EL 6 II. — MISSIONS D'ÉGYPTE
'Écvere, la vieille terre des Pharaons, fut, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, le jardin de l'Église, Elle était célèbre au loin par le génie de ses docteurs, sortis de la fameuse école d'Alexandrie, et par les merveilleuses austérités des moines de la Thébaïde. Origène, Clément, Athanase, Cyrille, Paul, le fcadateur de la vie érémitique, Antoine, Pacôme, que de noms glorieux dans les annales de l'Église d'Égypte! Mais, à la fin du ve siècle, sa gloire s'éclipse tout à coup. Avec Dioscore, l'hérésie monophysite s'asseoit sur le siège patriarcal d'Alexandrie, et les trois cents évêques de la vallée du Nil suivent docilement l'exemple de leur patriarche ; l'hérésie d'Eutychès, sortie d'un monastère de Constantinople, pénètre rapidement jusqu'au fond des Zaures les plus reculées de la Thébaïde : les pieux solitaires s'y attachent avec une obstination fanatique et dès lors le schisme entre Rome et Alexandrie est consommé pour des siècles. Bientôt l'invasion musulmane vient mettre une barrière de plus entre l'Occident et l'Égypte. C'est en l'an 641 que les disciples du Prophète, appelés par les Cophtes eux-mêmes, en haine du catholicisme, envahirent le pays. Moins fanatiques qu'en Tunisie, ils respectèrent généralement la situation religieuse des chrétiens devenus leurs sujets, tout en les tenant soigneusement asservis à leur dure et Capricieuse domi-
mn
+ —— TUNISIE. — Chapelle Saint-Louis à Carthage, ——……—… “+
nation, Comme l'écrivait, en 1856, Mgr Guasco, délégat apostolique du Saint-Siège, «les chrétiens d'Égypte peuvent être comparés aux enfants d'Israël vivant sous la domination des Pharaons, jusqu'à ce que l'Europe, prédominant en Égypte par ses conseils ou par ses armes, comme Moïse avec sa verge, réussisse à les affranchir de la servitude (1). »
Le xixe siècle aura vu se lever sur l'Éxypte l'aurore de la délivrance, et c'est encore à l'in-
fluence catholique et française que les chrétiens d'Égypte devront l'allègement du joug séculaire qui pèse sur eux,
La fameuse expédition d'Égypte, à la fin du dernier siècle, si elle échoua au point de vue militaire, produisit, sous d'autres rapports, des résultats sérieux, En faisant connaître et estimer au loin le nom de la France, elle posa en ce pays la base de notre influence, Au contact des idées européennes, l'É.
gypte avait tressailli. Bon gré, mal gré, ses gouvernants allaient être entrainés dans le grand courant de la civilisat'on occidentale, Le célèbre Méhémet-Ali contribua beaucoup à accélérer le mouvement, Né dans les derniers rangs de la société (il était rameur dans sa jeunesse), il s'éleva graduellement par son propre
mérite au premier. Devenu vice-roi d'Égypte, il se rendit à peu près indépendant de Constantinople, conquit la Syrie en s'appuyant sur les sympathies de la France, et, si la jalousie de l'Angleterre , encouragée par notre propre