‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 335 sur 478 · SEE À · texte numérisé non relu

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L'épreuve était rude pour une chrétienté naissante, mais elle fit ressortir la fidélité des catholiques et la constance de leur foi, Pendant près de trois ans, ils demeurèrent sans pasteurs et sans sacrements ; ni les sollicitations et les violences de l'hérésie, ni les entrainements du patriotisme blessé, ni les difficultés de la situation ne purent les amener à l'apostasie. Les néophytes, dont les deux tiers n'étaient pas encore baptisés, abandonnés à eux-mêmes, furent admirables de courage, de zèle et de savoir-faire pratique.

Et cependant ils n'avaient pas de clergé indigène, grande lacune dans l'organisation d'une Église ! Mais l'inconstance du caractère hova et l'esprit de lucre naturel aux Malgaches avaient fait échouer tous jes efforts des Jésuites. Au bout de vingt-cinq ans, plusieurs essais avaient abouti à faire un prêtre malgache, le P. Rahidy, excellent sujet, qui venait précisément de mourir à la veille des expulsions.

Quels furent, après le départ des missionnaires, les soutiens de la mission ? Un Frère malgache des Écoles chrétiennes, six Sœurs indigènes de Saint-Joseph de Cluny, les membres de /'Union catholique,composée de jeunes gens déjà influents par leur capacité et leur position, et une dame de la cour, Victoire Rosoamanariva, catholique fervente, mariée au fils du premier ministre, Au moment de quitter Tananarive, le supérieur de la mission lui avait dit :

«€ Victoire, DiEu vous établit aujourd'hui la mère de tous ces chrétiens, qui vont être privés de leurs pasteurs, comme Jésus-Cnrist, au jour de l'Ascension, établit la Sainte Vierge mère des apôtres et de toute l'Eglise naissante. »

Victoire promit en pleurant de faire de son mieux, et elle tint parole.

On s'occupa d'abord d'organiser le service religieux dans les quatre églises de la capitale, Dès le premier dimanche qui suivit le départ des Pères, on se réunit, le matin et le soir, dans chacune de ces églises ; on chantait, comme d'habitude, les prières de la messe : un catéchiste lisait pieusement ce que le prêtre aurait dû réciter à l'autel, puis, à la place du prône, on expliquait le catéchisme, Dans l'après-midi, nou-

velle réunion, chant d'un Cantique, suivi des Vêpres, et, à certains jours, bien que la chrétienté fût privée du Saint-Sacrement, salut en musique ; la semaine, on se réuniisait chaque matin pour chanter un cantique et réciter le chapelet, qui tenait lieu de messe,

Après avoir installé le service religieux dans les églises de Tananarive, les jeunes gens de l'Union catholique se répandirent dans la campagne et prescrivirent aux maitres d'école d'imiter, autant que possible, ce qui se faisait à la capitale. Pour entretenir le zèle et ranimer la ferveur, ils faisaient de temps en témps des tournées d'inspection dans les villages catholiques ; aux jours de fête patronale, ils organisaient des pèlerinages, avec processions, drapeaux, illuminations et musique, Comme presque tous les noirs, les Malgaches sont passionnés pour la musique et, comme ils ont l'oreille naturellement juste, ils se tirent en général très bien des morceaux d'exécution,

Chaque semaine, les membres de l'Union se réunissaient et tenaient conseil. Les procèsverbaux de ces réunions hebdomadaires témoignent de la sagesse, du zèle, de la piété et de l'esprit d'organisation de ces jeunes gens, que rien n'avait préparés à un ministère si nouveau et si délicat pour eux : la direction, au milieu des circonstances les plus critiques, d'une grande mission de 80.000 catholiques. On y sent vraiment l'assistance de l'Esprit d'en haut. Leur générosité ne fut pas moins remarquable que leur prudence, d'autant que le Malgache est naturellement attaché à l'argent et n'aime pas donner ; malgré cela, ces jeunes gens, la plupart peu favorisés de la fortune, s'imposèrent pendant trois ans les plus grands sacrifices pour soutenir les écoles et pourvoir au service du culte.

Grâce à ce dévouement persévérant, les œuvres de la mission furent à peu près sauvegardées dans la province centrale d'Emyrne, qui compte le plus grand nombre de catholiques, groupés dans la capitale ou les environs. Chez les Betsiléos du sud, et généralement dans les postes éloignés de Tananarive, la persécution sévit avec plus de rigueur, et les fidèles, moins bien soutenus, montrèrent aussi moins de constance. À Fianarantsoa, la capitale des provinces méridionales, l'église et les écoles restèrent impitoyablement fermées, et, comme à Mada.

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