‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 167 sur 478 · RT · texte numérisé non relu

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E 10 novembre 1889, l'épiscopat | des Etats-Unis, réuni à PBalti-

more, célébrait avec une solen

nité extraordinaire, Île premier

centenaire de l'établissement de

la hiérarchie romaine dans le pays. Il y a, en

effet, cent ans que Mgr John Caroll, le premier |

évêque de Baltimore, recevait la consécration |

Le Cardinal Gibbons, archevèque de Buitimore,

ÉpisCo] i ;, son clergr st composait alors d'une

vingtaine de prêtres, et son peuple comptait

moins de quarante mill catholiques, perdus au

milieu de quatre millions de protestants, dans la dl proportion d'un pour cent.

Au bout d'un siècle, les choses ont bien changé

de face, Là où s'exerçait la juridiction d'un seul |

ÉRIC eS

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évêque, l'Église catholique compte aujourd'hui

treize provinces ecclésiastiques, partagées entre

quatre-vingt-trois titulaires. Plus de sept Le prêtres instruisent dirigent Auié millions de

fidèles (1) sur une | »pulation totale de soixante cong millions d'âmes, dans la proportion d'un sur huit.

On voit d'un coup d'œil les progrès du catho licisme aux Etats-Unis. Dans aucune mission, ils n'ont été si rapides et si consolants, Aussi la joie était grande parmi les pasteurs et parmi les fidèles, accourus de tous côtés pour célébre t le glorieux anniversaire, Les deux jours suivants, se tint le congrès catholique, dans lequel de nombreux orateurs, la plupart laïques, se firent entendre, pour affirmèr leur foi religieuse, en même temps que l'attachement de leurs coreli gionnaires aux institutions du pays. Le 13 novembre, cette grande fête religieuse et national fut clôturée par l'inauguration d'une Université catholique à Washington. Au banquet qui termina la journée, le Secrétaire d'État était assis en face du cardinal Gibbons, archevéque actuel de Baltimore, et, sur la fin du repas, le Président de la République, M. Harrison, fit son entrée solennelle dans la salle du festin et porta un toast à la hicrarchie catholiqu des États Unis. Le cardinal, après avoir remercié chaleureusement le Président et les nobles visiteurs qui l'accom pagnalent, ajouta ces paroles remarquables : € Les > enfants de la géncration présente apprendront, » dans la nouvelle Université qui s'ouvre

jourd'hui, à fortifier le pays par leur nombre,

à léclairer par leur sagesse et à là défendre,

» silest besoin, par leur valeur, »

1. La plupait des publications sur les États-Unis donre couramment le chiffre de «7x millions de catholiques, Je m'en suis tenu au chiffre des Hrssiones catholicaæ, qui est officiel, mais

peut-être un peu faible.

ard'hui ;, entre 4 Le ons de ixanle ‘un sur

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Ces spectacles consolants, qu'on ne voit plus guère dans notre vieille Europe, reposent un peu des iniquités ot des luttes quotidiennes qu'on à sous les veux, [ls montrent la vitalité du catholi cismeé, qui s'ac commode à toutes l constitutions, qui acc pte, sans arrière-pensée, toutes les formes de gouvernement, ne demandant au pouvoir, quel qu'il soit, Monarchie ou République, Césarisme où Démocratie, que la protection du droit com mun et la liberté de se dévouer au salut des âmes,

Ce grand exemple du catholicisme américain, S épanouissant au soleil de la liberté commune à tous, à souvent servi d'argument à nos libéraux, pour défendre leur fameuse maxime de l'Æglise libre dans l'Etat libre, Ici, en « ffet, disent ils, domine, sans conteste, le Principe moderne de la Séparation de l'Église et de l'État, La Répu blique des États- Inis ne reconnait aucun culte, n'en Subventionne aucun, et laisse chacun développer librement son action, dans les limites, fort larges d'ailleurs, de la constitution fédérale, Les magnifiques progrés du catholicisme aux États-Unis ne prouvent-ils pas que ce régime de la séparation, dont les catholiques d'Europe

eflrayent si fort, est la meilleure solution des rapports à établir entre l'Église et l'État ?

J'aurais là-dessus quelques observations à présenter, En premier lieu, ceux qui prônent si fort le système américain oublient que les États Unis ne sont pas du tout dans la même situation que les États catholiques en Europe, Formés

d'une agglomération d'émigrants appartenant à toutes les dénominations religieuses, ils n'ont jamais eu chez eux de religion d'État proprement dite, Dans cette situation. il est rationnel que, voulant donner à tous leurs administrés une égale liberté de conscience, ils aient pris le parti de ne favoriser aucun culte aux dépens des autres et de les ignorer tous également, L'impartialité leur faisait un devoir d'agir ainsi.

Il n'en est pas du tout de même dans les différents États de l'Europe catholique : là, il \ a des droits acquis, des traditions religieuses, qui remontent au berceau même de la nation. Les peuples ont une religion d'État : ils sont, si l'on veut me passer le mot, catholiques de naissance : c'est l'Église qui à présidé à leur développement et qui les a faits ce qu'ils sont, « Les évêques

ont fait la France, comme les abeilles font leur

ruche », écrivait, au dernier siècle, l'impie Gibbon, Fouler aux pieds ces traditions nationales, faire semblant, par une fiction de droit d'inorer la rt

ion de l'immense majorité du pays, la confondre avec toutes les autres dénominations religieuses, dans une indifférence commune, ce n'est plus de l'impartialité, c'est de l'apostasie,

En second lieu, il faut r marquer que si la République américaine nest spécialement ni catholique, ni protestante, en revanche, elle n'est ni libre penseuse, ni athée, Elle a conservé soigneusement les grandes lignes du Christianisme, et elle tient la main à les faire respecter, Partout, malgré les exigences d'une industrie bien plus considérable que la nôtre, la loi du repos domi-

Le Président Harrison

nical est inviolablement gardée ; les séances du Congrès s'ouvrent par la prière, et un chapelain d'office, quelquefois un prêtre catholique, est désigné pour cette fonction ; chaque année, dans son message au pays, le Président indique un jour d'actions de grâces, pour remercier la Providence des faveurs qu'elle à accordées à la grande République : dans les calamités nationales, un jour de jeûne et d'expiation est fixé, pour apaiser le Ciel et désarmer la colère de Div, En un mot, la République des États-Unis est restée chrétienne, et elle se montre généralement favorable à toutes les Manifestations de l'idée religieuse : elle fait respecter, dans ses tribunaux, les règlements intérieurs des différentes communautés et les laisse chacune s'administrer librement ; elle tolère nos conciles provinciaux,

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