‹ Les missions anglicanes: Ouvrage précédé d'une lettre-preface de Mgr Le RoyChapitre 18 sur 24 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Influence que les développements de l'Empire Britannique exercent sur les développements des missions anglicanes.

Plus encore que les exhortations de ses chefs, les développements continuels que prend l'Empire Britannique, dans ces derniers temps, poussent l'Eglise anglicane à développer ses missions dans les mêmes proportions, c'est-à-dire dans des proportions vraiment colossales.

La perspective d'un Empire qui s'agrandit tous les jours et qui n*aura bientôt plus de bornes fait tourner toutes les têtes anglaises, même les plus fortes. Cette perspective verse dans toutes les âmes, dans les âmes des ecclésiastiques comme dans toutes les autres, une ivresse d'orgueil qui fait qu'ils ne doutent plus de

rien. Ils se mettent au-dessus du reste de l'humanité, et regardent le monde comme leur appartenant au point de vue religieux, comme à tous les autres. Nous n'exagérons rien. Dans un grand discours prononcé au congrès de l'Eglise anglicane tenu à Londres au milieu d'octobre 1899, le calme et savant D'' Creighton, évêque de Londres, disait comme la chose la plus simple du monde :

« Nous avons des facilités et des qualités qui nous permettent d'aller en avant là où d'autres peuples sont obligés d'hésiter.

Nous pouvons nous appuyer sur la confiance que nous avons les uns dans les autn sur notre bonne entente. Nous avon caractère d'esprit pratique qui ne s'< pas dans les chimères. Nous avons un de la justice et du droit qui nous pe de réaliser nos plans. Il est en notre poi de corriger, de discuter, de découvrit tenter d'utiles essais, là où d'autres pei craignent de s'aventurer. C'est là grande facilité qui nous est donnée. < aussi pour nous une grande responsab Usons-nous de cette facilité } »

Les missions anglicanes furent d*abord simplement Tœuvre des particuliers ; elles sont devenues ou sont sur le point de devenir l'œuvre de TEglise d'Angleterre ; on voudrait qu'elles fissent un pas de plus et qu'elles devinssent l'œuvre du gouvernement anglais, ou du moins de la nat ion anglaise, une œuvre nationale. Pour faire entrer le gouvernement dans ces vues, des clergymen zélés exposent du haut de la chaire celte idée que la religion est le grand moyen de consolider les conquêtes britanniques. Le dimanche de la Septuagésime de Tannée 1899, le révérend Ellison, curé de Windsor, prêchant à Westminster Abbey, à Londres, en même temps que cette idée en exposait plusieurs autres qui lui sont connexes et que nous recommandons tout particulièrement à l'attention de nos lecteurs. Car ce n'est pas seulement le curé de Windsor qu'on entend dans ces paroles, c'est une notable partie du clergé anglican.

tt L'expérience des trois dernières années a montré qu'un grand nombre de membres du jeune clergé commencent à considérer

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TEmpire comme étant, plus que notre île, le champ normal de l'exercice de leur ministère. Une association de jeunes ecclésiastiques qui se rattache à la S. P. G. et qui compte S.ooo membres en a fourni go pour les missions. La plupart travaillent non parmi les infidèles, mais parmi ceux de nos compatriotes qui vivent au delà des mers... Nos jeunes ecclésiastiques ont vu leurs frères engagés dans d'autres professions s'en aller au loin pour se mettre au service de TEmpire de la manière la plus naturelle du monde. Ils ont entendu parler d'officiers de l'armée qui, après avoir fait une partie de leur service à l'étranger, revenaient rejoindre leur régiment en Angleterre. Ils demandent qu'il leur soit permis de prendre leur part dans ce grand concours de la formation de l'Empire britannique. Ils croient que ce qu'ils ont à mettre au service de l'Empire est pour le moins d'aussi grande importance que ce qui lui vient de la marine, de l'armée, et des diverses professions civiles. S'il est vrai, comme ils l'entendent dire à des hommes d'Etat, en qui ils ont con-

fiance, qu'un empire se fonde non sur la force des armes, ni sur le commerce, mais sur la valeur morale, ils tiennent pour une incontestable vérité que rien ne saurait suppléer à cet élément qui, pendant de longs siècles, a constitué la valeur morale des Anglais : la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ... »

< Je suppose que nous sommes tous d'accord pour reconnaître que nos missions auprès des infidèles n'acquerront toute la force et toute l'efficacité qu'elles peuvent avoir que lorsqu'elles seront soutenues dans une mesure plus large qu'elles ne le sont à l'heure présente, par l'opinion publique. >

« Quand l'Angleterre veut qu'une chose se fasse, elle a une manière de le déclarer qui est très claire. Elle veut posséder une flotte qui se dissémine dans le monde entier : elle réalise cette volonté en donnant pour cette flotte vingt-trois millions par an. »

(( Il est un idéal que nous tenons à avoir devant nos yeux : c'est la vision d'un grand empire chrétien que Dieu a rendu respon-

sable, plus qu'aucune autre nation, de l'i □ir religieux des peuples infidèles. E tous ces grands changements qui s'opèi autour de nous, il nous semble enter la voix de Celui qui rend toutes chi nouvelles nous invitant à adapter nos thodes et nos buts à un nouvel état choses. Nous sentons que la grande Ci des missions repose tout entière sur conditions de notre Empire. Nous croj que lorsque le peuple anglais comprei ce que signifie l'Empire britannique qu'il commencera à poser cette questi < Pourquoi Dieu nous a-t-il choisis pa toutes les autres nations pour nous t fier une position unique au monde?» r croyons qu'alorsil se produira un tel Hcci sèment de zèle et d'intérêt pour les t sions que cette grande cause trouvera appui plus puissant dans le concours c nation, et sera établie sur des bases :

nationales.... Un grand penseur poli ti nous a rappelé qu'un des trois liens lunissent les colonies à la contrée m

c'est la communauté de religion 1

produit autour de nous une série de :

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tels que le monde n^en a jamais vu : de nouvelles conditions politiques, des obligations nouvelles, et aussi des facilités nouvelles (i). »

En Angleterre, à cette heure, la fièvre de Tagrandissement et de la conquête règne dans tous les rangs de la société.

Elle a pénétré dans le clergé sous la forme de zèle pour les missions. Comme les autres classes, le clergé vit au dehors plus qu'il ne vit au dedans. Suivant l'expression du Révérend Ellison: « C'est l'Empire britannique, et non TAngleterre, qui est devenu le champ normal de Texercice de son ministère. »

Une des conséquences de ce mouvement général et irrésistible qui tourne le zèle des anglicans du côté des missions lointaines a été, non pas l'abandon des missions intérieures, mais un refroidissement à leur endroit. Car les anglicans ont depuis longtemps des missions à l'intérieur dont le but est d'amener ou de ramener à la pratique, à une certaine pratique du chris-

<i) Sermon publié par le Church Tlnus, lo février 1899.

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tianisme tel qu'ils le comprennent, des milliers d'hommes qui ne savent même pas dans quelle religion ils sont nés et i pratiquent aucune. Les Missions de la de Londres par exemple languissi L'œuvre appelée London City Missions chaque jourbaisserses fonds, dus eux a à des dons volontaires. Dans sa réut de mai 1899, le comité de cette œuvre :

montré inquiet et affecté de ce délai ment partiel.

Les Missions de l'Eglise d'Irlande, 1 Church Missions, se plaignent égalen qu'on les délaisse un peu. Ces mlssior ont pour but d'amener à l'anglicanisme pauvres irlandais dont on exploite la sère. Cette œuvre, fondée en 1849 P' révérend Dallas, a recueilli assez de fc pour bâtir et établir à Dublin, sur un de prospérité malheureuse, deux école; elle élève des jeunes garçons et des jei filles appartenant à des familles catholic réduites à une misère qui les expose à to les tentations, même à celle de renier foi. Cette œuvre a établi des missions à blin, à Belfort, à Cork, à Limerick

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Galway, à Waterford, à Dundalk et à Drogheda. Elle a des agents qui parcourent lesmaisons, se rendent aux foires, et ne négligent aucun moyen de propagande. Dans les cinq dernières années, ces agents ont distribué plus de 5o,ooo livres protestants. Pendant les veillées d'hiver, ils donnent des séances avec des lanternes magiques. Le résultat a été, si Ton en croit les rapports de l'œuvre, que 246 familles catholiques irlandaises comprenant 610 âmes ont été arrachées au catholicisme.

Les anglicans se montrent heureux de ces résultats. Cette oeuvre leur paraît très belle et très importante. Mais malgré tout ce sont encore les missions lointaines qui ont leur préférence.

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