INDES
Ous arrivons dans l'Inde, le premier théà-
tre des exploits apostoliques de saint François Xavier, de cet homme extraordinaire que la voix reconnaissante de l'Église a salué depuis longtemps du titre glorieux d'Apôtre des Indes. Là encore, il nous faut constater le tort immense qu'a fait à l'apostolat la suppression de la Compagnie de Jésus. Au commencement du xXIX€ siècle, quarante ans après leur expulsion, on est encore loin d'avoir assez d'ouvriers pour les remplacer et continuer leurs œuvres. Aussi ce peuple infortuné restait abandonné, en beaucoup d'endroits, comme un troupeau sans pasteur.
Grâce à la complicité payée de Choiseul, et à l'incurable légèreté de notre caractère national, l'influence française est désormais perdue dans les Indes, où, malgré les efforts héroïques des Dupleix, des Bussy, des Lally-Tollendal, nous ne possédons plus que deux ou trois misérables comptoirs. Le protestantisme anglais espère bien qu'avec l'influence française, c'en est fait en même temps de l'influence catholique. Profitant habilement des vides qui se sont faits dans les rangs de l'apostolat, il lance sur cette terre, qu'il veut faire sienne, une armée de prédicants.
L'Angleterre en fait ses agents politiques ; elle les protège exclusivement et leur prodigue les millions pour acheter les consciences catholiques.
Quelles sont, en 1800, en face de l'hérésie, les forces de l'Église romaine? Un archevêque à Goa, avec des suffragants à Cochin, à Cranganore et à Méliapour. Mais, depuis trente ans, ces sièges épiscopaux restent vacants et sont administrés par des vicaires généraux. Quant au clergé goanais, composé presque exclusivement de métis et d'Indiens des dernières castes, il est devenu peu à peu l'opprobre du catholicisme dans les Indes.
En dehors des sièges épiscopaux portugais, nous trouvons, dans l'Inde, quatre vicariats apostoliques :
Au nord, le vicariat d'Agra, administré par des Capucins italiens ; il compte environ 5.000
fidèles.
Au centre, le vicariat de Pondichéry, comprenant les anciennes missions des Jésuites, le Maduré, le Maissour, le Coimbatour et une partie du Canara, C'est la Société des Missions Étrangères de France qui travaille dans ce vicariat. Un évêque et cinq missionnaires pour subvenir aux besoins religieux d'environ 42.000 fidèles, que c'est peu !
cariat apostolique de Vérapoly, qui est adminis-
Au sud de la péninsule, nous trouvons le
tré par les Carmes : il compte environ 80,000 fidèles, appartenant par moitiés à au rite latin et au rite chaldéen.
peu près égales
Enfin,en remontant à l'ouest, le long des côtes,
le vicariat de Bombay compte environ 8.000 catholiques, administrés aussi par les Carmes. On comprend qu'en présence d'une pareille pénurie d'ouvriers apostoliques, l'hérésie, appuyée de toute l'influence politique de l'Angleterre, eut beau jeu pour séduire nos malheureux néophytes. On voit, à la fin du dernier siècle, des chrétientés de vingt mille âmes passer aux protestants : et S'il faut s'étonner ici de quelque chose, c'est que et qu'il soit resté un nombre relativement considérable
la perversion n'ait pas été universelle,
de brebis fidèles,
À la mort de saint François tait dans l'Inde du xvre siècle, tent leur nombre à 2.500.000 : mais,
Xavieron comp- 350.000 catholiques ; au cours les catalogues des Jésuites poren 1800, ce chiffre est redescendu au-dessous d'un demi.
million, et se décompose ainsi :