‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 171 sur 478 · CR EM 0 CU · texte numérisé non relu

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de l'emporter sur l'indolence proverbiale des créoles,

En deux ou trois générations, les Français de la Louisiane, les Espagnols de la Floride et du Texas, se virent complètement américanisés

Comment le catholicisme aurait-il pu lutter contre l'envahissement ?

La situation religieuse des colonies françaises et espagnoles était lamentable, Dans la Floride, il n'y avait, au moment de l'annexion, qu'un seul prêtre, et trois ou quatre au Texas, La Louisiane n'était guère mieux pourvue; ce ne fut qu'en 1815 qu'on put relever Je siège de la Nouvelle- Orléans ; encore, le premier titulaire, Mgr Dubourg, ne put s'établir dans sa ville épiscopale, et fut forcé, jusqu'en 1823, de résider à Saint- Louis. L'action du protestantisme put donc s'exercer sans obstacles, dans ce pays autrefois tout catholique.

Néanmoins, il y avait toujours un antagonisine latent entre le Nord et le Sud, Le Yankee protestant considérait d'un œil jaloux la prospérité des planteurs catholiques du Sud, C'est à cet antagonisme de races, bien plus qu'à la question de l'esclavage, qui ne fut qu'un prétexte, qu'on doit la guerre fratricide de 1860, On connait les résultats : le Sud, complètement écrasé par le Nord, se vit systématiquement ruiné par son concurrent victorieux ; il fut abandonné, sans défense, aux intrigues des politiciens et à l'oppression d'une majorité de noirs, affranchis sans préparation et investis, contre leurs anciens maitres, de droits politiques qu'ils étaient parfaitement incapables d'exercer avec intelligence et modération, Ce fut la ruine de tous les grands planteurs du Sud, au détriment de l'influence catholique.

TT. Voilà ce qui regarde la situation religieuse des anciens colons, établis depuis longcemps dans le pays. Parlons maintenant de ce flot continu d'émigrants qui, depuis un siècle, n'a cessé de se déverser sur ces immenses territoires, ct qui atteint, s'il ne le dépasse, le chiffre formidable de quarante millions.

Au point de vue religieux, le seul qui nous intéresse ici, ces émigrants, dont la moitié, au moins, appartenaient au catholicisme, se rattachent à plusieurs nationalités.

En tête de ces émigrés volontaires, qui ont

abandonné leur patrie pour s'en faire une seconde, de l'autre côté de l'océan, il faut placer les Irlandais, Pour échapper à l'oppression religieuse et aux famines périodiques, que la mauvaise constitution de la propriété entretient dans la fertile Irlande, chaque année, deux à trois cent mille enfants de la Verte-Erin s'arrachent en pleurant aux rivages aimés de leur pays, et vont demander à un autre sol ce pain quotidien, que la haine implacable de l'Anglo-Saxon refuse à leurs labeurs, Mais, sous quelques cieux qu'ils s'exilent, des rivages de l'Australie aux plaines du Nouveau-Monde ils emportent avec eux l'indestructible amour de la patrie irlandaise et de la foi catholique, poui lesquelles iis ont tant souffert,

Comme l'écrivait, en 1850, un évêque américain (1) : € On dirait qu'il a plu à la divine Pro- » vidence de tenir ce peuple fidèle sous le » pressoir, afin qu'il quittât la demeure de ses » pères, et que sa dispersion fût une semence de » catholiques chez les nations lointaines, »

Ce sont les Irlandais qui, au nombre d'environ quatre millions, forment aux États - Unis la majorité de la population catholique. Chaque année, un, contingent de cent à cent-cinguante mille âmes vient peupler les paroisses du Nouveau-Monde, Croupés en associations, les enfants de saint Patrice savent se soutenir et se faire respecter des protestants américains ; ils pourvoient, avec une générosité qui ne se lasse jamais, à tous les besoins du culte et à l'entretien de leurs évêques et de leurs prêtres. Plus d'un grand État catholique pourrait envier pour son clergé les largesses royales que « ce peuple de mendiants », comme l'appelle avec dédain l'Anglais, fait chaque année pour soutenir l'éclat du culte et les œuvres de l'apostolat,

À côté de l'émigration irlandaise, la race française ne formerait, aux États-Unis, qu'un appoint insignifiant, si, depuis une trentaine d'années, les Franco-Canadiens, à l'étroit désormais chez eux, n'avaient débordé dans les États voisins, en y apportant un contingent de sept à huit cent mille âmes.

Il faut dire un mot de cette émigration francocanadienne aux États-Unis, parce qu'elle s'y présente avec des caractères particuliers,

Pendant que toutes les autres races, sans

1. Mgr Byrno, premier évêque de Little-Rock. Ammales de la Propagation de la Foi,

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excepter les Irlandais, s'américanisent promptement et se fondent, au bout d'une ou deux générations, dens la grande République Américaine, les Français du Canada, émigrés aux États-Unis, entendent bien y garder leur langue, leurs mœurs et leur nationalité, comme ils l'ont fait au Canada, sous la main, peu douce cependant, des Anglais, Ils ne veulent pas entendre parler de se laisser absorber peu à peu, comme il est arrivé aux anciens colons français de la Louisiane ; et,

ÉTATS-UNIS, — Mission de la Conception : d'après un croquis de M. Domenec,

Partout où il s'établit, le Français aime à rester lui-même, Français d'allures et de caractère, avec ses qualités nationales et aussi ses défauts : gai, insouciant, spirituel, causeur, mais dans sa propre langue, car il se montre absolument rebelle à apprendre et à parler une langue étrangère ; un peu léger, un peu glorieux, prompt à s'enflammer, mais sans rancunes, extrêmement chauvin à l'étranger, et trouvant généralement, à tort ou à raison, que, chez les autres peuples, rien ne vaut la France, Tel cest, très particulière-

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malgré les contradictions acharnées qu'une pareille prétention suscite chez tous les Américains, catholiques aussi bien que protestants, ils espèrent échapper à l'absorption, et rester Français aux États-! nis, Si leur espoir se réalise, ce sera encore la religion qui, là comme au Canada, aura été la sauvegarde de la nationalité.

I faut reconnaitre que la race française, bien qu'éminemment sociable, s'est toujours prêtée assez mal à l'assimilation avec les autres peuples,

l'un des premiers missionnaires du Texas.

ment, le type du Franco-Canadien, émigré aux États-Unis.

Avec ce caractère, l'émigrant doit rencontrer sur sa route bien des déboires et bien des diff. cultés, Les premiers qui passèrent du Canada aux États-Unis, en firent la douloureuse expérience : isolés, au début, au milieu des populations dont ils n'entendaient pas la langue, dont le caractère froid et formaliste répuügne absolument à la vivacité du leur, les premiers émigrants se laissèrent très vite aller au découragement, ct nulle part ils

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ne se sentirent chez eux, pas même à l'église, où l'on préchait en anglais; la raideur administrative du clergé américain contrastait absolument avec la bonhomie et la rondeur de leur ancien curé canadien, Aussi, en dix ans, la moitié s'était déjà éloignée des pratiques religieuses. Ils allaient perdre, du même coup, leur nationalité et leur foi, si l'évêque de Burlington, un Breton, Mgr de Goesbriand, inieux capable que personne d'apprécier les besoins religieux de ses compatriotes, n'avait fait retentir un cri d'alarme (1): Si on ne vole au secours de ces émigrés, ils vont perdre leur foi et déshonorer leur nation... Les Canadiens ont besoin de missionnaires de leur nation ; ils ont besoin d'églises séparées, Drev, dans sa Providence, veut que les nations soient évangélisées, au moins généralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes et ieurs dispositions. }

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Ce cri d'al: me fut entendu : les évéques des É:ts-Unis, particulièrement ceux des États de l'Est, dans lesquels les Canadiens sont plus groupés qu'ailleurs, s'élevèrent généreusement audessus des préjugés de races et de nationalités, pour ne voir que le bien des âmes, et la plupart secondèrent de tout leur pouvoir la fondation, dans leur diocèse, de paroisses séparées pour les Canadiens français,

De leur côté, les émigrants ne s'épargnèrent pas. En vingt ans, ils ont construit, dans les Etats de l'Est, cent vingt églises paroissiales, desservies par cen£ cinquante prêtres canadiens, qu'ils entretiennent à leurs frais. Quelques-unes de ces églises ont coûté de soixante à cent mille piastres (509.000 francs). De pauvres ouvriers, chargés de nombreuses familles, ont su ainsi prélever sur leur salaire de quoi loger dignement le bon Dieu et son prêtre.

Et à côté de l'église et du presbytère, l'école catholique est tenue le plus souvent par des religieuses venues du Canada. Sur les cent vingt parc.sses, d'nt je viens de parler, crvguante ont leur couvent-école, la plupart d'une valeur de quinse à vingt mille piastres, et là où l'on n'a pu encore construire le couvent, partout au moins, vous trouvez l'école paroissiale, entretenue aux frais des chefs de famille. Couvents et

1, Lettre au Protecteur canadien. Mai 1869.

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU X1Xe SIECLE,

écoles donnent ainsi une éducation catholique et nationale à plus de 30.000 enfants,

Ai, sur une terre étrangère, l'émigré canadien a su garder sa foi et ses traditions reuigieuses ; il a reconstitué aux États-Unis la vieille paroisse canadienne, gardienne des vieilles mœurs et de la nationalité, Tout en restant loyalement respectueux des institutions et des lois de sa patrie d'adoption, il affirme résolument et nette. ment son programme, et ce programme se réstime en trois mots :

€ Notre religion, notre langue, notre nationa- » lité!»

Quatre-vingts sociétés de Saint-Jean- Baptiste, douze journaux rédigés en français, de nombreux congrès, dans lesquels les délégués des diverses associations se réunissent chaque année, pour discuter leurs intérêts religieux et politiques, complètent cette forte organisation de l'émigration franco-canadienne, et semblent promettre à ce peuple intéressant qu'il « ‘happera à l'absorption de la grande République

On comprend que les Américains, surtout ies protestants, voient de mauvais œil cette tendance, Déjà le principal journal protestant de Boston, L'Américain,a poussé un cri d'alarme(r): €Son- » gez-y, Américains patriotes, les Jésuites fran- » çais ont conçu le projet de former une nation » catholique avec les provinces de Québec et de » la Nouvelle-Angleterre. Les Français sont > plus d'un million aux États-Unis : ils rem- » plissent vos fabriques, achètent vos fermes, » S'introduisent dans vos législatures et y exer. » cent une influence puissante, Le nombre de » leurs enfants est inimaginable pour des Ame- » ricains. Ces enfants, on les éloigne des écoles » publiques, pour leur donner une éducation » tout semblable à celle qu'ils auraient reçue au » Canada ; on leur dit qu'en apprenant l'anglais,

ils perdront leur langue, leur nationalité, leur » religion ; on les élève comme race étrangère, » distincte, soumise au Pape en matière reli- >» gieuse et politique. Bientôt, unis aux Irlandais, > ils vous gouverneront, vous, Américains, ou » plutôt le Pape vous gouvernera, car ces masses » le reconnaissent pour maitre, »

Les catholiques américains eux-mêmes se montrent actuellement assez mal disposés à l'égard de leurs frères émigrés du Canada.

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