‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 402 sur 478 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

d MISSIONS DES CAPUCINS ESPAGNOLS.

Missions DES CAROLINES.

CN se rappelle peut-être encore l'émotion soulevée, il y a une douzaine d'années, en Europe par le conflit entre l'Allemagne et l'Espagne, au sujet des Carolines. L'Allemand, selon son habitude, l'avait pris de très haut avec un rival qui lui paraissait peu redoutable, mais la fierté castillane s'était révoltér, et l'on se demandait avec anxiété si la guerre n'allait pas éclater, à ce sujet, entre les deux nations, quand M. de Bismarck, pour sortir d'embarras sans avoir l'air de reculer, eut l'inspiration d'en appeler à l'arbitrage du Pape. Le Vicaire de Jésus- Cukisr, après avoir mürement examiné les prétentions des deux parties, donna gain de cause à l'Espagne, qui s'empressa d'envoyer un couverneur et des soldats prendre possession de la nouvelle colonie, Mais l'occupation de ces iles ne pouvait suffire à la catholique Espagne ; elle voulut encore y faire porter la foi, et, à sa demande, la Sacrée Congrégation de la Propagande, par un décret du 13 mai 1886, détacha du vicariat apostolique de la Micronésie l'archipel des Carolines, pour en former deux missions : Carolines orientales et Carolines occidentales, qui furent données aux RR. PP. Capu:ins de la province d'Espagne,

L'archipel des Carolines se compos. cenviron 600 iles, dont les plus grandes seules sont habitées, Il s'étend du 5° au 10° de latitude nord, et du 1429 au 160 de longitude ouest, L'étendue territoriale de toutes ces iles est évale à celle de

LE CATHOLICISME DANS LES

LES

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la France et de l'Espagne réunies. On voit qu'il y a là les éléments d'une colonie importante, La population se compose d'environ 40.000 sauvages, appartenant, comme ceux des iles Gilbert, au groupe malayo-polynésien, Leurs mœurs sont dures et farouches, mais ils ne sont pas cannibales,

Les missionnaires, au nombre de douze, s'embarquèrent, le 12° avril 1886, à Barcelone pour Manille, d'où ils se rendirent dans leur mission, Le centre de la mission des Carolines orientales fut établi à l'ile Ponapé, où les protestants nous ont déjà malheureusement devancés, et le chef. lieu des Carolines occidentales fut fixé à l'ile d'Yap, résidence du gouverneur général de la colonie,

La mission des Carolines n'a pas encore d'histoire. Les PP, Capucins ont commencé par faire la visite générale de l'archipel ; ils ont été bien accueillis des populations et comptent déjà une trentaine de néophytes. Puissent-ils réussir aussi complètement que leurs prédécesseurs à Ma nille !

Personnel : 12 missionn, aux Carolines, plus 3 à Manille. Œuvres : 4 résidences, 4 chapelles, 4 écoles élémentaires.

Tableau général des missions de la 1 ’olynéste.

Picpuciens. 3 missions, 2 évêques, 5o missionnaires, 198 églises ou chapelles, 76 écoles, 36.370 catholiques.

Maristes. 4 missions, 3 évêques, 93 missionnaires, 198

Prêtres d'Issoudun. 2 missions, 3 évêques, 8 missionnaires, 15 églises ou chapellés, 14 écoles, 1.600 catholiques.

Capucins, 2 missions, 12 missionnaires, 4 églises ou chapelles, 4 écoles, 30 catholiques.

Total : 11 missions, 8 évêques, 163 missionnaires, 415 églises ou chapelles, 243 écoles, 90.430 catholiques, contre 202.000 protestants et 3:450.000 paiens,

Et maintenant, en achevant cette longue étude sur l'évangélisation des iles de )céanie, quelle conclusion allons-nous tirer ? Il me semble que la conclusion s'impose d'elle-même, et qu'elle nous révèle la loi générale de l'apostolat catholique dans ses rapports avec l'hérésie.

Au début, comme pour mieux affirmer la divinité de son œuvre, la Providence permet ordinairement que l'erreur se présente la première Elle à tout pour elle : des apôtres nombreux, quelques-uns convaincus et zélés, des ressources illimitées, les séductions du pouvoir et de la

richesse, le concours du bras séculier, car les

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nations protestantes comprennent généralement mieux que les autres l'intérêt politique qu'elles ont à soutenir leurs missionnaires, Aucun scrupule ne gêne l'hérésie, aucune injustice ne la révolte ; tout lui est permis contre ses adversaires désarmés, même la calomnie, même la violence. Pendant que ses ministres, richement dotés, confortablement établis avec leurs familles dans de belles maisons, utilisent les loisirs de leur fashionable apostolat en accaparant le commerce et en faisant fortune, le missionnaire catholique se présente seul, presque toujours sans l'appui de son gouvernement, trop heureux quand ceux qui devraient le soutenir ne s'appliquent pas à désoler sa patience et à contrecarrer son œuvre, Il est pauvre, si pauvre qu'il n'a pas toujours le pain quotidien assuré ; par conséquent il ne peut faire briller aux yeux de ses néophytes ni les séductions de l'or, ni les espérances du pouvoir.

Aussi, au début, nous voyons invariablement se reproduire le même phénomène : les foules accourent aux riches temples de l'hérésie ; le catholicisme groupe péniblement quelques pauvres, quelques enfants, dans une chapelle couverte en chaume. Il a pour lui ceux que le monde rebute et méprise : les simples, les humbles d'es prit et de cœur, ceux qui ne comptent pas et qui n'exercent aucune action dans la société. C'est ce que nous avons vu se produire dans toutes ces îles, Au commencement tous les suc cès sont du côté du protestantisme ; le petit troupeau catholique s'estime heureux quand on veut bien le tolérer, comme par grâce, et lui épargner la persécution.

Laissez passer un demi-siècle : vous allez retrouver la même opposition, mais la victoire a changé de côté. Les riches temples de l'hérésie sont vides ou convertis en églises. Par leu procédés durs et arbitraires, les prédicants ont lassé la patience de tous. Le règne des missionnaires, premiers ministres et conseillers des prin ces, est passé sans retour. Le commerce lui-même, sous le contrôle jaloux des résidents étrangers, a perdu ses féconds monopoles, et l'occasion de faire, aux dépens des sauvages, de grandes fortunes, ne se présente plus guère, Il ne reste plus au ministre protestant que | l'apostolat lui-même a per néophytes, les meilleurs se sont ralliés au catho-

postolat ; mais

a fécondité ;: de ses

licisme ; les autres, appliquant les principes protestants, s'abandonnent à toutes les folies du jugement particulier. Ce n'est plus l'unique troupeau de l'unique Pasteur ; c'est Babel et sa confusion , c'est l'éclosion spontanée de toutes les fantaisies doctrinales et la corruption des mœurs, fruits naturels des négations du protestantisme ; enfin c'est la décadence précipitée et la mort de ces races vigoureuses et jeunes, que l'hérésie prétendait, de bonne foi, régénérer et civiliser,

Pendant ce temps, le petit troupeau catholique, si méprisé autrefois, n'a cessé de grandir. Par tout où la fausse civilisation n'est pas venue empoisonner les corps et les âmes, les indigènes forment une population nombreuse, morale, active et heureuse,

A mesure que le nombre des fidèles s'est accru, l'Église a multiplié ses cadres et augmenté le nombre de ses apôtres.

Là où, il y a trente ans, arrivait un mission naire isolé, on voit aujourd'hui toute une Église, avec son évêque, ses prêtres, ses Frères, ses religieuses ; chapelles, écoles, orphelinats, hôpitaux, toutes les œuvres de la vie catholique se sont développées et s'affirment désormais au grand jour.

A ce spectacle merveilleux de la fécondité du catholicisme en face de la stérilité et des avortements de l'hérésie, le protestant de bonne foi s'incline avec respect, On a vu, par les nombreux témoignages que j'ai cités, que, dans les missions, les protestants sérieux honorent le prêtre catholique et rendent généralement hommage à ses vertus, Depuis longtemps les calom nies des premiers jours se sont tues, les défiances se sont évanouies, la haine même a presque désarmé, Aujourd'hui ceux des nombreux protestants que l'indifférence religieuse ou des préjugés sectaires éloignent encore de l'Église,

proclament la sainteté de ses prêtres et Île

succès final de leur apostolat, € [Fn'est pas dou-

> teux, écrit l'Américain Hopkins, que l'Eglise » catholique romaine, avec ses portes ouvertes, » ses bancs libres, sa messe et ses vépres quo- > tidiennes, son corps enseignant, ses religieuses > qui vont visiter les malades et s pauvres, ÿ son système de sacrements, son culte parlant » à l'esprit et au cœur par les yeux et par les oreilles, il n'est pas douteux, dis-je, que, par

543 ‘ ro: | } tous ces moyens, l'Église romaine ne s'atta si honorables pour l'apostolat catholique, témoidu » che fort ment les facultés encore inertes des gnages que l'évidence arrache aux ennefnis ss | > indigènes (1), » — € La religion catholique mêmes de notre foi, et qui ne font, au reste, que sa | | > conclut un autre protestant, est destinée à | constater la vérité de la parole de saint Paul : ten | » dominer dans la plupart des iles de l'Océa € {nfirma mundi elegit Deus, ut confundat és » nie, » Je n'ajouterai rien à ces témoignages | » /ordia/ (1), » " | min nes . ms — r'O- pres RE Ge eme Den 1€ DIEU à choisi l'infirmité pour confondre la force, » tée | | 1. Hopkins esq, Les {les Hawaï, ch, 24. S. Paul, [ Corintk., 1, 27 les, né- | | | | ue, | F4 | l | ar |

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