I. — VICARIAT APOSTOLIQUE DES ILES SANDWICH
Es iles Sandwich ou Hawaï, découvertes en L. 1778 par Cook, forment un groupe de huit grandes îles : Hawaï, Maui, Oahu, Kanai, Molokai, Lanai, Nihau et Kahoolaiwe, sans compter une centaine d'ilots. Elles s'étendent du 170° au 150° de longitude ouest, et du 209 au 25° de latitude nord. Honolulu, la capitale, est située dans l'ile Oahu.
Ces iles obéirent d'abord à des chefs particuliers, À la fin du dernier siècle, un chef, plus intelligent où plus ambitieux que les autres, les soumit tous à son autorité et régna sur tout l'archipe!, sous le nom de Kaméhaméha Ier, dit
Missions catholiques
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h, Fa a —— <> — LE CATHOLICISME DANS LES ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890. 505
le Grand. Ce barbare de génie tourna le premier les regards de ses sujets vers la civilisation occidentale et, bien qu'il vécût et mourût païen, il avait, sans s'en douter peut-être, admirablement préparé son peuple à la réception de l'Évangile, principe unique de toute civilisation.
C'est sous le règne de son fils, Kaméhaméha IT, qu'arrivèrent d'Amérique les premiers méthodistes (1820). Mais il est bon de noter ici que, l'année précédente, le catholicisme avait déjà fait une apparition dans ces iles. L'abbé de Quélen, cousin de l'archevêque de Paris, voyageant en qualité d'aumônier sur la frégate l'Urantie, avait instruit et baptisé le premier ministre du roi. Que devint cet unique néophyte ? L'histoire n'en dit rien. Mais il est certain qu'à leur arrivée, les protestants trouvèrent une population toute disposée à embrasser le christianisme, et ils avouent qu'avant même qu'ils eussent commencé leurs travaux, l'idolâtrie avait disparu de ces îles {comme par miracle. »
I était difficile de trouver un terrain mieux préparé. Aussi, dès les premiers jours, le roi et la reine avaient embrassé la nouvelle religion, et, désireux de contempler de près les merveilles de la civilisation, ils partirent pour Londres ; mais la rigueur du climat brumeux de l'Angleterre fut fatale au jeune couple, qui mourut à Londres, vers la fin de 1824.
En l'absence du roi, et depuis sa mort jusqu'à la majorité de Kaméhaméha III, ce fut la reinemère qui exerça la régence (1823-1832).
Elle se laissa entièrement dominer par l'influence des méthodistes, en particulier du trop fameux Bingham, qui devint ainsi le véritable roi des iles Sandwich. Voici comment cet homme était apprécié par ses propres coreligionnaires :
€ Bingham, écrit Kotzebue (1), intervient » dans toutes les affaires du gouvernement ; le » commerce surtout attire son attention. Il » semble avoir entièrement oublié le but de son » séjour ici, trouvant sans doute les occupations » d'un administrateur plus à son goût que celles » d'un missionnaire. Les desseins particuliers de » Bingham ne peuvent être facilement pénétrés, parce qu'il les recouvre du manteau de la reli- >» gion. Peut-être se croit-il déjà le maitre absolu de ces iles, »
1, Voyage autour du monde, vol, 11.
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Ses collègues paraissent avoir marché sur ses traces : € Il y a décidément quelque chose de » révoltant, écrit l'historien protestant Mel- » ville (1), dans les opérations des missionnaires
aux iles Sandwich; autre chose est de lire les récits pathétiques de leurs fatigues, les belles descriptions de leurs conquêtes, des baptêmes qu'ils ont donnés à l'ombre des palmiers ; autre chose d'aller aux îles Sandwich, d'y voir des missionnaires habitant des villas en pierres de corail, pittoresquement situées et délicieusement meublées, tandis que les malheureux indigènes s'abandonnent autour d'eux à toutes sortes d'immoralités, }
Et ce qu'il y a de vraiment révoltant, c'est que ces mêmes hommes, si indulgents pour euxmêmes, exigeaient de leurs néophytes des observances d'une sévérité exagérée : proscription des jeux les plus innocents ; le jour du sabbat, défense d'allumer du feu, même pour cuire les aliments ; cinq apparitions différentes au temple sont prescrites ce jour-là ; et comme sanction
pénale, les récalcitrants sont conduits au prêche
à coups de rotin, ou frappés de lourdes amendes,
Il va sans dire que les Rév. ministres et les principaux chefs trouvaient bon de se dispenser de ces observances gênantes,
À ce dur régime, le peuple hawaïen perdit bien vite ses qualités naturelles : sa gaieté, sa douceur, sa franchise ; il devint sombre, hypocrite, délateur et sournois. Une dépopulation effroyable se fit dans ses rangs. En 1823, la population de l'archipel était de 142.050 habitants: en 1860, elle était tombée à 67.800 ; en 1872, elle n'était plus que de 56.872. Ainsi, en cinquante ans, elle avait diminué des deux tiers. Depuis, elle s'est un peu relevée, grâce à l'appoint des nombreux étrangers qui sont venus s'établir dans ces iles: mais la race indigène continue à dépérir et à s'éteindre. C'est surtout à l'immoralité qu'on attribue ce triste résultat : € Je crois franchement, écrit un docteur protes-
tant, que si les femmes hawaïennes ne sont
pas rendues plus pures et plus chastes, il est impossible que le peuple hawa conserve l'existence (2). » — & La perversion des mœurs devient telle, dit de son côté le Po/ynésien,
1, Les iles Marquises, ch. 26, 2. Cité dans l'Æistoire des iles Sandwich, par Hopkins, ch. XV,
» journal officiel, qu'après deux générations » entières, nées et élevées dans la foi chrétienne, » avec des écoles publiques dans tous les villages,
d'innombrables réunions pour la prière, malgré
tant d'efforts, il serait difficile aujourd'hui à
un Hawa de dire quel est son pére, et les
deux tiers des femmes perdues sont des personnes mariées (1). »
Voilà ce que le protestantisme a fait de cette race dont la force et la beauté plastique faisaient, il y à un siècle, l'admiration de tous les navigateurs : € Beaucoup d'entre eux, écrivait en 1820 » un voyageur allemand, pourraient figurer à
côté des plus célèbres chefs-d'œuvre de l'anti- » quité classique, sans rien perdre au rappro- » chement. »
Ces nobles hawas ont été transformés par leurs instructeurs spirituels en bêtes de somme € Avant de visiter Honolulu, dit encore Mel- » ville, je ne me serais pas douté que le peu de » naturels survivants avaient été transformés » par la civilisation en chevaux de trait: »
et il raconte alors la promenade de la femme d'un ministre, se faisant trainer en calèche par deux hawas. Un correspondant de la Gazette des Îles Sandwich rapporte: également avoir vu quinze femmes harnachées comme des animaux, et trainant un lourd wagon au service des missionnaires (2). € Publions-le tout haut, écrivait > en 1832 un naturaliste prussien, ce n'est ni la
gloire du ‘Frès: Haut, ni le zèle pour une noble
cause qui à poussé ces missionnaires hypocrites
à visiter ces lointains rivages, mais bien une
basse cupidité et une soif insatiable des hon-
neurs, Plusieurs d'entre eux ont déjà: amassé une fortune considérable, aux dépens des indigènes que leurs détestables fraudes réduisent
à la misère (3), »
Les choses étant ainsi, on s'imagine de quel œil les Rév. ministres virent arriver dans le champ qu'ils s'entendaient si bien à exploiter, les missionnaires catholiques, C'est au mois de
juillet 1827 que M. Alexis Bachelot, nommé
préfet apostolique des iles Sandwich, débarqua
à Honolulu avec deux prêtres de la Congréga-
tion de Picpus. Avertis par leurs affidés ‘d'Amé-
rique de la prochaine arrivée des Ptères, les 1. Cité dans le journal le 77mes, 25 juillet 1563.