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religion catholique avec tous ses droits. Bien plus, après avoir erré, pendant plusieurs années, du schisme orthodoxe au faux mysticisme d'une aventurière, Me Krudner, Alexandre, on en a aujourd'hui la preuve, aboutissait enfin au catholicisme, et venait, 2n compagnie de sa femme, l'impératrice Élisabeth, abjurer à Nice le schisme orthodoxe, entre les mains d'un Père de la Compagnie de Jésus. Cette abjuration, demeurée secrète à cause de la loi fondamentale de l'empire, qui punit de l'exil à perpétuité la sortie de l'Église orthodoxe, a été mise hors de doute, grâce aux documents publiés, en 1831, par le prince de Hohenlohe,
Catherine II.
Était-ce donc pour la Russie l'heure de la résurrection ? Un instant, le comte de Maistre osa l'espérer. Son influence était grande à la cour et dans la haute société. Catholique convaincu, il s'en servait courageusement pour faire connaitre l'Église Romaine, et réfuter les préjugés accumulés par le schisme, Sous l'impulsion de son génie et de sa foi, un mouvement de retour vers le catholicisme ne tarda pas à se dessiner parmi la noblesse, Ce mouvement, lent mais profond, devait amener, au cours du xixe siècle, le retour au catholicisme de plusieurs centaines d'illustres proscrits, qui sacrifièrent tout à leur foi, et vinrent la plupart demander à la France la liberté religieuse, que leur refusait leur patrie,
On connait les noms 4e ces nobles exilés : le prince Jean Gagarin, jésuite ; le prince Théodore Galitzin, jésuite ; le prince Nicolas Troubetskoï : le général de Nicolaï, chartreux: le comte Schouvalof, barnabite ; Balabine, jésuite ; Sermolof ; Mme Schwetchine, dont le salon servit, pendant plus de trente ans, de centre aux exilés : la princesse Nathalie Narischkin, morte, il y a quelques années, à Paris, Sœur de Saint-Vincent de Paul: l'angélique Olga de la Ferronays, que les Xécits d'une Sœur nous ont appris à aimer; et bien d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici, Si une loi implacable, en condamnant à l'exil et à la confiscation tout nouveau converti, n'était venue paralyser cet élan, il est certain que le mouvement de retour au catholicisme en Russie aurait égalé et peut-être même dépassé celui qui se produisit en Angleterre à la même époque.
Mais le schisme veillait ; ou plutôt, car cette Église bâtarde serait incapable de se défendre elle-même, l'autocratie veillait pour elle, et par raison politique, non par conviction religieuse, elle faisait une garde jalouse, pour empêcher ses brebis de s'écarter dés pâturages empoisonnés de l'orthodoxie, On commença, selon l'üsage, par se débarrasser des Jésuites : c'était la marche ordinaire, La Providence leur avait ménagé un asile chez les pires ennemis de l'Église, à l'heure où l'Égiise les rejetait ; au bout de quarante ans, au moment où Pie VIT rétablissait la Compagnie, cet asile providentiel cessait d'être nécessaire ; les Jésuites furent renvoyés de Russie ; mais, en les repoussant, l'empire des’ Czars repoussait du même coup la civilisation et le salut. Des mains des Jésuites, l'éducation de la jeunesse allait passer aux sophistes de l'Allemagne, disciples de Fichte et d'Hégel : et, comme l'É lise orthodoxe est absolument incapable d'exercer aucune influence sur la direction des esprits, en moins d'un demi-siècle les classes intelligentes de Russie allaient tomber rapidement du rationalisme au scepticisme, du scepticisme à l'athéisme, ct de l'athéisme à cet effroyable état intellectuel que le comte de Maistre, ce voyant de l'histoire, appelait déjà en 1812, par une sorte d'intuition prophétique, le Ærénisme, et que les modernes ont baptisé du nom de Wrhilisme.
Terrible châtiment, mais trop mérité. Die, qui a fait les nations guérissables, avait ménagé à ce
malheureux peuple russe courbé sous l'esclavage
de superstitions dégradantes, le salut par l'Église catholique ; obstinément il a repoussé le médecin, pour se jeter aux bras des empiriques : aujourd'hui, cette immense agglomération de soixante millions d'âmes est en proie à tous les délires de la fièvre révolutionnaire, et ce n'est certes pas son Église prétendue orthodoxe qui l'en guérira.
Une des choses qui contribuërent le plus à paralyser, au commencement du siècle, les bonnes intentions d'Alexandre Ier, ce fut, il faut bien le reconnaitre, le caractère de l'archevêque de Mohilew, Stanislas Bohusez Siestrzencewicz, protestant mal converti, dont Catherine, au grand scandale de l'empire, avait fait un métropolitain de toutes les églises du rit latin en Russie, Ce fut toujours sa tactique de faire asseoir sur les principaux sièges des hommes indignes, que le pouvoir civil imposait au Pape à force de mensonges. Stanislas Bohuscez était bien l'homme de la situation : c'était un intrigant ambitieux qui fut, pendant plus de trente ans, le fléau du catholicisme, Les excès auxquels il se porta seraient à peine croyables, si tous les témoignages contemporains, catholiques aussi bien qu'orthodoxes, n'en faisaient foi,
Sachant que le gouvernement Russe avait à cœur de mettre la main sur l'Église Catholique, comme il avait fait pour l'Église orthodoxe, il suggéra d'instituer à Saint - Pétersbourg un collège ecclésiastique romain, à limitation du Saint-Synode schismatique, Toutes les affaires des six diocèses Latins et des trois diocèses Ruthènes qui existaient alors en Russie, devaient ressortir, en dernier appel, à ce tribunal, ce qui était restreindre, au profit de l'archevêque, la juridiction de ses collègues dans l'épiscopat, et, du même coup, supprimer tout recours à Rome. Pour être plus sûr de n'être pas gêné dans ses visées schismatiques, il se fit nommer président de ce tribunal, et se donna pour assesseurs deux moines de mœurs dissolues .
dont l'un, pour se venger de Pie VII, qui avait refusé de l'élever à l'épiscopat, apostasia publiquement et se maria, Comme conseiller et secrétaire de cette prétendue commission ecclésiastique, il choisit son propre frère, protestant, et homme de mœurs au moins équivoques,
Bien qu'il n'eût aucune juridiction sur l'Église Ruthène-Unie, de sa propre autorité, et malgré les protestations de Pie VI et de Pie VIT, il
sintitulait archevêque métropolitain de toutes les églises des deux rites en Russie, et, lors du concordat de 1798, il intrigua avec les schismatiques pour empêcher à tout prix le rétablissement de la métropole de l'Eglise Ruthène, Plus tard, il est vrai, Alexandre Ier rétablit cette métropole à Wilna ; mais, pour se venger, Stanislas Bohuscz, entrant par avance dans les vues secrètes du gouvernement Russe sur l'anéantissement de l'Église-Unie, employa toute son influence à forcer les populations à embrasser en masse le rit latin, ou à se faire schismatiques. Après cela, il osa bien, pour couvrir et légitimer ses attentats aux yeux des simples, prendre, dans des actes publics, la qualification de Légat
Alexandre I‘,
a latere du Saint-Siège, et faire solliciter pour lui, à plusieurs reprises, le chapeau de cardinal, que Rome refusa toujours de lui accorder.
Les abus les plus monstrueux se commettaient tous les jours dans son administration. Centralisant, dans la commission ecclésiastique qu'il présidait, toutes les causes matrimoniales, sans recours possible à Rome, il vendait, à prix d'argent, des sentences de divorce à quiconque était assez riche pour les payer ; ennemi par principe des ordres religieux, il accordait la sécularisation à tous ceux qui la demandaient, moines indociles ou dissolus, dont il faisait ses créatures, et qu'il élevait aux meilleures positions dans l'Église, 11 fit même des avances aux protestants, et se
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78 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIX"e SIÈCLE.
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déclara, dans un mandement public, le protecteur de la Société biblique en Russie. Pour tromper le peuple, il ne craignit pas de falsifier, à cette occasion, fe texte du concile de Trente et des Brefs Pontificaux, qui avaient condamné la Société, Pie VIT lui écrivit une lettre sévère, pour lui ordonner de désavouer sa Pastorale et de rétablir les textes falsifiés ; mais, avec la complicité du gouvernement, il trompa le Pape, et ne fit rien de ce qui lui était demandé.
Tel trait le loup, déguisé en pasteur, qui régissait le petit troupeau du Cnrisr, à l'heure où le pouvoir civil en Russie semblait le mieux disposé en faveur du catholicisme. On juge de ce que devint la situation quand, après la mort
Nicolas 1°
d'Alexandre (1825), Nicolas Ie monta sur le trône, et se posa, dès le début, en ennemi implacable du catholicisme. On commença par travailler à l'anéantissement de l'Église Ruthène-Unie. Mais, pour bien saisir la suite des événements, il est nécessaire de remonter aux origines de cette Église, et de dire quelques mots sur sa position en face du schisme,
On ignore trop généralement en Occident que les origines de la Russie sont catholiques. Le schisme moscovite, qui était intéressé à la chose, a tout fait pour tromper l'Europe à ce sujet ; mais il est incontestable que les pays slaves
furent évangélisés au x siècle, par les saints
Cyrille et Méthode, que l'Église Romaine a toujours reconnus pour ses enfants, et que Léon XIIT vient de proclamer les Apôtres des Slaves, en étendant leur fête à l'Église universelle, Il est bien vrai qu'ils furent envoyés de Constantinople ; mais on se garde bien de dire que le patriarche de cette ville’'était alors saint Ignace, le prédécesseur et la victime de Photius. Les premiers apôtres des Slaves étaient donc catholiques, et s'ils apportèrent avec eux en Russie la liturgie et la discipline de l'Église de Constantinople, il ne faut pas oublier qu'en 880 ils vinrent à Rome, recevoir des mains du Pape Jean VIII la consécration épiscopale, et l'approbation canonique de leur mission chez les Russes.
Qnand l'Église Grecque fut tombée définitivement dans le schisme, l'Église Ruthène, tout en continuant à recevoir de Constantinople ses évêques, ne rompit pas pour cela avec Rome, et demeura dans la communion du Saint-Siège.
L'histoire ecclésiastique en fournit plusieurs preuves, celle-ci entre autres : en r075, le fils du grand-duc de Moscou, Démétrius, vint à Rome, sous Grégoire VIT, faire hommage de son royaume au Saint-Siège, pour le tenir en fief du Pape. L'union persistait donc encore à cette époque, plus d'un siècle après la rupture définitive des Grecs avec Rome.
Mais peu à peu l'éloignement et la difficulté des communications avec l'Italie, et surtout l'action néfaste du patriarcat de Constantinople sur les évêques Russes, répandirent parmi les Ruthènes des semences de schisme. En 1414, nous voyons l'archevêque de Moscou, le Grec Photias, se déclarer publiquement contre l'union. La scission était prématurée : loin d'être suivi par les autres évêques, Photias fut déposé, et remplacé par l'archevêque de Kiew, Mgr Grévoire Zamblack, qui assista au concile de Constance, et souscrivit, au nom de tous les évêques de son pays, l'acte d'union avec Rome. Son successeur, Isidore, métropolitain de toute la Russie, en qualité d'archevéque des deux sièges réunis de Moscou et de Kiew, assista en 1430, au concile de Florence, et souscrivit encore à l'union. Le pape Eugène IV lui donna, comme à Bessarion, le chapeau de cardinal.
Mais, au retour du concile de Florence. l'union, reçue dans la métropole de Kiew, fut repoussée par les évêques de la métropole de Moscou, Au
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fond, c'est affaire de politique, bien plus que de dogme : Kiew et les évêchés suffragants relevaient du grand-duché de Lithuanie et du royaume de Pologne, où l'influence occidentale et catholique était dominante : les grands-ducs de Moscou, qui allaient bientôt prendre le titre de Czars, et qui rêvaient déjà d'unir sur leur tête la tiare du pontife et la couronne impériale, repoussèrent les idées de l'Occident, et résolurent
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