VICARIAT APOSTOLIQUE DU SOUDAN
C'est au mais d'avril 1846 que ( irégoire XVI, deux mois avant sa mort, signa le décret qui l'Afrique centrale, Le vicariat comprenait alors le Soudan et
crigeait le vicariat apostolique de |
le Sahara réunis, embrassant tout le centre de l'Afrique, degrés de longitude, de 20 degrés de latitude, En 1868, la préfecture Sahara fut cet immense vicariat, qui prit le restreint de Vicariat du Soudan, Tel quel, il a pour limites :
d'un Océan à l'autre, un monde : 6o
sur une profondeur moyenne détachée de
apostolique du
nom
au nord, la Tripolitaine et l'Egypte; à l'est, la Mer Rouge, l'Abyssinie et le pays des Gallas : au sud, les vicariats du Nvanza et du Congo belge; à l'ouest, le Congo français, la préfecture du Caméroun et celle du Sahara. La superficie totale dépasse encore celle de l'1 urope entiére, La partie septentrionale appartenait naguère à l'Egypte, aujourd'hui elle forme le centre de l'empire du Mahdi, De grands États musulman
le Kordofan, le Darfour, le Bornou, des tribus nt mades d'Arabes pillards, des peupl les nècre , livrées au plus hideux fétichisme et quelques unes à du pays. On évalue la population totale du Soudan
d'habitants
nthropophagie, peuplent le reste
de guatre-vinet-dix à cent milli
en partie musulmans fanatiques, en partie [l
PAROLE Site)
8, la Propacé pays aux ns du centre ener à deux
JUDAN, ‘égoire XVI e décret qui Afrique cenle Soudan et le centre de monde : 60 ‘ur moyenne la préfecture hée de cet restreint de our limites :
ce; à l'est, la des Gallas :
du Congo a préfecture A superficie OpE entière, | naguère à centre de musulman , des tribus iles nèvres, t quelques Le reste du du Soudan d'habitants en partie
paiens, Depuis la ruine de la mission par les bandes du Mahdi, le catholicisme n'est plus guère représenté que par quelques fidèles, réfugiés à Souakim, et une centaine d'enfants noirs, élevés dans les instituts du Caire ; en sorte que la mission du Soudan est tout à la fois la plus vaste, la plus peuplée et l'une des plus pauvres et des plus désolées du monde catholique,
On peut distinguer trois périodesdans l'histoire de cette mission si éprouvée :
+ AFRIQUE CENTRALE — Église e
De 1846 à 1861, la période de formation, pendant laquelle la mission est administrée par des missionnaires autrichiens, assistés de quelques Pères de la Compagnie de Jésus,
De 1861 à 1872, la mission passe aux Franciscains, d'abord sous la direction d'un préfet apostolique, puis sous celle du vicaire apostolique des Latins d'Égypte.
De 1872 à nos jours, la mission est confiée aux prêtres du Séminaire africain de Vérone,
ne {4
Wii 7 bide mu MS M 0 0 Dose De EE pone ; |
t maison des missionnaires el des Sœurs de Khartoum, = +
D'après un dessin du Frère Prado,
assistés de quelques religieux de Saint Camille de Lellis.
Un chanoine de Malte, Mgr Anneti Casolani, etle P. Ryllo, Jésuite polonais, recteur du collège
de la Propagande, s'offrirent les premiers pour la mission de l'Afrique centrale,
Au printemps de 1547, Mur Casolani, premier vicaire apostolique du Sc udan, dél arqu en Egypte, en compagnie du P. Ryllo, son provicaire, et de trois autres missionnaires, Le P. Ryllo partit aussitôt pour Khartoum, où il arriva
après un long et pénible voyage de douze mois, employé à franchir et à remonter les cataractes, C'était le commencement d'une longue série d'épreuves qui durent depuis plus d'un demisiècle, et qui n'ont pas encore permis à la mission du Soudan de se constituer. Quelques mois à peine après avoir fondé la station de Khartoum, le P, Ryllo mourait, laissant à M. Knoblecher, missionnaire autrichien, son titre de provicaire et la direction de la mission.
La généreuse munificence de S. M. François-
! mme
Joseph, empereur d'Autriche, qui s'était déclaré, dés les premiers jours, le protecteur de la mission, permit d'ouvrir rapidement quatre stations : Scellal, sur les cataractes, Khartoum, au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, Sainte.Croix et Gondokoro, sur le Nil Blanc.
Un Anglais protestant, sir James Hamilton, décrit en ces termes les débuts de la mission :
€ Si jamais cette mission est couronnée de succès, la conquête spirituelle des vastes régions du centre du continent sera placée au nombre des plus beaux triomphes des temps modernes, La mission catholique de l'Afrique centrale est un des établissements les plus intéressants du Soudan, Des artisans de toute profession, pionniers de la religion et de la civilisation, sont attachés à la maison de Khartoum, de sorte que les élèves pourront apprendre une multitude d'arts utiles et les porter ensuite au milieu de leurs compatriotes, Le supérieur, le docteur Ignace Knoblecher, successeur du regretté P, Ryllo, visite tous les ans les trois établissements fondés sur le Nil Blanc. Si, comme j'en ai la confiance, sa patience et sa sagesse égalent son zèle et celui de ses collaborateurs, ils parviendront à surmonter les difficultés immenses que rencontre leur entreprise (1), »
Quelles étaient ces difficultés signalées par le noble voyageur ? D'abord l'éloignement du monde civilisé, des voyages de cina à six cents lieues à faire en remontant le Nil ou en traversant le désert, par-dessus tout l'insalubrité du climat, qui en quinze ans emporta les cinq sixièmes des missionnaires: ce qui donna à un ministre protestant l'occasion d'écrire ces lignes, véritablement odieuses sous une plume évangélique où simplement chrétienne : € Ils prèchaient trop Marie et pas assez Jésus, Ce fut la cause de leur échec. À la fleur de leur âge, ils trouvèrent un tombeau au lieu d'un théâtre de succès, » Réflexion qui arracha à Marshall ce cri d'indignation :
donc pas que des martyres sont un triomphe et
€ Ce ministre ne comprenait non un échec! Ses coreligionnaires, il est vrai, ne s'exposent pas à des échecs semblables (2), »
Mais la difficulté la plus grave, l'épreuve la plus amère au cœur des apôtres du Ckisr, ce
!. Sir James Hamilton, Ze Sinai, l'Hedias et Le Soudan, ch. 14 2. Rév. Henri Sterne, cité par Marshal}, Zes Missions chrétien nes, 1° volume.
LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
| fut, il faut bien le dire, la conduite des officiers égyptiens et des traitants européens, négriers de | profession, aventuriers sans principes, épaves de la civilisation, vivant dans la débauche et la plus abjecte crapule, Ils étaient les ennemis naturels des missionnaires, témoins génants, qui auraient
pu r° urs turpitudes au monde civilisé.
, à force de patience, écrit un des pre- Î Assionnaires, nous étions parvenus à in noir, les négriers le trouvaient bon à prend € peu de néophytes que nous avons faits les Baris ne sont plus ici: ils ont été fusil. ou sont esclaves à Khartoum. »
ä ‘e avanie ne fut épargnée aux missionnaires pour les forcer à déguerpir, A Khartoum, le supérieur ayant invité, un jour de Pâques, la
colonie européenne à assister à une messe solennelle, la plupart se rendirent à l'église; mais, pendant que le célébrant, à l'autel, chantait la Préface, ils se glissèrent, les uns à la file des
| autres, dans la sacristie, où ils s'enivrérent avec
le vin des Pères, en sorte qu'à la fin de l'office, il ne restait plus dans la chapelle que le consul d'Autriche, Le voyageur français qui rapporte cette aimable plaisanterie, se moque agréable ment de la déconvenue du pauvre missionnaire : mais les Anglais, gens d'ordinaire Ken élevés, se montrent plus sévères. Sir Hamilton, signa
Jant, lui aussi, l'impiété des trafiquants de Khar toum, dit qu'il adinire «la patience avec laquelle le vicaire général et ses collègues à Khartoum Supportent les violences et les grossièretés qu'ils auraient eu le moyen de réprimer, s'ils avaient voulu se plaindre, »
Les musulmans et les, noirs paiens auraient pu donner une leçon à ces prétendus civilisés, € Chez les Turcs comme chez les Arabes, écrit encore Hamilton, Abouna Soliman, nom sous lequel est connu le docteur Ignace Knoblecher. jouit de la plus haute considération; partout j'ai entendu parler de lui avec respect, Du reste, tous ceux des missionnaires qui sont restés assez longtemps dans le pays pour être connus, ont laissé, chez les paiens mêmes, un souvenir vénéré : et le chant funèbre de l'un d'eux, qui mourut l'an
Angelo