‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 193 sur 478 · Le Magasin mensuel, juin · texte numérisé non relu

Le Magasin mensuel, juin

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que son élévation à la pourpre romaine devint littéralement une fête nationale : on fit accueil, dans toutes les classes de la se cité, aux envoyés du Souverain Pontife, qui lui apportaient la barrette ; une souscription s'organisa pour offrir au Pontife, en souvenir, un magnifique diamant entouré de rubis, monté en bague ; enfin tous les journaux, sans distinction de nuances politiques ou religieuses, s'unirent pour reconnaitre l'honneur que le Vicaire de Jésus-Cirrisr venait d'accorder à la grande République, en faisant choix d'un de ses enfants pour le faire entrer dans le Sacré-Collège, Hélas! que nous sommes loin chez nous de l'Amérique! ce n'est pas l'Atlantique seulement qui nous sépare, c'est tout un abime de préjugés et de haines.

Depuis longtemps, les noms des grands hommes de l'épiscopat américain ont traversé l'Océan et sont venus jusqu'à nous,

On connait de réputation au moins, en France, le cardinal Gibbons, archevêque actuel de Bal timore et fondateur de l'Université catholique de Washington ; Mgr Ryan, archevêque de Philadelphie, surnommé pour son éloquence le Monsabré de l'Amérique ; Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, dont les journaux français de toutes nuances ont loué le caractère sympathique, lors de son dernier passage à Paris. On peut affirmer, sans exagération, que l'épiscopat des États-Unis n'a rien à envier à celui de n'importe quelle Église,

Grâce à la liberté absolue dont ils jouissent là-bas dans le gouvernement de leurs Eglises, à l'absence de ces entraves tyranniques, articles organiques, déclarations d'abus , bencplacitum regtum, dans lesquelles les gouvernements de la vicille Europe ont, depuis trois siècles, enchainé l'Église, les évêques des États-Unis se réunissent librement en conciles pléniers et provin- CiAUX, pour statuer en commun sur la situation toute nouvelle où se trouve le catholicisme

américain, Bien des dispositions de l'ancien droit sont devenues inapplicables dans nos sociétés modernes ; des besoins nouveaux réclament, sur beaucoup de points, une législation nouvelle, Dans ces grandes assises, qui se tiennent régulièrement, selon les prescriptir*s du droit, les évêques, sous la direction Sup re du Vicaire de Jésus-Curisr, organisen, les nouvelles Églises, et mettent la législation ecclé-

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siastique en harmonie avec les nécessités du monde moderne, Hélas! au lieu de déclamer contre l'esprit arriéré du catholicisme, que ne laisse-t-on, dans notre vieille Europe, nos évéques se réunir librement, pour se concerter sur les besoins de leurs Églises ! Inspirés de l'Esprit d'en haut, animés, quoi qu'on en dise, des intentions les plus conciliantes et les plus miséricordieuses envers la société, ils auraient vite fait

Mgr Charles-Jean Seghers, archevêque de Vancouver, né à Gand (Belgique), le 26 décembre 1839, massacré au cours d'une visite pastorale dans l'Alaska, le 28 novembre 1886.

d'éclairer les malentendus qui nous divisent, et de trouver le remède aux maux dont nous souffrons. Après tout, ces dispositions restrictives se comprenaient encore, quand l'État faisait siennes les lois de l'Égl' : et veillait à leur exécution : aujourd'hui, qu'a-t-il à y voir? Les évêques ont, comme tout le monde, le droit de se réunir et de se concerter ; leurs règlements n'obligent que ceux qui s'y soumettent volontairement.

À côté des premiers pasteurs, les simples

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prêtres, Leur nombre s'est élevé, au cours de ce siècle, de rente à huit mille. { et pourtant, ce n'est pas assez; il faudrait aux États-Unis vingt mille prêtres, pour répondre aux besoins actuels des populations, et convertir

C'est beaucoup,

ces millions de dissidents, qui forment encore les sept huitièmes de la population,

Pendant la première moitié du siècle, les États-Unis furent évangélisés presque exclusivement par des missionnaires venus de la France, de l'Irlande, de l'Allemagne, du Canada, ct, dans une proportion plus faible, des autres États c: itholiques. Dans la seconde moitié du siècle, la situation s'est améliorée, et l'Église des États-Unis commence à avoir un clergé à elle, composé d'environ trois mille prêtres originaires du pays. Ce n'est pas assez, Une Église, qui est sortie de l'état de mission, doit régulièrement se suffire pour le recrutement de son clergé, Sous ce rapport, le Canada est bien plus avancé que les États-Unis. Cela provient, sans doute, du caractère indépe ndant et de l'esprit mercantile du Yankee, L'É lise exige de ses prêtres l'esprit de soumission et d' humilité : elle na à leur offrir, en échange, que la pauvreté, le travail et la croix.

Cela ne saurait convenir à une race orgueilleuse et riche, qui place au premier rang de ses préoccupations le culte des intérêts matériels, arfum de Rome (1), Louis Veuillot écrivait en 1860 : € Le catholicisme américain

Dans le

> est américain comme tout le reste : il donne » peu à l'Église, Malgré les collèges et les » séminaires, il faut que les prètres viennent » d'Europe, S'il n'en venait plus, si le sacerdoce » se recrutait dans cette race marchande, aven- » turière et grossière, je craindrais le résultat, » Je me permets ici d'être d'un avis absolument opposé ; je fais des vœux pour que cette race intelligente et pratique, qui, bien qu'en dise l'illustre publiciste, donne beaucoup à l'Église, puisque, sans budget de l'État, elle soutient noi «ment son clergé et ses œuvres, ne se contente plus de fournir ses dollars, mais qu'elle se donne un peu plus elle-même. Les 1684 élèves ecclésiastiques qui se préparent à cette heure au sacerdoce, dans les cingt-trois grands séminaires de l'Union, permettent d'espérer que

ce vœu sera de plus en n plus exaucé,

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