I. — ŒUVRE DE LA PROPA- GATION DE LA FOI
EST le 3 mai 1822 que la Propagation de la Foi prit naissance à Lyon. Voici en quels termes Ozanam exposait, quelques années plus tard, ses humbles commencements :
€ Le jour où le Souverain-Pontife Pie VII, du haut » de la colline de Fourvière, bénit la cité de Lyon, » il semble que, de ses mains étendues, descendit la » grâce qui devait faire éclore l'CŒuvre de :a Propaga- » tion de la Foi, ÿ Les commencements de l'œuvre sont obscurs ct » faibles : telle est la destinée des institutions chré- » tiennes, DIEU souvent y prépare toutes choses ‘de » façon que seul il en puisse être appelé l'auteur, et » qu'il ne s’y attache pas un nom humain, Il cache » et divise leur source comme celle des grands fleu- » ves, dont on ne peut pas dire à quel ruisseau ils ont » commencé. Deux cris de détresse, venus l'un de » l'Orient, l'autre de l'Occident, entendus de deux
femmes pieuses, dans une ville de province, inspirèrent le dessein qui, heureusement réalisé, soutient déjà d'une assistance efficace les Missions des deux Mondes.
» En l’année 1815, Mgr Dubourg, évêque de la Nouvelle-Orléans, revenant de Rome, où il avait été sacré, s'arrêta quelque temps à Lyon. Préoccupé de la pénurie de son diocèse, dans lequel il fallait tout créer, il le recommanda chaleureusement à la charité des Lyonnais. Il entretint surtout de ses désirs une veuve chrétienne (1) qu’il avait autrefois connue aux Etats-Unis, et lui communiqua la pensée de fonder pour les besoins spirituels de la Louisiane une Société d’aumônes, proposant de fixer à un franc la rétribution annuelle, La bienfaisante veuve se prêta aux vues de l'évêque ; elle en fit part à quelques personnes ; mais on lui opposa des difficultés nombreuses. Il fallut qu'elle attendit l'heure marquée au Ciel, et qu'elle se contentât de recueillir de modiques secours pour ces chrétientés d'Amérique adoptées par sa maternelle sollicitude.
» Vers le même temps, c'est-à-dire en 1816, MM. les Directeurs du Séminaire des Missions Etrangères, rétablis depuis un an dans leur maison de Paris, cherchèrent à renouveler l'union de prières fondée, au siècle précédent, pour le salut des infidèles. Ils obtinrent dans ce but des indulgences du Saint- Siège, et publièrent un exposé des besoins de leurs Eglises. Ces tentatives commencèrent à disposer les esprits. Trois ans plus tard, une personne de Lyon (2), dont la vie consumée en bonnes œuvres rappelle celle des vierges chrétiennes des premiers temps, reçut de son frère, étudiant au Séminaire de Saint- Sulpice, une lettre pleine de la plus douloureuse émotion. Il y faisait connaître le dénuement de la Maison des Missions Etrangères, et proposait de lui assurer des ressources régulières par l'établissement d'une Compagnie de charité. La religieuse femme recueillit cette inspiration et, dans le courant de 1820, elle établit une Association d'aumônes, à raison d'un sou par semaine, en faveur du Séminaire des Missions. L'œuvre commença parmi ces pieuses o“vrières qui honorent de leurs vertus cachées, comme elles soutiennent de leur travail, la riche et populaire industrie des Lyonnais, Pendant les six derniers mois de cette année, la fondation porta seule tout le poids de son laborieux dessein, [1 n'y avait encore ni prières communes, ni fêtes, ni publications périodiques. Bientôt le nombre des associés fut d'environ mille, résultat considérable, mais qui parut ne pas devoir s’accroitre, à cause du cercle étroit dans lequel s'exerçait l'influence des premiers propagateurs. Les offrandes réunies furent envoyées comme un pieux souvenir de l'Eglise de Lyon à cette vieille Asie d'où lui vint la foi, Il y avait 2,000 francs, Nous aimons à compter les premières gouttes de cette rosée, qui devait un jour se répandre plus abondante sur un champ sans limites.
» Cependant les correspondants de Mgr Dubourg, témoins de ses efforts, ne renonçaient pas à l'espérance de fonder pour le diocèse de la Nouvelle- Orléans quelque chose de pareil, quand ils furent visités, au commencement de 1822, par un vicairegénéral de cet évêché. Sa présence pressa le zèle déjà fervent des bienfaiteurs de la Louisiane, Mais