IV. — MISSION DANNAM
P Ari toutes les missions confites à la Société
des Missions Étrangères de Paris, les Missions d'Annam (Cochinchine et Tong-King) tiennent incontestablement le premier rang, par le nombre des chrétiens et la générosité qu'ils ont mise à supporter trois siècles de persécutions sanglantes, Au moment où s'ouvre le xix° siècle, voici quelle était leur situation :
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les progrès de la foi dans le royaume annamite.
Tong-King oriental (Dominicains), 1 vicaire apostolique, 4 missionnaires, 41 prêtres indigènes, 140,000 catholiques. Tong-King occidental (Missions Étrangères), : vicaire
apostolique, 6 miss'onnaires, 63 prêtres indigènes, 120.000 catholiques,
Cochinchine (Missions Étrangères), 1 vicaire apostolique, 5 missionnaires, 15 prêtres indigènes, se.uco catholiques,
Total en 1800 : 4 vicaires apostoliques, 15 missionnaires, 119 prêtres indigènes, 310,000 catholiques.
Églises, presbytères, communautés religieuses, la persécution, qui durait sans interruption depuis un demi-siècle, avait tout renversé, La guerre civile avait, pen.
dant vingt cinq ans, promené l'incendie et Ja dévastation dans tout le pays, Le roi Gia-long venait, il est vrai, de remorter sur le trône de $es ancêtres , grâce au secours de généreux Fran.
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pel de l'évêque
d'Adran, l'avaient aidé à triompher des rebelies : mais lesmissionsd'An.
nam sortaient ruinces de cette longue crise, et tout était à re-
faire, au spirituel + Mgr: Gasnier,
ganisation si forte de nos chrétientés avait été brisée par la persécution et les bouleversements politiques ; en beaucoup d'endroits, les fidèles étaient restés, pendant plusieurs années, privés de prêtres ; plus d'instruction, plus de culte, plus de sacrements. Et précisément à cette heure où
les
sionnaires, pénurie amenée par les épreuves de
besoins étaient si grands, la pénurie des mis-
l'Eglise de France.allait arrêter, pendant plus d'un quart de siècle, l'élan de l'apostolat, et retarder
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évêque de MAlACCa, mm, + de la Société des Missions étrangères de Paris,
CHINE, 1800-1890, 207 Les circonstances étaient pourtant bien plus favorables qu'elles ne l'avaient été depuis long. temps, puisque la reconnaissance de Gia-long allait assurer à l'Église annamite trente années de paix, Les vicaires apostoliques employèrent ce temps à relever les ruines de leurs érlises, Le petit nombre d missionnaires, qui mouraient les uns après les autres, sans voir arriver de succes. SCUTS, ne permettait guère de se livrer avec succès à l'évangélisation des infidèles, Nos confrères profitèrent de la période de paix dont ils jouissaient pour ranimerla ferveur des fidèles, re.
constituer les chrétientés, relever les églises, les séminaires , les communautés religieuses, toutes les œuvres Spirituelles et temporelles du passé, Ce fut pour l'Église d'Annam une période de recueillement et de rénovation spirituelle , qui devait, dans les desseins de Dieu, la préparer aux luttes sanglantes de l'avenir.
Cette préparation n'était pas trop longue,
L'Église annamite allait entrer, à la mort de Gia-
Minh-Mang, fils et successeur (1820), détestait l'Europe
de défendre leur civilisation, avait résolu de s'enfermer, dans un cercle infranchissable
long, dans une carrière d'épreuves. qui n'est pas encore fermée, à l'heure
où j'écris ces lignes.
de Cia-long et tout ce qui en vient,
Comprenant à merveille, dans son orgueil de lettré, que le
seul moyen qu'aient les Orientaux c'est de s'isoler, il lui et son peuple, . et de repousser,
à tout prix, l'influence et les idées de l'Occident.
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Icommença par renvoyer en France MM, Van nier et Chaigneau, seuls survivants de lu petite troupe dévouée qui était venue, à la fin du der: nier siècle, rétablir son père sur le trône ; mais il n'était pas aussi facile de se débarrasser des missionnaires, Après avoir essayé inutilement de les retenir à la cour, en qualité d'interprètes, le tyran se décida enfin à lever le masque, et, le 6 janvier 1833, éclata, omme un coup de foudre, le premier édit de persécution générale,
L'ère des martyrs était ouverte, M, François Isidore Gagelin, de la mission de Cochinchine, fut le premier de nos confrères qui descendit dans l'arène, 1 fut condamné à inort et étranglé pour la foi, le 17 octobre 1833. Après lui, vinrent successivement MM, Marchand, pris à Saigon, dans la citadelle, où les révoltés l'avaient enfermé avec eux ; il subit l'affreux supplice des cent plaies ou de la mort lente, 30 novembre 1835: Cornay, du Tong-King occidental, coupé en morceaux, le 21 septembre 1837 ; Jaccard, provicaire de la mission de Cochinchine, détenu depuis cinq ans en prison, étranglé le 21 septembre 1838; Borie, vicaire apostolique du Tong- King occidental, mais non encore sacré, décapité le 24 novembre 1838; NN. SS. Delwado et Hénarès, Dominicains, l'un vicaire apostolique, l'autre coadjuteur du Tong-King oriental, déca pités avec le P, Fernandez, provicaire de la méme mission, 15 et 25 juin 1839; le P, Odorico, Franciscain (1833). et M. Delamotte (1839), tous deux missionnaires en Cochinchine, morts en prison, sans parler de Mgr Havard, du Tong- King occidental, de MM. Candalh et Vial, de la Cochinchine, morts de faim et de misère dans les bois, où la malice des persécuteurs les avait forcés de se réfugier, Total, en sept ans, quatre vicaires apostoliques, deux provicaires et sept missionnaires, morts des suites de l'édit de per sécution,
Le clergé indivène et les fidèles avaient tenu à honneur de marcher sur les traces de leurs pasteurs. Au Fong-King et dans la Cochinchine, une vingtaine de prêtres et plusieurs centaines de chrétiens avaient courageusement versé leur sang pour la foi, € Qu'on frappe sans pitié, écri vait Minh-Mang à ses mandarins, qu'on torture, qu'on mette à mort ceux qui refusent de fouler aux pieds la croix, Qu'on sache que ce refus seul les constitue en état de rébellion, Qu'on prenne
done une hache, un sabre, un coutelas, tout ce qui se trouve sous la main, et qu'on extermine ces endurcis, sans qu'il en échappe un seul, »
Vains efforts ! La rage des persécuteurs devait être vaineue par le courage des martyrs, Quand Minh-Mang mourut, en 1841, le christianisme, qu'il s'était promis d'anéantir en Annam, était plus vivant que jamais, Loin de reculer, il avait progressé dans cette lutte implacable, dont finalement il sortait vainqueur, De nouveaux missionnaires, plus nombreux qu'au temps de la paix, étaient accourus pour remplacer leurs frères, tombés glorieusement dans l'arène, et nos chrétiens avaient plutôt gagné que perdu à la persécution, Non seulement leur nombre avait augmenté, comme on va voir, mais encore ils étaient généralement devenus plus fervents et plus généreux, Ceux qui avaient suecombé à l'épreuve des tortures, s'empressaient d'ordinaire de venir, en pleurant, demander le pardon et la pénitence ; des indifférents, dont la tiédeur était un scandale dans nos chrétientés, s'étaient réveil. lés au tonnerre de la persécution, et maintenant, ils étaient réguliers et fervents ; les païens euxmêmes, frappés de l'héroisme déployé par les disciples du Cnrisr, se présentaient au baptème en bien plus grand nombre qu'autrefois,
Voici, en résumé, quelle était, en 1840, à la veille de la mort de Minh-Mang, la situation des missions annamites :
Teng-King oriental : 1 vicaire apostolique, 1 coadjuteur, 6 missionnaires, 41 prêtres indigènes, 160,c00 catholiques.
Tong-King occidental : 1 vicaire apostolique, 8 mission. naires, 76 prêtres indigènes, 180.0b0o catholiques.
Cochinchine : 1 vicaire apostolique, 1 coadjuteur, 10 mis-
sionnaires, 27 prêtres indigènes, 80.000 catholiques. Total en 1840 : 3 vicaires apostoliques, 2 coadjuteurs, 24 missionnaires, 144 prêtres indigènes, 420.000 catholiques,
L'Église d'Annam venait de faire vaillamment ses preuves, Grégoire XVT, attentif à ses combats, envoya au clergé et aux fidèles une lettre encyclique pour les féliciter de leur constance, HU commença aussi à multiplier les centres de mission, afin de rendre plus immédiate et plus eff cace l'action de l'apostol.:, La mission unique de Cochinchine fut donc divisée successivement en quatre Vicariats apostoliques: Cochinchine orien tale et Cochinchine occidentale ( 1844), Cochin chine septentrionale, détachée de l'orientale (1850), Cambodge et Laos, détaché de la Co
NDO-CHINE, 1800-1890,
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