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Le Gobien, Æéstoire des îles Ladrones

3. Argensola, Découverte et conjuêle des îles Molugues et Phiippines,

Cependant, des néophytes, baptisés de la veille, affrontaient ces affreux tourments, en voyant chaque jour leurs apôtres les pr/céder d'un pas ferme dans la voie douloureuse. En un siècle, près de cent missionnaires versèrent leur sang pour affirmer la vérité de la foi qu'ils préchaient, C'est à ce prix seulement qu'on arracha à l'idolâtri: l'âme d'un peuple, mais aussi le moyen est infaillible : comment ne croirait-on pas des témoins qui se font égorger? Par une exception glorieuse et bien rare dans les annales de l'apostolat, on vit, aux Philippines, un peuple déjà contaminé par l'Islam abandonner la religion de Mahomet pour celle de Jésus-Cnrisr.

En 1600, soixante-quinze ans après l'arrivée des Espagnols, on comptait déjà dans ces iles, au rapport de l'historien Mendoza, plus de 400.000 convertis. Au commencement du siècle suivant, on peut dire que le pays tout entier était conquis à la foi catholique. Il ne restait plus que quelques tribus sauvages, perdues au fond des bois ou dans les fes les plus éloignées de l'Archipel, où les apôtres du Curisr se préparaient à les poursuivre pour les amener, elles aussi, au christianisme et à la civilisation.

Un ministre protestant, successivement missionnaire aux Indes et en Chine, a constaté, à sa manière, ce triomphe du catholicisme: « L'Église » de Rome, écrit-il, a gagné ici la population » entière ; les naturels sont devenus des 4gots » papistes, et l'influence des prêtres sur eux est » sans limites. C'est là, ajoute gravement le » Révérend, un des exemples les plus remar- » quables de la puissance de la Bête (1). »

Sir Crawford, ancien gouverneur de Syngapour, constate le même fait, mais sans se laisser aller à ce ton d'acrimonie qui caractérise presque tous les écrits des pasteurs protestants : € Dans » les Philippines, les Espagnols ont converti à » la foi catholique plusieurs millions d'indigènes, » et une immense amélioration dans leur condi- » tion sociale en a été la conséquence (2). »

Il est certain, et les voyageurs qui ne se laissent pas emporter par l'esprit de secte en conviennent, que c'est au clergé catholique que l'Espagne doit d'avoir pu soumettre, sans effusion de sang et sans massacres, ces races indomptables, alors que dans les îles voisines de la

1 Rév. David Abeel, /owrnal d'un séjour en Chine. 2 Voirle 7ïmes, n° du 2 décembre 1858.

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Sonde, dans la Nouvelle-Guinée, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, la Hollande et l'Angleterre échouaient complètement à s'assimiler des populations de même race, et quelques-unes, comme les Australiens, d'humeur beaucoup plus pacifique. « Ces îles, écrit un voyageur américain (1), >» ne furent pas conquises à l'Espagne par des » chevaliers bardés de fer, mais par les soldats » de la Croix, par des prêtres embrasés d'ardeur » pour la cause du Curisr... Ces hommes géné- » reux ont pénétré là où les guerriers de l'Es- » pagne n'osaient entrer les armes à la main, et » il est vrai de dire que, dans cette occasion, les » armes l'ont cédé à la toge, fait qui a eu les » meilleures conséquences pour les Indiens sou- » mis à la foi catholique, en iatroduisant parmi » eux les arts et la civilisation. Des milliers de » sauvages errants dans les bois sont aujour- » d'hui de paisibles cultivateurs ; ils ont appris » de ces bons Pères à labourer le sol, au lieu de > vivre uniquement du produit de leur chasse, » en hostilités continuelles les uns avec les » autres. L'Église a montré là, ce qui est connu » depuis longtemps, qu'elle est l'instrument le > moins coûteux et le plus efficace de l'ordre et » d'un bon gouvernement. »

€ La colonie est très florissante, écrit un autre » voyageur ; presque tous les naturels /agalos » ont été convertis à la foi catholique. Le clergé » exerce sur eux une influence qui semblerait » magique, si l'en ne savait que, pour les catho- » liques, l'autorité de leurs prêtres est divine (2).»

€ De grands éloges sont dus aux Espagnols, » dit de son côté un diplomate anglais (3), pour » l'établissement des écoles dans la colonie et > pour leurs efforts incessants à propager le >» christianisme par le meilleur moyen, la diffu- € sion de l'instruction chrétienne, »

On voit ici le catholicisme à l'œuvre à côté des sectes dissidentes. Aux Philippines, son action n'a pas été entravée, comme dans l'Amérique du Sud, par les cupidités et les crimes de la conquête. Le pays était pauvre, les population féroces, rien n'attirait de ce côté les convoitises des chercheurs d'or. L'Église à donc été laissée à peu près à elle-même pour conquérir

1. Robert Mac-Micking, esq. Souvenirs de Manille et des Phi. dippines.

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