‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 478 · PA 4Y · texte numérisé non relu

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d'un de ces prêtres sacrilèges. Dans le Wurtemberg, plus de quarante communes s'adressèrent au roi, déclarant qu'elles aimaient mieux se passer de prêtres que d'avoir des prêtres mariés. Dans le duché de Bade, pendant plusieurs mois, les populations s'abstinrent d'assister à la messe de ces misérables ; le dimanche, on voyait de longues files de pèlerins traverser le Rhin, pour venir dans le diocèse voisin de Strasbourg, entendre la messe d'un vrai prêtre catholique.

Une pareille attitude fit réfléchir les apostats et les força de rentrer en eux-mêmes. Peu à peu ils revinrent au sentiment de l'honneur sacerdotal ; de meilleurs choix épiscopaux placèrent sur les principaux sièges des hommes apostoliques. En vingt ans, il se fit une rénovation complète de l'Église d'Allemagne, et à l'heure actuelle, son clergé est un des plus méritants du monde cathoïique.

Les gouvernements protestants firent tout ce qu'ils purent pour contrarier cette résurrection religieuse. Héritiers des traditions césariennes de Napoléon, les princes allemands, en signant des concordats avec le Souverain - Pontife, s'étaient réservé, 2x petto, d'y ajouter des articles organiques, afin de mairtenir sous le joug l'Église du Curisr. La lutte s'engagea bientôt en Prusse sur le terrain des #ar1ages mixtes.

On sait combien l'Église répugne à ces mariages entre catholiques et protestants, dans lesquels la foi des enfants est presque toujours sacrifiée, et dont le résultat le plus net est d'amener la famille à une déplorable indifférence religieuse, La législation ecclésiastique à ce sujet n'a jamais varié. Avant d'accorder la dispense, l'Église exige des deux parties la promesse formelle d'élever dans la foi catholique tous les enfants à naître; et pour témoigner l'horreur qu'elle a de ces tristes unions, elle enjoint à ses ministres de n'y assister qu'en qualité de témoins, et sans les solennités ordinaires.

Or ces mariages mixtes étaient aux mains du gouvernement prussien un instrument de prosélytisme et de perversion contre les catholiques. Inondant de ses fonctionnaires protestants les évêchés des bords du Rhin, il les poussait sous main à s'introduire dans les familles catholiques, afin de protestantiser peu à peu le pays. Dans ce péril imminent pour la foi, il est triste

d'avoir à reconnaitre que les évêques catholiques ne surent pas d'abord faire tout leur devoir.

En 1828, l'archevêque de Cologne et ses suffragants avaient consulté le Pape sur la conduite à tenir dans ces conjonctures diffciles, Pie VIIT leur répondit par le bref du 15 mars 1830, dans lequel il leur rappelle la discipline universelle de l'Église, et leur ordonne de l'appliquer sans relâchement. Le roi de Prusse trouva bon de supprimer la réponse du Pape, et l'archevêque Speigel trahit l'Eglise, en signant, avec le ministre des cultes, une convention dans laquelle il promettait d'adoucir la discipline. Or ces adoucissements n'allaient à rien moins qu'à ruiner toute la législation ecclésiastique sur la matière : plus de promesse d'élever les enfants dans la foi catholique, la chose est laissée à la conscience des parents ; quant à la solennité extérieure, on ne devra la refuser que dans des cas fort rares. (Convention entre l'archevêque de Cologne et le ministre des cultes, 19 juin 1834). Les trois suffragants de Cologne, Trèves, Munster et Paderborn, donnèrent leur adhésion.

Grégoire XVI, ayant eu avis de cette convention clandestine, en parla au ministre de Prusse, qui nia d'abord. Dieu n'allait pas tarder à intervenir par des coups terribles.

À la fin de cette année 1834, l'archevêque Speigel, frappé par la mort, s'en allait rendre compte à Dieu de sa déplorable administration. Il fut remplacé sur le siège de Cologne par un véritable Pontife, Mgr Clément-Auguste de Droste-Vichering, frère de l'évêque de Munster.

Quelques mois après, l'évêque de Trèves fut frappé à son tour. Au moment de paraître devant Dieu, il écrivit au Pape pour rétracter son adhésion et lui dévoiler toute sa fraude.

Ces deux exemples ouvrirent les yeux aux coupables. Les évêques de Munster et de Paderborn retirèrent leur signature, et le nouvel archevêque de Cologne déclara qu'il observerait la convention conclue par son prédécesseur, mais selon la teneur du bref pontifical et non autrement. Pour le punir de sa courageuse résistance, le gouver nement prussien le fit jeter en prison (27 novembre 1837): il y demeura jusqu'à la mort de Frédéric-Guillaume FIT (1840). L'archevèque de Posen, Mgr Martin de Dunin, coupable du même crime, subit la même peine,

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Cette persécution fut le salut de l'Église d'Allemagne. Le courage apostolique des deux confesseurs réveilla le clergé de sa coupable léthargie. On était si bien habitué, depuis Joseph I, à voir l'Église plier devant l'État, que l'impression en Europe, aussi bien qu'en Allemagne, fut profonde. Les catholiques apprirent à se compter et à se grouper autour de leurs pasteurs, pour la défense du droit sacré de la conscience, Les protestants, habitués à voir dans le prince le chef de leur Église, comprirent qu'il ÿ avait dans le catholicisme un principe de résistance qui n'existait plus chez eux. Ce fut comme un renouvellement du mystère de la Pentecôte : les lâches s'enhardirent, les tièdes se ranimèrent dans la ferveur, de nombreuses conversions de protestants vinrent réjouir et consoler le cœur de l'Église.

Le mouvement de retour datait de plus loin.

Si les légèretés de la noblesse française, émigrée à Coblentz, scandalisérent à bon droit la gravité des mœurs allemandes, par contre, l'attitude du clergé français édifia, comme en Angleterre, les populations protestantes, et ramena beaucoup d'esprits distingués à cette Église romaine, si calomniée et si méconnue de l'hérésie, Trois grands poètes demeurés protestants, Gœthe, Schiller et strophes émues les splendeurs du catholicisme.

Novalis, célébrèrent en

Au bout de trois cents ans de révolte, les esprits et les cœurs revenaient à la vieille Église La décomposition du protestantisme aidait puissamment à ce mouvement de retour.

Après avoir commencé par vouloir trouver tout dans la Bible, l'esprit d'examen, arrachant une à unc toutes les pages du livre sacré, aboutissait au rationalisme pur.

Révoltés des négations radicales de Strauss, de Fichte et d'Hégel, voyant autour d'eux le protestantisme se dissoudre pour aboutir à l'incrédulité où à un mysticisme sans doctrine, le piétisme, beaucoup de grands esprits et de nobles cœurs comprirent qu'il n'y avait de salut pour l'Allemagne que dans le retour au catholicisme,

Ne pouvant donner ici la liste complète de tous ces heureux convertis, je citerai seulement quelques noms :

Dans les familles souveraines : le duc de

Saxe-Gotha (1817), le duc de Mecklembourg-

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Schwérin (1817), le prince Frédéric de Hesse- Darmstadt (1817), la comtesse Frédérique de Solms-Bareuth (1821), le duc d'Anhalt et sa fee, sœur du roi de Prusse (1824), le comte d'Ingenheim, frère du roi de Prusse (1826), la princesse Frédérique, fille du grandduc de Mecklembourg et femme du roi de Danemark (1830), la mère du dernier roi de Bavière, sœur de l'empereur Guillaume (1874).

Parmi la noblesse : le comte de Stolberg et sa famille, Beckendorf, conseiller d'État, Frédéric Werner, conseiller aulique, le baron d'Eckstein, etc.

Dans la littérature et les arts : Binder, théologien protestant, auteur d'une série de lettres publiées sous ce titre : Ze Protestantisme se dissolvant lui-même, Frédéric Schlégel, Clément Brentano, Gorres, le célèbre auteur de la Æysligue, le peintre Overberg, la comtesse de Hahn, qui mourut saintement au Bon-Pasteur d'Angers; le docteur Hesch, qui fut supérieur du petit-séminaire d'Orléans, etc.

Ce mouvement de conversions continue toujours dans l'Allemagne protestante. Sans avoir l'importance de celui qui se manifeste en Angleterre, il varie chaque année de douze à quinze cents conversions.

La Révolution de 1848 ébranla l'Allemagne, comme tout le reste de l'Europe. Il y eut des émeutes sanglantes à Berlin et dans les principales villes ; mais à l'heure où les princes chancelaient sur leur trône, l'Église catholique ouvrait, en 1849 à Wurtzbourg (Bavière), le premier concile tenu en Allemagne depuis la Réforme. À partir de ce moment, la rénovation catholique s'accentua. Les Ordres religieux , Jésuites, Dominicains, Franciscains, les congrégations enseignantes et hospitalières, reparurent sur cette terre d'où l'hérésie les avait si longtemps écartés, C'est à cette date (1849), que se fonda, sous les auspices de Pie IX, l'association du Péus verein, pour la défense des intérêts catholiques. Chaque année, au mois de septembre, l'association se réunit dans quelqu une des villes épiscopales de l'Allemagne. Partout, même dans les centres réputés les plus hostiles, la vie catholique se manifeste avec éclat,

On comprend que cette renaissance catholique est de nature à déplaire aux gouvernements protestants, Appuyés sur la franc-maçon-

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nerie qui, en Allemagne comme dans le reste du monde, est l'adversaire implacable de l'Église, ils luttent de toutes leurs forces pour entraver la liberté des catholiques. Mais peuple et clergé ne sont plus ce troupeau timide, habitué à courber la tête devant toutes les prétentions de la bureaucratie,

En 1854, le grand-duc de Bade ayant fait emprisonner l'archevêque de Fribourg, Mgr Hermann de Vicari, parce qu'il réclamait, selon son droit, la surveillance des écoles catholiques, la libre administration des biens d'Église, et l'abolition du féacet, il y eut une telle protestation de l'opinion publique, que le prince fut forcé de reculer et d'entrer en arrangements avec Rome.

Mais c'est surtout dans ces derniers temps que s'est affirmée en Allemagne la force du parti catholique. En 1872, au lendemain du Concile, la lutte entre les pouvoirs civils et l'Église se généralisa et prit les proportions d'une véritable guerre religieuse, Après avoir triomphé de l'Autriche, à Sadowa, et de la France, à Sedan, le prince de Bismarck crut qu'il aurait aussi facilement raison de l'Église romaine, et il entama le culturkampf (la lutte civilisatrice).

Les circonstances ne pouvaient être plus favorables. A la suite des définitions du concile du Vatican, une poignée de mauvais catholiques s'étaient bruyamment séparés de l'Église. Ces sectaires, qui prenaient le nom de veux catholigues, avaient pour chefs le fameux Déællinger et une vingtaine de professeurs, imbus des idées joséphistes, qui dominent encore dans universités d'Allemagne. Naturellement les gouvernements s'empressèrent d'en-

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courager de toutes leurs forces ce mouvement schismatique. Ils poussèrent aux défections et, partout où la chose fut possible, livrèrent aux vieux les églises et les biens-fonds de la communauté, affectant de les reconnaitre comme les vrais représentants du catholicisme. Malyré le tapage qu'on fit autour du schisme naissant, l'entreprise échoua piteusement.

Le gouvernement prussien ne se découragea pas de ce premier insuccès, Il prpara toute une série de lois pour confisquer la lib :rté des catholiques, et selon la tactique ordinaire aux ennemis de l'Église, il commença par s attaquer aux Ordres religieux.

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Ceux-ci s'étaient merveilleusement multipliés en Prusse et dans le reste de l'Allemagne protestante, pendant le cours du xixe siècle. Voici la statistique officielle de cet accroissement, empruntée à l'exposé des motifs de la loi qui supprime, en Prusse, tous les Ordres religieux d'hommes et de femmes, à l'exception des congrégations hospitalières (Loi du 10 mai 1875).

D'après cet exposé, il y avait dans le royaume de Prusse :

En 1800, 15 couvents d'hommes, 32 monastères de femmes.

En 1855, 35 couvents d'hommes, 157 monastères de femmes.

En 1872, 115 couvents d'hommes, 836 monastères de femmes.

À cette dernière époque, à la veille de la dispersion, le nombre des religieux s'élevait en Prusse à 1.874, et celui des religieuses à 7.703.

Ne sont pas compris dans ces chiffres les relivieux et les religieuses de la province ecclésiastique du Haut-Rhin : Wurtemberg, Hesse, duché de Bade et principautés indépendantes, Ilest probable qu'ils étaient à peu près aussi nombreux.

Comme toujours, les premiers coups étaient tombés sur les Jésuites. Ils avaient eu, dès le mois de juin 1872, les honneurs d'une loi spéciale d'expulsion; mais, par une escobarderie qui fait sourire, un décret du Conseil d'État déclare affiliés à la Compagnie de Jésus les Rédemptoristes, les Lazaristes, les missionnaires du Sacré-Cœur et ceux du Saint-Esprit. En vertu de cette décision burlesque, tous les membres de ces quatre Congrégations furent chassés de Prusse, et leurs établissements furent fermés dans le courant de 1873.

Le terrain ainsi déblayé et les troupes auxiliaires de la sainte Église licencices, on s'attaqua au clergé séculier. C'est la marche ordinaire, Par les trop fameuses lois de mai 1873, le parlement prussien mit brutalement la main sur toutes les libertés de l'Église. On y traitait de quatre objets : l'éducation des jeunes cleres, les nominations ecclésiastiques, les censures épiscopales et le changement de confession religieuse,

Dans l'éducation des clercs, le gouvernement

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les ecclésiastiques de fréquenter pendant trois ans une université d'État et de passer un examen devant les commissaires civils ; défense de créer de nouveaux séminaires épiscopaux ; les anciens séminaires pourront subsister sous le contrôle de l'État, mais il leur est interdit de recevoir de nouveaux élèves.

Pour les nominations ecclésiastiques, les évéques proposent les candidats : mais c'est le gou-

verneur de la province, protestant, juif ou francmaçon, qui les institue et les dépose, Ne peuvent être nommés à un poste que les sujets allemands, agréés par l'État, après examen passé devant des commissaires civils,

Quant aux censures épiscopales, il est défendu aux évêques de publier les peines canoniques qu'ils infligent ; appel peut toujours être fait de ces censures auprès de la Cour des affaires

Mgr Melchers,

ecclésiastiques. L'État devient ainsi juge suprême en matière de discipline, et même de dogme quelquefois,

La loi relative au changement de confession religieuse avait pour but de faciliter le schisme des vieux catholiques. Une amende dérisoire (60 centimes) était imposée à quiconque voulait changer de dénomination religieuse,

Comme sanction pénale, tout ecclésiastique, prêtre où évêque, qui refuserait d'obéir à ces lois,

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est puni d'utie grosse amende, et en cas de récidive, il est condamné à la prison et à l'exil. C'était la mise à exécution de la vieille formule de Pharaon : sapienter opprimemus eos, opprimons-les avec sagesse, Par ces lois détestables, le gouvernement prussien confisquait d'un seul coup toutes les libertés de l'Église : l'éducation des clercs, les nominations, les révocations, les censures, toute l'administration épiscopale lui était Ge olue, Dans ce nouveau système cano-

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