‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 336 sur 478 · Y , L'AFRIQUE INSULAIRE · texte numérisé non relu

Y , L'AFRIQUE INSULAIRE

PA] = es Cr *

gascar l'instruction est obligatoire, les enfants catholiques furent enrôlés de force dans les écoles protestantes. Dans les postes de l'intérieur, cinquante-six églises ou chapelles furent abattues ou brûlécs, les résidences des missionnaires saccagées, les vases sacrés profanés, les vétements sacerdotaux sacrilègement employés à des usages vulgaires. Néanmoins, la grande majorité des fidèles supporta la persécution sans fléchir, et l'on n'eut guère à déplorer que l'apostasie de cinq ou six cents catéchimènes non encore baptisés,

Les lépreux d'Ambahivoraka montrèrent en core plus de constance et de générosité, Depuis quelques années, les Jésuites s'étaient consacrés à cette œuvre si rebutante à la nature, et, au moment de leur exil, il y avait cent deux malades à la léproserie, Les méthodistes commencèrent par brûler leur modeste chapelle ; après ce bel exploit, un ministre du Saint Évangile se mit à visiter chaque semaine ces malheureux abandonnés et à leur distribuer des secours, qui naturellement furent bien accueillis, car, depuis l'exil des missionnaires, personne ne subvenait plus à leurs besoins. Quand il crut le terrain suffsamment préparé, le ministre démasqua ses batteries et leur proposa de passer au protestantisme, leur promettant qu'alors il serait largement pourvu à toutes leurs nécessités : € Jamais, répondirent tout d'une voix les lépreux; si vous le voulez, faites-nous l'aumône ; nous vous en serons très reconnaissants, car nous en avons le plus grand besoin ; mais, si c'est au prix de l'apostasie, gardez votre argent, » Le miistre eut le bon esprit de se le tenir pour dit et de ne pas insister. De leur côté, les membres de l'Union catholique, qui visitaient eux aussi les lépreux chaque semaine, leur procurèrent quelques petits secours, dans la mesure restreinte des faibles ressources dont ils pouvaient disposer. <

Pendant que les fidèles de Madagascar donnaient ces beaux exemples d'attachement à la foi catholique, les missionnaires, réfugiés à Tamatave, ne demeuraient pas inactifs. [ls encourageaient de leurs lettres leurs enfants restés orphelins, en même temps qu'ils prêtaient le secours de leur ministère, dans les hôpitaux militaires, à nos soldats blessés ou malades et aux prisonniers hovas. De nombreuses conversions

PA

Cr

IQUES AU XIX" SIÈCLE

vinrent récompenser les efforts de leur zèle,

Dès le début de leur séjour à Tamatave, la divine Providence leur ménagea une bien douce consolation, Sir Packenham, consul d'Angleterre, un des hommes qui avaient le plus contribué à protestantiser Madagascar, où il résidait depuis vingt ans, abjura l'hérésie entre leurs mains et fit la mort la plus édifiante, Cet honnête homme, protestant convaincu, mais marié à une femme catholique et pieuse, n'avait pu voir, sans en être touché, le dévouement et l'abnégation des prêtres catholiques. Dès 1863, il avait protesté hautement contre les agissements du Rév. Ellis. Le chagrin qu'il éprouva à voir l'influence anglaise compromise par les menées des méthodistes et les victoires dela France, acheva de lui ouvrir les yeux et de dissiper ses préjugés d'éducation, Trois jours avant de paraître devant Dieu, il voulut entrer dans le sein de cette Église catholique qu'il avait combattue toute sa vie,

Les Jésuites profitèrent aussi de leur exil pour visiter les côtes de Madagascar, et ouvrir, à l'ombre du draprau français, de nouvelles stations, À la même époque, la Sacrée Congrégation rétablit le vicariat apostolique de Madagascar, et le P. Cazet, qui avait succédé en 1871 au P. Jouer, en qualité de supérieur de la mission, reçut la consécration épiscopale dans l'église de Lourdes (11 octobre 1885).

Enfin arriva la fin de ce long exil. Aussitôt après la signature du traité de paix, les missionnaires se hâtèrent de reprendre le chemin de la capitale, Avec quelle joie ils furent reçus par leurs chrétiens, c'est ce qu'il est superflu de dire, Mgr Cazet rentra à Tananarive le Samedi- Saint suivant, et le lendemain, jour de Pâques 1586, dans la cathédrale splendidement décorée, il célébrait pontificalement la résurrection de l'Homme-Dieu et celle de l'Église malgache, Deux mois après, la procession de 1: Fête- Dieu, et, le 15 août suivant, celle de la Sainte- Vierge, déroulaient leurs pieuses théories sur les places publiques de la capitale, montrant, une fois de plus, aux ennemis du catholicisme, impuissants et vaincus, qu'à l'exemple de son divin Maitre, l'Église voit toujours, tôt ou tard, les

e leur zèle, amatave, la

une bien consul d'Anient le plus scar, où il érésie entre ifiante, Cet incu, mais ‘use, n'avait ouement et Dès 1863, 2 les agisqu'il éprouva iise par les toires de la x et de disjours avant entrer dans qu'il avait

> leur exil , et ouvrir, à uvelles staée Congré- : de Madaédé en 1871 de la mise dans l'é-

il. Aussitôt les missionemin de la | reçus par superflu de le Samedide Pâques nt décorée, rection de malgache, e l: Fêtela Saintehéories sur ntrant, une cisme, ime son divin a tard, les

dr

jours de la Résurrection succéd, aux opprobres de la Passion

Depuis le retour des missionnaires, le mouvement catholique s'est accentué, Partout on a relevé les ruines qu'avait faites la persécution ; à l'heure actuelle, une centaine d'églises et de chapelles sont en construction, sur toute l'étendue de l'ile; la période des conversions en masse semble s'ouvrir à Madagascar, et peut-être n'est-il pas présomptueux d'espérer que, si rien

memes MADAGASCAR,.

primaire donné dans chaque chrétienté par les instituteurs malgaches au service de la mission, les Frères des Écoles chrétiennes et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny voient chaque jour leurs établissements assiécés et devenus trop étroits pour la foule des écoliers qui s'y présentent, Enfin, les RR. PP, Jésuites viennent d'ouvrir à Ambohipo, aux portes de la capitale, un observatoire scientifique avec un splerdide collège. € Tout cela, écrit tristement le correspondant du Zemps, sera bientôt trop étroit, } Nous en acceptons volontiers l'augure.

Missions catholiques

n'arrête l'ébranlement commencé, les ce”£ mille catholiques que compte aujourd'hui la grande ile africaine seront wn million dans quelques années, Chose bien significative pour quiconque connait le caractère malgache : plusieurs membres de l'aristocratie, que le respect humain et la crainte de compromettre leur situation à la cour | avaient retenus dans les rangs du protestantisme, ont fait récemment retour à l'Église catholique, D'un autre côté, les écoles sont remplies et ne peuvent, malgré les demandes des parents, recevoir de nouveaux élèves, Outre l'enseignement

ra

Église-Cathédrale nl à de l'Immaculée-Conception à Tananarive, d'après une photographie.

Les ministres protestants expient cruellement, à cette heure, les abus d'autorité auxquels ils se sent livrés, pendant qu'ils étaient les maitres à Madagascar, et les missionnaires catholiques reçoivent enfin la récompense de leur longue patience et de leur mod#::tian dans les plus dures épreuves. Ce n'est pas que la nouvelle organisation politique de Madagascar ait rien changé à la situation religieuse, puisque l'administration intérieure de l'ile reste exclusivement aux autorités malgaches, qui sont protestantes fanatiques ; ce n'est pas davantage que la France

ait essayé d'abuser de sa victoire pour oppriner les ministres de l'hérésie et restreindre la liberté de leurs prédications ; bien au contraire, le gouvernement français avait offert aux protestants français de venir travailler à Madagascar, à l'ombre du drapeau national, Ceux-ci trouvèrent bon de décliner ces offres, ce qui les fit accuser par M. de Mahy, député de Bourbon, d'avoir voulu, dans un intérêt de secte, livrer Mada gascar à l'Angleterre ; et il en fournit publiquement les preuves, à quoi les révérends ministres répondireint assez faiblement dans leur journal le Temps \1). Le protestantisme n'est donc nullement opprimé à Madagascar, mais le catholicisme, après trente ans d'épreuves, a vu enfin se lever pour lui l'aurore de la liberté, Cela lui suffit pour triompher de tous les ennemis,

Le vicariat apostolique comprend l'ile entière, Population totale : cinq millions d'habitants, sur lesquels 98,425 catholiques (29,267 baptisés et 69,158 catéchumènes), Le chiffre des protestants s'élève, en ce moment, aux environs d'un million et demi, dont les deux tiers au moins appartiennent aux méthodistes, qui forment l'Eglise officielle,

Personnel : x vicaire apostolique, 48 missionnaires prêtres, 19 Frères coadjuteurs, 2 scholastiques, dont 1 malgache. Frères des Écoles chrétiennes : 3 maisons, 19 religieux, Sœurs de Saint-Joseph de Cluny : 25 Sœurs, 2 novices et 1 postulante indigène.

Œuvres : 14 stations avec résidences, 381 missions, 71 églises, 186 chapelles. En construction : 17 églises et 96 cha: pelles. Total : 368 édifices consacrés au culte. 1 séminairecollège, à Ambohipo, 15 élèves ecclésiastiques, 6 pensionnats, garçons, 567 élèves. 4 pensionnats, filles, 538 élèves. 45? écoks primaires; garçons, 7.532 élèves ; filles, 8.110 élèves. Au total, 16.762 enfants dans les 641 établissements

d'éducation de la mission. 1 léproserie, 150 malades ; 3 hô-. pitaux, 1 imprimerie,

Faisons maintenant un peu de statistique comparée, pour nous rendre mieux compte des progrès de la mission,

En 1860 : commencements de la mission.

En 1870 : 1 préfet apostolique, 9 mission ou chapelles, $ écoles, 1,150 catholiques.

LETS

1. En 1876, un pasteur protestant, traduisant en français un livre sur les missions évangéliques à Madagaicar, otait bien, dans sa préface, écrire ces lignes véritablement odieuses sous une plume française : € Nous sommes obligés de reconnaître qu'il est heureux, pour le vrai bien de Madagascar, que l'influence anglaise ait prévalu dans cette île sur celle de la France et le chnistianisme évangélique sur celui de Rome. » (Voir Histoire et Géographie de Madagascar, par Henri Descamps.)

LIQUES AU XIX:°

SIÈCLE

En 1880: 1 préfet apostolique, 48 missionnaires, 170 églises ou chapelles, 450 écoles, 80,905 catholiques, dont 23.499 baptisés,

Eu 1890 : 1 vicaire apostolique, 48 missionnaires, 368 églises ou chapelles, 641 écoles, 98 425 catholiques, dont 29,627 baptisés.

N'oublions pas que, de 1883 à 1886, Madagascar a été privée de missionnaires, et que toute: les œuvres de la mission ont été suspendues et même ruintes en beaucoup d'endroits,

Page 1