^0 vendémiaire an II.)

La confiance des représenlans dans les membres du comité de surveillance éloit sûrement bien fondée ; mais ce comité ne détruisoit pas les difficultés qu'ils éprouvoicnt dans

( 4i3) l'organisation d'une ville dont il ïaWoiifusiller on désarmer tous les hahitaiis^ et où la disette des patriotes se faisoit toujours sentir de lama» nière la plus effrayante. On n'en trouvoit ni pour remplirles places vacantes, ni pour/uj-me/' l'esprit public entièrement perdu dans cette cité rebelle. Presser par ce double besoin, lesreprcsentans Texposèrentà la société des jacobins de Paris, qui seuls pouvoicnl y trouver remède, et lui atlresscrcnt la lettre suivante, le 1 3 octobre : M Citoyens frères et amis , la ville de Lvon n'est >x plus au pouvoir des rebelles.... Ceux qui ont » échappé au fer de nos braves , tombent » chaque jour sous la hache des lois. Mais le » plus diflicile reste h faire. L'esprit public >> est perdu dans cette malheureuse cité. Les n patriotes y sont dans une minorité si » effrayante, que nous désespérerions de pou- )> voir les vivi/iery si votre société ne nous pré- » sentoit pas des ressources consolatrices; il » nous faut une colonie de patriotes qui, » transportés sur cette terre étrangère, pour » ainsi dire, au surplus de la république, y » transplantent les principes révolution naij'es» » La mission est belle; heureux ceux à qui » vous la confierez! I^e fanatisme avoit bien )) senti l'utilité de cette mesure Pourquoi 1

» patrie ne profiteioit-cllc pas des leçons de » rexpérience pour fonder la liberté? Gi- » loyens, nous vous demandons quarante » hommes 'dont le re'publicanisme, la pro- » bitc, la sagesse, également reconnus, leur j» concilient» avant leur arrivée, Teslime pu- » blique. Nous leur confierons les fonctions » administratives et judiciaires. Qu'ils viennent » se réunir à nous, et alors nous pourrons » espérer de faire une véritable révolution » dans un pays où la soif de For est le seul 3) besoin que l'on ait encore éprouvé. » (A/o/i/teui' du 3o ^vendémiaire an II.)

La demande fut accueillie; et quarante patriotes furent expédiés à Lyon pour « coopérer » avec les représentans du peuple à former » l'esprit de cette ville. »

Mais tandis que les représentans se donnoient tant de soins pour organiser Lyon, la Convention rendit le 21 vendémiaire an II, 12 octobre 1793, un décret qui dcvoit singulièrement les seconder dans cette besogne. L'article 1" créoitune commission extraordinaire de cinq membres pour punir militairement les contre-révolutionnaires de celte ville; l'article 2 ordonnoit le désarmement de tous SCS habilans : double mesure dans laquelle la

(4<5) Convention avoit été prévenue par les représentans. Mais les articles suivans contenoient des dispositions auxquelles ceux-ci n'avoient pas songé; elles porloient: « La ville de Lyon » sera détruite : tout ce qui fut habité par le ') riche sera démoli. Il ne restera que la mai- » son du pauvre, les habitations des patriotes » égorgés ou proscrits, les édifices spécialc- » ment employés à l'industrie, et les monu- » mens consacrés à l'humanité et à l'instruc- ') tion publique.

» La réunion des maisons conservées por- » tera désormais le nom de f'^ii/e Affianchie. » Il sera élevé sur les ruines de Lyon une co- » lonne qui attestera à la postérité les crimes » et la punition des royalistes de cette ville, » avec cette inscription :

» Ljonfit la guerre à la liberté : Ljon n'est » plus. » (^Moniteur du 22. vendémiaire an II.")

Ce décret rendu, l'Assemblée entendit un rapport de Barrère sur la mission de Dubois-Crancé et Gauthier, qui avoient été rappelés à cause de leurs lenteurs , et dont la conduite Jut déclarée irréprochable. Ils justifièrent bien ce décret en remettant aussitôt à l'Assemblée un arrêté signé individuellement par vingt mille Lyonnais, qui prouvoit leur

rébellion. « Les signataires , dit DuBOis- » Crancé, sont les plus riches. J'ai calculé » que le séquestre des biens de ces traîtres » donneroitàpcu près pour deux milliards de » propriétés à la nation. Je demande que ce »> monument de honte soit déposé auxarchives; » qu'il soit imprimé, et les signataires pour- « suivis. »

Ces propositions lurent décrétées; et, sur la demande de Billaui) - Varennes , il fut ordonné que « copie de l'arrêté seroit transj> mise aux représenlans du peuple envoyés à » Lyon, afin qu'ils pussent connoîlre les traîy> très, les poursuivre, et se saisir de leurs » biens. » {Moniteur du 3o vendémiaire an IL)

L'exécution de ces décrets réclamoit les soins de nouveaux représentans. Le comité de salut public jeta les yeux sur Fouché et Collot uHerbois, éprouvés l'un et lautre dans la carrière des missions. Le ])remter y étoit entré dès le mois de mars lygS; il avoit débuté a Nantes, sa patrie , avoit continué à Troyes , à Nevers , 1 1 se trouvoit depuis neuf mois attaché aux départemens du Centre et de l'Ouest lorsqu'il fut destiné à la mission de Lyon. Celte nouvelle marque de confiance qu'il rccevoit de ses collègues excita en lui un senti-

( 4i7 ) ment de gratitude qu il déposa dans une leltrtJ de remcrcîment datée de Ncvers le 23 brumaire an II, 3 novembre 1793, et qui mérite d'être rapportée ici :

« Citoyens collègues, je n'avois plus que n des jouissances à recueillir dans le départe- » ment de la îsièvre ; i^oits m'aurez dey tra- » vaux pénibles à Ville- Affranchie , j'accepte » avec courage cette mission ; je n'ai plus les « mêmes forces , mais j'ai toujours la même 3) énergie.Lcs offrandes continuent d'abonder à 5) Nevers , sur l'autel de la patrie. Je vous fais j) passer un quatnème envoi d'or et d'argent, )) qui s'élève à plusieurs millions. Le mépris , » pour le superflu , est tel ici , que celui qui « le possède croit avoir sur lui le fléau de la » réprobation. Le goiit des vertus répubu- » caines et des formes austères a pénétré toutes jj les âmes (1) depuis qu'elles ne sont plus >) corrompues par les prêtres ; quelques uns » de ces imposteurs s'avisent encore de jouer » leurs comédies religieuses, mais les sans-

''i) Celui qui professa ces beaux principes est aujour- (1 hui un des plus riches propriétaires de France, et le sanseulotte a recherché l'alliance 'd'une des plus anciennes amillcs nobles de la Provence.

( 418 ) » culottes les surveillent, renversent tous » leurs théâtres, et plantent sur leurs débris » Tarbrc immortel de la liberté (i). Signé » FoucHÉ. » ( Moniteur du cj novembre

Assurément de pareilles dispositions pouvoient suppléer aux forces physiques qu'une mission de neuf mois avoit fatiguées, mais non pas anéanties; et un représentant qui étoit dans la vigueur de Tage, qui joignoit à V énergie de l'dnie /e? ver'tus républicaines et les formes austères , pouvoit marcher de succès en succès, et aller encore loin dans la carrière des missions.

CoLLOT - d'Herbois , qui fut adjoint à FoucHÉ, n'avoit pas montré moins de dévouement dans la même carrière ; mais la

(i) Cette éloquence est rajeunie dans les journaux libéraux de 1819. On peut consulter le ConstilutiunueJ ^ ïlndépeudaiit^ la Renommée ^ cl même le Censeur^ qui ne se borne pas à être républicain, et qui vent absolument être digne des sans-culottes de lygS. Il dit, dans soh numéro du 21 octobre: «< M. l\aiisan, supérieur des missionnaires, y> a remis son sermon à jeudi , jour de la représentation » extraordinaire dans laquelle Talma et M""^ Mars doivent n jouer chacun un rôlej il sera curieux de voir lequel des « spectacles attirera le plus la foule. »

ville de Lyon étoit faite pour renouveler son zèle patriotique. Jadis acteur et sifflé sur le the'àtre de cette cité , il avoit à venger à la fois Tinsulte faite au comédien et la révolte aux lois de Ja république. Aussi , avant de partir, alla-t-il protester au sein de la société ûçiS jacobins, que le Midi serait purifié ; qiiil iiy resterait que les patriotes, ou qu'il mourroit à Lyon. {Moniteur du 1 1 brumaire an II, i" novembre lygS. )

C'est après de telles assurances que les deux nouveaux missionnaires se rendirent à Lyon , oiV ils trouvèrent des collègues animés des mêmes sentimens. Déjà ceux-ci avoient témoigné à la Convention l admiration dont les 'avoit pénétrés son décret du 21 vendémiaire an II, 12 octobre 1790 : « de toutes les me- >» sures grandes et vigoureuses, écrivoienL-ils » le 16 octobre, une seule nous avoit échappé, » celle de la destruction totale. Mais déjà » nous avions frappé les murs ; déjà nous » avions établi une commission militaire , » qui, tous les jours, depuis le surlendemain >-> de notre arrivée , a fait tomber les tètes » coupables. »

Celte lettre, signée Couthon' , Chateauneuf-Randon, Laporte et Maignet, étoit

( /po ) terminée par rannonce de Tenvoi prochain à la Convention, i^. ds la liste des bâtimens qui ont servi d' habitation auocr ici les et aux contrerévolutioîinait^s ; 2P. du tableau des propriétés de ces messieurs. {Moniteur du 2 brumaire an II.)

Une lettre postérieure des mêmes, annonça qu'ils avoient frappé le premier coup. On sait qu'ils donnèrent le plus grand appareil à cette cérémonie, où Couthon (qui éloit cul-dejatie) se fit porter, armé du marteau, et dont ils rendirent le compte suivant, le jour même 26 octobre :

« Nous avons arrêté de porter nous-mêmes, » ce matin, au nom de la souveraineté du » peuple outragée^ le premier coup aux for- » titications qui bravoient X^l force nationale , » et aux maisons fastueuses souillées par le » crime et la rébellion. Huit cents ouvriers » ont déjà commencé à travailler à ces démo- » litions. ]Nous avons nous-mêmes frappé le j) premier coup de marteau pour la démoli- » tion de cette villerebclle. Cette ville a besoin » d'être complètement régénérée. Elle rcn- >» ferme bien peu de patriotes purs. Il nous faut » une colonie de patriotes, ^/^/ze Couthon, » Maignet, Chateauneuf. » {Moniteur du 2 novembre 1793.)

Enfin , CoLLOT - d'Herbois et Fouché arrivèrent sur ce théâtre. Ils commencèrent par satisfaire^ à l'ombre de Ghallier, dont les restes précieux furent portés en triompJie dans toules les rues de Commune-Affranchie , et rendirent compte de cette cérémonie à la Convention , dans une lettre du g novembre 1793, qui éloit ainsi terminée : « Nous le » jurons ; le peuple sera vengé; notre courage » sévère répondra à sa juste impatience ; le )) sol qui fut rougi du sang des patriotes sera » bouleversé ; tout ce que le vice et le crime » avoient élevé sera anéanti ; et sur les débris » de cette ville superbe et rebelle , qui fut M assez corrompue pour dema/ider un ma itre, » le voyageur verra avec satisfaction quelques » monumens simples élevés à la mémoire des » martyrs de la liberté , et des chaumières » éparses que les amis de l'égalité s'empres- » seront de venir habiter pour y vivre heu- » reux des bienfaits de la nature. » (^Moniteur du 27 brumaire an Jf 17 novembre 1790.)

En attendant ce bonheur promis aux amis de l'égalité, voici quels étoient les travaux et le langage des j'iges chargés de le préparer. Baigue, Tun d'eux, écrivoit aux jacobins , le 12 novembre 1793, la lettre suivante :

»' Le tribunal révolutionnaire est dans toute » sa vigueur.... Dix membres de la munici- )) palilc ont eu la tête tranchée sur la place où « dévoient reposer les cendres du vertueux » Challier... Depuis trois jours, nous avons j) fait tomber vingt -une télés par la guillo- » tinc, sans compter les fusillades jonrnaj) nières , tous officiers municipaux et admi- 3> nistraleurs de département. Bientôt il ne j» -restera plus de traces de cette engeance )) perfide. » (^Moniteur du '6 frimaire an 7/, 23 novembre 1793.)

C'étoit Tavis dos représentans de tout exterminer ; et on les vit se plaindre amèrement d'un décret de sursis accordé à un détenu , et envoyer à cette occasion une exposition de leurs principes^ curieuse à connoîtrc ;

« Citoyens collègues , écrivoient - ils le )) 16 novembre, nous poursuivons notre mis- » sion avec l'' énergie de républicains qui ont le 5) sentiment profond de leur caractère. ... Nous 3) sommes en défiance contre les larmes du )) repentir; rien ne peut désarmer notre sévé- » rité.W^ l'ont bien senti, ceux qui viennent >) de vous arracher un décret de sursis en » faveur d'un détenu....

)) JSous devons vous le dire, citoyens colr

« lègues, l'indulgence est une foiblesse dan- » gercuse.... On l'a provoquée envers un in- » dividu j on Ta provoquée envers tous ceux » de son espèce , afin de rendre illusoire l'effet » de votre justice ; on n'ose pas encore vous » deman !er le rapport de votre premier dé- » cret sur ranéantisscment de la ville de » Lyon ; mais on n'a presque rien fait jus- » qu'ici pour l'exécuter. Les démolitions sont » trop lentes ; il faut des moyens plus rapides » à l'impatience républicaine. L'txplosion de )) la mine et l'activité dévorante de la flamme » peuvent seules exprimer la loutc-puis.-ance « du peuple; sa volonté ne peut être arrêtée, )) comme celle des tyrans ; elle doit avoir les » effets du tonnerre. Signé Collot-dHer- *) LOIS, FoucHÉ. » (Moniteur du ^frimmre an /A, 24 novembre 1793.)

Cette belle théorie fut suivie d'une nouvelle letîre d'un des juges du tribunal révolutionnaire de Commune ' Affranchie ^ où l'on en trouve l'application. « Le nombre total des » guilloîinés (mande ce juge dans sa dépêche , » qui fut lue à la séance de la Convention du » 18 frimaire) est de cent treize. Un plus » grand acte de justice se prcparc encore ; » quatre ou cinqcenls contre révolutionnaires,

( 4^4 ) « dont les prisons sont remplies , vont expier , » Tun de ces jours-ci , tous leurs crimes ; le feu 3) de la foudre en purgera la lerrc d'un seul » coup. Puisse ce mouvement électrique se » communiquer partout ! puisse ceUe/ele im- 3) primer à jamais la terreur dans Famé des » scélérats, et la confiance dans le cœur des » républicains. » (^Moniteur du 19 frimaire an IJ.^

La mitraillade , annoncée dans celte lettre , cul lieu, avec des circonstances dont le récit fait dresser les cheveux. Ce n'est pas notre dessein de les retracer ici. Ce qu'il importe de remarquer , c'est la conduite des rcprésentans au milieu de ces horreurs. Ils s'efforcèrent de les justifier d'avance; et, pour cela , ils s'avisèrent d'expédier à la Convention le buste et la tête sanglante de Challier, double prévsent qui fut accompagné d'une leltrc ainsi conçue :

o Citoyens collègues , nous vous envoyons » le buste de Challier et sa tête mutilée , telle x> quelle est sortie , pour la troisième fois de «< dessous la hache di; ses féroces meurtriers. » Lorsqu'on cherchera à émouvoir votre sen- « sibiiilc , découvrez cette tcte sanglante » aux yeux des hommes pusillanimes, et qui

( 425 ) » ne voient que des individus. Rappclez-lcs , » par ce langage énergique , à la sévérité du » devoir et à l'impassibilité de la représenta- « lion nationale. »

Les représenlans ajoutent qu'ils ont pris des moyens efficaces pour marquer la toutepuissance du peuple; ils parlent des prêtres qui nont pas le privilège de les occuper en particulier., et dont l'arrêt ctoit prononcé.

En même temps ils annoncent un envoi de numéraire : « Chaque jour, disent -ils, nous » saisissons de nouveaux trésors. Nous avons » découvert, chez Tolosan, une partie de la j) vaisselle cachée dans un mur. Il y a ici » beaucoup d'or et d argent, que nous vous » enverrons successivement. » (^Moniteur du 1 ?t frimaire. )

L'Assemblée, par Torgane de Voulland, son président, répondit aux porteurs de la Icte de Challier, <\\i'eUe acceptoit avec reconnoissance ces restes précieiuc d'un martyr de la liberté.

Après la tête de Challier, on présenta sa compagne à l'Assemblée, qui lui accorda la même pension qu'à la compagne de Jean- Jacques : « Challier, dit à ce sujet Benta- » EOLE , a plus fait pour la liberté française

» que le citoyen de Genève (i). » (^Moniteur du '22. nwose an II. )

On peut remarquer ici que les représentans iisoient pour eux-rncines du préservatif qu'ils offroient à la sensibllllé de la (2onvenlion. ISe pouvant avoir la tête qu'ils avoient envoyée, ils en avoient gardé reffigie , qui éloit Tornement de leurs appartemcns , et même celui de leur table, dont elle formoit le surtout. Voici un autre trait de leur sensibilité : ils s'étoientlogcsà rhôlel de M.Imbert-Colomcs, rue Sainte-Catherine ; et comme les maisons qui étoient en face de cet hôtel les séparoient de la place des Terreaux , où étoit dressé l'échafaud, ils les firent démolir pour avoir la vue dos exécutions auxquelles ils ne manquoient pas d'as.'-ister et d'inviter leurs amis.

, Ainsi, la représentation nationale et les représentans en mission restoient également impassibles.

Une nouvelle dépêche de ceux-ci annonça l'arrestation du satellite Bournissac, qu'ils

(i) Un mois auparavant, le ic) frimaire, Xa gouvernante

de Ch ALLIER avoit été présentée à la sociéîé des jacobins,

et avoit reçu l'accolaùe fraternelle du président. On sait

que gouvernante ., veuve et compagne^ sont synonymes dans

« 'a langue de 1/93.

( 4^-7 ) avoicnt découvert sous la bure , conduisant sa femme sur un âne , dans une retraite obscure , où il espcroit se cacher lui-mcme. Ils ajoutoicnt que la salutaire terreur était toujours à l'ordre du jour^ et dépoulUoit le crime de ses çêtemens et de soji or. {Moniteur du ^'j frimaire an II., 17 décembre 1793. )

Cependant Gollot - d'Herbois , rappelé et remplacé pari^LBiTTE, vint rendre compte de rélat de Lyon , et répondre en personne aux pétillons des proscrits, ou plulôt ^une section du peuple humiliée et repentante. Le représentant demanda aux pétitionnaires ce qu'ils faisoient à la barre pendant que tous les patriotes Je toie fit le maT'trre de Ch allier, et si cétoit le remoT'ds qui les avoit éloignés de cette fi religieuse; il conclut par ces paroles, adressées à l'Assemblée : « Vos collègues con- » tinuent avec fermeté une mission difficile ; » vous ne les abandonnerez pas aux coups des » ennemis de la liberté , parce qu'ils ont été » impassibles etstoïques, en remplissant leurs w devoirs (i). »

En effet, l'Assemblée passa à Tordre du

(i) Voyez le rapport de Collot-d'Herbois du i^'' nivôse an II , dans le Moniteur du 2^.

( 428 ) jour; cl, le surlendemain, elle reçut une nouvelle dépêche , où Fouché , en parlant de la reprise de Toulon, disoit : « INous y » avons contribue , en portant Tcpouvanlc » parmi les lâches qui y sont enlre's ; en offrant » à leurs regards des milliers de cadavres, 3> leurs complices. » Et par post-scriptum : » Nous n'avons qu'une manière de célébrer » la victoire; nous envoyons deux cents treize » rebelles sous le feu de la foudre. » (Moniteur du 5 nivôse an II ^ 25 décembre 179 3.)

Cette lettre, lue à la Convention le I^ nivôse , trouva la représentation nationale vraiment impassible; et cette attitude /ê/'we fut la seule réponse aux pétitions de Pllle-Jffj'anchie.

Cependant, comme le courage des représentans pouvoit s'affoiblir, on ne cessoit de leur envoyer de nouveaux collègues , pour exciter les forts, affermir ou changer les foibles, ti les soutenir tous dans Taccomplissement de leurs devoirs. Albiïte , qui avoit remplacé CoLLOT-D ÎIerbois, ne tarda pas à être remplacé lui-même par Meaulle; et la première dépèche , en date du 2 5 pluviôse an II, i3 février 1794» <-vst souscrite de ce représentant, de Laporte et de Fouchê. Ils mandent à la Convention qu'ils continuent leurs opéra*-

lions. « Elles ne cesseront, disent-ils, d'être » la conséquence rigoureuse àcs principes qui « vous ont dicté le éécrci énergique que vous » avez rendu contre I^yon ; n ils donnent d'avance à ce décret les suffrages de la postéiité^ à qui ces vastes ruines offiiront le témoignage le plus terrible de la colère républicaine et dit pouvoir démocratique. Ç Moniteur du i" ventôse an II.

Après l'apologie du décret énergique renda contre Lyon , les représenlans firent celle de la commission révolutionnaire , qu'on avoit osé couvrir d'accusations impures ^ et qui remplissoit, avec un dévoueme/it pur, ses rigoureux devoirs. Les représentans i^jetoient, pour leur propre compte , les honneurs d'un ordre de sursis à l'exécution d'un condamné, sursis qu'on leur avoit faussement attribué.

« Nous n'oublierons jamais, disent-ils , les )) principes h CQ point de croire que nous ayons » le droit de suspendre le cours de la justice. » On cherche en vain , de toutes les raa- » nières, à intéresser notre sensibilité. Nous » nous enveloppons avec la patrie ; nous res- )) terons forts et impassibles avec elle. Signé (f FoucHÉ, Laporte, Meaulle. » (MoniteM' du 7 ventôse an II. )

Ces lettres apologétiques furent suivies d'une lettre du genre descriptif, consacrée à la description de la Fête de V Egaillé ^ que les représentans venoicnt de célèbre r ^«r /c.ç tombeaux de l orgueil révolté et des privilèges^ et dont le principal ornement fut la commission révolutionnaire , suivie de deux exécuteurs de la justice nationale ., tenant en main la hacJie de la Mort. « Ce tableau^ écrivoient les repré- » senlans à la Convention, a excité des cris de )> sensibilité et de reconnoissance. »

Pour que celte reconnoissance envers les bourreaux eût de solides fondeinens, les représentans lerminoient la description de hjéte en invitant la Convention à oj'donner promptemetit la répartition des immenses propriétés du riche conspirateur Ijonnais aux sans-culottes ^ aux amis de la liberté.

« Le bonheur public, mandoient-ils , est ^> dans votre pensée, dans vos résolutions, j) dans vos décrets ; ne faites rien à demi ; osez i> les réaliser en entier : ce sera le complément j) de ]a justice qui est près d'achever son cours * /é?/v'/Z'/edansceltecitérebelle.ll existe encore :» quelques complices de la révolte lyonnaise, » nous allons les lancer sous la foudre. Il faufe » que tout ce qui fit la guerre à la liberté , tout

( 43. ) » ce qui fut opposé à la république no présente » aux yeux des répul>Iicains que des cendres

» et des décombres Signé Meaulle, La^

» PORTE, FouCHÉ. » (Moniteur du 2.(^ veuWse an II, i 6 mars 1 794-)

L,ai Justice dont les rcprésentans annonçoient la fin prochaine, dura encore un mois. Ce fut seulement le 17 germinal an II, 6 avril i7'^.4î qu'elle fut close par arrêté t!e la commission elle - même , laquelle , considérant qu après avoir livré à la mort i Q84 individus , // ne reste plus dans les prisons de coupable qui appelle sur sa tête le glaive de la loi, arrête qu"t7/e clôt ses séances. SignéPAREis , président, Lafaye aîné, BrUxVière, Corchaud.

Cet arrêté fut transmis à la Conven'ion par les rcprésentans, et accompagné d'une dernière dépêche ainsi terminée : « Tel est, ci- » toyens collègues, le résultat des pénibles » travaux d'un tribunal dont rétablissement » ne remonte qu'à cinq mois.

» Puisse cet exemple terrible porter Tépou- » vante dans Tàme de tous les conspirafeurs, » et servir de leçon à tous ceux qui méditent

» des projets contre -révolutionnaires!

» vftè'/ïe'REVERCHON, Meaulle, LaPorte. »

{Moniteur du 26 germinal an II, 1 5 avril 1 794)

On voit que Fouché , remplacé par Rever- CHON , ne signa pas la dernière dépêche. Disparu de la scène à la fin de la pièce , il n^avoit pas attendu leprccès-verhal qui en fut dressé; et, dès le 19 germinal, il rendoit compte aux jacobins de Paris de celle célèbre mission , cxposoit les mesures prises par lui et ses collègues, et concluoit ainsi: «Le sang du crime j> féconde le sol de" la liberté, et affermit sa » puissance. » (^Moniteur du 1^ germinal.^

D'après cette maxime, la/ZZ'e/'/edcvoit être à jamais afjlirmie sur les décombres de Lyon. Jamais on ne vit nulle part un pareil théâtre de sang et de carnage. Le relevé exact des victimes humaines fait par la commission ellemême qui les avoit imniolées est de 1684 î mais cette commission avoIt été précédée de deux tribunaux révolutionnaires qu'elle avoit remplacés (1), et dune commission militaire que les représenlans en mission avoient établie dès le 9 octobre, le lendemain de leur entrée à Lyon (2). Il n'est donc pas étonnant <]u'en joignant les travaux de ces quatre tribunaux formés sur les bords du ilhône, ce fleuve ait

(i) Moniteur du. 3o frimaire an II.

(a) LcUrc du 16.

(433) roulé jusqu'au port de Toulon ces milliers de cadavres mentionnés dans une des lettres de FoucHÉ(i). Mais le nombre n'en est pas déterminé , et nous ne pouvons adopter les relations qui le portent à trente mille, ni apprécier au juste \es pénibles travaux des représentans envoyés à Commune- Jjffranchie. Il est plus facile de compter les représentans eux-mêmes. On y trouve une bande de vingt régicides qui se relaient dans \e\iYS, pénibles travaux. Ilsétoient envofés (je copie le protocole de leurs actes) dans Commune- Affranchie pour y assurer le bonlieur du peuple avec le triomphe de la répu^ blique dans tous les départemens envii'onnans et près l'armée des Alpes. Ces départemens environnans étoient celui de TArdèche oiî Chateauneuf-Randon fut chargé de rétablir l'ordre public ^ et de faire punir les contrerévolutionnaires (2) ; celui de la Loire où la guillotine resta huit mois en permanence (3) ; celui du Puy-de-Dôme où Couthon et Mai- GNET se vantèrent d'avoiryete'/e levain révolutionnaire, et remporté une victoire complète

(1) Vojez ci-dessus, pag. 428.

(2) Moniteur du 2 brumaire an II.

(3) Moniteur du i**^ pluviôse an ÏII.

sur le fanatisme {i)', celui de rAîlier qui fournit trente-un habitans de Moulins aux c'chafauds de Lyon , et accusa FouciiÉ de les avoir fait égorger sans jugement (2) ; celui de Saône et Loire qui fut, ainsi que celui de la Loire livré aux opérations de Javoques (3) : celui de l'Isère qui étoit loin ô.(t partager V égarement des autres, s'il en faut croire Dubois - Crancé (j); enfin celui de la Drôme, qui fut livre à Boisset (5) et à plusieurs de ses collègues.

Telle fut la mission de Lyon qui peut soutenir le parallèle avec tout ce que cette époque offre de plus épouvantable. A la vérité, on n'y répéta pas les mariages républicains de Nantes ; mais on mit à la place les mitraillades , qui valent bien les noyades ; à Lyon comme à Nantes on immola des enfans et des femmes. Mais ce qui distingue la mission de Lyon , c'est la durée dessupplices aprèsla fm de la guerre. Carrier , au bout de quatre mois passés à Nantes ,

(i) Moniteur du i5 frimaire an II.

(a) Moniteur du a6 prairial an IIÏ.

(3) Moniteur du 18 messidor an lII.

(4) Moniteur an i" juillet lygS.

(^5) Moniteur du

( 435) sVloigna de ce théâtre d'horreur; les rcprcsentans envoyés à Lyon y passèrent plus de temps; et pendant six mois que la çeiigeaTice Tiationale s'y déploya, on voit plusieurs des mêmes représentans déployer leur courage sévère, tcsIqt fermes et impassibles, s'enveloppe?'avec la patrie. En second lieu, la continuité de la guerre de la Vendée pourroit servir de prétexte à !a continuité des exécutions sanglantes; mais ce prétexte manquoità celles de Lyon qui eurent lieu après que cette ville fut réduite , subjuguée et désarmée. Enfin une circonstance particulière à Lyon , c'est la démolition même de cette cité; ses murs, ses monumens , ses places , ses édifices publics et particuliers fijrent rendus garans et responsables de la révolte. Il fallut que le sang pur d'un Challier fût vengé par le boiîleversemeiit du sol où il avoit été versé, et qu'il ne restât de ce boulevard de l'aristocratie que des cendres et des décombres en témoignage de la colère républicaine.

Voilà ce qui fut décrété par l'Assemblée, et exécuté par les représentans en mission, qui ne cessèrent d'approuver les décrets, de les célébrer, de combattre ceux qui les attaquoient, de rappeler la représentation natio-

( 436 ) nale à son impassibilité , en mettant sous"*ses yeux la tétc sanglante de Challiêr , servie en effigie sur leurs tables et dans leurs repas.

Tels furent les moyens employés dans Corn-, mune - Affranclùe pour j assurer le bonheur du peuple avec le triomphe de la république. Nous avons compté une vingtaine de ces triomphateurs:, savoir, Albitte, Bazire, Cha-

TEAUNEUF -RANDON , CoUTHON , CoLLOT-

dHerbois, Dubois-Crancé, Dupuy, Es-

CUDIER , FOUCIIÉ, GasPARIN , GAUTHIER,

Javoques, Laporte , Legendre, Lindet (Robert), Maignet, Meaulle, Nioche, Reverciion et Rovère. La plupart ont succombé, comme on sait, à diverses terreurs ; les uns sous Roberspierre , les autres avec Roberspierre ; plusieurs depuis Roberspierre . B AziRë fut du nombre des premiers , et Couthon du nombre des seconds. Javoques ^ix\\. victime de l'insurrection de Grenelle, le 9 octobre 1795. Collot-d'Herbois , décrété d'arrestation le 2 mars 1795, se défendit comme LEBONet Carrier : Mes forfaits^ dit-il, sont les vôtres ; en me frappant, vous vous frappez vous-mêmes. Condamné à la déportation par décret du i" avril 1795, il tomba malade à Sinamary, et mourut en se rendant à l'hôpital

(4*7) de Cayenne, où Rovère finit également sa carrière le ii septembre 1798. Il en est resté à peu près la moitié que leur malheureuse étoile avoit réservés au terrible 181 5; savoir, Albitte, Escudier, Fouché, Gauthier, Maignet, Meaulle , NiociiE et autres victimes de celte époque , tous compris dans les pétitions des bannis, et bien dignes de la protection de la Minen>e , qui les redemande toujours avec un redoublement de constance et de tendresse, sans pourtant oser se flatter de voir couronner ses efforts, et regardant au contraire la plupart des T'éactions de vSiS comme irréparables (i).

Missions diverses de lintci'ieur.

Pour nous retrouver dans le cours de ces missions , nous suivrons celui des rivières qui

(i) Voyez, dans la 89' livraison de la Mineure, page Soy , un article signé J. P. P. , sur le lur) . Voyez aussi, dans le même numéro , la Lettre sur Paris , signée E. , qui se plaint de ne pas voir un seul proscrit rappelé^ et qui conseille aux oictimes rf< 1 8 1 5 comme à tuiis les Français d'attendre.

( 438 ) séparent les de'partemens .qui nous restent à parcourir.

Missions clans les départemens situés entre le Tarn et la Dordogne.

ISous distinguerons entre ces missions celles de TAveiron , du Cantal et du Lot.

Aveiron et Cantal. — Les premiers représentons envoyés dans TAveiron, furent Bo et Chabot , nés l'un et l'autre dans ce département : le premier, médecin au Mur-de-Barrez, le second , fds d'un marmiton du couvent d' Aubrac , et entré lui-même dans Tordre des Capucins. Le mérite de Chabot fut démêle par l'évêque Grégoire , qui en fit son grandvicaire , et le fit nommer député à l'Assemblée législative, puis à la Convention. Chabot, envoyé dans l'Aveiron au mois de mars 1793, parcourut plusieurs villes du Midi, notamment celles du département de l'Aveiron , en missionnaire delà liberté. H prcnoit dans l'Evangile le texte de ses prédications civiques. A Rodez il les appuya de l'exécution d'un Jeune homme , domestique dans une des maisons de la ville, qu'il fit monter sur l'échafaud le jour de Pâques 1793, sous le plus faux prétexte.

(439) Les dames de la ville étant venues intercéder pour ce jeune homme , Chabot leur répondit : Retirez-vous, croissez et multipliez; ce fut la première des victimes immolées dans celte ville , où il en périt plus de trente sur Téchafaud révolutionnaire , sans compter celles qui périrentparlafusilladeou d'une autre manière.

Bo se fit moins remarquer dans son département que dans une foule d'au très où nous Ta vons vu , et auxquels il faut ajouter le Cantal et le Lot. Il se signala (Fans le premier de ces départemens par la création «< d'une commission ré- » volutionnaire , composée d'hommes atroces 5* et perdus de débauches. Ces hommes (je î) copie le Moniteur^ fabriquoient des timbres » étrangers , et menaçoient les citoyens aisés » de leur faire parvenir des lettres timbrées » de \Vorms et de Coblentz , s'ils ne leur » apportoient les sommes qu'ils désiroient » ( Moniteur du 27 thermidor an IJI. )

Après Bo et Chabot , le représentant le plus célèbre dans ces départemens , fut Tail- LEFER. Nous le retrouverons, ainsi que Bo, dans le département du Lot.

Lot. — Taillefer se signala dans ce département par une fête intitulée la Parodie de

la royauté y qu'il fit jouer sur Téchafand révolutionnaire par les reclus de la ville qu'il y fit attacher, et auxquels il distribua des rôles divers.

M. Laborie-Desganascs fut attaché sur le trône royal (dresse sur Téchafaud , et adossé à l'instrument du supplice), la couronne sur la tête et le sceptre à la main.

M. l'abbé de Becave , vieillard vénérable , vicaire apostolique du diocèse , avoil sur les épaules un écrileau avec le'titre de grand-aumônier de France^ écrit en gros caractères; une religieuse octogénaire , madame de Petra , étoit aussi sur l'échafaud avec son écriteau , et le titre de supérieure générale des Carmélites de France.

M. -Gabié fils, avocat, y figuroit avec le titre de dauphin ; une dame avec celui de reine. Une foule d'autres reclus avoient d'au 1res rôles dans cette parodie. Une nombreuse musique vint jouer Fair de la carmagnolej ça ira et d'autres airs révolutionnaires. Le représentant voulut alors que les victimes qui ne sein- Lloient appelées qu'à être les instrumens de ses plaisirs , les partageassent ; et après les avoir abreuvées de tout ce qu'il y a d'humiliant, il en força plusieurs à danser. La fin du

jour approchoit, tout étoit morne dans la ville. On craignoit les derniers excès de la part d'un représentant capable de donner de pareils spectacles ; et si la férocité et Tivresse ( car c'est à la suite d'une orgie qu'il donna cette fête) eussent conseillé un dénouement sanguinaire, on ne voyoit pas le moyen de rempccher. On fut confirmé dans cette idée lorsqu'on vit un charpentier de la ville (il a péri depuis d'une rtîanlère affreuse ) s'élancer en fuiieux sur l'échafaud , faire jouer le fer, et demander des victimes dont il s'off'roit d'être le bourreau. Le peuple spectateur frémit , un mouvement spontané d'indignalion éclata , et délivra les victimes qui furent ramenées dans la maison de réclusion.

La mission de Bo dans le département du Lot ne fut pas moins célèbre que celle de Taillefer : elle eut lieu au mois de germinal an II (avril 1794)- Le représentant parcourut surtout l'arrondissement de Figeac , où il fit transporter la guillotine. Sa conduite fut retracée dans une pétition présentée par les liabitans de cette ville à la Convention le 22 thermidor an III. Ils reprochèrent à Bo '« d'a- » voir soulevé le canton de Fonds, au district » ^e Figeac, en s'y faisant un jeu avec quelques

)) brigands de sa suite , d'arracher toutes les » croix , et de détruire toutes les images du » culte , en voulant obliger tous les hommes î) et toutes les femmes qui se présentèrent , » d'imiter leur exemple ; et en se permettant, » sur le refus de . ces bonnes gens , toute » espèce d'injures, de menaces, d'atrocités > contre eux.

» Ils l'accusent d'avoir envoyé dans ce » même canton une armée révolutionnaire , >* en le déclarant en élat de rébellion, en lui » faisant supporter une taxe énorme , en fai- » sant transporter la guillotine à Figeac , en 3) y appelant le tribunal criminel du dépari> tement , pour l'ériger en tribunal révolu- 5) tionnaire...., et en immolant, entr'autres 3) victimes, un cultivateur âgé de qualre-vingt- » dixans, l'homme le plus respectable du can- 3; ton. » (^Moniteur du 23 thermidor an III.^

Cent quatre-vingts prêtres du diocèse de Cahors furent déportés à Bordeaux , après avoir été spoliés en route par leurs conducteurs , ou plutôt par leurs bourreaux.

Parmi ceux qui restèrent, il y en eut trois, l'abbé de Montsalvi , l'abbé Bcrgon et l'abbé Jammes , qui furent immolés à Cahors. Un grand nombre d'au 1res habilans du départe-

ment furent envoyés au tribunal re'volutionnaire à Paris ; la seule ville de Gaussade , qui n'a pas quatre mille âmes , fournit dix-sept victimes au tribunal révolutionnaire de Paris. (Voyez-en la liste dans le Moniteur du 7 messidor an II. )

Le représentant Taîllefer, victime de la terreur de 181 5, a reparu à Cahors au mois de juillet i8ig , et son retour a fait éclater la joie parmi \es frères et amis qui l'ont célébré dans un banquet civique.

On sait que Chabot fut une des victimes de HoBERSPiERRE, ct sa mémoire mériteroit d'être réhabilitée. Il seroit convenable de le comprendre dans les pétitions des bannis. Nous en dirons autant de Bo, quoiqu'il soit mort tranquillement et sans être victime d'aucune action ni réaction; c'est riiommc , sans contredit, qui a rempli le plus de missions, et dont la mémoire a bien des droits acquis aux libéraux de 181 9, auxquels nous osons la recommander.

Missions remplies dans les départemens situés entre la Dordogne et la Loire.

Je signalerai entre ces missions celles de la Dordogne et de la Charente , de la Corrèze ,

de là Creuse , de la Vienne et des Deux- Sèvres.

Dordogne et Charente. — Le premier de ces deux départemens fut d'abord livré aux soins de Mathieu et de Treiliiard , qu'on accusa d'y attiédir l'esprit public ^ et que cette raison fit rappeler. Ils y furent remplacés par / Lakanal et par Roux-Fasillac. Le premier, chargé d'une levée de chevaux dans quatre départemens voisins , s'attacha à en démolir les châteaux , et s'y signala par mille autres extravagances qui entreroient à peine dans un volume. On sait que c'étoit un prêtre régicide , grand-vicaire constitutionnel du département de l'Arriége, grand fondateur de plans d'éducation nationale ; enfin l'une des victimes de la terreur àe i8i5. Toutefois cette terreur y et le bannissement qui en a été la suite, et le régicide qui a ])récédé, n'empêchent pas qu'il ne figure parmi les pensionnaires de l'instruction publique, et qu'il ne touche, à ce titre, une somme annuelle de 4ooo francs.

Roux-Fasillac, envoyé dans la Charente, annonça d'une part, par sa première dépêche , une levée de douze mille hommes. ( Moniteur du 22 vendémiaire an II); et de l'autre, l'arrestation d'une foule d'ex - nobles , d'évcques

et de prêtres. (^Moniteur du iS brumaire an II.

Sa mission ayant été étendue jusqu'au département de la Dordogne , il se hâta d'annoncer à la Convention a qu'il envoyoit au comité de » sûreté générale un nommé d'Absac » ancien M capitaine au régiment de la Marine; et qu'il M avoit livré au tribunal criminel de Péri- » gueux Isarn Valady, ex-député, mis hors la » loi. » ( Moniteur du %.i frimaire an II. En effet le comte de Yalady périt sur Téchafaud à Périgueux, et M. dAbsac à Paris. {Moniteur du 26 Tiii'ose aîi II)

Roux-Fasillac est une des victimes de la terreur de 181 5.

Département de la Creuse. — La mission de Vernerey dans ce département est remarquable par la dénonciation qu'il fit à la Convention de quelques jugemens du tribunal criminel de Gueret, qui s'étoit avisé de condamner quatre patriotes ; la dénonciation de Vernerey fut appuyée par Ga\-Vernon , évèque régicide de Limoges , qui s'exprima ainsi dans la séance du 9 ventôse an II :

« Les citoyens dont il est question sont des » patriotes que l'aristocratie poursuit, parce

» qu'ils sont sa terreur... Les membres du trin bunal criminel de Gueret sont presque tous » des aristocrates prononcés qui ne respirent » que la perle des patriotes. ..„ Voisin-Gar- » tempe, ex-conseiller du parlement de Bor- » deaux.... qui a constamment voté, avec le » côté droit, à l'Assemblée législative, n'est pas M en état d'arrestation; il singe le patriote. »

L'orateur conclut en la révision de l'affaire des quatre patriotes par le comité de sûreté générale , ce qui fut décrété. (^Moniteur du lo ventôse an 11^ fi& février 1794O

J'ignore ce qu'est devenu Vernerey ; ïnais Gay-Vernon, victime de la terreur de i8i5, est rentré en i8ig. Il n'a pas été traité comme il vouloit qu'on traitât les prêtres et les émigrés, lorsqu'il s'écrioit, en furieux, dans la séance du 22 nivôse an Yï, au Conseil des Cinq-Cents : « Maintenez avec courage » les lois rendues , par les immortelles assem- 3) blées qui nous ont précédés, contre les cmi- » grés , les prêtres rebelles et la famille des .»> Capets : là réside le palladium de la liberté. » ( Moniteur du 27 nivôse an KL^

Département de la Corrcze. — Lanot, député de la Corrèze à la Convention, où il vota

la mort de Louis XVI sans appel ni sursis , fut envoyé dans son propre département au mois d'août 1793 , pour y faire exécuter le décret du 23 de ce mois sur la levée en masse. Mais il ne borna pas sa mission à cet objet. On y trouve encore une application curieuse des lois de cette époque, notamment de celle qui confisquoit l'or et l'argent enfouis. Voici ce qu'il écrivoit d Usset dans les premiers jours de janvier 1794 '- « J^^^ ci'imes des escla^^es en- » ricJiissent les hommes libres^ et c'est avec j« les trésors de l'avarice , de l'orgueil et du » fanatisme, accumulés contre le peuple, que » le peuple aujourd'hui va combattre et lutter )) contre ses oppresseurs.

)) M. de la Chabanne , vieux coiuin, mis » en état d'arrestation à Usset, comme cor- >» respondant secret des émigrés , comme gros » propriétaire , ne vendant son grain qu'en » espèces sonnantes, ennemi prononcé des » assignats , et sordide spéculateur sur la di- » sette , étoit soupçonné depuis long-temps V) d'avoir enfoui l'or qu'il achetoit ; une exacte » surveillance vient de prouver que les ru- « meurs populaires ne sont jamais sans fon- » dément. On a, en effet, découvert une caisse >> contenant environ 24,000 liv. en doubles

» louil; ailleurs 6000 liv. en argent monnoyé , » et beaucoup d'objets précieux. S'il faut en » croire le peuple, ce n'est là qu'une foiblc » partie de ce qu'il avoit enfoui. » (^Moniteur du 3o nivôse an IIj i^ janvier 1794O

Lanot ne se borna pas à applicjuer aux gros pj'oprictaires la législation des propriétés; il appliqua aussi les lois de sang du même régime , et se signala surtout à Brives par des exécutions. Sur la dénonciation des habitans de cette ville, sa mission fut l'objet d'un rapport fait par Bezard à la Convention le 21 thermidor an III, 8 août 1795, dans lequel « il » est accusé de s'y être fait précéder ( à Brives ) « par la guillotine et deux bourreaux, de s'y » être entouré de tous les coquins du pays , » et de beaucoup d'autres qu'il traînoit à sa » suite ; d'avoir persécuté et incarcéré le^ » patriotes ; d'avoir opprimé la société po- » pulaire, dont il a enlevé les registres qu'il » garde encore ; d'avoir provoqué la dévasta- » tion,et dévasté lui-même en personne; d'a- M voir influencé le tribunal criminel ; d'avoir u fait rester exposé pendant vingt -quatre » heures , aux regards publics , le cadavre » d'un vieillard , père de onze enfans , qui » avoit été exécuté. » ( Moniteur du 25 thermidor an III ^ 12 août 179s.)

Après une longue discussion qui s'engagea sur ce rapport], Lanot fut décrété d'arrestation , et trouva son salut dans la loi du 4 brumaire an IV : il s'est tué lui-même , il y a une douzaine d'années, à Tulles , d'un coup de pistolet.

Dépariement de la Vienne. — Ce département posséda un tribunal révolutionnaire , qu'il dut à Ingrand , l'un de ses députés. Il dut Ingrand à un dérangement de santé de ce représentant , tombé malade à Poitiers ( chose étonnante , eu égard au caractère inviolable dont il étoit revêtu ). Cette circonstance particulière fut révélée à la Convention par Barrère, dans la séance du i4 brumaire an II.

« Notre collègue Ingrand, dit-il, en re- » venant dans le sein de la Convention, est j) tombé malade à Poitiers ; les sans-culottes » de cette ville , qui n'ont possédé Richard » et Choudieu que pendant trois jours , de- » mandent qu'LvGRAND soit autorisé à y res- )) ter pour y épurer les autorités. » ( Moniteur du iS bj'umaire an II y Q novembre 1793.) La proposition de Barrère fut décrétée ; mais il paroît que la maladie n'étoit pas bien

( 45o ) sërieuse , qu'elle servit seulement de prétexte à la mission cI'Ingrand, et que la ville de Poitiers dut ce représentant aux sollicitations d'un autre de ses députés, Piorry qui en instruisit les sans-culottes de cette ville par une lettre ainsi conçue : « Vigoureux sans- » culottes , je vous ai obtenu le patriote In- » GRAND pour aller dans vos murs; songez » qu'avec ce bon b.... de montagnard vous » pouvez tout faire , tout briser, tout renver- 3) ser, tout incendier, tout renfermer, tout » déporter, tout guillotiner, tout régénérer; » ne lui laissez pas une minute de repos. » ( Moniteur dit 2y thermidor an III. )

Effectivement réchafaud mis en permanence à Poitiers prouva qu'avec le patriote la gra^D les vigoureux sans-culottes de Poitiers pouvoient tout guillotiner. Ils n'y manquèrent pas, et la liste des victimes immolées dans ce département est innombrable : ils n'épargnèrent pas même le père d'un régicide, deTniBAUDEAU, qui avoit sûrement d'autres principes que le iils.

Ingrand et Piorry sont deux victimes de la terreur de i8i5, qui attendent hors de France le résultat des efforts des libéraux de 1B19 , pour y rentrer.

(45i ) D eu jc- Sévices. — Cette mission est retracée dans une adresse des habitans de Niort , lue à la Convention le 22 thermidor an III, ainsi conçue : « La marche tenue à Nantes par » Carrier , a été suivie par Hentz et Fran- )) CASTEL dans notre commune , et par le » comité révolutionnaire et la commission » qui étoient à leurs ordres.

» Peut-on, sans horreur, reporter les yeux » sur cette innombrable multitude de victimes » conduites à la boucherie au son d une mu- » sique militaire, sous les fenêtres du repré- » sentant du peuple?

» Des hommes barbares ont immolé l'en- » fant et la mère ; de jeunes victimes de deux » ou trois ans, portant les marques de baïon- » nettes et de sabres , existent encore dans » nos murs, et peuvent être appelées en té- » moignage contre leurs bourreaux. »

{^Moniteur du 27 thermidor an III^ i4 août 1795)

Hentz et Franc astel sont deux victimes de la terreur de i8i5, dont les libéraux de 1819 n'ont pas encore obtenu le retour. Voyez la mission du premier dans les départeraens du Nord et des Ardennes.

Missions les plus pacifiques des bords de la Loire.

Ce n'est pas mon inlention de réunir sous ce titre le tableau des crimes commis sur les bords de ce fleuve , partout ensanglanté depuis le département de la Haute - Loire où il prend naissance , jusqu^à FOcéan , où il traîna des victimes en si grand nombre, que la navigation en fut embarrassée. Je ne me propose pas de parcourir toutes les rives de la Loire , souillée de sang dans un cours de plus de deux cents lieues , et de retracer la série innombrablede forfaits dont ce fleuve fut le témoin, et, s'il se pouvoit, le complice, au Puy, à Montbrison, à Feurs, à Pioanne, à Nevers , à Cosne , à Montargis, à Orléans, à Blois, à Tours, à Saumur, à Angers. Je m'éloigne avec une égale horreur des lieux voisins de Lyon et de Nantes ; je ne me propose de fixer l'attention du lecteur que sur trois villes également distantes de ce double et sanglant théâtre ; ce sont celles de Tours, Blois , Orléans.

Tours. — Je ne dirai que deux mots sur cette ville qui , dans quelques circonstances , a été le

quarlier-général des représentans attachés à l'armée de la Vendée. Elle eut une commission révolutionnaire y qui immola je ne sais combien de victimes.

Elle posséda un représentant, dont la mission sembloit devoir être plus paisible , puisqu'elle n'avoit pour objet que des animaux : ce fut GuiMBERTEAU, chargé de la levée des chevaux dans les départemens de la Vienne , Mayenne et Loire, Indre et Loire, Loiret Cher, Sarthe , et qui fixa sa résidence à Tours.

Il étendit sa mission des chevaux aux citoyens ; et, au mois de nivose an II, il donnoit des nouvelles i^une pêche révolutionnaire qui avoit proclnit cent quatre-vingt- dijc-Jieuf indis'idus plus ou moins suspects. (^Moniteur du ï6 nivose an 11. )

Il avoit aussi donné ses soins à la ville de Blois, en destituant la municipalité ^ et impo^ sant révolutiouîiairement les riches. ( Moniteur àvi ï6 brumaire an II); mais il est moins célèbre dans cette ville qu'un grand nombre de ses collègues, dont nous allons faire une courte mention.

Blois. — Le premier missionnaire républicain de cette ville , celui qui prépara la voie à tous

les autres, qui même ne leur laissa presque rien à faire quant aux prédications civiques contre /e.sf/r«/zj,estsans contredit l'abbé Grégoire, cvcque constitutionnel du département de Loir et Cher.

Le nouveau prélat, de la nouvelle église, alla en prendre possession en sortant de l'Assemblée constituante à la fin du mois de septembre 1791, et y passa un an, jusqu'au moment où il fut nommé à la Convention nationale. C'est pendant cette année d'épiscopat que la cathédrale de Blois retentit des accens d'une éloquence qu'on ne saitcomment qualifier. Il en est resté plusieurs monumens, et , entre autres , deux discours imprimés qui sont les chefs-d'œuvre du genre.

L'un fut prononcé à l occasion du service de Siinoneau , maire d' Etampes , tué le 0 mars 1792. Ce fut un cadre heureux pour un orateur , qui vouloit faire le procès aux plus beaux monumens de l'éloquence de la chaire, et opposer à la dégradation du siècle de Bossuet, auteur des Oraisons funèbres, l'époque oiî M. Grégoire pouvoit célébrer, au lieu d'w/i brigand couro/iné , un simple citoyen. « Autrefois, dit-il , on ordonnoit des prières » publiques quand la fécondité d'une reine

(455) » promettoit à l'Etat un être de plus pour le » dévorer^ ou quand un bourreau du peuple » ctoit près de terminer sa carrière.... Autreî) fois on faisoit l'éloge à\ui fainéant titré, )) d'un brigand couronné,

» Aujourd'hui c'est la guerre de la liberté, »» de l'égaliié contre les privilèges, et c'est » avec raison qu'on a crié la guerre aux tj- » rans, la paix aux nations; il s'agit de » broyer ces monstres... Il faut que le sceptre » des despotes soit brisé sur leurs têtes.... Oh ! )) avec quelle joie je porterois ma télé sur le » billot, si, à côté, devoit tomber celle du » dernier tyran ! »

On sait que ce mot tyran ou despote est le terme générique de la langue du prélat contre tous les Rois quiexistoient en Europe à l'époque où il prcchoit avec une telle force dans la cathédrale de Blois. C'est ainsi qu'il a appelé Louis XVI , le roi de Sardaigne , et tous les autres, quand il a eu occasion d'en faire une mention particulière (i).

Le second chef-d'œuvre où le prélat constitutionnel signala son éloquence dans la même

(i) Voyez sa mission dans le Monl-Blanc, son Essai sur les Arbres de la Liberté j etc.

( 45S ) chaire, est un discours prononcé au service des citoyens morts à Paris le lo août 1792 , imprime à Blois comme le précèdent (i) , et où l'orateur, par un heureux crescendo, se surpassa lui-même. C'est là que les Rois sont appelés des êtres carnassiers (pag. 3), et que l'orateur , passant en revue ceux qui ont occupé le trône de France , n'en trouve pas un seul qu'il ne faille ranger parmi les êtres abhorrés, et fait le procès à Louis XII comme à Henri IV (pag. 5); c'est là qu'il dresse l'acte d'accusation de Louis XVI , qu'il qualifie de successeur de Charles IX, préparant une nouvelle Saint- Barthélémy , et qu'il condamne à V immortalité des fameux criminels (pag. g); c'est là que les plus fidèles serviteurs de l'infortuné monarque sont flétris des plus odieuses épithètes, et considérés par un ennemi si acharné, comme Vécume de la société (pag. 6); c'est là , enfin, que toutes les dynasties, TOUTES sans exception, sont appelées des races dévorantes et vivant de chair humaine. Juste ciel ! on ne connoissoit pas encore la race des régicides en mission , si

(i) L'un et l'autre aux frais du dëpartement , dont M. Grégoire ^toit président.

(43?) humains et si philanthropes ! C'est , sans doute, ce qui doit faire excuser M. Grégoire.

Je ne finirois pas si je voulois extraire de celle pièce, que j'ai sous les yeux, tous les passages que Ton croiroit cmane's , non pas de la houche d'un prclre élevé à l'épiscopat , mais de la bouche des démons sortis du fond des Enfers, dont elle peint les fureurs et les haines.

Le troupeau du prélat, ainsi nourri d'une telle doctrine , ainsi préparé aux missions républicaines et aux harangues des représenlans , par des homélies si pastorales , fut visité successivement par Carra , Tallien , GuiMBERTEAU , et surtout par Garnier , de Saintes , quatre régicides , collègues de l'orateur, mais dont aucun ne put atteindre à la hauteur de cette éloquence sacrée où il s'étoit élevé ; en sorte que la cathédrale de Blois , convertie en temple de la Pvaison , commença alors à retentir d'accens en effet plus raisonnables , ou , si Ton veut , moins révoltans qu'à l'époque où elle étoit livrée au docte prélat. Du moins les représentans en mission ne profanèrent pas l'Ecriture, et n'allèrent pas , comme l'orateur sacré , chercher dans l'Evangile le texte de leurs prédications ci-

( 458 ) vîques (i). Leurs discours seroient beaucoup trop insipides après ceux du précurseur qui leur avoit ouvert la carrière. Il faut donc nous borner à parler de leurs actions.

Il y eut à Blois des fusillades d'un grand nombre d individus ramasses sur les bords de la Loire , et qu'on tuoit sans dire à quel litre. Dans ces exécutions ( et en Tabsence du prélat), ses grands-vicaires, membres du comité révolutionnaire de Blois , Jouèrent un grand rôle. Leurs excès furent portés à un ticl point, qu'ils parurent trop forts aux représenlans en mission qui firent enfermer l'un d'entre eux, appelé R.ochejean, comme ultrarévolatlonnaive. La ville de Blois , pendant ces missions, fournit quatre victimes au tribunal révolutionnaire de Paris, où elles furent la plupart envoyées parGARNiER, de Saintes; savoir, M. de Salaberry (2), le marquis de Rome , M. Saunier, desservant de l'hôpital où il étoit caché, et la supérieure de ce même

(i) Le discours prononcé à l'occasion du ro août a pour texte ces mots du P^oi-Prophète : 1^ élite confuhre in principibus , que le prélat n'a pas sans doute essayé de concilier avec ceux ci : Deum timete ^ regem honorificnte. (Saint Paul. )

(2) Père du député.

hôpilal, M™* Roger. Les trois premiers furent condamnés à mort et exe'cutcs. M""^ Roger fut condamnée à la réclusion et à six heures d'ex-? position. Voici son arrêt, précédé de celui de M. Saunier : « Jean-Joseph Saunier, prêtre » convaincu d'émigration , a été condamné » à mort. !

» Marie-Félicité Roger, ci-devant supc- » rieure des religieuses de rHôtel-Dieii de- » Biois, convaincue d'avoir recelé ledit Sauw nier, a été condamnée à être exposée , atta- » chée à un poteau , pendant .six iieures, aux » regards du peuple, et à être ensuite renfer- » mée dans la maison de force du déparle- » ment de Loir et Cher. » ( Moniteur du 12 brumaire an II, i*"" novembre 1793.) Cette femme , vraiment forte , fut exposée pendant le supplice de l'ecclésiastique qu'elle avoit recueilli, et en face de son échafaud ; elle lui adressa, au moment où il alloit subir la mort, ces paroles , prononcées d'une voix forte : Mo7i frère , J3 me recommande à vos piières.

M. de Salaberry fut condamné, le 12 germinal an II , i" avril 1794, pour avoir entretenu des correspondances tendantes à favoriser les projets des tjrans et hs différentes conspirations contre la liberté du peuple frau-

çais (ly (Mo7iiteur du 21 germinal an II. ) Garnier , de Saintes , ne borna pas ses missions à Blois ; la ville du Mans fut aussi le lica de sa résidence , et devint un champ de carnage , où nous le retrouverons : mais terminons les missions les plus pacifiques des* bords de la Loire par celle d Orléans.

Orléans. — Inde'pendamment de la mission de Laplanche , que nous avons eu occasion de faire connoître, et des opérations de passage de LÉONARPj. Bourdon, qui coûtèrent la vie à neuf pères de famille, celle ville, qui fut constamment l'asile des proscrits, fournit onze victimes au tribunal révolutionnaire de Paris : ce furent , 1°. M"* Poulain, sa domestique , et un prêtre retiré chez elle ; 2°. deux sœurs, appelées M"" Barberon, un ancien gendarme émigré , et un prêtre , auxquels elles avoicnt donné asile ; un autre ecclésiastique, curé de Gidi , près d'Orléans ; un marchand de bœufs appelé Gallerand ; une apprêleuse de bas nommée Cressand, femme Fauchois, et enfin une marchande de tisane , qui fut exécutée à Paris pour ses opinions royalistes.

(i) Le Moniteur ne parle pas de M. de Komé , qui périt cependant avec M. de Salaberry.

C46. ) Il n'y eut d'exécuté à Orléans qu'un diacre , qui n'avoit pas prêté le serment. Ce jeune ecclésiastique, appelé M, Garnier-du-Breuil, vivoit retiré , mais non caché , dans la maison de son père: il montoit sa garde, et remplissoit les autres charges civiques avec une simplicité poussée presque jusqu'à l'imbécillité. Il ne se doutoit pas des lois de sang dans lesquelles il étoit enveloppé. ^Quelqu'un en parla à son père , qui lui dit d'aller se réunir aux prêtres reclus de la ville. Il y alla, mais le concierge refusa de le recevoir , et un débat s'engcigea entre eux, l'un s'obstiuant à fermer la porte de la prison, l'autre à demander d'y être reçu. Le résultat fut que le diacre passa la nuit dans la cour. Le lendemain l'accusateur public, instruit du fait, assemble le tribunal , lit la loi aux juges , fait constater l'identité pendant qu'on dresse l'échafaud , et y envoie la victime. Sa tête étoit tombée avant que la ville, ni la famille du condamné , sût son arrestation. On l'apprit avec l'exécution , qui répandit un effroi si subit et si général, que Taccusaleur public crut devoir en rendre compte au comité de salut public. On a appris depuis , l'on a dit du moins, que le comité avoit répondu que le diacre réfractaire ■, s éidJûWwé

lui-même, n\;loit sujet qu'à la dcporlation. IjQ zèle de raccusaleur public fut blâmé à cette époque. Plus récemment, et par ordonnance du 28 septembre 18 19, cet ancien accusateur public a été nommé président honoraire à la Cour royale d'Orléans, qui doit effectivement se sentir bien flattée et bien honorée d'une telle nomination.

Il y avoit à Orléans, lors de l'exécution de M. du Breuil , des représentans en mission , qui ne faisoient que passer. Nous ignorons s'ils se mêlèrent de cette affaire ; rien ne nous indique qu'ils aient été consultés.

L'envoyé le plus célèbre est, sans contredit, Laplanche. Ceux qui voudroient connoître plus amplement ses diverses missions dans cette ville , doivent recourir aux monumens qu'il en a laissés, intitulés V un, procès-verbal des séances tenues dans l'église Saint-Paterne d Orléans, par le citoyen Laplanche, représentant du peuple dans le département du Loiret, du 3 septembre lygS; l'autre est une suite du même procès-verbal; il est daté du 2^ jour de la 3* décade du 1" mois de la 2* année de la république ( ce qui veut dire 14 octobre lygS). Ces deux pièces sont signées Laplanche , représentant , et la première

( 463 ) seulementcstcontre-signéeAiGNAN, secrétaire du irpréseiitant (i).

On peut consulter encare \esprocès-verbaujc des délégués de Lapl anche , dans les divers districts du département du Loiret, délégués qu'on appela des sous planches à Orléans. Ces procès-verbaux , imprimés aux frais du département par les soins du représentant et de ses délégués , qui voulurent immortaliser leurs missions , sont des monumens curieux et vraiment immortels de cette époque de délire. Nous y renvoyons les amateurs, qui voudront comparer les ejccès de lygS à la terreur de i8i5. Hàtons-nous de les rassurer sur le sort de Laplanche , et de leur apprendre qu'après avoir inutilement cherché à se faire nommer maire de Salbris dans les cent-jours , il est mort sans être victime de la terreur de i8i5.

Missions dans quelques villes , entre la Loire et la Manche.

On sent quels amples matériaux nous four-

(i) M. AiGNAN (aujourd'hui rédacteur de la Mlnen>e) n'a signé que le procès-verbal du 3 septembre j lors de la séance du i4 octobre, il n'étoit plus secrétaire du représentant , qui lui avoit donné une autre place.

nîroicnt les villes d'Angers, où furent envoyés Garreau, Hentz et Francastel (i) ; de Laval, où furent envoyés Es nue I^ a vallée et Thirion; du Mans, oùGarnier, de Saintes, remplit diverses missions; de Chartres, où fut envoyé Maure, et où Châles vint faire retentir la cathédrale des plus horribles blasphèmes , prononçant son abjuration en des termes qu'on ne peut rapporter; d'Evreux , l'un des points de ralliement du fédéralisme, où se succédèrent J. B. Thomas Lindet , DuROY , OuDOT , Bonnet , Laplanche ; où le retour de la liberté fut célébré par le mariage de six jeunes républicaines que la nation dota , et par la démolition de la maison de BuzoT, qui fut rasée, et à la place de laquelle on mit l'inscription suivante : Ici a demeuré le scélérat BuzoT, qui a conspiré la perte de la nation française. (Décrets des i6, 17 et 18 juillet 1793.)

Je me bornerai, entre tant de missions, à choisir deux traits de celle de Garnier , de Saintes, qui donneront une idée des autres : Le 5 janvier 1794 ? parlant du prince

(j) Voyez leurs lettres des 28 pluviôse, 5 et 8 nivôse, dans le ^loriiteur des 2, lo et 16 nivôse an II.

de Talmont, arrête j>rès de FoJigorcs , il s'exprimoit ainsi : " Ce C;!pet des brigands , j) souverain du Maine et de la Normandie , M mérite bien de figurer sur le même théâtre » que son confrère. Avec ce grand prince a » été aussi arrêté le biizotique Bagon , ex- » procureur-général-syndic du département » du Calvados: il étoit chancelier de Talmont. » Il auroit été à souhaiter qu'il eût assisté à » la cérémonie pour apposer le sceau au cou- » ronncmcnt de son maître ; mnis , mis hors ji la loi, LavallÉE Fa fait fusiller. »j (Moniteur du i8 nivôse an II, - janvier 1794. )

Le 5 avril suivant, annonçant l'arrivée de six conspirateurs au tribunal révolutionnaire et renvoi prochain de plusieurs autres , il terminoit ainsi : tt Si nous nous purgeons , » c'est pour avoir le droit de purger la » France. Nous ne laisserons aucun corps » hétérogène dans la républi«f je. » (Moniteur du 20 germinal an II. )

Nous bornerons ici ces effrovahles récits, oîj les lamentations ne pourroient jamais égaler les calamités , ni l'indignation contre les auteurs être proportionnée à leur scélératesse prodigieuse et vraiment mfernale.

On peutapprécicrmaintenant la prédiction

- ( 46G ) de Mallet-du-Pan, annonçant après les massacres de septembre que si la Convention avoit le temps de s'assembler, le royaume entier ne serait plus qu'un champ de carnage. ÎNous avons eu le courage de le parcourir ce champ de carnage; il est temps de nous en lftrracher(i).Il nous reste toutefois une question importante à examiner , celle de savoir si les bourreaux de 93 peuvent trouver quelque excuse dans la guerre qu'ils avoient eux-mêmes allumée. L'examen de cette question trouvera sa place dans la théorie des missions qu'il nous reste à exposer rapidement.

Théorie des MissioTis.

Il est des missions comme d'une tragédie ; c'est après avoir vu la représentation de celle-ci qu'on est plus à même de voir si les règles de l'art y ont été observées. C'est ainsi qu'après avoir considéré les missions de 93 dans la

(i) Nous ne prétendons pas avoir épuisé la matière j nous avons omis les actes des missionnaires qui ne les ont pas publiés eux-mêmes, ou qui ne sont pas consignés dans le Moniteur. Quant aux autres , nous avons pu en oublier quelques uns , notamment ceux de Tile de Corse , Bo , Delcher, Despinassy, Ferry, Lacombe-Saint- WiciiEL, Salicetti, qui se succédèrent dans celte ilo, en proie à la guerre civile.

(467) pratique, nous allons les considérer dans la théorie, et recueillir, sous ce titre, les règles de conduite que le législateur traça aux représenlans en mission, ou qu'ils se tracèrent à eux-mêmes. Il faut, pour cela , distinguer le» missions militaires des missions civiles.

Tkéorie des Missions militaires.

Le 6 mai 1793, Gambon, organe du comité de salut public, présenta à la Convention une instruction pour servir de règle aux représentans en mission près des armées. Cette instruction fut combattue par Genissieux, qui dit « que si elle éloit adoptée , la Con- » vention pourroit se retirer, car elle n'auroit j» plus rien à faire. Chaque commissaire y » continua l'orateur, sera plus qu'un Roi ; et >» il n'y aura plus que désordre et confusion » dans Tadministration. »

La sagesse de cette observation n'arrêta pas les législateurs, et l'instruction, légèrement amendée , fut adoptée le lendemain. En voici quelques passages curieux :

« La Convention a député auprès des » armées des représentans du peuple, investis » de pouvoirs illimités, pour établir, entre » les frontières et l'intérieur , la correspon-

( 4(^8 ) » dance la j)liis active... , animer toutes les » parties (le Tadminislration du mèine esprit. » Ainsi , ils démontreront à l'Europe que » tous les Français n'ont qa'ane patrie^ une M puissance indivisible, un point de rallie- » ment, un centre d'action, de gouverne- » ment et d'administration.

» Ils observeront la conduite des ^énéi> j'aux.... ; ils ordonneront la suspension de » tous les officiers suspects ; ils fraterniseront » avec les soldats de la patrie ; ils entretien- » dront les soldats des travaux de la Convcn- » tion nationale, des sources qu'elle ouvre à » la prospérité publique....

» lis donneront tous leurs soins aux hôpi- » taux ; ils iront consoler les honorables vie- » limes delà liberté....

» La Convention prépare une loi concernant » le régime et 1 administration des hôpitaux » militaires. Elle ne laissera pas attendre ce » monument précieux de sagesse et d^ humanité.

n Les représentans rappelleront au peuple » français que le concours de tous les citoyens » est indispensable pour résister aux nom- » breux ennemis de la république, affermir » la liberté., et assurer la garantie des pro- » priétés..,.

» Ils exciteront le zèle et le civisme des » citoyennes. r

» Ils se rendront à leur destination, in- » vestis de la plus haute confiance et de pou- »> voirs illimités^ pour l'exécution du mandat » qui leur est délègue. Ils vont déployer un » gî'cind caractère ; ils doivent envisager » qu'une grande responsabilité est la suite » d'un grand pouvoir. » (Procès- verbal des séances de la Convention , du y mai 1793.)

Nous ne ferons qu'une seule remarque sur cette instruction , ou plutôt sur un seul de ses articles , celui qui est relatif à la promesse d'une loi sur le régime et l'administration des hopiiauoc , loi armoncée comme un monument précieux de sagesse et d'humanité. Nous avons vu , dans la législation des propriétés , de quelle manière cette promesse fut exécutée; iious avons vu le patrimoine des hôpitaux englouti dans le même gouffre que les biens des émigrés , les biens du clergé , les biens des communes, etc. Ainsi, Thôpital ne fut pas même assuré aux défenseurs de la liberté^ que les représentans en mission dévoient entretenir des travaux de la Conve/itio/i , et des sources qu'elle ouvrait à la prospérité publique.

Mais la Convention , si magnifique dans ses

( 47" 3 promesses , ne se borna pas ;i spolier les hôpitaux; elle envoya à rcchafaud , ou du moins dans les cachots, ces généreuses femmes qui s'y dévouoienl au service des malades, et qui furent remplacées par des femmes ou ùcs/illes patriotes , c'est-à-dire par ce qu'on appeloit des Jïiries de guillotine (i). Je laisse à penser

(i; 3 octobre lygS, sur un rapport et projet de décret relatif aux femmes aUachëes aux hôpitaux, MAILhe dit : « Citoyens, ne soyez point inquiets sur les hôpitaux. » Lorsque j'ai été envoyé en mission dans les départej» mens du Midi, j'ai expulsé d'une maison nalionalc ces » femmes fanatiques : bientôt cet exemple fut imité par » les administrations , et les places vacantes données à des » femmes patriotes^ qui ne s'acquitloient pas moins bien » de ces fonctions. Je demande qu'on généralise cette » mesure ; qu'on renvoie ces femmes aristocrates , sans >> espoir de retraite, car on n'en doit pas à dos contre- » révolutionnaires ; et qu'elles soient dans toute la répu- » blique remplacées pardes femmes ou âesfltes patiiotes. »

La proposition de Mailhe, appuyée par Dupont et Lebon , fut décrétée ^ mais les législateurs ne se bornoient pas à renvoyer sans retraite ces femmes aristocrates. Voyez dans la mission de Blois , la supérieure de l'hôpital exposée sur l'échafaud en face de celui où périssoit le desservant du même hôpital.

La maison des Invalides à Paris , fut livrée à une nommée Viat, et à plusieurs autri's femmes créatures di» RoBERSPlERRE.Vojezà ce sujet un rapport de PagaNEL, dans le Moniteur du if» brumaire an III.

si des hôpitaux, ainsi spoliés et ainsi administrés^ offrirent un brillant asile aux défenseurs de la liberté^ auxquels on avoit annoncé ces monumens de sagesse et dhumanilér '

Les législateurs ne se bornèrent pas à promettre rhôpital aux soldats malades, blessés» amputés; ils n'épargnèrent pas les promesses à ceux qui se portoient bien, et un décret du 27 juin 1793 abandonna aux défenseurs de la liberté tant de terre que de mer six cents millions de récompenses territoriales à prendre sur les biens des émigrés^ somme qui fut portée plus tard à un milliard, et qui n'exista jamais que dans le Bulletin.

C'est là que nous bornerons nos observations sur l'instruction donnée aux représentans en mission près les armées. Il nous reste à examiner s'il faut attribuer à cette inst?'uction quelques succès miltaires , et si les missionnaires ou les législateurs de 98 peuvent revendiquer une part quelconque dans la gloire militaire de cette époque.

De la gloire militaire de 9 3.

Danton dit un jour à la tribune nationale : « Quiconque a frappé un Roi est l'ennemi de » tous » (^Moniteur du 4 avril 1793): parole

(472 ) frappante de vérifr' , ot qui icnfenno en ahivgé toute la politique militaire de gS. Eu cltet, rassemblée légicide, ennemie, par sa position, de tous les Rois, n attendit pas qu'ils lui déclarassent la guerre; elle prit l'inilialive, soit excitant contre tous la re'voite des {)cuplcs auxquels iAX^ promit secours et fraternité (àécret du 19 novembre), soit en exécutant cette promesse avant d'attendre la demande des peuplesCcit ainsi que furent envahies la Savoie et le Piémont, sans déclaration de guerre préalable; c'est ainsi que la guerre bit déclarée à l'Espagne , parce que cetle branche de la maison de Bourbon avoit eu la prétention d'empêcher le meurtre de Louis XVI, et d'exercer son injlucnce sur les délibérations de la Convention Çi'ojez ci -dessus, pag, 129); c'est ainsi que fut décrétée Finvasion de la Hollande, parce que cette république s'avisoit d'avoir un chef. La guerre déclarée aux autres puissances n'eut pas d'autres motifs ; et le salut des régicides, incomj^ïalible avec l'existence des Rois, fut l'unique cause de la guerre universelle qui embrasa l'Europe. Il fallut, pour la soutenir, mettre sur pied dix-huit cent mille combaltans (rapport de Billaud-Varennks, du 23 septembre 179^, Moniteur du 28). Ces

( 473 ) combattans farent répartis enlrc quinze à dixhuit armées qui eurent chacune quatre représ sentans en mission (décret du 1 5 juillet 1793). La gloire de la première campagne ne fut pas merveilleuse. L'armée d'Italie se borna presque à mitrailler les Français trouvés à Toulon; Tarmée des Alpes ne cueillit guère de lauriers que sur les Lyonnais, également exterminés; les armées de l'Ouest, au nombre de trois ou quatre , furent enterrées dans la Vendée. Ainsi la gloire militaire des armées de l'intérieur en g3 pourroit être abandonnée aux représentans qui s'y trouvoient investis de pouvoirs illimités^ et on pourroit ne rien disputer de cette gloire à Carrier, à Chateauxeuf- RAXDON,à FoucHÉ, à RoBERSPiERRE jeune. Quant aux succès remportés au dehors, succès mêlés de tant de revers en c)3, plus décisifs en 91 , seroient-ils donc le patrimoine des représentans en mission, ou celui du comité de salut public , ou celui de la Convention qui les envoyoit? Faudroit-il laisser aux régicides la prétention qu'ils ont de cacher leurs forfaits sous les lauriers des armées françaises? Enoncer une pareille prétention , ce seroit dire que la gloire militaire de l'empire appartient au sénat <jui fut si libéral à en fournir les élé-

(474) mens , qui mit si bien la France en coupe re'glée. Non, non, ni la Convention ne peut revendiquer la gloire militaire de la France de 93, ni le sénat s'approprier la gloire militaire de Tenipire. Ce qui leur appartient dans cette double guerre, c'est la lâcheté avec laquelle ils immoloient tant de victimes sacrifiées à leurs intérêts particuliers ; c'est la fureur avec laquelle ils livroient jusqu'au dernier Français pour se conserver eux seuls ; et ici la férocité des conventionnels libres l'emporte sur la bassesse des sénateurs dominés et soumis; car les premiers ne peuvent pas dire, comme les seconds , qu'ils éloient asservis par un tyran; c'est avant, pendant et après le règne de Roberspierue qu'ils firent cette guerre désastreuse, qui n'eut d'autre cause que leur fureur contre tous les Rois dont ils étoient ennemis parce qu'ils en avoicnt frappé un. Dira-t-on, à l'honneur des régicides en mission aux armées, qu'ils y payèrent de leur personne, avantage qu'ils ont sur les sénateurs? En effet, sur cent missionnaires des armées, nous avons vu Fabre tué aux Pyrénées sans qu'on ait pu bien constater de quelle manière il étoit mort. Nous avons vu Ghales, prêtre régicide , blessé à l'armée du Nord , et cette

(475) blessure donna lieu à bien des discussions sur la cause qui Tavoit occasionnée. (Moniteurs du i3 pluviôse an II et sw'vàns. )

Voilà les membres de la représentation nationale qui ont été tués ou blessés aux armées; il faut cependant citer, parmi les braves représcnlans, TrullaRD sur la tête duquel passa un boulet de six livres dont il fut fait hommage à la Convention, dans la séance du i3 septembre 1793 (^Moniteur du i5), afin qu'une telle pièce attestât constamment l'intrépidité de ses missionnaires. Au surplus les législateurs étoient nommés pour lancer des lois, et non pour recevoir des boulets; et les généraux surtout étoient pénétrés de cette vérité. Combien de fois n'ont-ils pas soubaité de voir les représentans en mission, qui venoient les observer, rentrer dans le sein de la représentation nationale? Dampierre avoit-il besoin d'être obsen c' \)tiv les représentans qui le firent sortir de son camp de Famars, et le forcèrent à livrer la bataille où il fut tué? avoitil besoin d'être célébré par Lequinio et Cochon , qui , tout réjouis de ce bel exploit, mandèrent, le lendemain do la mort de ce brave, « Qu'ils j) iroient veràcr des larmes sur les cyprès j» dont sa tombe seroit couverte. » (Moniteur

( 476 ) du 12 mai lyyS.) L'arrnce des A rdenncs a voitelle besoin d'être observée par Saint-Just, qui la fit battre six fois, et fit fusiller un capitaine artilleur pour je ne sais quelle négligence dans le servicer' Si Jourdan, qui refusa de lui sacrifier deux généraux et un officier supérieur, eût été battu, n'eûl-il pas eu le sort des généraux Houchard et Guslines ? Les succès de Moreau sauvèrent-ils son père de fécbafaud? et les représentans en mission lui furent-ils nécessaires ou utiles dans ses campagnes, où ils n'étoient braves que pour envoyer à la guillotine péle-mcle les généraux républicains et des troupeaux d'émigrés? La gloire militaire de 93 (en supposant qu'il y en ait une, et qu'il y ait des amateurs qui y puissent prétendre) est donc le patrimoine des Français qui l'ont acquise, et non de ceux qui n'y onL trouvé qu'une occasion de se baigner dans le sang des Français sacrifiés à leur intérêt individuel. Le courage de ces Français morts sous le drapeau , n'appartient pas plus à ceux qui les y cnvoyoicnt ou les y observoient^ que le courage des Français immolés sur l'écbafaud. Les armées, peuplées de soldais les uns volontaires, qui y cherclioient un asile, les autres forcés, qui éloienl menés à la bouche-

(477) rie, ne seront jamais confondues avec le gouvernenjcnt atroce (jui les sacrifia à la sûreté des régicides. La France saura toujours distinguer Tannée , du comité de salut public. Dans tous les temps, elle aura en horreur celuici; dans tous les temps, elle revendiquera comme son héritage les lauriers de ces milliers de Français qui ne savoient que se battre et mourir, tandis que les bourreaux de la France ne savoient que les immoler pour se soutenir. Sans doute en 1793 la France eût préféré à la gloire (\ quelques succès, qui prolongeoient le règne des bourreaux, des revers qui fcusseut abiégé. La France alors tournoit ses regards vers Toulon, Lyon, la Vendée, d'où elle attendoit des vengeurs contre les monstres qui Topprimoient. Peut-être même eût-elle préféré ur\o. invasion qui, après tout, n'eût brisé que dos fers , n'eût renversé que des échafauds , ii des victoires qui lui devenoientsi fatales par le crime de ceux qui seuls en profitoient. Elle eût souhaité en 1794 ce qu'elle a obtenu en 181 4, et ce que vingt ans de guerre n'ont pu empêcher, quand le moment marqué pour l'accomplissement de ses vœux est arrivé. Mais la France délivrée ne revendique pas moins la gloire miJitaire de ceux-là même qui

(478) étoient placés comme une barrière insurmontable à TaccompUssement de ses vœux; et en bénissant la chute des gouvernemens diversement tyranniques qui l'ont opprimée , elle sait estimer le courage de ceux qui , en sacrifiant leur vie, ont toujours vu la patrie, et fait abnégation de tout intérêt propre ; elle ne réserve ses anathèmes que pour les monstres qui ont si cruellement varié l'oppression ; et, loin que leurs forfaits puissent être cachés sous des lauriers , ils y ont mis le comble par ces guerres ou ils ne cherchoient, à tnivers les ruines de la France , que l'impunité d'un premier crime , source féconde de tous les autres , et des calamités sans nombre de la France, toujours sacrifiée à leur sûreté individuelle.

Théorie des Missions civiles.

Pour connoître cette théorie , il est nécessaire de distinguer les missions générales des missions spéciales.

Missions générales.

Il y eut trois espèces de missions générales , 1". celle du 8 mars 1793, décrétée sur le rapport de Carnot, qui envoya quatre-vingt-deux

( 479 ) représentans deux à deux, chacun dans deux déparlemens.

Leur mission étoit « d'instruire leurs conci- » toyens des nouveaux dangers qui mena- » çoient la patrie , et de rassembler des forces « suffisantes pour dissiper ses ennemis. »

Paris , la Corse , le Mont-Blanc , Jemmappes \ ne furent pas compris dans cette mission gé- / ftérale , et demeurèrent confiés aux soins des représentans qui s'y trouvoient déjà. Les quatre-vingt-deux représentans ne partirent! qu'après avoir décrété la création du tribunal révolutionnaire , où ils furent autorisés à envoyer les conspirateurs qui exciteraient des troubles (décret du lo mars gS). Il fut décidé qu'ils emporteroient avec eux l'expédition de la loi créatrice de ce tribunal (même décret)./

Nous avons vu les opérations du plus grand, nombre ; nous joindrons ici pour mémoire la liste de tous par ordre alphabétique ; la voici :

Amar, Auguis, Anthoine, Bo, Baylk (Moïse), Bernard (de Saintes), Bonnier, Billaud-Varennes , BoRiE , Bordas , Boisset, Bourdon (de rOise), Barras, Carra,; Carnot(i), Collot-d'Herbois, Chabot,

(j) Carnot est moin» remarquable comme missiofiT

( 48o ) Châles ,€houdieu , Despin assy, Deville , Dartigoyte, Duroy, Esnue- Lavallée, Touché, Fréron, Fabre-d'Eglantine , Fauhe, Fa y ait, Forestier, Guermeiir , Garreaii, Guimberteaij, Gaston, Glai- ZAL, GoiJPTLLEAU, Gaisnïer (de l'Aube), IcHON JamIion-Saint- André, Joiienne, Labrunerie, Lacoste ( j. B.), Lakanal, Lejedne, Léonard-Bourdon, Lombard- Lachaux, Louis, Lemailhaud, Laplanche » Lesage-Sénault, Lecarpentter , Levas- SEUR (de la Meurthe), Levasseur (de la Sarthe), Mailhe (i) (Haute-Garonne), Mi-

naire que comme directeur des missionnaires de ^3 , notamment de Lebon, auquel il mandoit, le i5 novembre i7q3 : a Le comifé de salut public vous fait observer » qu'investi de pouvoirs illimités, vous devez prendre dans » Votre énergie toutes les mesures commandées pour le » saluj de la patiie ; continuez voire attltutle rc^yolutinn"

» naire ; marchez toujours, citoyen collègue, sur la

» ligne révolutionnaire que vous suivez avec courage. Le » comité applaudit à vos travaux. « ( Biographie des Hommes vi^ans. )

(i") Mailhe, envoyé à Toulouse pour le recrutement, fit brûler les registres de la ville qui en contenoient Thistoire année par année , avec des figures oh étoient peints les évcnemens remarquables de la ville et du royaume. On

(48i) CHAUD, MoNESTiER, Martine AU , Malduit, iSeyeu, Pfliéger, Pressavin ; Pons (de Verdun ) , Paganel , Prost , Pocholles , PioRRY , Perrits (des Vosges) , Petit- Jean , Reverchon, Richard, Roubaud, Roux; Saint- JusT, Seyestre, Seryière , Siblot, Saladin, Tiiuriot, Tallien, Turreau, Voulland , Ysabeau.

Total 82, dont 78 re'gicides.

Les quatre non régicides sont : Altguis, Bordas, Lemailhaud et Neyeu, que nous n'avons vu figurer dans aucune des opérations atroces par lesquelles se sont distingués les autres missionnaires. (Voyez à la table des litres leurs missions respectives. )

La seconde mission générale eut pour objet îa levée en masse, décrétée le 23 août 1793. L'art. 1 5 de ce décret nomma Chabot, Tallien , Mallarmé , Legendre (de la Nièvre), Lanot, Roux-Fasillac, Paganel, Boisset, Taillefer, Fayau, Lacroix (de la Marne), Ingrand : total 12 régicides, pour

vtrouvoitlcs portraits de tous lescapitouls, depuis 5oo ans, avec leurs armoiries , qui lurent le motif du brûleraent. Voyez le compte tjuM a rendu de quelques actes de sa Hjjssion , ci-dessus , page 470 en note.

( 482 ) adjoints aux leprésentans du peuple, qui étoicnt déjà dans les départemens et aux armées. Chargés d'exécuter le présent décret, ils furent investis de pouvoirs illimités. (Art. 6 du même décret.) / La troisième mission générale fut celle du 17 vendémiaire an II (2 octobre gS) qui eut pour objet une leyéf; extraordinaire de chevaux. Pour l'opérer, la France fut partagée entre 20 représentans qui eurent chacun quatre \ ou cinq départemens, selon les localités. Ce ^ furent Beauciiamp (i) à Gap , Beistabolle à Carcassonne , Bollet à Soissons, Bour- SAULT à Pvennes, Gavaignac à Auch, Del- BRET à Montpellier, Dupuis àllouen, Duboy à Ghalons-sur-Marne , Goupilleaij à Arles , GoupiLLEAU jeune à Clermont-Ferrand, Guillemaedet à Versailles, Guimberteau à Tours , IIarmand à Angouléme , Ichon a Auxerre , Lakanal à Bergerac , Pfliéger a Yicnne , Projean à Saverne , Yidahn à Abbevillc.

(i)M. LeAUCUAMP «a réclamé en 18 14 contre rinser- » lion de son vole au procès de LouisXVI, déclarant qu'il « n'avolt point opiné pour la mort. » (^Biographie des Hommes munis.') Il faut rectifier par cette citation celle du Moniteur^ que nous avons rapportée page 218.

En tout i8, dont i5 régicides ; les trois non régicides, sont Beauchamp , Boursaùlt, Harmand.

Les missions spéciales furent consacrées à des objets particuliers tels , par exemple , que le fédéralisme, l'établissement du gouvernement révolutionnaire , les subsistances , la vente des domaines nationaux ; ces missions ne furent établies que dans quelques départeraens , suivant les besoins des localités : nous avons vu des exemples de toutes.

Ce seroil nous répéter que d'en récapituler ici la liste. Nous nous bornerons à remarquer qu'au commencement de l'an II de la république , lesreprésentans en mission faisoient un tel vide dans le sein de la Convention , que les travaux des comités et la fabrique des décrets en furent presque interrompus, et qu'il fallut faire rentrer cent quarante législateurs absens à la fois. C'est ce qu'on apprend d'un rapport de Barrère, organe du comité de salut public, qui dit, dans la séance du 8 brumaire an II : « Le comité s'est occupé de » restituer à la Convention cent quarante de » ses membres qu'il avoit chargés de missions » particulières. » (^Moniteur du 3i octobre

Nous remarquerons encore que , dans l'orN ginc les représentans furent envoyés indistinctement dans leurs propres dcpartemens ou ailleurs, selon leur attrait. Plus tard, on s'aperçut que les relations de représentans avec leurs compatriotes , étoient funestes à la chose publique , et il fut rendu sur la proposition de Lacroix (de la Marne), le 5 juillet 1793, un décret portant que les représentans ne pourroient être envoyés dans les déparlemens qui les avoient nommés. « Malj) gré leur patriotimc, dit l'orateur, ils ne » peuvent se défendre de préférer leurs foyers » au reste de la république; ils portent toute ;) leur attention à la défense du toit sous lequel n ils sont nés, et négligent la masse entière » qui devroit seule fixer leur sollicitude. « ( Moniteur du 7 juillet 17^3.)

La sagesse de cette observation la fit convertir en décret , ce qui n'empccba pas les exceptions qu'on y fit, non seulement à l'égard des représentans, mais encore à l'égard d'autres envoyés, tels, par exemple, que ceux des assemblées primaires , venus à Paris pour l'acceptation de la Constitution et la fédération du 10 août 1793, et qui furent renvoyés dans leurs départemens respectifs avec

(485) la mission de travailler aux leve'es des hommes de la première réquisition. (Décret du i4août

C'en est assez sur la division des missions

civiles, passons à l'exposition des règles de

conduite qui furent suivies par ceux qui en

furent chargés.

Mégies de conduite des représentans en mission dans l'intérieur.

« Nous avons tous (disoit Sevestre, opi- » nant dans le procès de Carrier ); nous » avons tous , dans nos missions , suivi l'im- » pulsion de notre caractère ; la latitude de » notre liberîé pour faire le bonheur ou le » malheur du peuple n'a point eu de limites. > La plupart de mes collègues, envoyés dans » les départemens pour y e.\GTCCT\3L puissance 3) nationale^ ont, je le crois, bien rempli » leur devoir; mais Carrier, à chaque pas » qu'il a fait, a été la honte et le fléau de >» l'humanité. » (^Moniteur du j frimaire an 11^ 17 novembre 1794.)

Voilà toute la théorie des missions civiles : chaque représentant partoit investi de toute la puissance nalioijale qu'il alloit exercer dans

( 486 ) les dépaHemçns; la latitude de sa liberté' ji'eat point de limites ; et il fut libre à chacun de faire le bonheur ou le malheur du peuple ; chacun suivoit V impulsion de son ùai:cœtère ; et comme il y a une grande variété de caractère, m,éme chez des représentant du peuple , dont le caractère étoit également inviolabU , il arriva qu'il y eut une foule de manières diverses d'opérer le bonheur du peuple ; ainsi Carrier y travailla d'une manière à Nantes, et Lebon d'une autre manière àArras; mais ces deux représentans poursuivoient bravement le même but par une grande variété de supplices^ qui attestoient les impulsions de deux caractères peu différens en férocité ; ce but étoit également, et même plus spécialement, poursuivi par les représentans envoyés à Lyon , lesquels; en démolissant cette cité superbe^ et immolant ses habitans par milliers, se disoient spécialement chargés d'assurer le bonheur du peuple^ non seulement à Commune- Affranchie^ mais encore dans tous les dépaHemens envi^ ronnans y et jusqu'à l'armée des Alpes , qui devoit participer à ce même botiheur.

Telle fut la première règle de conduite des représentans en mission : pouvoirs illimités , d'une part \ impulsion de leur caractère plu&

( 48? ) ou moins féroce , de Tautrc. Il ne faut pas croire , d'ailleurs , que ceux qui n'auroient ressenti que des impulsions .de douceur et de modération , eussent pu s'y livrer entièrement : car, en premier lieu , les représentans en mission , presque tous régicides , ne pouvoient e'prouver de tels sentimens en faveur des royalistes dont l'existence leur paroissoit incompatible avec la leur. En second lieu ces représentant avoient sous les yeux les lois qu'ils avoient faites ; ils ne pouvoient ignorer la triple législation des personnes , des propriétés et des doctrines. Or, cette législation étoit pour eux une troisième règle de conduite qu'ils appliquoient toujours suivant Y impulsion ch lnitr caractère qui, en dernière analyse , étoit le seul et unique guide. Vainement on essaya de limiter leurs pouvoirs. Vainement la proposition en fut faite dans quelques circonstances; cette proposition, toujours renvoyée au comité de salut public, laissa les représentans en mission investis de pouvoi il limites (i).

Voici quel en étoit le protocole que je prends

(i) Voyez , dans la séance du 1 2 mai 1 79^, une proposition de GuADET à cet és;ard.

(488 ) au hasard dans un décret du 3i juillet 1793, qui envoya Niou et Billaud-Varennes dans les dcpai temens du Nord et du Pas-de-Calais.

« La Convention nationale confirme la no- » mination faile par le comité de salut public, » et l'envoi des citoyens Billaud-Varennks » et Niou, en qualité de représentans du » peuple , dans les départcmens du Pas-de- » Calais et du Nord, cl les investit de pou- 3> voirs illimités , pour prendre les mesures de » sûreté générale, nécessaires au succès de 3) leur mission ; ordonne aux autorités cons- » tituées et à la force armée d'exécuter leurs » arrêtés, et d'obéir à toutes leurs réquisi- » tions. « (^Moniteur du 2 aoiU 1793. )

Une loi antérieure ordonnoit de leur obéir sous peine de dix ans de fers ; eux-mêmes ne trouvoient pas cette peine suffisante, et presque toutes leurs réquisitions éloient ordonnées sous peine de mort. Quelquefois ils se mêloient de juger les procès civils pendans entre particuliers , ou même de suspendre entièrement le cours de la justice pour tels et tels justiciables (i). Enfin, ce qu'il y a de plus re-

(t) Je trouve la preuve de t|ls actes dans une loi du 5 brumaire an V", loi qui cassa deux « arrêtés pris

(489) marquable dans la théorie des missions , ou , si l'on veut, dans leur pratique , c'est que les représentans ne se bornoient pas à exercer eux-mêmes leurs poia'oirs illimités, mais qu'ils les faisoient exercer par d'autres à qui ils les déléguoient. »• Plusieurs membres, dit un jour » Barrhire , ont e'té envoyés dans les dépar- » terriens qui environnent Paris , pour y sur^ » veiller la vente du mobilier des domaines » nationaux ; depuis , plusieurs ont reçu des » pouvoirs illimités quils ont délégués à des » hommes qu'ils ne connoissoient pas bien , et » qui en ont abusé ; cela est arrivé dans le M district de Gonesse.... Le comité vous pro- » pose de les rappeler tous, et d'envoyer Le- » VASSEUR dans le district de Gonesse , pour » épurer les autorités constituées. Décrété. » ( Moniteur du 16 brumaire an 11^ 6 novembre 1793.)

Dieu sait de quelle manière LevasseuR ,

« par le représentant du peuple COUTURIER, dans la r> séance de la société populaire d'Etainpes, par lesquels » il avoit suspendu une contestation engagée devant le » tribunal de Janvilie, entre les citoyens Chanon, Berard » et autres. » {^lonitcur à\x 10 brumaire an Y, i*[ novembre 1796.) ^

( 490 ) dont nous avons raconté diverses missions , exploita le district de Gonesse. Quoi qu'il en soit, il faut en revenir à l'opinion de Sevestre sur Carrier , et reconnoître que ses collègues envoyés dans les départemens n'avoient eu pour règle de conduite que V impulsion de leur caractère , guidé par la triple législation que nous avons fait connoître , et que leurs missions dévoient retracer. Or, d'après cette observation , ce n'étoit pas Carrier seulement qui étoit la honte et le Jïéau de Vhwnanité ^ c'étoitbicn plutôt les législateurs qui l'avoient envoyé avec de tels pouvoirs et de telles lois. Aussi Carrier n'eut-il pas de peine à prouver à la Convention qu'en le mettant en accusation elle se faisait son procès à elle-même ; et cette vérité reçut un nouveau degré d'évidence de la défense de Lebon , qui dit aux législateurs ses collègues, dont il avoit exécuté les lois atroces : « Faites des lois justes , » et vous me les verrez exécuter avec le même j) dévouement : » argumens qui ne sauvèrent ni Lebon ni Carrier , mais qui sauvèrent tant d'autres représentans qui s'étoient signalés par une conduite non moins atroce , et contre lesquels s'élevèrent de tous les points de la France ces nuées d'accusateurs qui purent

(49- ) bien les confondre , mais non les faire con- «lamner. En effet , nous avons vu la Convention , après avoir accordé à l'opinion publique et à la voix de tant de victimes qui demandoient justice , du fond de leurs tombeaux , des décrets d'accusation contre ces monstres, leur délivrer des brevets d'amnistie , et terminer bravement sa glorieuse session en s'atnr nistiant elle - même tout entière et en masse le 4 brumaire an IV, et en «-xceptant de cette belle loi d'amnistie quatre catégories de citoyens : « 1°. ceux qui avoient été condamnés par contumace pour faits de la conspira ion de vendémiaire ;

» 2°. Ceux à l'égard desquels il y avoit des preuves acquises relativement à !a même conspiration , ou contre lesquels // en sera acquis par la suite ;

» 3°. Les prêtres déportés ou sujets à la déportation ;

» 4°- Les émigrés rentrés ou non sur le territoire de la république. »

Nous ne faisons point de réflexions sur cette clôture des missions et de la législation de g3. Nous nous bornerons à citer une réflexion de Legendre (ce boucher de Paris qui trouvoit dans sa profession des figures dont il relevoit

son éloquence souvent e'nergique ). Il vouloit que la Convention fît le procès à tous ses membres, s'ils ctoient tous coupables, sous peine d'être elle-même jugée et condamnée en masse par la postérité : « Si nous sommes tous j) coupables , s'écrioit-il dans la séance du » 26 nivosc an III , il faut faire notre procès » à tous , ou la postérité nous le fera en » masse. Je déclare que je ne veux pas de » grâce.... Le corps politique étoit malade : » nous avons été envoyés ici pour le guérir ; » nous avons créé une faculté de médecine 3) ou un comité de gouvernement pour nous » aider dans cette cure importante. Eh bien l 3> qu'ont ils fait , quels secours ont-ils portés i> au corps politique ? Ils l'ont saigné aux » quatre membres et à la gorge pour le tuer. » {Moniteur des 17 frimaire et 28 nivôse an III , 7 décembre 1794 et 17 janvier 1795.)

C'en est assez sur les erreurs de 98 : passons à la terreur de i8i5 , et terminons par la comparaison que nous avons promise de ce& deux époques.

Terreur de i8i5. — Conclusion decetous'ragc.

Un membre de la Chambre des Députés , nouvellement reçu à la session dernière , avoit une si haute idée de la Convention qu'il ne crut pas pouvoir adresser aux membres de la Chambre de 18 15 dont il étoit devenu le collègue de compliment plus flatteur qu'en appelant celte chambre une Convention nouvelle , ivre de sang et de vengeajice. La Chambre rejeta le compliment, et rappela à l'ordre l'orateur si éminemment libéral ; mais le compliment n'en fut pas moins recueilli dans les journaux, et développé dans la Minerve^ la Renojnmée , le Constitutionnel , l' Indépendant, le Pilote, les Lettres Normandes , et les autres feuilles libérales qui ont exploité et exploitent encore la terreur de 181 5.

Nous avons promis de comparer cette terreur à celle de 98 ; c'est ce que nous allon» faire en commençant par la comparaison des deux assemblées qui en ont été les inslrumens respectifs, assemblées qui, égales aux yeux des libéraux, sont peu différentes aux yeux des ministériels. En effet, le Journal ministériel (celui de Parisien relçyanl comme inconvenant

ete:ragéré\c complimcntdc l'orateur rappelé à l'ordre, en a justifié le scjis comme très-exact et trcs-juste. cr Faut-il le dire (s'est-il écrié à 3) ce propos , Texpression ( de M. Be'ïijamin )) Constant), pour cire exagérée, inconve- » nante , n'est pas un contresens. i8i5 n'a-t-il » pas eu ses émigrés, ses délations, ses lois » d'exception, ses tribunaux extraordinaires? » 3> Ç Journal de Paris du 2.^ juin i8ig. )

En supposant tout cela , en admettant que 181 5 ait eu ses émigrés et ses délations^ et ses lois d'exception^ tout cela pourroit-il faire de la Chambre de 181 5 une Convention? tout cela pourroit-il donner un sens raisonnable à l'expression de l'orateur ainsi justifié? Telle est la question à résoudre, et que le lecteur lui-même a résolue d'avance. Nous avons mis sous ses yeux la législation et les législateurs de 93 : où trouver en 181 5 quelque chose qui ressemble à gS? Si je compare les deux corps délibéraris, je vois d'un côté une assemblée réunissant tous les pouvoirs, législatif, exécutif, administratif et même le pouvoir judiciaire.

De l'autre, je vois une Chambre de Députés formant une seule des trois branches du pouvoir législatif. Or, qu'a de commun la Constitution de celte Chambre avec l'assemblage

( 493 ) de pouvoirs le plus monstrueux que les passions des hommes aient Jamais enfanté?

Si de la Constitution des deux assemblées je passe à leurs actes , je n'en trouve qu'un seul qui appartienne à la Chambre de i8i5, un seul qu'elle puisse et qu'elle doive revendiquer, par l'initiative qu'elle y a exercée, c'est le bannissement desrégicides; oui, cette Chambre a été vraiment ardente à laver la nation da sang de la royale victime ; elle est parvenue à rejeter le parricide sur les monstres qui l'ont consommé ; elle a laissé après elle ce monument vraiment national de son dévouement à la patrie , ce monument vraiment immortel , et qui suffira pour l'honorer à jamais aux yeux des contemporains comme à ceux de la postérité, aux yeux des Français comme à ceux de toutes les nations. Sj c'est par là qu'elle a mérité d'être comparée à la Convention, et si les courageux vengeurs du régicide peuvent être mis en parallèle avec ses infâmes auteurs, nous n'avons plus rien à dire , et nous admirons en silence la sagacité des ministériels , habiles à démêler de pareils traits de ressemblance.

Si des actes je passe aux doctrines, je trouve les mêmes élémens de comparaison; je vois

(49G) d'un côté la Convention livrée au ge'nie de Timpic'té la plus infernale, professant ralliéisme , démolissant les autels, immolant leurs ministres; de l'autre, je vois une assemblée professant toutes les doctrines qui servent d'appui à la morale , abolissant le divorce , demandant une éducation chrétienne pour la jeunesse; je vois enfin, au bout de trente ans et à la suite de tant d'assemblées plus ou moins armées contre l'autel et le trône , apparoître sur la scène politique une assemblée également religieuse dans ses doctrines et royaliste dans ses actes : et voilà le double crime que ne pourront lui pardonner les avocats des régicides, et les implacables ennemis de la religion.

Mais, reprend le Journal de Paris pour justifier sa comparaison : « i8i5 n'a-t-il pas en )) ses émigrés, ses délations, ses lois d'excep- » tion, SCS tribunaux extraordinaires? »

Oii sont-ils donc les émigrés de 181 5? oii sont les exécutions? où sont les confiscations? Pour toute réponse à cette accusation, nous renvoyons l'accusateur au Code des émigrés de 93 : qu'il nous montre seulement ce mot dans les lois de 181 5 (excepté celles des cent-jours)! De quels tribunaux extraordinaires veut-il parler? esSce ainsi qu'il nomma

(4y7 ) des Cours prevàlales ? comme si de pareils tribiinaujc n'étoient pas ordinaires dans tous Jes temps et dans tous les pays, après des crises telles que celle du 20 mars! comme s'ils n'étoient pas autorisés par la Charte î Qu'importe le nom des tribunaux, pourvu qu'ils soient composés de juges éclairés et intègres * Or, si ceux des cours prevôtales ont réuni ce double caractère, quel reproche peut-on faire à la Chambre qui en a adopté la création;^ S'ilsn'ontpas réuni ce double caractère , est-ce la Chambre de 18 [5 qui en est responsable? Est-ce cette Cliambre qui les a choisis, à l'instar de la Convention , qui choisissoit les juges et \t^ jurés au tribunal criminel extraordinaire , tribunal fondé sur les principes de la justice la plus libérale^ puisqu'il fut largement pourvu àe jurés y pour lesquels ^ dit un orateur du temps, nous avons fait la révolution.

Restent les lois d'exception: mais c'est en vain que je cherche ces lois dans le Bulletin de 181 5 (excepté toutefois celui des centjours). La Chambre de 181 5 na créé d'autre eocception que celle dont nous avons déjà parlé, que celle des régicides relaps qu'elle a fait excepter de l'amnistie générale. Comparez donc encore cette amnistie à celle du

(498) 4 brumaire an IV, où la Convcutîon, pout is'amjiister eWe-mêmc , pour sauver trois cents régicides qui avoient couvert la France d'échafauds , condamna à l'exil sons peine de mort cent mille émigrés et autant de prêtres. Voilà qui peut s'appeler une belle loi d'amnistie , et l'exception en vaut la peine. L'amnistie est pour trois cents monstres, et la mort pour deux cent mille Français. Encore une fois , comparez cette amnistie, qui est des plus beaux jours de la Convention, de la Convention libre et affranchie de toutes les tyrannies, comparez-la à celle du mois de janvier 1816, et répétez ensuite que la comparaison de l'orateur libéral n'est pas un contre-sens ^ et n'offre qu'une exagération inconvenante.

Si je cherche hors de la législation les monumens de la terreur de 181 5 , je trouve d'horribles assassinats , fruits des mouvemens populaires excités dans les cent-jours^ assassinats qui ne peuvent c tre imputés qu'aux acteurs des centiours ^ lesquels ont soulevé toutes les fureurs révolutionnaires. Ces acteurs se plaignent de la réaction (pour employer leur argot), et ils ne remontent pas jusqu'à V action pour laquelle ils ont de bons motifs d'indulgence ! C'est ainsi qu'après le 9 thermidor l'on vit les a$i

teurs de 90 se plaindre avec fureur de la réac^ lion de 94, dénoncer sous le nom de iiouveaii terrorisme^ l'indignation de la France échappée à leurs sanglantes fureurs, et demander qu'on frappât ce nouveau terrorisme^ comme Vancien (i). (Paroles de Chenier; voyez e Moniteur du 6 thermidor an III.)

C'est ainsi qu'on les vit, alors comme aujourd'hui, rejeter sur les victimes les crimes des bourreaux, et qu'on entendit l'un d'entre eux, celui qui avoit mangé avec Anxe guillotineur à Rochefort, accuser « les royalistes » d'avoir versé le sang et fait venir à Paris des » scélérats qui avoient dressé des échafauds » dans tous les départemens » (1). Paroles de Laignelot dans la séance du 1 1 nivôse an III, 3 1 décembre l'j^l^.ÇMoniteur au 2 janvier 1790.)

Acteurs du 20 mars, acteurs des cent-jours, voilà les modèles que vous nous retracez. Vous accusez d'assassinats la Chambre de 181 5! et ces assassinats ont été commis avant que celte Chambre fut réunie , avant même que les collèges qui l'ont nommée fussent convoqués. Où

(i) I" thermidor an III, ChÉNIer déclare « qu'au >» moment où un nouveau terrorisme s'élève, la Convention M nationale doit le frapper, comme elle a fait l'ancien, »

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donc vous emportent votre fureur et votre haine , si elles vous font tomber dans de telles erreurs de calcul ? Vous accusez cette Chambre de n'avoir pas puni les auteurs de ces assassinats? Mais cette Chambre réunissoit-elle tous les pouvoirs comme la Convention? Cette Chambre nommoit-elle les juges et les jurés comme la Convention? Cette Chambre envoyoit-elle ses membres en mission comme la Convention? Cette Chambre a*t-clle donné des pouvoirs illimités à plus de la moitié de ses membres, comme la Convention, qui envoya sur la surface de la république trois cents régicides, où, pendant deux ans, ils firent couler des torrens de sang? Non , non , la Chambre de 18 1*5 n'a ni décrété Tassassinat, ni approuvé l'assassinat, ni amnistiél'assassinat.La Chambre de 18 r 5 n'a proscrit personne, excepté les régicides relaps qu'elle s'est bornée à exiler , et que vous réclamez avec une violence qui fait de vous autant de complices de leurs forfaits exécrables. Cet appui que vous ne craignez pas de leur prêter vous dévoile aux yeux de la France entière. Les pétitions des bannis nous révèlent Talliance intime des bourreaux de 98 avec les libéraux de 1819. Vous aurez beau noufe les vanter comme des vieillards respectables^ chéris

( -^oï ) pour leurs vcrtiu et leur hienfaisnnce, la France indignée oppose à ce langage philanthropique les echafauds où ces {neillaràs vertueujc ont égorgé rinnocencc. Cent mille victimes ellesmêmes se réveillent du fond de leurs tombeaux, à la voix de ces patrons du crime, moins indignées contre des bourreaux auxquels elles ont pardonné en mourant, que contre leurs défenseurs et leurs apologistes.

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