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grandement besoin d'être aidé pour remplir dignement la haute mission que Dieu m'a confiée. J'ose compter sur les bénédictions de Votre Sainteté, et je les lui demande avec tout le respect et toute l'affection d'un fils pour son père, »
Les Jésuites, établis dans la capitale et sur plusieurs points de l'ile, comptèrent bientôt plusieurs milliers de catéchumènes et près de huit cents élèves dans leurs écoles, parmi lesquels le prince Raphaël Ratahiry, fils de Radama et héritier présomptif,
(A Tananarive, écrivait dès 1862 le P. Jouen, notre modeste chapelle ne suffit plus à la foule qui s'y presse chaque dimanche pour assister à la messe, entendre les instructions ou le catéchisme. Il nous faudrait aujourd'hui une église capable de contenir deux ou trois mille personnes, Tel est le progrès de la religion catholique au sein de cette capitale, qu'elle compte actuellement deux résidences, six missionnaires prêtres, céng Frères coadjuteurs, /rois Sœurs de Saint-Joseph, deux écoles, contenant chacune près de quatre cents élèves. Déjà plusieurs milliers d'indigènes assistent aux offices, fréquentent le catéchisme et se préparent au baptême. »
Tel était le résultat d'une première année de liberté,
Néanmoins l'influence des méthodistes était encore si puissante, surtout à la cour, que Radama 11, déclaré, un peu malgré lui, chef de l'Église malgache, n'osa décliner la charge et se fit couronner par ces prêcheurs. Mais le matin de ce grand jour, il vint mystérieusement entendre la messe des missionnaires catholiques, et voulut que la couronne qu'on allait déposer sur son front fût bénite secrètement par le KR. P. Jouen.
Ces préférences de Radama 11 pour le catholicisme, et aussi pour la France, avec qui il venait de conclure un traité également honorable et avantageux aux deux pays, avaient excité naturellement les défiances du parti méthodiste et anglais. D'un autre côté, les partisans de l'ancien régime voyaient avec peine l'abandon de la politique étroite de Ranavalona, et Madagascar s'ouvrant au christianisme et à la civilisation européenne. Enfin, comme dans tous Îles changements de règne, il y avait à la cour un certain nombre de mécontents, courtisans dis-
graciés, qui regardaient d'un œil jaloux monter au pouvoir les nouveaux amis du prince,
Un ministre anglican, le Rév. Ellis, ancien missionnaire en Océanie, échoué depuis quelque temps à Madagascar, se rencontra à point pour grouper toutes ces haines : païens et protestants, anti-européens et partisans de l'Angleterre, formèrent alliance pour se débarrasser de Radama, que, par un scrupule pharisaïque, les conjurés étranglèrent avec sa ‘ceinture, pour ne pas tremper leurs mains dans le sang de leur roi (12 mai 1863). Le même jour, la malheureuse veuve de Radama II était proclamée reine, sous le nom de Rasohérina, et le chef indigène de la conjuration s'imposait à elle comme premier ministre et comme époux. Au fond, il comptait bien régner sous son nom,
Que les méthodistes et spécialement le Rév.
Ellis aient été les véritables auteurs de la conspiration qui coûta la vie et le trône à Radama II, c'est ce qui fut reconnu alors par tous les partis, Le consul anglais, sir Packenham, forcé pour quelque temps de quitter Tananarive, grâce aux menées de M. Ellis, ne cacha pas son indignation, et chargea publiquement son compatriote de ce crime. Quelques semaines après la mort de Radama, le correspondant de la Gazette commerciale de Maurice écrivait au Times (1):
€ Il y a une disposition générale ici, parmi les Anglais aussi bien que parmi les Français, à blâmer M. Ellis, au sujet des événements qui viennent de se passer, Chose étrange ! il s'est attiré l'inimitié des Anglais aussi bien que des Français et des indigènes, et on déclare ouvertement que ce sont ses menées qui sont la cause de la mort de ce malheureux roi, »
De son côté, le P. Regnon, présent sur les lieux, écrivait :
€ Ellis soulève en ce moment les esclaves et pousse à l'assassinat des Français. »
Et voilà l'homme que les souscripteurs des Sociétés bibliques, -trompés par des rapports mensongers, proclament le bienfaiteur et l'apôtre de Madagascar !
Peu s'en fallut que le meurtre de Radama II ne replongeât l'ile dans la barbarie. Pendant plusieurs mois, l'anarchie régna dans le pays. Le parti anti-européen et le parti méthodiste se disputaient le pouvoir. Les uns voulaient
1, Voir le numéro du 7 janvier 1863.
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revenir à la politique de Ranavalona 1'e, chasser tous les étrangers et retourner au paganisme ; les autres, à l'instigation des méthodistes, se réclamaient de l'influence britannique. Ce fut le parti anglais qui l'emporta. Pendant cette crise, qui dura plus d'une année, tous les résidents européens, à quelque nationalité qu'ils appartinssent, avaient dû quitter la capitale et se réfugier à Tamatave, Seuls les Pères jésuites et les Sœurs de Saint-Joseph se refusèrent absolument à quitter leurs postes, malgré les instances du commandant de la station navale, le capitaine Dupré :
& Nous ne pouvons accepter votre offre, répondit, au nom de ses confrères, le P. Finaz ; parce que notre poste est périlleux, ce n'est pas une raison pour l'abandonner, Le brave commandant comprendra ce langage. »
Au bout d'un an de luttes intestines, le meurtrier de Radama IT fut précipité du pouvoir et remplacé par son propre frère Rainilaiarivony. Avec ce dernier, le parti méthodiste et anglais montait sur le trône. Cet ambitieux, soutenu par les prédicants, devait se perpétuer au pouvoir, en qualité de premier ministre et de princeconsort, sous trois reines : Rasohérina, Ranavalona IT et Ranavalona III. En réalité, il devait être, pendant plus de vingt ans, le véritable souverain de Madagascar.
Malgré ses sympathies connues pour le catholicisme, la malheureuse veuve de Radama IT ne put empêcher le parti protestant de dominer bruyamment à la cour et dans le pays; mais elle continua personnellement à donner sa confiance aux missionnaires catholiques, leur maintint, malgré tout ce qu'on put dire, l'éducation de ses enfants, le prince Ratahiry et sa sœur, et refusa le baptême des méthodistes. Trois jours avant sa mort, l'infortunée princesse, tou- Jours gardée à vue par le parti protestant, se fit baptiser en secret par l'ancien consul de France, M. Laborde, admis auprès d'elle en qualité de médecin (27 mars 1868). Elle allait échanger la couronne d'épines qu'elle avait portée sur le trône contre le diadème des bienheureux.
La France se préoccupait à bon droit de cet envahissement de Madagascar par les méthodistes anglais. Au mois d'août 1858, un commissaire impérial, M. Garnier, fut envoyé pour renouveler, avec la nouvelle reine Ranavalona I,
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le traité conclu en 1863 avec Radama II, Les prédicants firent en vain tous leurs efforts pour prévenir ce coup. Le premier ministre dut s'exécuter et reconnaître les droits de la France sur Madagascar, L'article 3, qui assurait aux catholiques la liberté religieuse, était conçu en ces termes :
€ Les sujets français, dans les États de Sa Majesté la reine de Madagascar, auront la faculté de pratiquer librement et d'enseigner leur religion; ils pourront construire des établissements destinés à l'exercice de leur culte, ainsi que des écoles et des hôpitaux. Ces établissements religieux appartiendront à la reine de Madagascar (1), mais ils ne pourront jamais être détournés de leur destination. Les Français jouiront, dans la pratique et l'enseignement de leur religion, de la protection de la reine et de ses fonctionnaires, comme les sujets de la nation la plus favorisée, Nul Malgache ne pourra être inquiété au sujet de la religion qu'il embrassera, pourvu qu'il se conforme aux lois du pays. »
On voit qu'en somme les garanties obtenues étaient assez faibles, Les malheurs de la France en 1870 les réduisirent à peu près à rien. Les Hovas, instruits soigneusement de nos défaites et poussés par les prédicants anglais, s'imaginèrent qu'il n'y avait plus à se gêner avec notre pays. Dès lors commença contre les catholiques et leurs prêtres une série de persécutions bureaucratiques et de taquineries administratives. Les missionnaires catholiques n'ayant pas le droit de posséder à Madagascar, on leur opposa des chicanes sans fin, chaque fois que le progrès continu des conversions les amenait à ouvrir un nouveau poste, Par contre, les protestants, soutenus par le premier ministre et l'or des Sociétés bibliques, couvrirent l'ile de temples et d'écoles ; la présence au prêche et à l'école hérétique fut déclarée obligatoire pour tous les non-catholiques, et dans beaucoup de centres éloignés des missionnaires, les catholiques furent trainés de force au service protestant, et les enfants arrachés de nos écoles pour être inscrits, contre la volonté de leurs parents, à l'école protestante. Ranavalona IT ayant eu la faiblesse de recevoir
cette clause absurde qui, en déniant à ses nationaux le droit de propriété dans la grande île africaine, devait amener une foue de complications et aboutir à la guerre de 1883.
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