‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 243 sur 478 · VAS · texte numérisé non relu

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versé la barrière élevée entre les Arabes et nous, Ce premier succès ne devait pas être le seul. Peu à peu l'administration dut se résigner à laisser l'Eglise catholique pratiquer, au milieu des populations musulmanes, l'apostolat pacifique de la charité, le seul d'ailleurs qu'elle réclame et qui soit possible en ce moment.

€ Pour l'expansion du catholicisme, écrivait, » en 1873, Mur Lavigerie, je ne demande pas » autre chose que la persuasion et la liberté : et > cette liberté même, je ne veux pas en user » encore pour la prédication directe de la foi » aux Arabes. Non, je crois que cette prédi- » cation, faite imprudemment, au lieu de hâter » l'œuvre, l'éloignerait, et la rendrait à jamais » impossible, en faisant naître le fanatisme. Je » pense que le rapprochement doit s'opérer peu » à peu, par l'exemple, par les bienfaits, par la » charité, par le temps enfin, l'artisan ordinaire > de toutes les choses durables. »

Dès 1873, les PP. Jésuites pénétraient dans la grande Kabylie, où ils fondaient trois postes : l'un au Fort National, chez les Beni-Iraten, les deux autres chez les Beni-Yenni et les Beni- Fraoucen. Partout ils se firent respecter, en ouvrant dans ieurs maisons dispensaires et écoles. Les décrets du 28 mars ont forcé les Jésuites à quitter la Grande-Kabylie; mais ils n'étaient pas seuls à travailler chez les Berbères de l'Atlas, et leurs compagnons sont restés.

En parlant de la préfecture apostolique du Sahara, je reviendrai sur l'organisation des missions de Ja Kabylie.

Mais ici une question préjudicielle se pose : l'apostolat des musulmans d'Algérie est-il possible ?

Pour répondre à cette question, il faut avoir soin de distinguer entre les différentes races qui peuplent notre grande colonie africaine, A notre arrivée en Alvérie, nous trouvâmes, dans Îles villes du littoral, des Arabes et des Maures, ceux-ci descendants des anciens musulmans chassés d'Espagne, ceux-là venus, au xnf siècle, de la péninsule arabique. Les uns et les autres ont tout le fanatisme et l'orgueil farouche des disciples du Prophète, et l'apostolat catholique na rien à faire avec eux, au moins pour le moment, Mais il en est autrement des tribus berbères de l'intérieur, qui sont les descendants des anciens chrétiens d'Afrique, et qui ont

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe

SIÈCLE

gardé, dans leur apostasie, bien des restes du christianisme,

Quand les sectateurs de Mahomet envahirent l'Afrique au vue siècle, les chrétiens, forcés d'abandonner aux vainqueurs les villes du littoral, les plaines et les vallons fertiles des bords de la mer, se réfugièrent, les uns, dans les montagnes inaccessibles de l'Atlas (Kabyles), les autres, dans les oasis du grand désert (Mzabites et Touareg). Mais les uns et les autres conservérent leur langue nationale, le berbère, et leurs traditions civiles et religieuses. Jusqu'au x1e siècle, il parait même qu'ils eurent un clergé, puisque nous voyons l'évêque africain Servandus sacré à Rome par saint Grégone VIT, qui le renvoya ensuite à son troupeau, C'est le dernier document historique qui nous soit parvenu sur les chrétiens d'Afrique. Refoulés loin des côtes, sans communication possible avec l'Europe chrétienne, il est probable qu'ils perdirent successivement leurs évêques et leurs prêtres, et qu'ils se laissèrent entrainer peu à peu à embrasser le mahométisme, Mais il est à remarquer qu'aujourd'hui encore, les Arabes refusent de les reconnaitre pour de vrais croyants, et que la haine la plus vivace n'a cessé d'exister entre les Arabes, la race conquérante, et les tribus berbères de l'intérieur, Il est bien fâcheux qu'à l'époque de la conquête, cet antagonisme de races et de croyances ait été ignoré des Français. En nous appuyant sur les Berbères, qui forment les trois quarts de la population algérienne, il nous eût été facile de soumettre les Arabes et de nous assurer la possession tranquille du pays.

Mais, dira-t-on, ces Berbères ne sont-ils pas

musulmans aussi bien que les Arabes ?

Sans doute, ils sont musulmans, mais combien ils différent des vrais Arabes! D'abord, en subis-

sant le Coran comme loi relivieuse, ils ont tou-

jours refusé de l'accepter comme loi civile, Leur

code national est le droit romain, et porte un nom significatif, e/ A'anoun, le canon, mot d'origine évidemment chrétiene, Chez eux, l'organisation municipale, la constitution de la propriété sont réglées sur le droit romain. Il en est de méme de la famille : pendant que tous les peuples musulmans, de la Chine au centre de l'Afrique, ont embrassé la polygamie et réduit la femme en esclavage, seul, le Berbère a conservé

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