CHAPITRE XI
Fausses apparences de catholicité que les missions anglicanes donnent à l'anglicanisme. — De la grande marque à laquelle on reconnaît la véritable Eglise. — I^ succès des missions anglicanes est un mystère que nous devons considérer avec une crainte mêlée de confiance.
Nous ne savons ce qu'il adviendra de toutes ces œuvres ; mais dussent-elles ne durer qu'un temps, outre qu'elles peuvent être remplacées par d'autres, il suffit qu'elles aient été entreprises, et qu'elles aient produit certains résultats pour qu'il ne soit plus vrai de dire aujourd'hui en empruntant les paroles de Fénelon dans son sermon sur l'Epiphanie :« Cette étendue de l'Eglise, cette fécondité de notre mère dans toutes les parties du monde, ce zèle apostolique qui reluit dans nos seuls pasteurs, et que ceux des sectes nouvelles
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va du nord au sud, du levant au couchant, ce fait suffirait, à défaut d'autres, à montrer que TEglise d'Angleterre est la grande Eglise missionnaire... Il y a deux ans, notre réunion avec l'Eglise de Rome paraissait sur le point de s'accomplir. Nos espérances de ce côté ont été ajournées. Pourquoi ? Nous ne pouvons pénétrer les secrets de la Providence, mais il nous est permis de croire que si cette porte s'est fermée devant nous, c'est pour que nous mettions plus d'énergie à passer par une autre qui nous reste ouverte : celle des missions. L'opposition à la réunion de la chrétienté a été quelque chose comme celte opposition qu'éprouva saint Paul quand il dit que « l'Esprit ne lui permettait pas d'aller de tel côté parce qu'une porte s'ouvrait devant lui... L'Eglise catholique est pjus large que l'Eglise d^Angleterre, plus large que l'Eglise de Rome. L'Eglise catholique ne comprend pas seulement l'Angleterre, elle ne comprend pas seulement Rome, mais les grandes Eglises de l'Orient. »
C'est ainsi que leurs missions servent à
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entretenir les anglicans dans leurs illusions et à les tranquilliser dans le schisme. D'une part elles leur donnent une apparence de catholicité, et de l'autre, elles les portent à croire que Dieu est avec eux, et à voir dans les progrès qu'ils font et les œuvres qu'ils accomplissent une preuve de sa particulière intervention en leur faveur et comme l'empreinte de son sceau. En réalité cependant les succès de leurs œuvres sont tout simplement en proportion avec l'énergie qu'ils déploient et les moyens puissants qu'ils ont à leur disposition.
Le mahométisme aussi se propagea rapidement, et même plus rapidement que l'anglicanisme. « Le mahométisme> dit Newman, a fait un peu plus que la communion anglicane ne fait en ce moment.
On la rencontre dans un grand nombre de parties du monde ; son primat possède une juridiction plus étendue que celle de l'ancien patriarche Nestorien ; elle a des établissements à Malte, à Jérusalem, dans rinde, en Chine, en Australie, dans l'Afrique du Sud et au Canada... Mais c'est son établissement par l'Etat qui lui confère
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son unité et son individualité. Dépouillezla des avantages qui lui viennent de TEtat, et TOUS Taurez soumise à une opération mortelle : elle aura cessé d*exister... Sa propagation a été, en grande partie, passive et non active. Elle a été transportée dans d'autres pays par la politique de l'Etat.
Elle se meut parce que TEtat se meut.
Glaive ou décoration elle est un appendice du pouvoir souverain. Ce n'est même pas la religion d'une race, mais simplement d'une ponion d'une race, la portion gouvernante.
Les Anglo-Saxons ont fait ce qu'avaient fait avant eux les Sarrasins, avec cette différence qu'ils Tont fait à regret, pour leur utilité, tandis que les Sarrazins obéissaient à rimpulsion d'un ardent fanatisme (i). »
Que les anglicans mettent dans leur prosélytisme une vive ardeur, et même qu'un certain nombre y joignent une grande élé« ration de vues, de la pureté d'intention, on peut en convenir, et y voir une preuve de leur bonne foi. Nul ne saurait prétendre que ces dispositions soient une des marques auxquelles on reconnaît la véritable Eglise.
(i) Discourses tomixed Congrégations, p. 250.
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Ces marques-là ne changent pas selon les époques et les circonstances. La grande marque surtout qui domine toutes les autres doit demeurer et demeure toujours la même. Aujourd'hui, comme au temps de saint Cyprien, « il n'y a qu'un seul épiscopat dont tous les évêques possèdent solidairement une partie ; il n'y a de même qu'une seule Eglise, quoique par les accroissements de sa glorieuse fécondité elle s'étende à une multitude de membres.
Regardez, le soleil envoie beaucoup de rayons, mais il n'y a qu'une seule lumière ; l'arbre se divise en plusieurs rameaux, mais il n'y a qu'un tronc... Séparez le rayon solaire de son foyer, l'unité de la lumière n'admet pas de partage ; détachez le rameau de l'arbre, le fruit ne pourra plus germer... Non, il n'arrivera jamais aux récompenses du Christ, celui qui abandonne l'Eglise du Christ : c'est un étranger, un profane, un ennemi. On cesse d'avoir Dieu pour père, quand on n'a plus l'Eglise pour mère fi). »
(i) De unitate Eccîesia. V, vi.
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Aujourd'hui comme au temps de saint Cyprien, « il existe un moyen très court et très simple pour arriver à connaître quelle est cette Eglise et si on lui appartient.
Probatio est ad Jidem facilis compendio veritatis. > Ce n'est pas de regarder quelle est^ parmi les sociétés qui se disent l'Eglise» celle qui a le plus de missions, qui y emploie le plus grand nombre d'ouvriers, et y dépense les plus grandes sommes d'argent, ni même celle qui déploie le plus de prosélytisme. Cette preuve pourrait n'être ni simple, ni facile. Il en est une qui est éclatante comme le soleil. « Le Seigneur s'adresse à Pierre en ces termes : Je te dis que tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne la vaincront pas. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, et ce que tu délieras sur la terre sera délié au ciel. Pais mes brebis, dit-il encore au même apôtre après sa résurrection. C'est sur un seul qu'il bâtit l'Eglise. Et quoique après sa résurrection il confère à tous les apôtres une puissance égale et leur dise : Comme mon Père m*a
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envoyé j moi je vous envoie^ etc., cependant pour mettre Tunité en pleine lumière, c'est en un seul qu'il établit par son autorité l'origine et le point de départ de cette même unité (i). »
Ces paroles de saint Cyprien, sont citées par Léon XIII, dans l'encyclique Satis cognitum sur l'unité de l'Eglise, au milieu d'un grand nombre de témoignages des Pères de tous les siècles. Tous s'accordent à reconnaître que Notre-Seîgneur a établi saint Pierre le chef de son Eglise et que se séparer de saint Pierre, c'est se séparer de TEglise. Dès que cette encyclique eut été publiée, le D^ Creighton, alors évêque de Peterborough, aujourd'hui évêque de Londres, entreprit de détourner ces nombreux témoignages de leur vrai sens. Arrivé au passage de saint Gyprien que nous ve-
(i) Probatio est ad fidem facilis compendio verîtatis. Loquîtur Dominus ad Petrum : Ego dico tihiy inquit, quia tu es Petrus, etc. Super unum aedificat Ecclesiam. Et quamvis apostolis omnibus post resurrectionem suam parem potestatem tribuat, etdicat : Sicut misit me Pater .. tamen ut unitatem manifestaret, unitatis ejusdem originem ab uno incipientem sua auctorîtate dîsposuit. — De unitate Eccîesia n9 4.
nons de citer après Léon XIII, il dit : « C'est un coup d'audace de citer cela en faveur de la Papauté. Saint Cyprien dit que le choix de saint Pierre fut fait tout d'abord pour imprimer d'une manière typique l'idée de l'importance de l'unité, mais que la même autorité fut donnée à tous les apôtres. Et il ajoute: Les autres apôtres, etc. (i). »
En effet, dans l'écrit de saint Cyprien De unitate Ecclesice, immédiatement après les paroles citées par l'encyclique Satis cognitum, on lit celles-ci :
« Sans doute les autres apôtres étaient aussi ce que fut Pierre, admis au même partage de l'honneur et du pouvoir ; mais l'unité est le point de départ, afin qu'on voie bien que TEglise du Christ est une (2). >
(i) It is a bold strike to quote this in support of Pa« pacy. Saint Cyprian says that the singlingout of saint Peter first was done to impress typtcally the importance of unity : but that the same authority was given to ail the apostles. He continues : the rest of the apostles, etc. — The Encyclical Satis cognitum, p. 16.
(2) Hoc erant utique et cceteri Apostoli quod fuît Petrus, pari consortio praediti et honoris et potestatis, sed eiordium ab unitate profidscitur ut Ecdesift Qiristi una monstretur.
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Dans les écrits du saint évêque de Carthage on trouve d'autres paroles encore qui ont besoin d'explication et qui, prises isolément^ pourraient former des nuages de nature à obscurcir sa pensée. Mais que cette pensée soit bien que l'Eglise est fondée sur la Chaire de Pierre, et qu'il est impossible d'appartenir à l'Eglise sans être en communion avec cette Chaire de Pierre, l'ensemble de ses écrits d'une part et sa manière d'agir de l'autre ne laissent aucun doute sur ce point.
Il dit, pour ne citer que quelques exemples entre beaucoup d'autres : < Etre en communion avec Cornélius, c'est être en communion avec l'Eglise catholique (i). >
S'il écrivait aujourd'hui, il dirait qu'être en communion avec Léon XIII, c'est être en communion avec l'Eglise catholique. Il dirait de Léon XIII ce qu'il disait de Cornélius, à savoir qu'il ocupe le siège de Pierre. « Cornélius, dit- il, dans sa lettre à Antonien, fut élu au moment où le siège
(i) Communicare cum Cornelio, hoc est cum catholtca Ecclesia communicare. --« Epist. LV. n^ i.
de Fabianus, c'est-à-dire le siège de Pierre, était vacant (i). »
Mais surtout il dit et redit, il ne se lasse pas de répéter que Notre-Seigneur a fondé son Eglise sur la Chaire de Pierre (2)^ qu'il n'y a « qu'une Eglise et qu'une Chaire fondée sur la pierre, supra petram (3).
La manière d'agir de saint Cyprien concorde avec ses paroles. Il suffira de citer un fait. Marcien, évêque d'Arles, ayant embrassé l'hérésie deNovatien, saint Cyprien écrit au pape Etienne pour l'engager à le
(i) Cum Fabiani locus, id est cum locus Pétri et gradus cathedrae sacerdotalis vacaret. — Efnst. UI.
(2) Petro primum Domînus, super quem aedificavit Ecclesiam et unde unitatîs origioem instituit et ostendit. — EpisL LXXIII à Jubaîen.
Petro quem primum Dominus elegit ; et super quem sedificavit Ecclesiam suam. — Episi, LXXà Quinius,
Una Ecclesia a Christo Domino super Petrum origine unitatîs et ratione fundata. — Efist. LXX à Janvier,
Petrus tamen, super quem ab eodem Domino aedificata fuerat Ecclesia, unus pro omnibus loquens et Ecclestae voce respondens ait. — £^15/. LV à Corneille.
Loquitur illic Petrus, super quem aedifîcanda fuerat ecclesia, Ecclesiae nomine docens et ostendens. — Epist* LXIX à PapUn.
(3) Una Ecclesia, et cathedra una super petram voce Domini fundau. — Epist» XL au peuple de Carthage.
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déposer. Pourquoi s'adresse-t-il pour cela à l'évêque de Rome, sinon parce qu'il le reconnaît comme le chef de l'Eglise?
€ Un évêque des Gaules, observe à ce sujet Mgr Freppel, un évêque des Gaules adhère au schisme de Novatien; ses collègues de la province ne se croient pas en droit de le déposer eux-mêmes ou reculent devant une mesure qui leur paraît le point extrême de la juridiction ecclésiastique. A qui vont-ils s'adresser?... A l'évêque de Rome. Ils reconnaissent donc à ce dernier un pouvoir souverain sur des Eglises situées hors de l'Italie. On me dira qu'ils écrivent également à saint Cyprien : soit, mais voyez la différence. Quand l'évêque de Carthage reçoit la communication que lui fait Faustin, de Lyon, quel parti vat-il prendre? Lui, le grand docteur de l'époque, ira-t-il s'arroger un droit quelconque sur l'Eglise d'Arles ? Non, il ne se reconnaît aucune juridiction en dehors de l'Afrique ; il n'y a qu'un évêque au monde qui ait le pouvoir de déposer celui d'Arles, et c'est à cet évêque unique que Cyprien a recours. Comme ses collègues de la Gaule,
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il voit dans le pontife romain le gardien et le défenseur des canons pour l'Eglise universelle, l'évêque dont la juridiction, loin d'expirer aux confins d'une province ou d*un pays, s'étend à l'univers entier. « Usez, lui écrit-il, de la plénitude de votre autorité ; adressez aux évêques de la Gaule et au peuple d'Arles des lettres, plenissimas litteraSy en vertu desquelles Marcien soit déposé et un autre élu à sa place ». Je demande à tout homme de bonne foi comment saint Cyprîen aurait dû s'y prendre pour affirmer plus hautement la primauté du pape ; car la déposition d'un évêque est l'acte juridictionnel le plus grave que l'on puisse signaler (i). >
Cette primauté qu'il affirmait si haute-ment par ses actes, on peut également demander comment il aurait pu s'y prendre pour l'affirmer plus clairement par ses écrits. Sa pensée en effet se dégage avec une clarté parfaite pour tout esprit qui, au lieu de chercher des objections, ne cherche que la vérité.
(i) Saint Cyprîen et l'Eglise d'Afrique au iu« siècle. Seixième leçon. 2« édit., p. 343.
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< Dans la pensée de saint Cyprien, dit encore Mgr Freppel, Jésus-Christ a bâti son Eglise sur Pierre pour en manifester l'unité, ut unitatem manifestaret ; l'unité de l'Eglise est rendue visible par ce fom ment unique qui supporte tout l'édifice, Christi Ecclesia una monstretur /■ l'origi de cette unité est dans le pouvoir coalii un seul de paître le troupeau tout enti unitatis originem ab uno inciptentem coi tituit. On ne saurait dire plus clairenu que saint Pierre est pour l'Eglise le pri cipe et le centre visible de l'unité. Dès lo quiconque se détache de ce centre d'uni se place par là même en dehors de l'Egli du Christ; comme aussi demeurer en coi munion avec la Chaire de Pierre, sur q l'Eglise est bâtie, c'est rester dans la vn société des fidèles. Encore une fois, ce q fait que l'Eglise est une, dit l'évêque Canhage, c'est qu'elle est bâtie sur un sei super illum unum, c'est qu'à un seul a ( confiée la charge de la gouverner. Voilà fondement et la source de son unité. Il fa fermer les yeux à l'évidence pour ne p reconnaître que la suprématie du Saii
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Siège est hautement affirmée dans ce passage. Car il serait ridicule de prétendre que Cyprien ait voulu restreindre la prérogative de saint Pierre à la personne de cet apôtre. L'évêque de Rome n'est-il pas pour lui le successeur de saint Pierre? N'appelle-t-il pas l'Eglise Romaine « la racine et la matrice de l'Eglise catholique (i)? »
Ne reproche-t-til pas aux schismatiques, partis pour Rome, d'avoir osé s'adresser « à la chaire de Pierre, à TEglise principale d'où est sortie l'unité sacerdotale (2)? » « Donc, suivant le théologien du
(i) Ut Ecclesîde catholicae radicem et matricem agnoscerent ac tenerent. — Epist. XLIX ad Cornelium,
Ce texte étant cité dans TEncycIique Satis cc^itum, le Dr Creighton, qui a entrepris la réfutation de cette encyclique, a dû lui opposer une réponse. Cette réponse c'est que c ces paroles, dans le contexte, n*ont aucun rapport avec l'Eglise de Rome. The words * it is etc. » baue^ in their contexte no référence at ail to tl)e Roman Cburch ». On pourrait tout aussi bien dire que saint Cyprien ne parle jamais de l'Eglise de Rome, ou même que saint Cyprien n*a jamais existé : ce ne serait pas aller davantage contre Tévidence.
(2) Pétri cathedram atque Ecclesiam prindpalem, unde unitas sacerdotalis exorta est. — Epist, XIX ad Cornelium
Le Dr Creighton s'est encore trouvé en présence de ce
m* siècle, l'unité sacerdotale ou hiérarchique est sortie de l'Eglise Romaine, comme il déclare ailleurs qu'elle est sortie de saint Pierre. Je demande s'il est possible de mieux identifier la primauté de saint Pierre avec celle de l'Eglise Romaine. Et d'ailleurs, si saint Cyprien avait pensé que la prérogative du chef des apôtres dût s'éteindre avec lui, son raisonnement n'aurait aucun sens. Si, comme il l'affirme, c'est dans saint Pierre que l'Eglise trouve et manifeste son unité, ne faut-il pas que cette unité subsiste de même et continue à se manifester jusqu'à la fin des temps? Si le commencement part de l'unité, exordium ab unitate projîciscitur, ne faut-il
texte qui est également cité dans Tencyclique salis cc^nitum. D'après lui, a saint Cyprien y parle de Rome comme de la source de TEglise d'Afrique », voilà tout. « Aucun de ces deux textes ne se rapportent à la Papauté. There is no référence in either to the Papacy ».
Léon XIII, jugeant au contraire que ces deux textes se rapportent à la Papauté, les a rapprochés tout en ayan^ bien soin d'indiquer qu'ils sont empruntés à deux lettres différentes. Le D' Creighton juge, lui, que ce rapprochement n'est pas loyal et il y trouve le sujet d'une charmante paronomase. An ingénions but disingenuous conibi' nation of two totalîy dijferent passages .
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pas également que la suite se maintienne par Tunité? Ou bien serait-ce que l'Eglise eût moins besoin de paraître et d'être une au III* siècle qu'au premier? Remarquez bien que la thèse de saint Cyprien contre les schismatiques de son temps consistait précisément à leur prouver que l'Eglise ne doit ni ne peut jamais cesser d'être une»
Si donc il avait limité à la personne de saint Pierre ce qu'il regardait comme la marque essentielle et le principe générateur de l'unité de T Eglise, il se serait réfuté lui-même. Voilà pourquoi il veut que tous ses collègues de l'Afrique soient en communion avec Tévêque de Rome» successeur de saint Pierre, « pour rester dans l'unité et la charité de l'Eglise catholique. Tout cela est d'une évidence irrésistible, lorsqu'on veut conserver aux mots leur signification naturelle et aux idées leur liaison nécessaire. »
« Il n'y a qu'une expression qui pourrait jeter quelque nuage sur une matière si claire par elle-même ; mais vous allez voir qu'il suffit de ne pas l'isoler du passage entier, pour écarter toute équivoque. Après
avoir dit que Jésus-Christ a bâti son Eglise sur un seul^ auquel il a confié la charge de paître ses brebis, Cyprien ajoute qu'après sa résurrection le Sauveur conféra aux apôtres une égale puissance parem potestatem, en leur accordant le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés. Nul doute que tous les apôtres, en tant qu'apôtres, ne fussent égaux entre eux, de même qu'il n'y a aucune différence entre les évêques quant au caractère épiscopal. La mission apostolique était identique chez les douze, et les pouvoirs nécessaires pour les remplir ne différaient pas de l'un à l'autre.
C'est dans ce sens que l'on pourrait dire également : l'absolution donnée par un évêque au tribunal de la pénitence n'est pas plus valable que celle d'un prêtre ; le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ n'est pas plus grand dans le Pape, chef suprême de l'Eglise, que dans le prêtre le plus obscur de la chrétienté.
De pareilles propositions n'ont rien qui puissent nous inquiéter et se justifient sans la moindre peine. Oui, les autres apôtres étaient ce que fut Pierre, hoc erant utique
et cœteri apostoli quod fuit Petrus : ils étaient apôtres comme lui et tout aussi bien que lui ; mais cette participation des douze au ministère apostolique^ dont parle saint Cyprien, ne détruit nullement ce qu'il a dit auparavant, ce qu'il ne retire pas, ce qu'il répète au contraire avec une nouvelle force.
En effet, ce n'est pas ni de Jacques, ni de Jean, ni de Paul, que Tévêque de Carthage fait dériver Tunité de l'Eglise, unitatis originem ab uno incipientem, mais de Pierre qui est tout pour lui^ la source et le centre visible de l'unité. .Voilà le fondement de la suprématie dévolue à cet apôire privilégié ; car celui par lequel TEglise est une, en est nécessairement le chef; sinon comment manifesterait-il cette unité plus que les autres ? En appuyant sur la parité des pouvoirs apostoliques, communs aux douze^ Cyprien n'en fait que mieux ressortir Téminente prérogative inhérente à un seul (i) ».
Ce que dit saipt Cyprien, tous les saints Pères le disent. L'enseignement de la tradition est clair, certain, constant : être se-
(i) Op. cit., p. 262 etsuiv.
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parés de Pierre.c'est être séparés de l'E Or les anglicans, à quelque parti appartiennent, sont séparés de Piet ne leur sert de rien de dire que la ru s'est faite plusieurs siècles avant eux leur est point imputable, et que leur de voir leur Eglise se rattacher à l'I de Rome est sincère. La rupture qui est imputable c'est celle dans laque persévèrent. Ce qu'il est en leur poi et conséquemment ce qu'il est de lei voir de rattacher à Pierre, ce n'est pai Eglise, c'est leur âme.
Si un grand nombre d'esprits droi pénétrants ne voient pas cela, c'est lieu de tourner leurs regards du côté < rayons se réunissent au centre, ils h rigent du côté où ils se dispersent. Ili sidèrent le rameau sans s'Inquiéter d voir s'il tient au tronc. Grâce aux miss ces rayons leur paraissaient porter la lumière sur tous les points du glob rameau semble se charger de fruits, sion ! La vérité proclamée par saint Cy demeure. « Séparez le rayon solaire d foyer, l'unité de lumière n'admet poil
partage ; détachez le rameau de l'arbre, le fruit ne pourra plus germer. >
Que ces rayons des missions anglicanes répandent une certaine lumière, que ce rameau porte certains fruits, cela n'est point contestable. Comment pourrait-il en être an|rementî Les vérités que retient Tanglicanisme, ou même simplement celles que retiennent les sectes innombrables qui se sont séparées de l'Eglise anglicane, comme elle-même s'est séparée de T Eglise catholique, ces vérités suffisent pour jeter un grand jour sur l'origine et la destinée de rhomme, le prix des âmes, l'horreur du vice et la beauté de la vertu. Comment croire qu'un Dieu s'est fait homme pour nous, qu'il est mort sur la croix pour nous racheter, sans se sentir enflammé d'amour pour lui? Aussi parmi ces sectes que l'Eglise anglicane condamne parce qu'elles sont hors du bercail du Christ, plusieurs ont, elles aussi, des missions aussi florissantes que les siennes, où elles déploient le même zèle et obtiennent les mêmes succès. Dans les missions, soit de l'Eglise anglicane, soit des sectes^ des Dissidents, comme les
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anglicans les appellent, il y a une certaine lumière, et de certains fruits, ou pour parler sans métaphores, il y a certaines vérités et certaines vertus. Il y manque quelquesunes de ces vérités que, d'après la disposition formelle du Christ, il est nécessaire de croire, du moins implicitement, pour être sauvé. Qui crediderit, salvus erit ; qui vero non crediderit, condemnabitur . Il y manque cette grande vertu qui attache les âmes à « l'inviolable intégrité n de la foi catholique et qui est commandée sous peine d'une éternelle damnation. Quicumque vult salvus esse ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem. Quant nisi quisque integi^am inviolatamque servaverit, absque du^ bio in ceternum peribit ,
Pourquoi Dieu permet-il cette propagation de son Evangile mutilé, et d'une révélation obscurcie et incomplète? Pourquoi surtout la permet-il dans de si larges proportions? On pourrait demander tout aussi bien, pourquoi il laisse un si grand nombre d'individus et de nations entières dans les ténèbres de l'infidélité. O altitude divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei : quant in-
comprehensibilia sunt judicia ejusy et inves^ tigabiles vice ejus! (1)
Au-dessus de cet abîme brille un rayon :
celui qu'y a placé l'Esprit-Saint par l'organe du roi prophète : « Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité.
Universœ vice Domini misericordia et Veritas (2) D. Regardées du côté du schisme et de l'hérésie qu'elles propagent, les missions anglicanes sont au catholicisme ce que la nuit est au jour. Considérées au point de vue des vérités qu'elles enseignent» elles peuvent être une aurore. Qui sait si^ dans les desseins de Dieu, elles ne sont pas une préparation à la pleine lumière?
Si Dieu a laissé ainsi s'étendre une race envahissante encore séparée de son Eglise, s'il a permis qu'elle se sentît tout d'un coup prise de l'ambition d'aller porter aux quatre coins du monde son Evangile avant d'en avoir retrouvé la pleine intelligence, n'est-ce pas parce qu'il a sur elle et sur les peuples soumis à sa domination des vues de miséricorde? N'est-ce pas parce qu'il
(i) Rom.y XI, 33.
(2) Pi., XXIV, II.
rem ramener à son Eglise ce peuple aventureux et conquérant, et faire < UD grand missionnaire ? Ce peuple n la grandeur jusque dans ses écart gieux. S'il dépense tant de millions s'impose tant de travaux pour pro l'erreur, c'est l'effet d'un zèle mal i pour ce qu'il regarde comme la vérité, pouvons et nous devons condamni erreurs et gémir de son aveuglement « nous devrions trembler, dirons-noi appliquant aux missionnaires anglics qu'un Père Jésuite écrivait ilyapeudel de Pusey et de ses disciples à propo Lettres spirituelles du docteur Pusey, devrions trembler de mépriser des hoi qui peuvent être, personnellement, e vant leurs lumières, des serviteurs pli lés du Christ que nous ne sommes mêmes (i) ». Ces hommes, au raoii certain nombre, agissent selon lei mières qu'ils ont. Que ne feraïe
(i) We should tremble to scorn men, who n personnally and according to their lighis, more serrants of Christ than ourselves. — TheMonth. Fi 1899, p. i6j.
pas s'ils avaient celles que Dieu nous donne à nous-mêmes? Au lieu de nous renfermer dans le rôle facile du blâme, que ne devrions-nous pas faire pour opposer un véritable apostolat au faux apostolat qu'ils exercent ? Si nous nous regardions bien nous-mêmes, nous trouverions des raisons pour constater avec moins de sévérité et de dédain ce qui manque trop souvent à ce prétendu apostolat du côté du zèle. Les missionnaires anglicans ne portent pas le zèle jusqu'au martyre, ni même jusqu'à ces privations si dures et jusqu'à ce re* noncement héroïque et prolongé pendant une vie tout entière dont nous trouvons tant d'exemples chez. nos missionnaires : mais nous jusqu'où le portons-nous? Sommesnous, du moins profondément convaincus, comme ils le sont eux-mêmes, et comme ils s'efforcent d'en convaincre les autres, qu'un vrai chrétien ne saurait se désintéresser de la grande œuvre des missions étrangères^ et se dispenser de contribuer dans la mesure de son pouvoir, sinon par ses donsy au moins par ses prières à Vex tension du règne de Jésus-Christ î