Tome X, année
ces révoltes et ces désespoirs, aucune conso. lation d'en haut à ces hommes qui avaient tout perdu sur la terre et qui n'avaient d'espoir que dans l'éternelle miséricorde du Souverain Juge, Grâce à ce système de répression impitoyable, l'Australie et la Tasmanie étaient devenues, de l'aveu même des écrivains anglais, € un cloaque moral, » Le docteur Lang, une des autorités de la colonie à cette époque, rapporte que les premières classes de la société elles-mêmes donnaient l'exemple d'une immoralité profonde, et il ajoute : « Leur profession même de christianisme fait plus de mal que de bien à la cause de la religion (1), »
€ Dans la classe ouvrière, la corruption des
émigrants dépasse tout ce qu'on pourrait
imaginer, } écrivait en 1851 un autre voyageur (2). « L'état de l'éducation est généralement » déplorable, dans la plus grande partie de la » colonie; il n'y en a pas, sauf celle que les » parents donnent chez eux. Les hommes » vivent et meurent, et les enfants sont élevés, > sans aucune instruction religieuse, }
Il ne paraît pas que le clergé protestant, bien que nombreux et richement doté, ait jamais songé à réagir vigoureusement contre cette lamentable corruption, Malgré la présence d'évéques anglicans à Sydney, à Melbourne, à Adélaide et dans les principales villes, leur autorité sur leurs ouailles parait avoir été à peu près nulle : € Je fus très surpris, écrivait en 1862 un > voyageur protestant (3), de voir combien les >» Cglises anglicanes étaient peu fréquentées, et » combien il y avait de gens en Australie, ayant » de l'éducation et une position aisée, qui n'en- > traient jamais dans un temple, même parmi » les colons, qui en Angleterre assistaient régu- » lièrement au service divin, »
C'est sur ce terrain ingrat que l'Eglise catholique, la dernière venue et tolérée comme par grâce, était appelée à travailler. Avec quel succès elle l'a fait, les progrès opérés dans les cinquante dernières années sont là pour le dire ; mais il ne sera peut-être pas sans intérêt d'apporter d'abord le témoigrage des ennemis de
notre foi,
1, ist, de la Nouvelle-Galles du Sud, 1 vol,, ch. 2.
2. John Anderson, esq. Æxcursion dans la Nouvelle-Galles du Sud, 2 vol., ch, 9.
3 Puselez, Australie et Tasmanie.
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vaient tout espoir que rain Juge, npitoyable, venues, de un cloaque utorités de ue les premes donrofonde, et : de chrisbien à la
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Le docteur Lang se plaignant amèrement qu'on refusât aux presbytériens un subside qu'on venait d'accorder aux catholiques, sir Thomas Brisbane, gouverneur de la Nouvelle-Galles, fit cette réponse péremptoire : € Il sera temps pour » les presbytériens d'être assistés par le gouver- > nement, quand ils se conduiront aussi bien que » les catholiques (1), » —« La populationp rotes. » tante, écrit de son côté M, Hood (2), ferait » bien d'imiter, en faveur de la génération nais- » sante, la ferveur et le zèle de leurs frères cn- » tholiques, L'Église romaine, avec son zèle » ordinaire, a élevé partout des écoles, et des » séminaires sur tous les points de la colonie, » € — Ils ne perdent pas un de leurs élèves, dit » Brain (3), et rien n'abat leur zèle, y — € Ici > comme dans toutes les autres colonies, rap- » porte le colonel Mundy (4), les catholiques » semblent avoir augmenté en nombre et en » importance beaucoup plus que les autres com- » munions, La cause en est évidente : l'union » fait la force. Les protestants sont divisés en » sectes; chez nous, chacun doit se faire sa » croyance ; aussi la plupart s'en dispensent vo > lontiers et vivent sans aucune religion, »
Enfin tout récemment, en 1880, un député au parlement de la Nouvelle-Galles du Sud, sir Blatterg (5), rendait publiquement hommage au zèle des Frères Maristes, qui élèvent 25.000 enfants dans les écoles fondées et soutenues par les catholiques, pendant que le cardinal Moran, de son côté, entretient à ses frais dans l'archidiocèse de Sydney 90 écoles et 300 professeurs. On a vu le point de départ de la mission d'Aus tralie, Comment, en un demi siècle, a-t-elle atteint ce haut degré de prospérité et un si splendide épanouissement de: la vie catholique et de ses œuvres ? C'est toujours l'histoire du grain de sénevé qui, avec la bénédiction de Drev, germe silencieusement dans la teire, en attendant qu'il devienne un grand arbre. En 1835, sur le rapport du R. P, Ullaihorne, la mission d'Australie fut détachée de Maurice, et devint un vicariat apostolique, dont le premier titulaire, au refus du P. Ullathorne, fut Mer Polding, des Béné-
1. Docteur Lang, Æ/is4, de la Nouvelle. Gultes du Sud, 2° vol. ch, 2.
2. Hood, L'Australie orientale, 3. list. de la Nouvelle-Galles, 2 voi, ch, 6. 4. Les Colonies australiennes, 3° vol., ch, 2. $
+ Voir les Missions catholiques, numéro du 21 février 1890.
Missicns catholiques
me" CEE Mouse À Le v L'4 :
dictins anglais, Dès 1842, la hiérarchie fut constituée en Australasie : un archevêché, Sydney, deux évêchés suffragants : Adélaïde et Hobart- Town (Tasmanie), A mesure que le catholicisme étendit ses conquêtes, on fit l'érection de nouveaux sièges épiscopaux : Perth (1845), Victoria, Melbourne et Maitland (1847), Brisbane (1849), Goulbourne et Armidale (1862), Bathurst (1865),
En 1874, l'Australie-fut divisée en deux pro-
S, Ém. le Cardinal Moran, troisième archevêque de
Sydney, d'après une photographie.
vinces ecclésiastiques : Sydney avec sept suffragants ét Melbourne avec cinq. En 1885, Léon ATIT Jécora de la pourpre romaine l'archevêque de Sydney, Mgr Moran, et le 15 novembre la même année, s'ouvrait à Sydney le premier concile provincial de tous les évêques de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande. À cette occasion,le Ærcemans Journal de Sydney résumait, dans ces lignes émues, les progrès de l'Église d'Australie :
& Il était impossible de mieux célébrer le
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LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.
premier cinquantenaire de l'Église australienne que par un concile général de ses évêques. Il y a cinquante ans, quelques prétres consolant quelques prisonniers, c'était tout le personnel eeclésiastique et toute la clientèle catholique. Aujourd'hui, vingt évé. ques, deux archevêques, dont un cardinal, assistés d'une pliade d'apôtres, forment l'état-
major de la hiérarchie sainte, et 600.000
fidèles les entourent de vénération et d'amour.»
Ce premier concile des évêques de l'Australie était le point de départ de nouvelles conquêtes. A la demande des Pères du concile, le Saint- Siège, pour rendre plus efficace l'action de l'apostolat, érigea dans ces contrées de nouveaux sièges épiscopaux et créa deux nouvelles provinces ecclésiastiques en Australie, Adélaïde et Brisbane, pendant que les sièges d'Hobart- Town et de Wellington étaient élevés à la dignité de métropoles, pour la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande.
Mais avant de donner la statistique des six provinces ecclésiastiques de l'Australasie, il me faut ajouter quelques notions générales sur la Tasmanie et la auvelle-Zélande,
La Tasmanic au sud de l'Australie par le détroit de ! te 130,000 habitants, sur lesquels 2,6c holiques. Elle forme une colonie indépe.dante, comme les autres colonies de l'Australie.
Comme l'Australie sa voisin, la Tasmanie commença par être un lieu de déportation et un pays assez mal formé. Peu à peu, comme en Australie, les éléments impurs furent éliminés, et la nouvelle colonie entra dans ure êre de prospérité continue. Mais les Européens détruisirent impitoyablement l'élément indigène. La dernière Tasmanienne, une femme nommée Lalla Rouck, est morte à Hobart-Town, il y a une dizaine d'années. Actuellement il ne reste plus dans toute l'ile un seul représentant de la race vigoureuse et intelligente que les Anglais y trouvèrent à la fin du dernier siècle, Encore un peuple détruit par l'Anglo-Saxon.
La Nouvelle-Zélande forme, à l'est de l'Australie, un groupe de trois grandes iles, l'ile du Nord, l'ile du Sud et l'ile Stewart ; leur superficie totale est presqu'égale à celle de la Grande- Bretagne ; elles ont environ 620.000 habitants (y compris 40.000 indigènes), sur lesquels on
compte 88.200 catholiques. La Nouvelle-Zélande forme une colonie indépendante, dont la capitale est Auckland,
La Nouvelle-Zélande aurait dû appartenir à la France, En 1840, aucune puissance européenne n'avait encore arboré son drapeau sur ces îles, Le commandant Langlois fut envoyé pour en prendre possession au nom de notre pays. Il débarqua dans la baie d'Akaroa, avec une trentaine de familles, et y arbora le drapeau de la France. Mais, au premier bruit de nos intentions, les Anglais avaient armé un navire plus léger, et, nous gagrant de vitesse, ils avaient débarqué trois jours auparavant dans une baie voisine,
Là, avec le concours intéressé des ministres protestants, établis depuis 1814 dans ces iles, ils avaient convoqué les chefs indigènes et avaient fait reconnaitre par les naturels la suzeraineté de la Grande-Bretagne. De là, conflit entre les deux gouvernements. Selon son habitude, M. Guizot céda aux premières sommations de l'Angleterre, et donna l'ordre au commandant Langlois de se retirer. Les quelques colons français, demeurés à la baie des Iles, n'ont pas laissé d'y prospérer, et aujourd'hui leurs descendants sont au nombre de 630.
Il faut reconnaitre que les Anglais ont tiré meilleur parti de cette belle colonie que nous n'aurions fait, très probablement. En cinquante ns le chiffre des colons est monté à 578.482 (acrnier recensement &e 1887). Ils ont bâti des villes, comme Auckland, Wellington, Napier, Nelson, Dunedin, Christchurch, qui ne le cèdent enrien aux grandes cités américaines, L'agricul-
ture, l'élevage des troupeaux, le commerce et l'industrie se sont développés avec une merveilleuse rapidité,
C'est un nouvel empire des Indes qui se forme aux antipodes, et qui, embrassant l'im- Tasmanie, la
mense continent australien, la Nouvelle-Zélande, les Fidji, la Papouasie, etc. comptera, d'ici un siècle, plus de cent millions d'habitants, groupés, dans l'Océanie occidentale, sous le sceptre colonial de l'Angleterre, Que sont, à côté de cela, nos petites possessions océaniennes : la Nouvelle-Calédonie, Taiti, les Marquises, qui n'ont pas plus de 120.000 habitants, sur lesquels, en comntant les fonctionnaires et les troupes d'occupation, on ne trouverait pas 20.000 colons de race française ?
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USTRALASIE, 1800-1890. 491
Mais si les Anglais sont meilleurs colonisateurs que nous, il faut bien avouer que, sous le rapport de l'humanité, les races indigènes n'ont qu'à perdre sous leur domination. Quand le capitaine Cook aborda le premier, à la fin du dernier siècle, à la Nouvelle-Zélande, il y trouva environ 400.000 indigènes, appelés Maoris, race intelligente et brave, bien supérieure à tous les naturels des autres iles. En 1850, leur nombre ne dépassait pas 100.000. Les trois quarts avaient
se battirent avec acharnement pour recouvrer leur indépendance, Il était trop tard, La Grande- Bretagne vint à bout de les soumettre, avec une dépense de cent millions de francs et beaucoup de sang versé de part et d'autre. Aujourd'hui, cette noble race, refoulée à l'intérieur, sous la domination d'un roitelet indigène, reconnu par l'Angleterre, s'éteint dans le vice et la misère. Les Maoris ne sont plus que 42.000; en un siècle, les neuf dixièmes ont succombé. € Nous » avons implanté l'Angleterre à la Nouvelle-
déjà succombé au contact de l'Anglo-Saxon Cependant, les Maoris n'entendaient pas se laisser détruire sans combattre. Trompés par leurs pasteurs protestants, ils avaient reconnu, sans bien savoir à quoi ils s'engageaient, la suzeraineté de la Grande-Bretagne. Quand ils comprirent la portée de leur acte et se virent refoulés, eux et leurs troupeaux, dans les montagnes de l'intérieur et les cantons les moins fertiles de leur ile, ils se révoltèrent, en 1861, et
AUCKLAND (Nouvelle - Zélande), d'après une photographie,
» Zélande, disait, en 1862, un membre de la » Chambre des Communes. L'Anglais détruira » le Maori, :t plus tôt le Maori sera détruit,mieux » cela vaudra (1). »
Cest seulement en 1838 que les premiers missionnaires catholiques abordèrent à la Nouvelle-Zélande. En 1835, le Saint-Siège avait créé le vicariat apostolique de l'Océanie Occidentale, qui embrassait la moitié de l'Océanie, et dont le premier titulaire fut Mgr Pompalier,
1, Voir le 7ïmes du 14 mars 1862.
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492 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCL
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de la Société de Marie, Au mois de décembre 1836, l'évêque s'embarqua avec quatre prêtres et trois Frères de la même Société, La traversée fut longue et pénible; un des missionnaires mourut en route. Après avoir doublé le cap Horn, la petite troupe apostoique arriva, à la fin de 1837, sur le terrain de ses travaux. Au mois de novembre, le P. Bataillon fut déposé à Wallis, et le P. Chanel, le futur martyr de l'Océanie, à Futuna, chacun en compagnie d'un Frère. L'évêque, poursuivant sa route, débaraua le 8 janvier 1838 à la baie des Iles, où il s'établit avec un seul missionnaire et un Frère coadjuteur, À cette époque, la colonie comptait une trentaine de catholiques, presque tous Irlandais ; ces pauvres gens, privés de tout secours religieux, faisaient annuellement le voyage de Sydney, pour se confesser et faire baptiser leurs enfants, On juge de leur joie en voyant arriver les premiers missionnaires catholiques, après lesquels ils soupiraient depuis longtemps.
Malheureusement, depuis un quart de siècle, l'hérésie s'était solidement implantée à la Nouvelle-Zélande, Il est certain que les ministres protestants avaient commencé par faire un grand nombre de prosélytes. Les Maoris, très intelligents, bien qu'encore anthropophages, avaient vite compris qu'ils avaient tout à gagner avec des instructeurs spirituels qui arrivaient les mains pleines d'or, et promettaient d'initier les naturels à la civilisation européenne, € La » plus grande partie des soi-disant chrétiens, écrit un voyageur protestant (1), ne se sont convertis que pour jouir de la vie aisée qu'ils trouvaient dans les missions, » — Le succès des missionnaires à la Nouvelle- Zélande, dit de son côté un missionnaire américain (2), fut dû principalement, non pas au désir de l'instruction religieuse de la part des indigènes, mais à l'espérance de vendre leurs terrains et de se livrer au négoce, » — Ils semblent peu comprendre, et se soucier encore moins, dit un négociant anglais établi dans le pays (3), des principes de la foi chrétienne, mais ils apprécient parfaitement l'utilité des arts que les missionnaires ont ensei-
1, Carne Bidwil, Ærcursion à la Nouvelle Zélande, ch, 2 2 Docteur Brown, La Nouvelle-Z lande, ch, 2.
3 Autour du Parifique, 1 vol, ch, 9,
» gnés, et ils comprennent facilement qu'ils ont » tout intérêt à les supporter. »
Il fallait que l'intérêt fût grand, car, selon leur usage invariable là où ils sont les maitres, les Révérends ne tardèrent pas à abuser de leur autorité et à transformer leur influence en tyrannie ; n'étant alors gênés par aucun gouvernement européen, ils firent de ces îles, si riches et si prospères, une espèce de fief théocratique, qu'ils exploitèrent au mieux de leurs intérêts ; abusant de la bonne foi des indigènes et de l'ignorance uù ils étaient alors de la valeur de leurs terres, ils se firent livrer, à vil prix, des propriétés d'une étendue égale à celle d'un de nos départements. Un seul d’entre eux, le Rév. Taylor, archidiacre, acheta, moyennant 200 haches et quelques mouchoirs de poche, 50.000 arpents de terre. Jamais encore on n'avait vu un pillage si effronté.
Quand les Anglais se furent installés à la Nouvelle-Zélande, les réclamations éclatérent de toutes parts, et le gouvernement britannique nomma une commission pour reviser ces monstrueux marchés, Le R. Taylor fut “condamné à restituer aux indigènes 48.000 arpents de terre ; il n'en garda que 2.000, ce qui était encore beau, vu le prix qu'il avait payé. Sur 216.000 arpents qu'ils prétendaient avoir achetés, les ministres du saint Évangile s'estimèrent heureux d'en conserver 66.000. À cette occasion, on lit, dans un rapport officiel envoyé à Londres (1) : € Les mis- >» sionnaires ne peuvent soutenir un interroga- > toire en règle sur leurs procédés, et ils rece- > vront assez humblement les conditions qu'on » leur offrira. »
L'avidité et l'indélicatesse à s'approprier les terres des indigènes n'étaient, parait-il, que les moindres peccadilles de messieurs les prédicants. Le docteur Lang, ministre presbytérien, dans un rapport officiel (2), s'exprime en ces termes, au sujet des agissements de ses collègues : & Je suis > certain, milord, qu'il est impossible de trouver,
dans l'histoire d'aucune mission protestante
depuis la Réforme, des faits égaux, en impudence et en indignité morale, à ceux qui sont rapportés ici. Le premier chef de la mission fut chassé pour aaultère, le second, pour ivrognerie, le troisième, pour un crime encore