‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 170 sur 478 · Julius Frœbel, Six ans dans / Amérique centrale, ch · texte numérisé non relu

Julius Frœbel, Six ans dans / Amérique centrale, ch

impitoyablement tous les blancs qui leur tombaient sous la main ?

Les Séminoles, les Apaches, les Comanches, d'autres tribus encore, entrérent à plusieurs reprises dans le sentier de Ja guerre, et firent chèrement payer à leurs oppresseurs les injustices commises à leur égard, Tout en plaignant ies victimes de ces drames affreux, il est juste de reconnaitre qu'il y avait à ces atrocités des Indiens des circonstances atténuantes, puisque les blancs avaient commencé.

Ces révoltes ne servirent d'ailleurs qu'à précipiter la ruine des Indiens. Innocents et coupables furent enveloppés dans une répression impitoyable ; des femmes, des enfants à la mamelle furent massacrés avec des raffinements de cruauté! C'est ce que le général Jackson, connu par ses sanglantes victoires sur les Indiens, appelait en plaisantant «une police expéditive », pour en finir promptement avec ces races infortunées, qui s'obstinent à ne pas mourir assez vite au gré de leurs envahisseurs,

Encore, si le gouvernement fédéral, voulant à tout prix se débarrasser des Indiens, avait permis aux missionnaires catholiques de consoler au moins leur agonie! Mais il n’en fut pas ainsi, Infidèle à son fameux principe de la liberté de conscience, il a partagé les tribus indiennes entre les différentes sectes qui couvrent le pays, et, dans ce partage, les catholiques n'ont obtenu que deux ou trois réserves, Les autres, malgré les réclamations des Indiens, redemandant à grands cris leurs anciennes Aobes noires, ont été livrées aux Anabaptistes, aux Presbytériens, aux Méthodistes, aux Quakers, ét à ces centaines de dénominations religieuses qui pullulent aux États- Unis.

Cette injustice, la plus monstrueuse de celles dont aient eu à se plaindre les Indiens, n'a pas permis aux missionnaires catholiques de travailler, comme ils l'auraient voulu, au relèvement physique et moral de ces peuplades, destinées à périr dans un avenir prochain. D'ici cinquante ans, ces races, autrefois si vaillantes et si intéressantes pour l'ethnographie, auront complètement disparu du sol de la grande République. On ne peut s'empêcher de penser, et les auteurs américains le reconnaissent franchement, que, si les malheureux Indiens avaient eu affaire à une

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ils auraient conservé leur nationalité, « Hélas ! » S'écrie pour conclure un ministre protestant, » quelle terrible responsabilité a encourue notre » nation! La paganisme est presque éteint aux » États-Unis, mais c'est parce <

que les païens » Sont presque anéantis, »

Malgré la mauvaise volonté des autorités fédérales, l'Église catholique, la vraie mère des âmes, a fait ce qu'elle a pu pour adoucir, en la sanctifiant, l'agonie des Indiens. Les anciennes missions des Jésuites avaient disparu, par suite de la suppression de la Compagnie et des malheurs des temps.

Elles ont été vaillamment reprises au cours de ce siècle, et les nouveaux Jésuites se sont montrés dignes de leurs aînés. Un d'eux, le R. P. de Smet, dont le rom est resté populaire aux Montagnes-Rocheuses et dans toute l'étendue de la République, a consacré sa longue vie au service des Indiens. Commencé en 1830, son apostolat se continua jusqu'à sa mort, arrivée en 1873. Il se fit, ar dévouement, le compagnon insépareble des sauvages, les suivit, avec des fatigues inouïes, dans leurs campements et leurs longues excursions à travers les solitudes du Far-West, soigna leurs malades, instruisit leurs

enfants, les domina par l'ascendant de sa vertu et ouvrit leurs yeux aux clartés de la foi, A trois reprises, en 1851, en 1858 et en 1868, le gouvernement fédéral dut recourir à son influence pour pacifier les tribus révoltées,

Cinq ans avant sa mort, ce vicillard désarmé obtint par la persuasion ce que les soldats n'avaient pu arracher pat les armes. Au péril de sa vie, il osa se présenter, seul et sans armes, au milieu des Indiens exaspérés, pour obtenir la soumission du célèbre Sitting- Bull, qui, depuis plusieurs mois, désolait la contrée à la tête d'une troupe de cinq cents cavaliers. Le gouvernement fédéral reconnut publiquement ses services, et les généraux témoignérent hautement qu'on lui devait la pacification du pays, ce qu'ils attestérent dans une lettre qu'on conserve à Saint-Louis, aux archives de la Compagnie : € Nous voulons » vous témoigner notre estime pour les services 7 ane Vous nous avez rendus, ainsi qu'à tout ce » pays. Sans votre long et pénible voyage au » cœur même du territoire ennemi, sans votre

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» influence sur les tribus les plus sauvages, nous

» n'aurions jamais pu atteindre les résultats que > nous avons obtenus. »

On conipte encore environ 300.000 sauvages aux États-Unis : 50.000 habitent au Nord, dans l'Alaska ; près de 200.000 sont groupés au pied des Montagnes-Rocheuses. dans les plaines infertiles et sans eau de l'Orégon, de la Névada et de l'Utah ; une autre portion, environ 70.000, qui résidaient dans les États du centre, ont été parqués par le gouvernement fédéral dans le Territoire indien, vaste réserve qui a environ 200 lieues de longueur sur 100 lieues de largeur. Là sont groupés, au nombre d'une trentaine, les

Le R. P, De Smet, missionnaïre jésuite aux Montagnes-Rocheuses,.

débris de toutes les tribus qui parcovraient autrefois le pays, de l'Atlantique aux Montagnes- Rocheuses : Comanches, Natchez, Osages, Séminoles etc. On estime à près de 50.000 le noinbre des

Indiens catholiques sur tout le territoire de l'Union.

Apaches, Cherokees, Cheyennes, etc,

Et maintenant, pour nous rendre compte de

l'effroyable dépopulation de cette race infortunée, consultons les anciennes Statistiques, En 1836, un recensement très exact, fait par ordre des autorités fédérales, avait porté à 4.346.803 le chiffre des Indiens vivant dans les territoires du | centre, Ceux du Texas, du Nouveau-Mexique |

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de la Californie, et, à plus forte raison, de l'Alaska, ne sont pas compris dans ce recensement, puisque ces pays ne faisaient pas encore partie de Union. En tenant compte des nombreux massacres qui s'étaient déjà produits depuis 1800, on peut affirmer, sur ces données, que le chiffre de la population sauvage dépassait certainement dix millions au commencement de ce siècle. Aujourd'hui, il n'en reste que rois cent mille ! On voit par ces chiffres l'étendue de la catastrophe ; littéralement c'est l'extermination en masse d'un peuple.

IT. Parlons maintenant des Blancs, et d'abord des anciens colons :

Au point de vue de la colonisation et de l'occupation du pays par les blancs, le territoire des Etats-Unis doit se partager en trois zones : le long des côtes de l'Atlantique, la colonie de la Nouvelle-Angleterre, peuplée au xvie et au xvrr® siècle par les protestants anglais ; elle comprenait les treize États actuels de l'Est: Boston, New- York, New-Jersey, le Maine, la Pensylvanie, la Delaware, le Maryland, le Kentuky, l'Ohio, le Tennésée, la Virginie, les Carolines, la Georgie et la majeure partie de l'Alabama. Les Anglais et les Hollandais furent les premiers qui s'établirent dans ces riches contrées ; mais les Hollandais ne firent que passer, et, jusqu'à l'émancipation, tout ce territoire demeura le patrimoine de la Grande-Bretagne, sous le rom de Nouvelle- Angleterre.

Concurremment, les Français du Canada avaient reconnu le cours du Missouri, descendu le Mississipi, et leur domination, plus ou moins reconnue des Indiens, s'étendait sur tous les territoires du centre, qui forment aujourd'hui les États de l'Indiana, de l'linois, du Michigan, du Missouri, du Mississipi, de la Louisiane et d'une partie de l'Alabama. L'influence catholique et française rayonnait librement dans ces vastes territoires, que de nombreuses Âobes - noires parcouraient en tous sens, pour initier les Indiens à la civilisation et à la vraie foi. On sait comment une détestable politique coloniale et les longues guerres de la Révolution nous firent perdre, au dernier siècle, ces belles colonies, qui devinrent la proie, longtemps convoitée, de l'Anglo-Saxon.

Enfin les Espagnols s'étaient établis, au sud et à l'ouest, dans la Floride, le Texas, le Nou-

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veau- Mexique et la Californie, Là encore régnait sans partage l'influence catholique. Malheureusement, il semble prouvé qu'au point de vue de l'évangélisation, ces colonies espagnoles étaient fort en retard, La plupart des tribus sauvages étaient démeurées païennes, faute d'apôtres, et les Séminoles, les Comanches, les Apaches iaisaient par leur férocité la désolation et la terreur des rares colons espagnols fixés dans le pays

Ainsi, au début, nous trouvons trois grandes races de colons établis sur le territoire actuel des États-Unis : les Anglais, à l'est, les Français, au centre, les Espagnols, au sud et à l'ouest ; mais les forces étaient bien loin d'être égales, et l'élément anglo-säxon n'allait pas tarder à englober et à faire disparaitre les deux autres.

Les premiers colons de la Nouvelle-Angleterre furent des puritains anglais, repoussés de leur patrie par l'intolérance de l'Église officielle, Is s'établirent d'abord en commun dans les territoires qui forment aujourd'hui les États de l'Est ; mais le libre examen ne tarda pas à produire parmi eux ses fruits ordinaires, et ils furent bientôt forcés de se séparer, et de former des colonies distinctes, dans lesquelles chacun fut libre d'honbrer Dieu à sa manière. Divisés sur tous les points, ils ne s'accordèrent que sur un seul : l'exclusion absolue des catholiques.

Ainsi les États-Unis, qui sont aujourd'hui la terre classique de la liberté religieuse, commencérent par mettre en pratique la persécution et l'exclusivisme le plus étroit. On se ferait aujourd'hui difficilement l'idée du bigotisme haineux des Pères pèlerins, comme ils s'appelaient.

Ces odieux sectaires ruinèrent sa: 5 pitié toutes les missions catholiques, déjà établies au milieu des sauvages, massacrèrent à l'autel le P. Rasle, et mirent à prix la tête des Jésuites, pour lesquels on donnait la même prime que pour la tête d'un loup.

A l'exception des Quakers de la Pensylvanie, qui, persécutés eux-mêmes par le fanatisme puritain, ouvrirent généreusement leur territoire à toutes les dénominations religieuses, il était rigoureusement interdit aux catholiques de se fixer sur aucun point de la Nouvelle-Angleterre. En 163c, un noble catholique irlandais, Lord Baltimore, avait obtenu de Charles Ier la permission de s'établir, avec ses coreligionnaires, sur une partie des côtes de la Nouvelle-Angle-

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terre ; il y fonda la colonie du Maryland (la terre de Marie). Les catholiques, plus larges que les protestants, avaient généreusement ouvert leur territoire à toutes les dénominations religieuses, Il en furent très mal récompensés, comme d'habitude, Au bout de vingt-cinq ans, les protestants ayant pris lc dessus, expulsèrent les Jésuites, confisquèrent tous les biens de la communauté catholique, et supprimèrent, autant que possible, l'exercice du culte, La législature du Maryland, pour dégrader les Irlandais catholiques, poussa l'infamie jusqu'à exiger, par tête d'émigrant, la même taxe que pour l'importation d'un nègre.

Voilà commeni !:5 catholiques étaient traités

chez eux; et ce sont ces mêmes hommes qui accusent chaque jour l'Église romaine de vio lence et de tyrannie !

€ On voit assez, écrivait à ce sujet l'évêque >» de Charleston (1), les obstacles que les émi- » grants catholiques rencontrèrent à leur entrée » dans les colonies anglaises. Avant l'année » 1771, les catholiques irlandais ne s'étaient » guère établis qu'au Maryland et dans la Pen- » sylvanie ; quelques Allemands catholiques

vinrent aussi habiter ce dernier pays. Mais

la disette de prêtres y était si grande, que | Continent, 1

. . . . | Ainsi privés de tout secours spirituel, séparés |

» c'est à peine si l'on en comptait deux ou trois. > | » de leurs compagnons d'infortune, devenus |

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alors pour commencer et soutenir toutes ces œuvres, Dans cette crise décisive pour l'avenir du catholicisme américain, la France vint généreusement en aide à cette jeune Église, en fournissant, sans compter, des hommes et de l'argent, La plupart des sièges épiscopaux et un grand nombre de paroisses furent desservis, au début, par des missionnaires venus de France;

Foi fut l'instrument providentiel dont Dieu se servit pour assurer à l'Église des États-Unis les ressources nécessaires au développement de ses œuvres, Dès le début, les aumônes de l'association avaient 4té partagées par moitié entre les diocèses de l'Union etles missions de l'Extrême- Orient. Pendant de longues années, des aliocations qui varièrent de 600.000 francs à plus d'un million, constituérent la meilleure part du budget de cette Église. Elle ferait bien de s'en souvenir, aujourd'hui qu'elle est riche et prospère, pour rendre aux missions catholiques une partie de l'assistance qu'elle en reçut jadis,

A peine émancipée du joug de l'Angleterre, la République Américaine chercha naturellement à s'étendre autour d'elle, et à occuper tout le -es jeunes États ont de ces ambitions qui vont bien à leur âge, et que le succès couronne souvent. Déjà notre influence politique

» étrangers à leurs familles, perdus, pour ainsi

* dire, au milieu des sectaires, habitués à voir

» la religion outragée et ceux qui la suivaient

» maltraités, la plupart cessèrent de faire profes-

» sion de leur foi; ils se laissèrent entrainer dans

» les temples protestants, ils prirent des femmes dans les familles protestantes, et leurs enfants sont aujourd'hui des sectaires, »

Avec l'émancipation s'ouvrit pour les catholiques des États-Unis l'ère de la liberté religieuse. Néanmoins, les résultats de cette grande mesure furent assez lents à se manifester, On manquait également de prêtres et de ressources » pour soutenir toutes les œuvres que réclame une Eglise au berceau

: construction d'églises et de presbytères, entretien des prêtres, ouverture d'écoles, de collèges, de séminaires, fondations | d'œuvres de charité, tout était à faire à la fois; | et les catholiques, si longtemps écrasés sous | l'oppression protestante, étaient trop pauvres |

1, Annal, de la Prop. de la Foi, Année 1858, tom. X, p. 261. |

était bien amoindrie, dans les provinces du centre et sur les bords du Mississipi. En 1803, Bonaparte, alors premier consul, tout occupé de ses projets de guerre continentale, se débarrassa de la Louisiane, en la cédant, pour une somme dérisoire, aux États-Unis. D'un autre côté, en cinquante ans, les colonies espagnoles, la Floride, le Texas, je Nouveau-Mexique et la Californie, abandonnées de la mère-patrie, livrées aux révolutions et aux intrigues des politiciens, furent forcées d'entrer dans l'Union. La grande République avait tout absorbé et dominait dé: ormais d'un océan à l’autre.

Ce changement politique fut loin d'être favorable aux intérêts du catholicisme. Une nuée d'aventuriers, gens de toutes religions, et la plupart sans religion aucune, de ministres richement rentés, de prédicants fanatiques, appartenant à toutes les dénominations, s'abattit sur ces contrées pour en faire leur proie. En quelques années, le Yankee, entreprenant et sans scrupules, eut vite fait de s'emparer du marché ct

d'un autre côté, l'œuvre de la Propagation de la <>

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