‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 405 sur 478 · Mademoiselle Jaricut · texte numérisé non relu

Mademoiselle Jaricut

QUES AU XIX" SIÈCLE

une objection avait été souvent répétée : C'est qu'une œuvre pour les Missions ne pourrait solidement s'établir qu'en se faisant cafholique, c'est.àdire en secourant l’Apostolat par tout l'univers. Cette idée prévalut enfin, Une assemblée est convoquée, douze invités s'y rendent. Elle commence par l'invocation du Saint-Esprit. Un prêtre le premier prend la parole, Après un court récit des progrès et des souffrances de la religion dans l'Amérique du Nord, il propose l'établissement d'une grande association en faveur des Missions catholiques des deux Mondes. L'assemblée adopte à l’unanimité cet avis, et sans désemparer, en désigne un président et une commission de trois membres, chargés de préparer un projet d'organisation, Ce fut alors par l'adoption du principe d'universalité, qui distinguait !. ntreprise nouvelle des tentatives antérieures, ce fut ce jour-là que l'Œuvre de la Propagation de la Foi fut fondée, > Or, par un dessein de la Providence, qui semble dès lors prendre le gouvernement de l'œuvre pour la conduire sans le secours des hommes, il se trouva que cette première réunion s'était tenue, sans qu'on y eût songé, un vendredi 3 mai, fête de l’Invention de la Sainte-Croix. Seulement un peu après, lorsqu'on désigna le jour de la fondation pour l’une des deux solennités annuelles de la Société, on reconnut que ce jour de nos anniversaires futurs était consacré au culte de la Croix rédemptrice, dont nos humbles tributs prétendaient étendre les conquêtes, On avait sollicité l'approbation de l'autorité ecclésiastique, sans laquelle aucune nouveauté, même bienfaisante, ne doit s'établir. Elle ne se fit pas attendre, et vint consacrer les travaux des fondateurs. La recette du premier mois avait été de 820 fr. 10 cent. pour le diocèse, celle de la première année s'éleva à 15,572 fr. 15.

» Mais la pensée de l'Association ne pouvait pas se contenir dans les bornes d'une province. Peu de jours après la première assemblée, un des membres du Conseil central de Lyon allait provoquer la charité toujours ardente des villes du Midi : des comités diocésains se formaient à Avignon, Aix, Marseille, Nimes, Montpellier, Grenoble. Les membres les plus éminents du clergé s'y mélaient avec les plus religieux laïques, et l'activité confiante de tant de gens de bien semblait déjà faire espérer quelque chose de grand. Bientôt après, un des fondateurs se rendait à Paris ; par ses soins un autre Conseil central y était fondé, et dès lors l'œuvre comprenait tout le royaume.

» L'année suivante, un délégué du Conseil de Lyon, prosterné aux pieds du Souverain-Pontife Pie VI, d'heureuse mémoire, obtenait les indulgences qui enrichissent l'œuvre à perpétuité, Dès lors, de toutes les chaires épiscopales de France d'encourageantes paroles descendirent. Bientôt la Belgique et la Suisse, les divers Etats de l'Allemagne et de l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Espagne et le Portugal vinrent successivement s'engager dans la croisade de l'aumône. Près de trois cents évêques ont élevé la voix en sa faveur, Enfin Sa Sainteté le pape Grégoire XVI, glorieusement régnant (1), par sa lettre encyclique de 1840,en daignant recommander à toutes les Eglises l'Association de la Propagation de la Foi, l'a mise au rang des institutions communes de la chrétienté,

1, Ozanam écrivait ce rapport en 1842.

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» Ainsi un petit nombre de séances, sans difficultés » et pour ainsi dire sans débats, suffirent À poser les principes d'une œuvre dont les résultats devaient embrasser l'Univers, Dans la facilité de cette organisation qui n’a jamais manqué de pourvoir à ses développements, se découvre l’action de la Sagesse éternelle, dont les moyens sont toujours simples au » milieu de l'infinie variété de ses ouvrages, » Voilà le caractère providentiel de l'œuvre, la part » que DIEU y a prise ; voici celle qu’il nous a laissée : » ce ne furent d’abord que les pieux désirs de deux » humbles chrétionnes : mais ces deux servantes du » Seigneur se rendaient les interprètes des deux par- » ties du monde, Quoi de plus efficace que tant de foi » et tant d'espérance? Et cependant, c'eût été trop » peu, sans la charité qui rapprocha ces deux désirs et » les deux intérêts dont ils étaient l'expression, qui les » fit abdique: de part et d'autre pour se confondre » dans la sollicitude du bien général. Le contact de » ces deux étinselles alluma le foyer. L'œuvre naquit » de la sorte, elle ne grandit pas autrement; ce fut sa » nouveauté et sa puissance, et la condition de ses » progrès futurs. Elle ne subsiste que par l'oubli des » prédilections persunnelles et des susceptibilités na- » tionales, par l'unité et la catholicité dans la distribu- » tion des secours et l’origine des ressources.

» I n'aura pas été inutile de recueillir ces traditions, » si elles servent à répandre et à perpétuer l'esprit de » l'œuvre, Elles auront un autre genre d'utilité, en nous » humiliant devant le souvenir de la faveur divine. » Les grâces reçues obligent. D'ailleurs, après l'attente » excitée parmi les chrétientés lointaines par tant de » Bulles apostoliques, de Mandements et de promes- » ses, la lenteur de notre assistance serait une sorte » d'infidélité, Les bienfaits accordés engagent aussi, » et les faibles secours donnés durant quelques an- » nées , s'ils devaient maintenant s'interrompre, ne » serviraient qu’à publier notre impuissance et à déso- » ler nos frères, en leur laissant la honte de suspendre » ce qu'ils ont commencé sur la foi de notre appui. » Alors, en voyant leurs églises inachevées tomber en » ruines, et mendier leurs orphelins et leurs veuves, » l'infidèle demanderait avec mépris : Où est donc le » DIEU des chrétiens ? »

Cinquante ans se sont écoulés depuis le jour où Ozanam écrivait ces pages émues. L'Apostolat encore au berceau a pris d'immenses développements, et l'Association de la Propagation de la Foi est devenue une institution catholique, qui fait appel à tous les fidèles des cinq parties du Monde, sans distinction de races et de nationalités, Si la France continue à tenir la place d'honneur dans cette contribution annuelle et volontaire, qui forme la plus grande part du budget de l'Apostolat, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, la Grande-Bretagne, la Suisse, toutes les nations de l'Europe, jusqu'à la malheureuse Pologne, se retrouvent sur nos listes ; les deux Amériques, l'Afrique, les Eglises naissantes de l’As'e et de l'Océanie ÿ apportent le modeste tribut de leurs néophytes, Désormais tous les enfants de l'Eglise, unis dans une même foi et dans un même amour, tiendront à honneur de s'inscrire au büdget de l'Apostolat, et de coopérer par l'humble offrande du sou hebdomadaire à la propagation de l'Evangile, C’est là le caractère spécial de cette œuvre bénie : par la modicité de l'offrande réclamée, elle s'adresse à tous, même aux plus déshérités de la famille humaine, Autrefois l'œuvre des Missions était

soutenue surtout par la munificence des souverains

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

catholiques, qui comprenaient mieux qu'aujourd'hui l'intérêt, même temporel, qu'ils avaient à étendre au Join les frontières du royaume de JÉSUS-CHRIST. De nos jours, les princes que la Révolution n’a pas encore fait descendre du trône, ont généralement d'autres préoccupations, Mais l'œuvre que les puissants du monde ne veulent plus, ou ne peuvent plus soutenir, a été reprise par le peuple catholique, qui en a fai son œuvre ; et le budget de l’Apostolat catholique, bien qu’encore insuffisant, comme je le démontrerai, a pris des accroissements qu'il n'avait Jamais connus sous l'ancien régime. L'humble sou de l’ouvrier et de la femme du peuple, multiplié par la charité et le zèle des catholiques de l'Univers, a atteint, en 1890, le chiffre vraiment très beau de sept millions de francs, et dans ces dix dernières années, il s'est maintenu à la moyenne annuelle de six sé/lions et demi.

Ce résultat, tout beau qu'il soit, n'est cependant pas proportionné aux développements que l'Apostolat a pris au cours du XIX® siècle. Plus de trois cents missions ont été fondées, et il faut les entretenir, sans parler des centres nouveaux qui s'ouvrent chaque Jour à la prédication évangélique. Le nombre toujours croissant des missionnaires, la multiplication de leurs œuvres réclameraient un budget annueldevingt millions de francs; et ce serait un chiffre encore bien inférieur à celui des nombreuses sociétés protestantes, qui disposent d’un revenu de cinquante à soixante millions,

Si les autres nations catholiques imitaient la France dans sa générosité, ce chiffre de vingt millions, qu’une étude sérieuse m'a démontré être nécessaire au développement de nos œuvres, serait bien vite atteint, car il représente à peu près huit millions de souscripteurs. Or, sur trois cents millions de catholiques, seraitil donc impossible d'en trouver huit millions, un sur trente-cinq, pour verser le sou hebdomadaire au budget de l’Apostolat? Cela nous permettrait de lutter avantageusement contre la propagande protestante, et j'ose affirmer qu'avec un pareil budget, à la fin du prochain siècle, le monde payen serait évangélisé tout entier, et peut-être conquis en grande partie à l'Evangile. Pourquoi faut-il que, dans une œuvre d'intérêt capital pour tous les chrétiens, les enfants de lumière se laissent déplorablement distancer par les enfants de l'erreur ? |

J'ai pris soin de relever, par périodes de dix ans, le chiffre des recettes de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. On verra par le tableau suivant que l'œuvre n'a cessé de progresser, bien que cet accroissement se soit ralenti d’une manière notable depuis une vingtaine d'années.

De 1822à 1831l'œuvreareçu 1.807.091f.909. =

De 1822 à 1841 > 11.732.983 55. Enplus 0.925.791.56 De1842à 1851 » 33:440.335 41. }» 21.713.351.86 De 1852 à 1801 » 45.516.139 27, } 12.069.860 1.86 De 1862 à 1871 >» 49.780.830 94. » 4.264.701,47 De 1872 à 1881 >» 60.033.164 03. }» 10.252.333.09 De 1882 à 1891 >» 66.030.291 27. }» 5:997.127.24

Total en 70 ans :

Les deux périodes de 1862 à 1871 et de 1882 à 1891, pendant lesquelles l'accroissement de l'œuvre se ralentit sensiblement, répondent, la première, À la création du denier de Saint-Pierre, et la seconde à la crise religieuse de l'Eglise de France, pendant laquelle la charité des fidèles est sollicitée à chaque instant pour des œuvres d'un intérèt urgent et local. Il n'en est pas moins déplorable de voir ce ralentissement à

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l'heure précisément où le’ monde payen s'ouvre de toutes parts à la prédication évangélique. Faudra-t-il donc acandonner à l'hérésie tant de terres fertiles, qui n'attendent que la semence pour se couvrir de riches moissons ? Comme l'écrivait encore Ozanam : € Vieux » chrétiens d'Europe, nous sommes les parrains natu- » rels de ces peuples enfants qui attendent le bap- » tême; l'eau sainte est préparée, l'Eglise se tient » debout, le livre des Evangiles et le flambeau dans > les mains ; nous seuls nous manquons encore au » rendez-vous solennel. Hâtons-nous d'y venir plus » nombreux, d'y amener avec nous nos amis et nos » frères, et tous ceux que nous rencontrerons sur le » chemin de la vie, »

Il ne sera pas sans intérêt de voir quelle est, dans ce budget total de l’Apostolat, la part contributive de chacune des nations catholiques. Il y a là, dans ce résumé détaillé de l'Œuvre, des encouragements pour quelques-uns, des regrets pour d’autres et des leçons pour tous,

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