QUE INSULAIRE
les tons que la reine n'aimait pas la prière des catholiques, et que tout bon Hova devait, à l'exemple de sa souveraine, se faire protestant ; on inonda l'ile de pamphlets ignobles contre la France et contre le catholicisme ; chaque jour, le journal protestant ZLes bonnes paroles déversait les calomnies les plus éhontées contre les missionnaires catholiques et leur œuvre, Mais les Jésuites ne sont pas hommes à se laisser démonter facilement ; ils répliquèrent vigoureusement dans une Revue catholique publiée en malgache, et réduisirent bientôt au silence les misérables pamphlétaires. Entre temps, ils continuaient leur œuvre d'apostolat, et, malgré la pression violente de l'Église officielle, ils obtenaient les plus consolants résultats.
Voici comment les Pères jésuites appréciaient eux-mêmes la situation (1) :
« Les écoles catholiques sont devenues plus florissantes que jamais, dans les provinces soumises aux Hovas, en dépit des intrigues des méthodistes, Le peuple hova, fort intelligent et fort impressionnable aux belles choses, se sent attiré de jour en jour vers notre culte, qui n'a maintenant d'autres ennemis que les largesses pécuniaires de la Société biblique et des contes aussi grossiers que ridicules. Les chefs hovas font semblant de croire à ces absurdités : ils palpent les piastres envoyées de Maurice, ne fréquentent guère le prêche, et confient leurs garçons aux Pères et leurs filles aux Sœurs. »
Bref, en 1880, vingt ans après l'ouverture de la mission, le chiffre total des adhérents au catholicisme était de 80.905, dont 23.490 baptisés et 57.415 catéchumènes. À Madagascar, à cause de la vivacité de la lutte et de l'inconstance naturelle au caractère hova, les Pères jésuites ont pour pratique de faire attendre pendant plusieurs années le baptême aux catéchumènes.
Si le témoignage des missionnaires paraissait suspect de partialité, voici celui d'un homme que l'on ne peut récuser, sir William Gores Fanes, contre-amiral anglais. Dans un rapport officiel à son gouvernement, il s'exprime ainsi (2) :
€ IT y a cinq confessions religieuses à Madagascar : l'Église anglicane, l'Église catholique-
1, Etudes religieuses et littéraires, tome 12.
2. Livre bleu de 1881. Xapport du contre-amiral sir William Gores Fanes.
romaine, les Indépendants ou Méthodistes, les Quakers et les Luthériens de N orwège,
» Les Indépendants ont été les premiers à s'implanter à Madagascar, et quoiqu'ils ne soient nullement conséquents avec leurs principes sur l'administration de l'Église, ils sont en faveur à la cour. Le premier ministre est trop habile pour ne pas voir l'avantage qu'il y a à garder la reine comme chef de l'Église, Rien de ce qui touche à la religion n'échappe à sa surveillance,
» L'Église de Rome travaille silencieusement et cultive une plante supérieure à toute autre... La cathédrale des catholiques romains est un édifice qui ferait honneur à une ville d'Europe. Les Pères sont Jésuites et généralement Fran: çais ; ils ont pour auxiliaires de nombreuses religieuses. »
Faisant ensuite la comparaison entre les prédicants hérétiques et les prêtres catholiques, l'amiral ajoute :
{Le grand tort des missionnaires (protestants), c'est qu'ils sont surchargés de sollicitudes domestiques, de femmes et d'enfants. En conséquence, ils se rassemblent là où ils trouvent le plus de confortable, et, tandis que le reste de l'ile est négligé, la capitale en fourmille. Règle générale, ies missionnaires catholiques ne retournent pas dans leur patrie ; les missionnaires protestants, au contraire, semblent ne songer à autre chose qu'à retourner chez eux, surtout les femmes, qui ne cachent pas leurs répugnances pour l'œuvre des missions, »
Sur ce dernier point, le Révérend Ellis, bien que marié lui-même, se rencontre avec l'amiral : seulement sa conclusion est différente : € La seule consolation, écrit:il, qu'un missionnaire puisse goûter au milieu d'un peuple sauvage repose, en dehors de son ministère, dans les agréments de son cercle domestique ; mais ses plus grandes difficultés sont celles qu'il rencontre pour l'éducation de sa famille. Il éprouve une lutte constante et douloureuse entre les sentiments de son affection paternelle et les devoirs de sa charge pastorale (1). »
C'est sans doute pour faire diversion à ces sollicitudes familiales que, partout où il passa, le Rév. Ellis se livra aux intrigues de la politique.
Ces intrigues et les menées des méthodistes pour faire triompher à Madagascar, contre les