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de Théodoros, qui venait d'envahir le pays, pour réduire le roi Ménélik au rôle de vassal. Comprenant que, tant que le Négus serait tout-puissant, il n'y aurait rien à faire, le prélat passa en Europe pour traiter des affaires de sa mission (1863).
En quittant le Choa, Mgr Massaja emmenait avec lui plusieurs jeunes Gallas qu'il confia aux Capucins de Marseille; un collège-séminaire fut même ouvert dans cette ville, pour l'éducation des Gallas se destinant au sacerdoce, Ce collège ne subsista qu'une dizaine d'années : le climat de la France était trop contraire aux enfants de l'Éthiopie ; plusieurs moururent et les survivants furent renvoyés dans leur patrie.
C'est à l'époque du voyage de Mgr Massaja que la Propagande transféra la mission des Gallas, des Capucins italiens aux Capucins de la province de France, Mgr Massaja restant toujours à la tête de la mission (1863). Pendanr les loisirs forcés que lui faisait l'exil, le prélat fit imprimer à Paris une grammaire et un dictionnaire de la langue galla, dialecte encore ignoré de tous les linguistes,
Au Choa, la persécution continuait toujours, Le coadjuteur, après avoir vu renverser les établissements de Lagamara (1 865), se réfugia dans le Godru. Au Kaffa, les missionnaires étaient plus tranquilles, et, chaque année, ils avaient la joie d'enregistrer un certain nombre de conversions.
La mort de Théodoros rouvrit à Mgr Massaja les portes du Choa. Ménélik, redevenu libre de manifester ses véritables sentiments, accueillit avec joie l'évêque catholique, et l'installa dans une terre du domaine royal; le coadjuteur retourna à Lagamara, et la mission jouit enfin de quelques années de tranquillité,
Cette paix dura jusqu'au jour où Atti-Joannès, débarrassé de la guerre avec l'Égypee, envahit le Choa et ramena Ménélik au rang de vassal (1877). Avec sa suprématie politique, le Négus lui imposa la Proscription des missionnaires. Au mois de juin 1870, Mgr Massaja, appelé auprès de Joannès avec ses confrères, sous le fallacieux prétexte d'une mission diplomatique à remplir, fut renvoyé en Europe ; ce devait être sa dernière expulsion, Épuisé de fatigues et d'épreuves, le vénérable vicillard remit la direction de la
mission des Gallas à son nouveau coadjuteur,
430 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm" SIÈCLE,
Mgr Taurin Cahagne, Pour lui, retiré dans une pauvre cellule de Capucin, il ne songea plus qu'à se préparer À la mort, en écrivant, à la demande de Léon XI1H, l'histoire de ses /rentecing années d'apostolat, C'est là que vinrent le chercher la pourpre romaine, récompense bien méritée de ses longues s uffrances, et l'admi tion sympathique du monde savant.
€ Mgr Massaia, écrivait le Rassagna nativnal, est une des gloires les plus pures et les plus incontestées de l'Italie, »
Le célèbre explorateur Mateucci rend compte en ces termes de l'entrevue qu'il eut, au Caire, avec le prélat :
€ Le Père gardien nous annonça à Monseigneur, qui recevait des visiteurs ; il les quitta et vint à nous. Nous étions en proie à la plus vive émotion, La vie ex eptionnelle de cet homme illustre était gravée dans notre mémoire, et quand sortit de sa chambre ce vieillard à longue barbe, à la démarche incertaine, réclamant l'appui
un bâton noueux, à l'œil tranquille mais souffrant, à la figure amaigrie portant les stismates de trente nées de douleurs, nous ne pûmes retenir nos larmes.
» La sainte audace du missionnaire nous parut entourée d'une auréole glorieuse ; nous entrevimes la solennelle poésie que revêtait la foi chrétienne, alors que les premiers apôtres étaient autant de Massaja. Le vénérable vieillard était pPauvrement vêtu; une modeste croix, unique insigne de sa dignité épiscopale, descendait sur sa poitrine, Réservé dans son langage, lui qui à tant fait, il s'éclipse pour ne parler que des autres, Il est très âgé, mais ses idées n'en sont pas moins parfaitement lucides : il parle de tout avec une parfaite connaissance, mais jamais de ses souffrances (1), »
Le gouvernement italien lui-même voulut s'associer à cet hommage universel rendu au prélat catholique : il lui adressa un brevet de sénateur avec là grand'eroix de la couronne d'Italie, Le cardinal déclina noblement ces honneurs, et, renvoyant au ministre des cultes ses brevets, il lui déclara nettement que lui, mission: naire de la Propagande, il ne pouvait accepter les faveurs d'un gouvernement spoliateur, qui S'apprêtait à éteindre ce grand foyer de civilisation en confisquant ses revenus,