‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 478 · FE Æ · texte numérisé non relu

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nique, l'évêque n'était plus qu'un chef de bureau, une sorte de préfet en soutane, chargé de faire exécuter, sans observations, tous les ordres émanés du ministère des cultes,

Heureusement le temps des Speigel et des Dalberg était passé. Le clergé d'Allemagne tout entier se montra admirable dans sa résistance, Après avoir protesté, comme c'était leur droit, contre ces lois de persécution, les évêques et les prêtres opposèrent aux attentats du pouvoir civil cette résistance passive, qui use toutes les tyrannies et finit presque toujours par en triompher. Pour diviser l'opposition, Bismarck

Son Ém. le Cardinal Ledochowski.

avait très habilement rattaché son cullurkampf à la question de l'infaillibilité pontificale ; comme la majorité des évêques d'Allemagne s'étaient montrés dans | concile opposés à la définition, il'espérait jetei la division parmi eux et décourager la résistance, Son attente fut complétement déçue, Les mémes évêques qui, tant que la discussion était restée ouverte, avaient librement fait opposition à une définition qu'ils jugéaient inopportune, devinrent les premiers martyrs du dogme une fois défini.

La persécution commença par des amendes

vécuniaires. En quelques mois le chiffre des

condamnations prononcées contre les évêques et les prêtres réfractaires s'éleva à plus de 6.000.000. Le gouvernement fit vendre aux enchères publiques le mobilier des presbytères et des palais épiscopaux, À la fin (avril 1875), il fit passer une loi qui supprimait purement et simplement toutes les dotations ecclésiastiques accordées en vertu des concordats passés avec Rome, Le paiement de cette dette sacrée, puisque ces dotations représentent à peine le quart des biens sécularisés par la Prusse en 1815, fut subordonné désormais à l'acceptation écrite de ce qu'on appelait pompeusement les lois de l'Etat. Singulière manière de payer ses dettes ! Mais depuis 1789, on sait qu'il n'y a pas à se gêner avec l'Église du Curisr. Malheureusement pour les persécuteurs, ils oublient toujours que l'Église ne se vend pas, et qu'elle trouve dans le dévouement de ses fidèles le morceau de pain nécessaire à soutenir la vie de ses prêtres.

Après avoir enlevé au clergé toutes ses ressources matérielles, il fallut, selon la loi inéluctable des persécutions, faire un pas de plus et s'en prendre à sa liberté, En 10 ans, plus de 3.000 prêtres furent jetés en prison, internés loin de leur domicile, exilés hors du royaume. Là encore, les premiers pasteurs donnèrent l'exemple. Huit évêques se virent successivement condamnés à la prison : NN. SS. Ledochowski, archevêque de Posen ; Melchers, archevêque de Cologne ; Brinckmann, évêque de Munster ; Martin, de Paderborn ; Blum, de Limbourg ; Eberhard, de Trèves ; Jarnisewich, auxiliaire de Posen, et Baudri, coadjuteur de { ‘ologne,

Et comme la persécution est condamnée à aller toujours de l'avant, après avoir emprisonné les évêques, on se vit forcé de faire un pas de plus dans l'arbitraire, en les destituant ; comme si un vouvernement civil, protestant ou catholique, pouvait à son gré donner et retirer la juridiction ecclésiastique, Les archevêques de Posen et de Cologne, les évêques de Munster, de Breslau, de Paderborn et de Limbourg furent donc invités gracieusement à se démettre de leurs fonctions épiscopales ; et, sur leur refus, destitués par une prétendue cour ecclésiastique, composée de protestants et de francs-maçons.

Ordre fut donné aux Chapitres de ces Eglises

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fut faite aux prêtres et aux fidèles de reconnaitre pour leurs pasteurs les évêques frappés par Sa Majesté très protestante, le roi de Prusse, Naturellement, prêtres et fidèles méprisérent de pareilles prétentions, ce dont le gouvernement profita pour mettre sa main rapace sur les menses épiscopales, fermer les séminaires, désorganiser l'administration diocésaine et confisquer toutes les fondations appartenant à l'Église,

firent les alliés de la Prusse dans sa v'uerre à l'Eglise catholique.

Et quel fut finalement le résultat de tant de

violences ? Comme toujours, ce fut de ménager

un nouveau triomphe à la sainte Eglise, Par sa

Windthorst,

| La persécution fut aussi violente dans les cinq | diocèses de la province du Haut-Rhin. Les | gouvernements de Bade, du Wurtemberg, de | Hesse et de Nassau se montrérent les dignes | imitateurs de Bismarck dans l'œuvre du cultur- | lampf. La Bavière catholique elle-même, sous

la direction du ministre franc-maçon, M. de | Lutz, entra dans la voie des persécutions. Tous | les gouvernements de l'Allemagne du Nord se

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fermeté dans les plus dures épreuves, le clergé d'Allemagne à donné un magnifique exemple ; il à prouvé hautement qu'il avait répudié complètement les traditions joséphistes du passé, On avait fait beuyamment appel à l'esprit de schisme : sur plus de 10.000 prêtres, on est parvenu diffcilement à recruter 53 apostats, à la tête desquels on à placé le pseudo-évêque Reinkeins : sur

16.000.000 de catholiques, en dépit des faveurs gouvernementales, on n'a jamais pu réussir à grouper plus de 50.000 schismatiques,

Pendant ce temps, le peuple fidèle se serrait autour de ses prêtres et de ses évêques persécutés, Dès le début de la lutte, les catholiques allemands, réunis en congrès général à Mayence, au nombre de 6,000, jetaient aux tyrannies gouvernementales cette magnifique protestation :

& Tous les essais qu'on pourrait tenter pour détacher les catholiques de leurs chefs légitimes seront vains et inutiles.

» Les catholiques allemands ne reconnaissent

à aucun tribunal civil le droit de déposséder un évêque de son autorité spirituelle, Ils ne reconnaissent comme curés et pasteurs de leurs âmes que Îles prêtres institués par le pape et leurs évêques légitimes. Les catholiques allemands défendront constu.mment, avec courage, leurs droits naturels de citoyens libres, les droits de la sainte Église et les droits du peuple allemand, contre la force brutale, bureaucratique et révolutionnaire, » (Résolutions prises à l'assemblée générale des catholiques allemands, tenue à Mayence, les 13, 16 ét 17 juin 1874).

Et comme ils l'avaient dit, ils le firent.

Ils s'imposèrent de généreux sacrifices pour secourir la noble pauvreté de leurs pasteurs ; ils s'exposèrent à toutes sortes d'avanies, l'amende, la prison, pour faire respecter leurs droits de catholiques et de citoyens ; plus heureux et mieux unis que les catholiques de France, n'étant pas divisés comme eux par des questions dynastiques, les catholiques allemands, groupés dans le parlement, au nombre d'une centaine, autour du grand orateur du centre, Windthorst, tinrent tête, pendant quinze ans, à la persé cution maçonnique et protestante, et firent plus d'une fois échec à la politique de Bismarck.

A la fin, il fallut bien se décider à entendre leurs réclamations et à en tenir compte. Après avoir déclaré fièrement qu'il n'irait pas à Canossa, le grand chancelier, vaineu pour la première fois, se vit forcer de demander la paix au chef de l'Église, Il pensait qu'il lui serait plus facile et plus avantageux de traiter directement avec le Pape, plutôt qu'avec le parti catholique, exaspéré par quinze ans de luttes ; son espoir ne fut pas trompé, Le Vicaire de Jésus-Cnrisr voulut user avec modération de sa victoire : il

réserva les droits essentiels de l'Église, la libre administration des diocèses, l'organisation des séminaires sous la direction des évêques, la réintégration des pasteurs injustement éloignés de leurs postes, le rétablissement des traitements ecclésiastiques ; il accorda au pouvoir civil un certain droit & inspection dans les séminaires et autres établissements d'enseignement, avec le droit d'agréer les nominations faites aux différents postes par l'évêque, En échange de ces concessions, M, de Bismarck promit une révision complète des lois de mai et la rentrée des Ordres religieux proscrits au début de la lutte. Ce dernier point a déjà été exécuté en partie.

Finalement, l'Église catholique sort singulièrement grandie et fortifiée de ces quinze années de luttes. On peut dire qu'elle à fait ses preuves en Allemagne, et qu'on n'a plus à redouter les faiblesses et les scandales du passé, Répondant au centre catholique, pour le décider à voter l'arrangement conclu avec le Saint-Siège, Léon

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