VICARIAT APOSTOLIQUE DE MADAGASCAR
Les Dominicains et les Jésuites du Mozam.
bique furent, au xve siècle, les premiers apôtres de Madagascar; mais leur action ne fut que pas-
< nu , à > sagére et finit avec la prépondérance du Portugal dans l'Océan Indien. Au commencement du xvue siècle, les Français occupèrent le nord de l'ile et s'installèrent à Fort-Dauphin. Le génie de Richelieu avait deviné tout le parti que notre pays pourrait tirer d'un établissement de cette importance dans la mer des Indes, à proximité de la côte orientale d'Afrique. fl encouragea les
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colons à venir s'établir dans la France Orientale, et saint Vincent de Paul l'aida beaucoup, en envoyant à Madagascar plusieurs prêtres de la Mission, pour assister les Européens et commencer l'évangélisation des Malgaches. Leurs travaux allaient être couronnés de succès, quand l'instabilité de notre politique coloniale, et aussi, il faut bien le dire, les excès des aventuriers qu'on avait envoyés dans ce pays, provoquérent la haine des indigènes et amenèrent, au bout d'un derni-siècle, l'évacuation de Madagascar et la ruine de la mission catholique, trop. faible encore pour pouvoir se maintenir après le départ des Français.
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'au commencement du xixe siècle, L'Angleterre s'étant emparée de toutes nos colonies de la mer des Indes, à l'exception de Bourbon, sir Robert Farquhar, gouverneur de Maurice, revendiqua, en 1818, Madagascar comme une dépendance de l'ancienne Ile de France. La prétention, il faut l'avouer, était un peu forte, Le gouvernement de la Restauration, soucieux de faire respecter les droits de notre pays, s'y opposa formellement, et le cabinet britannique fut forcé de reconnaître nos droits exclusifs sur Madagascar, C'était tout ce qu'on pouvait faire à cette époque. Au sortir des longues guerres de l'Empire, la France manquait de bras ; l'heure de l'expansion coloniale n'avait pas encore sonné pour elle, Il n'y avait qu'à réserver l'avenir,
Battue sur le terrain diplomatique, la Grande- Bretagne prit sa revanche sur le terrain religieux, Dès 1820, elle inonda Madagascar de ses prédicants, agents politiques autant et plus que missionnaires, Nous ne pouvions alors entrer en lice avec elle, car, au sortir de la grande Révolution, les hommes et les ressources faisaient également défaut à l'apostolat, Quand les premiers missionnaires catholiques pénétrèrent, vers 1860, dans la grande ile, ils trouvèrent la place occupée par des méthodistes, et Madagascar ayant une religion d'État, La lutte politico-relisieuse entre le protestantisme anglais et le catholicisme, représentant de la France, a rempli l'histoire des trente dernières années à Madagascar, et seule elle peut expliquer l'âpreté des haines qui accueillirent le cacuolicisme à son arrivée dans la grande ile africaine.
Plusieurs tribus de races et de nationalités
Missions catholiques.
NS RS D ARE TE différentes se partagent le sol de Madagascar. Les principales sont les Sakalaves, sur la côte occidentale, les Betsiléos, au sud de l'ile, les Hovas, au centre. Ethnologiquement, ces derniers semblent appartenir à la race malaise, et on Îes croit originaires des iles de la Sonde.
Quoi qu'il en scit, dans le cours du dernier siècle, les Hovas commencèrent à prendre la prédominance sur toutes les tribus indigènes, dont les populations leur sont certainement inférieures en intelligence et en civilisation. En 1813, Radama Ie monta sur le trône. Ce prince, que les Hovas ont surnommé ie Grand, était ami du progrès. Il comprit bien vite de quel secours serait pour ses projets d'unification le concours des envoyés de la Société biblique ; aussi les accueillit-il parfaitement, et, à partir de 1820, les méthodistes dominèrent à la cour de Tananarive et firent prévaloir avec eux l'influence britannique.
Bien qu'ils repoussent avec horreur toute ingérence de l'État et se proclament eux-mêmes indépendants, les méthodistes de Madagascar jugèrent utile, pour arriver à leurs fins, de donner une entorse à leurs principes, et de copier l'organisation de l’Église officielle d'Angleterre, En conséquence, le roi malgache fut déclaré chef de la nouvelle Église, et les missionnaires, à la fois conseillers politiques, instructeurs militaires et marchands, ne tardèrent pas à faire de Madagascar une sorte de fief théocratique, entièrement soumis au cabinet britannique. C'était un moyen détourné de s'emparer d’un pays dont le protectorat appartenait à la France.
Le long règne de Ranavalona Ire, veuve de Radama Ier (1828- 1861), fut une époque de réaction violente contre le christianisme et l'influence européenne, Les Anglais et les Français se virent également tenus à l'écart par cette barbare de génie, qui voulait s'affranchir de tout joug étranger et qui avait pris pour devise : € Madagascar aux Hovas. » Elle soumit les Betsiléos du sud, et réussit presqu'à faire de Madagascar un grand État hova ; Car, à l'exception des Sakalaves de l'ouest, quise mirent, vers 1840, sous le protectorat de la France, elle réunit sous son sceptre toutes les tribus de l’intérieur.
De —
C'est sous le règne de Ranavalona 1e que le catholicisme fit ses premières tentatives pour rentrer à Madagascar. Le gouvernement français, pour affirmer ses droits sur le pays, avait demandé à Rome que les îles Malgaches fussent détachées du vicariat apostolique de Maurice et rattachées à la préfecture de Bourbon. La Sacrée-Congrégation ayant fait droit à cette demande en 1829, un des plus saints prêtres de Bourbon, l'abbé Dalmond, âme vraiment apostolique, se consacra tout entier à cette œuvre. Il pénétra, en 1836, dans l'ile Sainte-Marie, sur la
R. P. Jouen, préfet apostolique de Madagascar.
côte orientale de Madagascar, et convertit presque toute la’ population, alors composée d’environ six mille âmes. Il passa ensuite à Nossi-Bé, sur la côte occidentale, où il établit aussi une florissante chrétienté. Il essaya enfin, sans y parvenir, de pénétrer dans la grande ile, dont la population, écrivait-il en 1845, lui paraissait admirablement disposée à recevoir la prédication évangélique. Repoussé par l'altière souveraine des Hovas, le saint prêtre revint mourir sur les rivages brûlants de Sainte-Marie, qui avait eu les prémices de son apostolat (1848). La Propagande venait de le nommer vicaire apostolique de Madagascar; mais les bulles n'arrivèrent qu'après sa mort. [l eut pour successeur un autre prêtre de Bourbon, Mgr Mounet, qui mourut en 1849, quelques mois après son sacre,
C'est alors que la mission de Madagascar fut
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LIQUES AU XIX® SIÈCLE
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confiée à la Compagnie de Jésus. Le R. P. Jouen en fut le premier supérieur (1850-1871), avec le titre de préfet par intérim. Les Jésuites étaient chargés en même temps des petites iles Malgaches, Sainte-Marie, Nossi-Bé et Mayotte, qui formaient dès lors une préfecture apostolique distincte. En 1878, la Compagnie de Jésus, voulant concentrer ses efforts sur Madagascar, demanda à être déchargée de cette seconde mission, qui fut donnée aux Pères du Saint- Esprit.
Tant que vécut Ranavalona Ir, Madagascar resta fermée à la prédication. Cependant, en 1855, un Père jésuite put monter à Tananarive et y séjourner quelque temps en qualité de médecin, grâce au pieux stratagème de notre consul, M. Laborde, homme tout dévoué à la mission,
Le prince Rakoto, fils de la reine et son héritier présomptif, était dans le secret, et, plus d'une fois, il vint chez M. Laborde assister à huis clos à la messe que le prêtre célébrait la nuit. Voyant qu'il n'y avait rien à faire pour le moment, mais que les bonnes dispositions du prince héritier permettaient de concevoir pour l'avenir des espérances sérieuses, les Jésuites ouvrirent à la Ressource (Bourbon) un vaste établissement scolaire, où ils parvinrent à recueillir, au bout de quelques années, plusieurs centaines d'enfants malgaches, appartenant aux meilleures familles de Madagascar, C'était le noyau de la future chrétienté,
Ranavalona mourut le 16 août 1861. Son fils Rakoto, proclamé roi sous le nom de Radama IT, ouvrit aussitôt Madagascar aux missionnaires. Les méthodistes reparurent à la cour, mais, cette fois, ils n'étaient plus seuls ; ils trouvaient en face d'eux les missionnaires catholiques, et une lutte ardente allait s'engager entre l'erreur et la vérité, Toutes les sympathies de Radama allaient aux catholiques.
Trois mois après son avènement, le jeune prince écrivait à Pie IX :
€ Très Saint Père, je n'ai qu'un désir, c'est de voir mon peuple heureux et civilisé. J'ai pensé que le plus sûr moyen d'atteindre ce but, c'était de le faire instruire dans la religion chrétienne, J'ai donc appelé des missionnaires et je les ai autorisés à enseigner par tout mon royaume... Très Saint Père, je suis un roi tout | jeune encore, et sans une longue expérience ; j'ai
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