‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 168 sur 478 · EE · texte numérisé non relu

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264 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.

nos meetings, nos écoles, nos congrégations religieuses ; au lieu de les grever d'impôts iniques et absolument disproportionnés, eile décharge des contributions ordinaires tous nos établissements de charité, estimant, à bon droit, qu'ils soulagent la société du poids des malheureux qu'ils ussistent gratuitement ; au jour du Centenaire, on voit les premières autorités de la République s'associer à la joie des catholiques et faire publiquement des vœux pour le développement pacifique de leurs œuvres C'est donc la séparation, si l'on veut, mais la séparation sans la haine, la séparation qui laisse subsister, entre les deux puissances, la confiance et l'estime. Est-ce ainsi que la séparation se présente chez nous ? On serait vraiment trop naïf de le croire. Pour nos politiciens, la séparation de l'Église et de l'État signifie tout uniment la main-mise de l'État sur l'Église et l'écrasement du catholicisme, On commencera par supprimer le budget des cultes, cette dette des spoliations du passé : on confisquera les églises et les presbytères ; puis, quand le catholicisme n'aura plus un temple pour célébrer son culte, plus une maison pour abriter ses prêtres, d'exception, pour l'empêcher de se relever ; on

on fera contre lui des lois

lui refusera le droit d'acquérir et de posséder ; on l'écrasera d'impôts de main-morte ; on fermera ses écoles, on expulsera ses religieux, on enverra ses prêtres à la caserne, on en viendra peut-être à interdire ses réunions et à lui refuser jusqu'au droit d'exister, Voilà comme on entend ordinairement, dans la vieille Europe, la séparation entre l'Église et l'État, 11 faut reconnaitre que nous sommes loin du système américain,

Mais en dehors peut devenir l'occasion, aux mains des ennemis de l'Église, doctrinalement, même ? Est-il vrai, comme on l'entend répéter

des abus dont le système

que vaut-il en jui-

tous les jours, que la séparation est le dernier mot des rapports à établir entre l'Église et l'État ? Les condamnations du Syllabus ne permettent plus à un catholique de le dire,

Non, il n'est pas bon que l'âme soit séparée du corps, parce que Dieu les à faits l'un pour l'autre, En instituant l: 1 SOC iété chrétienne, Jisus- Curisr a voulu que l'Église et l'État vivent en harmonie et se prêtent un mutuel concours,

Qu'on accepte la séparation, comme un pisaller, là où les progrès du rationalisme ont rendu

cette situation nécessaire, c'est fort permis, Mieux vaut certainement la séparation à l'amiable que le système qui consiste à n'user des Concorüiats passés avec Rome que pour asservir hypocritement l'Église, en lui enlevant peu à peu touces ses libertés. Quand deux conjoints ne peuvent plus se supporter, l'Église autorise parfois la séparation, jamais le divorce ; mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la société civile comme dans la société familiale, c'est l'union des âmes et des volontés qui est de droit commun : la séparation n'est jamais qu'un expédient, une nécessité douloureuse, qu'il faut subir quelquefois, pour éviter un mal plus grave, mais qui a toujours de nombreux inconvénients, ne fût-ce qu'au regard des enfants,

D'ailleurs, voyons ce fameux système à l'œuvre, tel qu'il fonctionne aux États-Unis. Est-il vraiment si avantageux au catholicisme qu'on le dit ? Je me permets très fort d'en douter. Il est vrai, les chiffres qu’on a produits, à l'occasion du Centenaire, font une vive impression sur l'esprit; mais il est bien permis de les examiner de près. Si l'Église catholique compte aujourd'hui aux États-Unis huit millions de fidèles, il faut songer à l'appoint considérable fourni par l'émigration : sur plus de quarante millions d'émigrants que la grande République a reçus dans son sein au cours de ce siècle, ce n'est certainement pas exagérer de porter à vingt millions le chiffre des émigrants catholiques, Canadiens, Allemands et Ces vingt millions de catholiques, que sont-ils devenus ? Un grand

Frlandais, autres, nombre, hélas! se sont noyés et perdus dans l'indifférence et l'apostasie, Voilà ce qu'écrivait autrefois à ce sujet Mer England, premier évêque de Charleston (1).

Il me parait bien clairement démontré qu'au » lieu d'avoir à se réjouir de l'accroissement du > nombre de ses fidèles aux États-Unis, la » religion n'a que trop de raisons de déplorer les a faites, Ce n'est > pas que je nie cependant l'augmentation du

> pertes immenses qu'elle

» chiffre des catholiques ; on ne peut pas davan- > tage mettre en » nombre des évêques et des prêtres, la cons-

doute l'accroissement du

> truction des églises, l'ouverture de nouveaux » collèges, la fondation de maisons religieuses

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» et l'amélioration des écoles... Aussi la question » n'est pas de savoir si le nombre des catholiques » a augmenté, si des églises ont été bâties, si » des établissements ont été fondés ; la question » est celle-ci: n'y a-til pas eu perte réelle et > une perte très grande, par suite de l'absence » d'un clergé assez nombreux et du long temps » qu'il a fallu mettre à faire ce qu'on a fait? Il » n'est que trop clair que cette question doit être » résolue par l'affirmative. »

Le vénérable prélat assigne six causes à ces déplorables défections : 1° l’affluence des catholiques émigrants dans un pays où rien n'avait été préparé pour les mettre en état d'accomplir leurs devoirs religieux ; 20 le manque d'établissements d'éducation pour leurs enfants, alors qu'ils trouvaient partout, à leur porte, l'école protestante ; 3° la déplorable situation des pauvres et des orphelins catholiques, presque tous les établissements de charité étant alors aux mains des protestants ; 40 l'absence d'un clergé assez nombreux, assez familiarisé avec la langue, les mœurs et les institutions sociales du pays ; 5° le défaut d'entente entre les émigrants, appartenant à différentes nationalités, ayant chacun leur lar ue, leurs usages, leurs intérêts séparés ; 6° enfin, l'activité et les ressources pécuniaires des diverses sociétés protestantes, divisées sur tout, sauf sur la nécessité de faire la guerre à l'Église catholique.

A ces différentes causes d'apostasie, Mgr le coadjnteur de Philadelphie en adjoignait, vers la même époque, une septième, tirée précisément des institutions religieuses du pays (1): € Les » défections proprement dites sont rares: mais » il est bien grand le nombre des enfants qui ne » professent pas la foi catholique de leurs pa- » rents. L'esprit d'indépendance, qui est ir: > commun à tout le monde, fait qu'on se fie trop > à son propre jugement, Les enfants mêmes, > en apprenant leur catéchisme, semblent n'avoir » pas la docilité qui est le propre de leur âge. » Les adultes écoutent la pr.dication, qu'ils » aiment beaucoup, plutôt dans un esprit critique » qu'avec l'humilité de la foi, » -

Ainsi il reste acquis qu'en réalité l'Église catholique a fait aux États-Unis des pertes très considérables et très douloureuses, au moins

1. Annales de la Propagation de la Foi, Année 18 38, tom. X, P. 153.

Missions catholiques

pendant les quarante premières années de ce siècle, alors que les prêtres étaient en petit nombre et les diocèses démesurément étencus.

Éloignés de tous secours religieux, privés de toutes les manifestations extérieures de leur culte, perdus dans un milieu indifférent ou hostile, trouvant partoat, à leur porte, l'école protestante, le prédicand hérétique, beaucoup d'émigrants catholiques ont perdu la foi et sont passés, eux et leurs familles, au protestantisme, ou sont tombés dans le nihilisme religieux. 11 ne pouvait guère en être autrement dans un pareil milieu, Au lieu du système des États-Unis, mettez celui du Canada. Vous auriez évité de pareils malheurs, et vous compteriez aujourd'hui, aux États-Unis, vingt millions de catholiques au lieu de huit. De nos jours encore, la situation religieuse, bien que fort améliorée, n'en reste pas moins assez précaire, Dans les États de l'Est, où la hiérarchie est organisée depuis longtemps, où les prêtres sont nombreux, les œuvres multiples, les émigrants catholiques trouveront désormais les secours nécessaires à la conservation de leur foi; mais il n’en est pas encore ainsi dans les territoires de l'Ouest, dans les diocèses de fondation récente, où tout fait défaut : les hommes et les ressources nécessaires Pour créer et soucenir les œuvres,

Certes, c'est une grande joie pour l'Église des États-Unis d'avoir pu, en un siècle, organiser fortement sa hiérarchie, resserrer ses établir solidement ses œuvres.

cadres, Grâce à cette sage organisation, il est à espérer qu'on ne verra plus se renouveler les défections du passé ; mais ces millions d'âmes qui se sont perdues, et qu'un système plus chrétien eût sauvées, n'en sont pas moins une douleur amère au cœur de l'Église.

Comme Rachel, la joie de voir se presser autour d'elle des fils nombreux et dévoués ne peut la consoler entièrement de ceux Gui étaient ses enfants, et qui ne sont plus (1).

Pour bien saisir le développement du catholicisme américain, il ne sera pas sans intérêt d'étudier d'abord les divers éléments dont se compose la population des États-Unis, puisque c'est sur ces éléments que doit s'exercer le travail de l’apôtre.

aussi

Trois races, profondément distinctes et ennemies, concourent, dans des proportions fort

1, Et noluit consolari, quia non sunt.

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inégales, à former la population des États-Unis : la race blanche, composée des anciens colons et des nouveaux émigrants arrivés dans le cours de ce siècle ; la race rouge, formée des tribus indiennes qui peuplaient autrefois le pays, et la race noire, introduite en Amérique par la traite ct l'insatiable cupidité des blancs. Pour être complet, je devrais mentionner encore la race jaune, qui commence à se multiplier d'une façon inquiétante dans les ports de l'Ouest: mais comme, au point de vue religieux, le Chinois émigré en Amérique ne form quantité négligeable, nous le laisserons pour le moment de côté.

encore qu'une

[. Parlons d'abord des Peaux-Rouges, les anciens propriétaires du sol et les légitimes maitres du pays.

La grande République américaine ne s'est pas montrée plus généreuse que l'Angleterre à l'égard des Indiens. Le Yankce, utilitaire et pratique avant tout, n'a cessé, depuis plus d'un siècle, de refouler ces infortunés dans les profondeurs du désert et de procéder systématiquement à leur extermination, Comme je tiens à ne pas être accusé d'exagération, dans un sujet si grave et si triste, voici quelques témoignages empruntés à des auteurs américains et protestants :

Un voyageur,sir Charles Stuart Cochrane (1), commence par établir un parallèle entre la condition des Indiens de l'Amérique du Sud, civilisés par le catholicisme, et ceux de l'Amérique du Nord que le protestantisme a détruits : € Loin » d'avoir diminué, » indienne des sauvages qui habitent entre les

conclut-il, la population » tropiques a généralement augmenté d'une > manière considérable, Dans les missions catho- » liques, cet accroissement est la règle, Au > contraire, dans les États-Unis, les Indiens » diminuent rapidement, au contact des blancs. » À mesure que la civilisation avance dans le » pays, l'Indien est refoulé en dehors de ses » limites. »

— « Les Français, écrit de son côté Brad- » fort (2), n'oubliérent jamais que l'homme » rouge est un frère ; c'est pourquoi ils le trai- » taient en homme ; le rude Saxon traite l'Indien

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