CARTHAGE
Village sur les ruines de ( D'après une photographie envoyée par S, Em, le C
:PTENTRIONALE, 1800-1890. 359
! la moyenne
ordinaire 20.000,
Variait de 10.000 à
On n'a pas l'idée aujourd'hui des souffrances qu'enduraient, dans les États barbaresques, les chrétiens captifs. Voici le table
au qu'en trace un historien moderne | DE
€ Les prisonniers se divisaient en deux classes : > la première comprenait le capitaine et les offi- > ciers du bâtiment Capturé, avec leurs femmes > et leurs enfants. Cette première classe était > soumise à un travail moins dur que celui des » simples matelots, qu'on vendait au plus offrant.
» Les enfants ctaient Presque tous envoyés au
larthage, ————— ardinal Lavigerie,
> palais du Dey, ou dans les maisons des pre- » mières familles : les femmes servaient les
dames maures, ou entraient dans les harems.
» Mais les plus malheureux étaient ceux qu'on » émployait aux travaux publics. [ls étaient » nourris de pain grossier, de gruau, d'huile » rance et de quelques olives, L'État leur accor- » «lait pour tout vêtement une chemise, une > tunique de laine à longues manches et un » manteau, Chaque bagne formait un vaste édises et sombres, » Qui contenaient chacune de
guinse à seize » esclaves, Une natte pour
quelques-uns et la
> terre humide pour le plus grand nombre, leur » servaient de lit. C'était [à
qu'étaient détenus » les esclaves de l'Etat,
Ceux des particuliers » étaient généralement mieux traités, surtout > Ceux qu'on présumait rachetables, »
Pendant des siècles , l'Europe chrétienne .
malgré les objurgations des Souverains-Pontifes, SUpporta à ses portes un pareil état
Mais si les I
de choses,
rinces chrétiens, distraits par les préoccupations évoistes de la politique et leurs guerres intestines, faillirent à tous leurs devoirs envers leurs nationaux réduits en esclavage, 1. Éxtraits de l'histoire d Algerie, par Galibert,
vr
captifs, ét, ne pouvant mieux faire, elle prit soin de leur envoyer des apôtres, pour adoucir leurs maux et les maintenir dans la foi, Qu'on se représente la situation navrante de ces malheureux, courbés jour et nuit sous le bâton du garde chiourme, insultés à chaque instant par les cruels ennemis de leur foi, raillés par des milliers de renégats, qui faisaient parade devant eux d'un bien-être acheté au prix de l'apostasie. Que de tentations délicates pour ces infortunés ! Que de désespoirs à consoler! Que de martyrs à préparer au dernier supplice ! La moindre désobéissance, un mot, un geste surpris par hasard, une dénonciation, ou un imple caprice du maitre, « malheureux chrétien était condamné à étre brûlé vif, lapidé, empalé, suspendu vivant aux crocs de fer qui garnissaient les portes de la ville, Le missionnaire était là pour l'encourager à la mort: il prenait soin d'ensevelir ses restes mutilés; quelquefois il était appelé à lui donner l'exemple du martyre, et il le précédait dans les tortures, Pendant cinq siècles, 1.009 à 1.209 religieux moururent ainsi, victimes de leur héroïque dévouement,
Puis, de temps en temps, on voyait les saints apôtres repasser lt mer et rentrer en Europe pour mendier, au nom de Jésus-Crrisr, la rançon des captifs. Des calculs précis permettent établir que, de 1195 à 1805, les Trinitaires et les PP, de la Merci réunis ont racheté, dans les Etat 5 wbaresque 5 1 200:009 esclaves chrétiens, Au prix moven de 6.009 francs (1), cela fait scpé milliards deux cent millions de francs mendiés sou par sou, à la porte des châteaux et des chaumièses : car, en ces âges de foi, nulle porte n'était fermée aux rédempteurs des pauvres esclaves chrétiens retenus chez les Maures. Et voila les hommes que les nations catholiques ont proscrits, comme des parasites inutiles à la SOCIÉTÉ
On sait que, de 1605 à 1607, saint Vincent de Paul fut esclave en Tunisie. Son maitre, un
convertit au spectacle de
lai liberté et revint avee
| ien Europe, Plus tard, le saint prétre, devenu
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l'Eglise catholique n'oublia jamais ses enfants
laissés derrière lui en Tunisie, [1 leur envoya quelques-uns de ses enfants, qui, jusqu'à la Révolution, travaillèrent avec beaucoup de zèle, à Tunis et à Alger, au soulagement spirituel et temporel des captifs.
En 1652, le Saint-Siège érigea la Tunisie en préfecture apostolique, confiée aux fils de saint François. Cette préfecture subsista jusqu'en 1842; elle fut remplacée alors par le vicariat apostolique de Tunis.
Cependant la puissance du Croissant allait déclinant de jour en jour, Déjà en 1535, Charles- Quint s'était emparé des forts de Tunis, avait délivré d'un seul coup près de 200.000 captifs, et assuré, pour une période de quarante ans (1535-1574), la liberté du culte’ catholique à Tunis. Après la reprise de la ville par Sélim I, les princes chrétiens avaient conclu avec le Dey de Tunis des traités pour la délivrance de leurs nationaux, et les consuls de chaque nation, installés dans la ville, en surveillaient l'exécution. Pour la France en particulier, un premier traité, passé en 1604 entre Henri IV et le Dey de Tunis, avait été renouvelé sous Louis NIV (1685), sous Louis XV (1770), sous Louis XVI (1782) et sous le premier consul Bonaparte (1802). Evidemment les beaux jours de la piraterie étaient passés. En 1800, il ÿ avait encore 2.000 esclaves chrétiens en Tunisie : en 18r2, il n'en restait plus que 509; en 1815, les Trinitaires abandonnaient la mission, où leur œuvre rédemptrice était achevée ; enfin, en 1816, une ordonnance du Dey abolissait solennellement
l'esclavage à Tunis.
Depuis cette époque, mais surtout à partir de la conquête de l'Algérie par les Français, les Deys de Tunis ont toujours montré de la bienvéeillance à la mission franciscaine, qui à grandi lentement, avec le développement des relations commerciales et l'accroissement de là population chrétienne dans le pays.
En 1834 il y avait déjà en Tunisie 7,670 catholiques, partagés entre hüit stations, On comptait aussi 300 grecs schismatiques, 100 protestants ét 1.000.000 de musulmans.
En 1840, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition arrivérent en Tunisie. Au bout de
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EPTENTRIONALE, 1800-1890. 361
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PUYVUETT
TUNISIE, — Le Rachat des Captifs par les Trinitaires,
En 1855, les Frères des Écoles chrétiennes furent appelés à leur tour. Avec leurs succès
Missions catholique
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habitue!s, ils comptèrent bientôt dans leurs écoles environ 500 élèves, appartenant à toutes les dénomirations religieuses : catholiques, juifs et musulmans.
Dès 1843, vu les progrès de la mission, Grégoire XVI avait érigé la préfecture en vicariat apostolique. Pour la première fois depuis 1076, la mission de Tunis voyait à sa tête un évêque catholique.
Cependant la France ne pouvait se désintéresser d'un pays où elle avait laissé tant de grands souvenirs, et que son voisinage de l'Algérie appelait nécessairement à tomber tôt ou tard sous notre influence, Déjà &n 1842, le gouvernement de Louis-Philippe s'était fait céder l'emplacement présumé du lieu où mourut saint Louis, pour y élever un oratoire desservi par un prêtre français aux frais de la France. Grâce à nos perpétuels changements de dynasties, cette chapelle était tombée, sous l'Empire, dans un état d'abandon déplorable, Elle fut rouverte en 1874, et confiée aux Missionnaires d'Alger. C'était ouvrir la porte en Tunisie à l'influence française,
À peine installés, les Pères Blancs s'empressèrent d'établir auprès de la chapelle de Saint- Louis une école indigène (1877) Deux ans plus tard, ils fondaient à Tunis le collège de Saint-Charles ; en 1882, iis ouvrirent à Carthage un grand séminaire, qui compta aussitôt une vingtaine d'élèves
Pendant ce temps, de graves événements politiques s'étaient déroulés en Tunisie. Menacée dans sa légitime influence par les convoitises de l'Italie, la France avait forcé le Dey de Tunis à accepter notre protectorat. Après une lutte de quelques mois contre les Kroumirs, la France était maîtresse de la Tunisie, Il ne lui restait qu'à organiser le pays,
La présence de nos compatriotes à Tunis appelait naturellement l'établissement d'une mis. sion française, En 1884, le Saint-Siège rétablissait l'antique métropole de Carthage, en plaçant à sa tête Mgr Lavigerie, et voulut, par une dérogation spéciale aux règles du droit, que le prélat conservât à la fois les deux sièges d'Alger et de Carthage. Comme complément naturel de cette mesure, le vicariat apostolique était supprimé l'année suivante.
En ‘abandonnant l'administration de la mis-
LIQUES AU XIXm SIÈCLE.
sion de Tunis, lés RR. PP, Franciscains la laissaient dans une situation prospère : 13 stations, 9 églises, plusieurs chapelles, 3 hôpitaux, des écoles de Frères et de Sœurs fréquentées par plus d'un millier d'enfants, et 18,000 catholiques, témoignaient suffisamment que Dieu avait largement béni, au cours de ce siècle, le travail des fils de saint François.
Cette situation n'a fait que grandir sous la direction de l'éminent Cardinal, dont un publiciste italien écrivit qu'à lui seul il valait une armée pour le développement de l'influence française en Tunisie, Bien que le gouvernement se soit complètement désintéressé de l'organisation ecclésiastique de la Tunisie, le prélat a su faire face à tout.
Voici la situation religieuse de l'archidiocèse de Carthage en 1890 :
19 Personnel : 1 archevêque, 1 évêque auxiliaire, 53 missionnaires. dont 23 prêtres séculiers et un indigène,
Communautés religieuses, hommes : Capucins, 11 prêtres, 3 Frères lais, Missionnaires d'Alger, 19 prêtres, 17 profès, 4 Frères, Frères des Écoles chrétiennes, 18. Frères de la Bienheureuse Vierge Maric. Au total, environ 100 religieux.
Femmes : Carmélites. Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition. Sœurs de Notre-Dame de Sion. Sœurs des Missions d'Alger. Sœurs de Bon-Secours. Sœurs Missionnaires de Marie, Petites Sœurs des Pauvres. Au total, environ 200 religieuses.
2° Œuvres : Cathédrale de Carthage, consacrée au mois de mai 1890. Pro-cathédrale de Tunis, 22 églises paroissiales, 26 chapelles de communautés. 1 séminaire À Car. thage (Missionnaires d'Alger), 54 élèves. 1 collège à Tunis (Missionnaires d'Alger), 250 élèves. 4 écoles commerciales (Frères des Ecoles chrétiennes), 580 élèves. 15 écoles de paroisses, environ 2.000 enfants. Plusieurs hôpitaux avec dispensaires, tenus par les Sœurs La Tunisie a près de 2.000.c00 d'habitants, ainsi répartis : catholiques, 27.000 ; juifs, 45.000 ; protestants et grecs schismatiques, 1.500 ; le reste musulmans,
Statistique comparée de la mission de Tunis.
En 1800 : 1 préfet apostolique, 3 missionnaires, 3 églises ou chapelles, o école, 2.000 catholiques,
En 1840 : 1 préfet apostolique, 6 missionnaires, ? églises ou chapelles, ? écoles, 8.000 catholiques.
En 187v : 1 vicaire apostoliqne, 16 missionnaires, 13 églises où chapelles, 6 écoles, 14.088 catholiques,
En 1890 : 1 archevêque, 1 évêque auxiliaire, 53 missionnaires, 50 églises ou chapelles, 20 écoles, 27.000 catholiques,
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