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de s'affranchir de l'autorité du Pape. Il se fit donc, vers le milieu du xve siècle, une scission profonde parmi les Ruthènes, Tous ceux qui résidaient dans la Russie Blanche, dans la Lithuanie, la Volhynie et la Pologne, subissant le contact journalier des idées occidentales, demeurérent catholiques, tout en gardant soigneusement leur rite ; les Grands Russes, c'est-à-dire les populations qui habitent au Nord et à l'Est
Statue de Pierre-ie-Grand à Saint-Pétersbourg,
de l'empire, ignorant à peu près tout de la civilisation occidentale, et ne communiquant avec l'Europe que par Constantinople, s'enfoncèrent de plus en plus dans le schisme.
Mais en rejetant l'autorité de Rome, les Czars de Russie prétendaient bien être les maitres chez eux, et s'affranchir aussi du Patriarcat de Constantinople, En 1581, le patriarche de Constantinople, Jérémie, ayant besoin d'argent, vendit à Godunow la dignité patriarcale pour l'arche.
vêque de Moscou. Ce patriarcat moscovite ne dura guère qu'un siècle. 11 donnait à l'Église Russe une ombre d'indépendance ; en conséquence, Pierre Romanof, dit Pierre le Grand, s'empressa de le supprimer. Le patriarche fut remplacé par une commission ecclésiastique, composée de métropolitains, sous la présidence d'un officier. C'est ce qu'en appelle le Saint- Synode,
Les évêques schismatiques comprirent bien la
80 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm"e SIÈCLE.
portée de cette innovation : ils virent que c'en était fait de l'indépendance de leur Église, et, pour la première fois, ils ogèrent opposer quel. ques velléités de résistance aux empiétements du pouvoir civil ; ils supplièrent humblement le Czar de leur donner un patriarche. Pierre ne se refusa pas le plaisir d'insulter à la bassesse de ses esclaves mitrés. € Je ne connais, leur ditil, qu'un patriarche, c'est l'évêque de Rome ; puisque vous ne voulez pas lui obéir, vous n'obéirez qu'à moi seul. » Puis, mettant la main sur le pommeau de son épée, il ajouta d'un ton méprisant : € Voilà votre patriarche ! »
Parole amère, parole profonde, dans laquelle l'Égiise orthodoxe entendait toute son histoire, son passé, son présent et son avenir, Pour n'avoir pas voulu rester sous la houlette du Pontife Romain, Vicaire de Jésus-Crrisr, cette Église infortunée est tombée sous la cravache d'un officier de cavalerie ; et nulle part au monde, même chez les protestants, on ne trouverait une Église aussi méprisée de ses propres fidèles, aussi complètement asservie à tous les caprices du pouvoir civil.
Une fois maitres absolus de leur Église, devenue, sous leur main, un simple instrument de règne, les Czars projetèrent naiurellement de réduire à la même servitude l'Église Catholique, dont l'indépendance spirituelle devenait, on le comprend, une anomalie, à côté de la servitude de l'Église officielle. Les Ruthènes-Unis ayant le même rite que les orthodoxes, il était par là même plus facile de les amener au schisme, Pendant deux siècles, tous les efforts de la Russie tendirent à ce résultat, Malgré la disproportion des forces, l'Église Ruthène accepta courageusement la lutte avec le schisme. I y eut d'admirables apôtres et de nombreux martyrs. Saint Josaphat, archevêque de Polosck, et le Bienheureux André Bobola, Jésuite, après avoir ramené des milliers de schismatiques à l'unité romaine, furent cruellement martyrisés par les Cosaques.
Comme toujours, la Compagnie de Jésus marchait à l'avant-garde de l'armée apostolique ; avec un zèle infatigable, ses missionnaires travaillaient à maintenir les fidèles et à ramener les schismatiques à l'unité, De là la haine implacable qui, en Russie plus encore que dans le reste de l'Europe, s'attache au seul nom de Jésuite, Le schisme à vu à l'œuvre ces pionniers du catholicisme ; il a parfaitement compris que, si l'auto-
cratie moscovite ne les avait proscrits, c'en était fait de son Église bâtarde. Malheureusement les événements politiques vinrent stériliser tous les efforts du zèle. À mesure que le colosse russe s'avançait vers l'Occident, le schisme s'étendait avec lui, et le catholicisme disparaissait sous les pas de ses soldats. La Lithuanie, la Podolie, la Volhynie, la Pologne elle-même, victime de ses propres divisions, furent absorbées dans l'empire du Czar. Le catholicisme était un vaincu : il allait subir le sort des vaincus.
Néanmoins, pour tromper l'Europe et s'assurer sa complicité, on lui fit d'abord des conditions équitables, Dans le premier traité de partage de la Pologne, en 1773, on lit ceci : « Les catholiques romains des deux rites jouiront, dans les provinces cédées, du libre exercice de leur culte et discipline, avec toutes les églises et biens ecclésiastiques qui leur appartiennent. Sa Majesté et ses successeurs s'engagent à ne pas toucher au s/atu quo de la religion Catholique Romaine dans les pays sus-mentionnés. »
Ces garanties solennelles furent renouveltes lors du second partage de la Pologne, et, en 1815, elles reçurent la sanction de tous les cabinets européens,
Les mêmes promesses avaient été faites au Saint-Siège dans les concordats passés avec Rome, par Catherine IT, en 1784, par Paul Ier, en 1798, par Alexandre Ier, en 1818, par Nicolas Ier, en 1847.
Nous allons voir maintenant le cas que la Russie à fait des traités et des promesses les plus solennelles,
Au commencement du xvire siècle, il y avait environ huit millions de Ruthéniens-Unis. Deux siècles plus tard, en 1804, un recensement officiel portait leur nombre à 650,000 âmes. En 1890, il y a encore, en dépit de tout, des uniates au nombre d'environ 100,000, exilés dans toutes les provinces de l'empire, Il n'y a plus d'Église Ruthène-Unie, son anéantissement à été consommé dans le cours de ce siècle. Ainsi, en moins de trois siècles, huit millions d'enfants ont été violemment arrachés par le schisme à l'Église romaine |
Avec Nicolas Ier (1825), la lutte, suspendue pendant un quart de siècle, grâce aux bonnes
Et
dispositions personnelles d'Alexandre er, recommença implacable,
Dés 1826, un ukase supprime l'évêché de Luck, et soustrait les Basiliens à leurs supérieurs légitimes, pour les placer, contre le droit, sous la juridiction des évêques. Quant aux évêques, ils sont plus strictement que jamais soumis au comité ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, et défense leur est faite de communiquer, sous aucun prétexte, avec Rome,
En 1828, un ukase défend d'entrer dans a cun ordre religieux sans l'autorisation écrite du gouverneur de la province, permission toujours invariablement refusée,
Après avoir tari la source de la vie religieuse, l'empereur songea à faire la même opération pour le clergé séculier. Un ukase de la même année 1828 règle les conditions d'entrée dans les ordres sacrés : on exige d'abord du candi-
dat des lettres de noblesse ; il doit ensuite avoir fait son éducation dans une des universités de l'Empire, être âgé de vingt-cinq ans au moins, s'être pourvu d'un remplaçant militaire, avoir la permission écrite du gouverneur de la province, et verser, au préalable, une somme de 600 francs, au profit de la caisse de secours du clergé schismatique.
On comprend qu'à de pareilles conditions, et Pierre et Paul et tout ! collège apostolique se seraient vus refusés en masse,
Comme si l'on eût craint de ne pas décourager assez efficacement les vocations, un ukase de 1829 limite pour chaque province le nombre des candidats à l'état ecclésiastique. Si Dieu, dans sa miséricorde, appelle au sanctuaire un plus grand nombre d'élus, tant pis pour eux. Sa Majesté schismatique ne veut à aucun prix que le nombre de prêtres catholiques dépasse jamais le strict nécessaire, Pour être plus sûr d'amener par extinction la ruine de tous les monastères, un ukase de la même année ferme tous les noviciats de l'Empire,
En 1830, un ukasc enlève au collège catholi.
que romain de Saint- Pétersbourg la connaissance de toutes les causes matrimoniales, même celle des empêchements secrets, qui ne relèvent que du tribunal de la pénitence ; des juges laïques sont chargés de décider, sans contrôle, dans toutes les affaires de mariage,
Missions Catholiques
| En 1831, éclata la première révolution de | Pologne, Je n'ai pas à m'étendre ici sur cet événement politique. La révolte des Polonais fut une héroi que folie, qui fut mal engagée, encore plus mal conduite, et qui ne pouvait réussir, On comprend qu'un peuple, opprimé dans sa nationalité et | dans sa foi, essaye de secouer le joug qui l'écrase | et de reconquérir sa liberté, Une nation a le
droit imprescriptible de vivre, et jamais la Pclo- | gne n'a consenti au meurtre de sa nationalité, | accompli, à la fin du dernier siècle, par les trois puissances partageantes, la Russie, la Prusse et l'Autriche, avec la complicité de l'Europe, D'autre part, il faut bien reconnaitre que, si le soulèveinent d'un peuple qui ne veut pas mourir est | légitime, les moyens employés par les Polonais ne peuvent être indifféremment approuvés, Précisément ils avaient alors sous les yeux l'exem- | ple de l'Irlande, se soulevant légalement à la voix d'O'Connell, pour secouer le joug que, depuis trois siècles, faisait peser sur elle l'oligar-
chie anglaise, et reconquérir pacifiquement sa liberté politique et religieuse.
Malheureusement, il manqua à la Pologne un O'Conneïi pour légaliser son effort. Ce peuple héroïque et chevaleresque, dont le caractère national à tant de rapports avec le nôtre, succomba dans la lutte disproportionnée qu'il avait entreprise, pour le: mêmes causes qui avaient amené, au siècle deraier, la perte de sa nationalité. Il est certain que les chefs firent appel à l'élément révolutionnaire et aux hommes des sociétés secrêtes, Cette alliance ne pouvait être bénie de Div. Des excès déplorables furent commis, des assassinats politiques, des vengeances particulières souillèrent trop souvent les justes revendications d'un peuple opprimé. Aussi le Vicaire de Jésus-Curisr, Grégoire XVI, ne ménagea pas les avertissements: sévères à la Pologne. À la demande du Czar, il adressa, au mois de juin 1832, un bref aux évêques de ce pays, pour leur rapneler l'obéissance qui est due aux pouvoirs établis.
Cette lettre du Pape scandalisa fort nos libéraux, qui ne la lui pardonnèrent jamais, Elle ne faisait pourtant que rappeler la pratique constante de l'Église. Le droit à l'insurrection est un principe révolutionnaire, que le catholicisme n'a jamais reconnu, Devant l'oppression légale d'un
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