‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 424 sur 478 · DER · texte numérisé non relu

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près restreint au Céleste Empire, il ne manque pas, aux Indes et ailleurs, d'orphelins payens à secourir; à mesure que le continent noir s'ouvrait aux missionnaires, il fallait songer à racheter des horreurs de l’esclavage ces milliers d'enfants nègres amenés tous les jours, comme un vil bétail, sur tous les marchés de l'Afrique.

Enfin l'œuvre voulut encore inscrire à son budget la fondation d'écoles pour ses protégés. Un certain nombre, choisis parmi les plus intelligents, ont pu être amenés au sacerdoce ; d’autres ont reçu une éducation qui leur permet de tenir un rang honorable dans la société. Ce sont là des exceptions ; mais ce qui est de règle générale, c'est de mettre chacun des protégés de l'œuvre en état de gagner sa vie, de les établir en ménage, quand ils sont arrivés à l’âge adulte, de pourvoir à leurs premiers frais d'installation ; dans certaines localités, comme au Zanguebar, de leur acheter des terres et d'en former des villages chrétiens, qui sont, au inilieu du paganisme, comme autant d'oasis et de nouveaux centres d’apostolat. Tel est, l’ensemble des œuvres de la Sainte-Enfance. On comprend qu’un budget de plusieurs millions n'y est vraiment pas de trop.

Voici d'ailleurs le tableau résumé des œuvres soutenues par la Sainte-Enfance, au cours du dernier exercice :

1° Missions secourues . . . . 147 2° Orphelinats. . . : : 624 3° Ecoles. SAR 3-022 4° Ateliers, ouvroirs Pre 332 5° Fermes . . . . ‘ 167 6° Pharmacies. . . . . . 837 7° Enfants baptisés en 1890 . 457.562 8° Enfants élevés par l'œuvre 146.040

Muitipliez ces chiffres par cinquante, ct vous aurez approximativement les résultats généraux de l'œuvre depuis sa fondation. C'est par millions qu'il faut compter les prédestinés qu'elle a envoyés au Ciel, et par centaines de mille, les enfants qu'elle a arrachés à la mort, instruits, élevés, mis en état de gagner honorablement leur vie et de se conduire en chrétiens.

On voit aussi par ce tableau que l'œuvre n’est pas embarrassée pour utiliser ses ressources. Ce budget de trois millions et demi, qui paraît considérable à première vue, que devient-il, partagé entre 147 missions ? Cela fait un peu plus de 20.000 fr. par mission, Si l’on veut savoir maintenant à combien reviennent annuellement les enfants élevés par l'œuvre, en supposant u’une somme de trois millions est consacrée à ce chapitre, (l'excédent étant employé au rachat des enfants, à l'entretien des baptiseurs et des pharmaciens, ce qui est manifestement insuffisant,) trois millions partagés entre les 146.040 enfants élevés par l'œuvre en 1891, cela fait pour chaque enfant une somme totale de 21 fr. 20 cent. On voit que nos protégés ne peuvent être élevés avec soin, et qu'un grand nombre doivent pourvoir par leur travail à l'insuffisance de l'allocation.

Mais, dira-t-on, ce bien que fait la Sainte-Enfance, en procurant la grâce du saint baptême, en rachetant de la mort ou de l'esclavage ces millions d'enfants, estce que la Propagation de la Foi ne pourrait pas le faire également? À cela, je réponds hardiment : Non, elle ne le pourrait pas. La Propagation de la Foi, dans l'état actuel des choses, ne peut que très incomplètement suffire, comme je l'ai prouvé, aux besoins généraux des missions. Comment pourrait-elle ajouter à ses charges le soutien de tant d'écoles, d'orphelinats, de

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pharmacies ? Comment racheter et entretenir, jusqu’à ce qu'ils soient en état de se suffire à eux-mêmes, tant de milliers d'enfants qui sont élevés par la Sainte-Enfance ? Comme leur mère payenne, l'Eglise de JÉSUS-CHRIST devrait-elle donc les rejeter à la rue, après les avoir baptisés et faits ses enfants ?

Nous n'avions pas attendu la création de l'œuvre de la Sainte-Enfance pour nous occuper du salut des enfants païens. En Chine, en particulier dans nos missions du Su-tchuen, nos confrères avaient établi, plusieurs années auparavant, une association connue sous le nom d'Œuvre angélique, pour baptiser le plus possible d'enfants païens en danger de mort. Cette œuvre prerurait chaque année le baptèëme à huit ou dix mill: petits Chinois. Pourquoi n'en baptisait-on pas cent mille, comme on le fait aujourd’hui au Su-tchuen chaque année ? Pour une raison bien simple : l'argent manquait pour entretenir un plus grand nombre de baptiseurs, et, d'un autre côté, les chrétiens hésitaient à bapti::r les enfants qui n'étaient pas absolument à la mort : € Père, disaient-ils au missionnaire, qu'en ferons-nous s'ils survivent ? » En effet, il était absolument impossible à la mission d'ouvrir des orphelinats et de les entretenir; les chrétiens, pauvres et toujours persécutés, ne pouvaient que très exceptionnellement adopter ces enfants. Qu'en faire alors ? On ne pouvait songer à les rejeter À la rue, comme font les païens; on se contentait de les y laisser mourir, privés tout à la fois de la vie de l'âme et de celle du corps. Aussi avec quel enthousiasme fut accueillie, dès le début, par les missionnaires, l'œuvre de la Sainte-Enfance, qui nous permettait de sauver annuellement tant de milliers d'enfants !

De son côté, l'homme ennemi apprécie à sa manière l'importance de l’œuvre, et pour se venger des millioi d'âmes qu'elle lui arrache chaque année, il a suscite contre cette aimabie association des calomnies et des préventions, qui seraient humainement inexplicables, si l'action cachée du satanisme n’en rendait raison, Les libres-penseurs ont mis un acharnement incroyable à dénigrer cette œuvre inoffensive, Il y a quelques années, un ancien consul de France à Ning-po, M. Eugène Simon, avait l'audace d'écrire que € pour l'idéal de » cette institution il serait à désirer que chaque enfant » mourût aussitôt baptisé ; en sorte que ceux qui sur- » vivent sont considérés comme de véritables émpede- » menta (1). »

D'après ce Monsieur, nos orphelinats sont très inférieurs aux orphelinats païens; ils sont d’ailleurs à peu près vides, car, selon lui, « l'abandon et l'exposi- » tion des enfants sont beaucoup plus rares en Chine » qu'en France. » D’autres journalistes ont été jusqu’à nier l'existence de ces orphelinats : « Où sont ces éta- » blissements sauveurs? » demandait avec ironie M. Sarcey. « Qui les a vus ? (2) »

La Sainte-Énfance a donc rencontré des détracteurs acharnés, en Chine et en France, Il faut dire un mot des uns et des autres.

En Chine, au début, l'œuvre fut accueillie des populations avec reconnaissance, On a beau être Chinois, on aime mieux naturellement voir ses enfants adoptés et élevés par l'Eglise catholique, que dévorés par les chiens ou les pourçeaux. Aussi, pendant les premières années, nos orphelinats furent assiégés, et plus d’une fois ils ne purent suffire à recevoir tous les enfants que nous apportait la confiance des familles. Mais peu

1, La Revue nouvelle, — 15 mars 1883.

2, Le XIX® siècle. — 7 décembre 1875.

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à peu ces bonnes dispositions se modifièrent, à l'instigation des classes dirigeantes.

L'orguei, des lettrés s'était révolté, à la pensée de voir les éarbares d'Occident se mêler de sonder, même pour la guérir, cette plaie honteuse de l'infanticide national. À tout prix, il fallait étouffer l'œuvre en Chine, et l'empêcher de se développer en Europe, en niant, coûte que coûte, ou au moins en insinuant habilement des doutes sur la véracité des missionnaires.

C'est à cette considération que paraît avoir obéi le fameux général Tcheng-ki-tong, dans un ouvrage qui fit assez de bruit, lors de son apparition en 1884 (1). Ce livre, qui est faux d’un bout à l'autre, et que d'ailleurs, on le sait maintenant, il n'a fait que signer, l'auteur étant un de nos boulevardiers en vue, commence par rendre hommage au dévouement des missionnaires et des religieuses ; mais il insinue doucereusement que ce dévouement est à peu près sans objet et quelque peu ridicule, attendu que l'infanticide est très rare en Chine, les parents étant beaucoup trop civilisés pour se permettre pareille indélicatesse. Ce brave Chinois, qui spécule sur l'ignorance de ses lecteurs, oublie complètement de mentionner les nombreux documents officiels qui rangent l'abandon et l'exposition des enfants au nombre des « coutumes tnvétérées » du Céleste Empire; mais comme je n'ai pas les mêmes raisons que lui de me taire, je vais en citer quelques-uns, afin d'en finir une bonne fois avec ces calomnies, qui tendent à faire passer les missionnaires pour des menteurs et des escrocs.

Je iaisse de côté les anciens édits impériaux, en particulier celui de 1657, rendu par l'empereur Kang-hi, pour condamner « la barbare coutume de noyer les » petites filles. ; Malgré cet édit, l'empereur Kienlong constatait, en 1772, que « cette mauvaise coutume » persiste, et qu'il faut absolument l’abolir, parce » qu'elle viole les lois de la nature. » On pourrait dire que c'est de l’histoire ancienne et que cela ne prouve rien pour notre époque, Voici des pièces officielles empruntées exclusivement au x1Xe siècle.

En 1815, l'empereur Kia-king faisait cet aveu, dans un édit impérial : { Aujourd'hui, le peuple a contracté » l'habitude, gur est passée dans les mœurs, de vendre » les femmes et de noyer les petites filles. » Sous le règne de son fils, Tao-kouang, le vice-roi du Tchékiang réclame contre le même crime : € Au Tché- » kiang, écrit-il dans un rapport officiel, l'habitude de » noyer les petites filles est fort invétérée. » En 1838, le fameux Ky, vice-roi de Canton, qui eut, quelques années plus tard, affaire À nos troupes, affirme le tinème fait : { Après enquête, j'ai constaté que, dans » la province de Kouang-tong, l'usage de noyer les » petites filles est commun, et que les riches aussi » bien que les pauvres s'en débarrassent par ce » moyen, » Dix ans plus tard, son successeur avouait que la fatale coutume persistait : € J'ai constaté, dit-il > dans une proclamation, que, dans Canton et dans les » faubourgs, on avait coutume d'abandonner les petites filles, Bien qu'il y ait des établissements pour les enfants trouvés, on n’a pu détruire cette révoltante pratique, qui est un outrage À la civilisation et qui brise l'harmonie du Ciel et de la terre, »

Plaintes inutiles! Dans une proclamation de 1886, l'impératrice-régente s'exprime en ces termes : « Notre » secrétaire Lon-cheu nous a respectueusement fait » observer que la coutume de noyer les petites filles mcm,

1, Lés Chinois peints pur eux-mêmes.

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» existe toujours dans les provinces de Kouang-si, de » Fo-kien, de Chan-si, et qu'il est difficile d'admettre > que ce crime ne se commette pas daus les autres » provinces de l'empire. Cet attentat trouble l'harmonie » du Ciel et de la terre, »

Ce nouvel édit impérial ne fut pas mieux obéi que les précédents. € Malgré les mesures déjà prises, écri- » vait en 1868 le trésorier général du Kiang-si, les > mœurs, loin de s'améliorer, sont pires que par le » passé, et aujourd'hui l'infanticide est tellement > passé en usage, qu'on n'y fait plus attention, Non » seulement on noie les petites filles, mais on en vient > à noyer les seconds Barçons. } — € La coutume de > noyer les petites filles règne dans les campagnes > comme par le passé, » s'écriait, au mois d'octobre 1878, un sous-préfet maritime; et deux ans plus tard, le grand mandarin Wen, préfet de Fou-tchéou, répétait le même aveu : { La noyade des petites filles ext fré- > quente dans la préfecture, »

C'est par centaines qu'on pourrait compter, au cours du xIXe siècle, ces pièces officielles, édits impériaux, proclamations des vice-rois de provinces, rapports contre l'infanticide national. Il faut une fameuse dose d'effronterie à M. Tcheng-ki-tong pour affirmer que l'infanticide est très rare en Chine, et passer sous silence tant de documents qui lui sont parfaitement connus. — La chose est passée dans les mœurs, et ni les exhortations, ni les menaces, ni les dénégations intéressées des lettrés, égarés sur les boulevards de Paris, n'y feront rien. Seul, le christianisme pourrait guérir cette plaie honteuse, qu'on cherche en vain à cacher aux regards du monde civilisé,

En Chine, les lettrés se gardent bien de nier l'exis: tence de l'infanticide; autant vaudrait nier en plein midi l'existence du soleil; mais ils calomnient parmi le peuple la charité des missionnaires, en leur attribuant les projets les plus extravagants et les plus infâmes : Ces diables d'Occident arrachent les yeux et le cœur des enfants pour en faire des médecines enchantées qu'ils expédient en Europe: ils volent lâme de ces malheureux et les font mourir de consomption, pour prolonger leur propre vie et celle de leurs adeptes, Incapables de rien comprendre au sentiment désintéressé de la charité chrétienne, le peuple chinois accepte ces absurdités, que d'immondes placards, affichés dans les marchés, lui rappellent tous les jours. À la longue,

cela produit des haines, qui éclatent de temps en temps par lé massacre des missionnaires et l'incendie de nos établissements, Plus d'une fois, des baptiseurs et des médecins ambulants, au sérvice de l'œuvre, ent été jetés

en prison, déchirés de coups, condamnés à mort comme empoisonneurs publics, — La France catholique n'a

Pas encore oublié le massacre de Tien-tsin, arrivé au

mois de juin 1870, dans lequel périrent deux mission-

naires, neuf Sœurs de Charité, le consul de France et

plusieurs Européens, Dans je Memorandum adressé

aux puissances, pour excuser, en l'expliquant, la catas-

trophe, le gouvernement chinois eut l'audace de deman-

der la fermeture de nos orphelinats et la suppression

de l'œuvre de la Sainte-Enfance, qui blesse au cœur son

orgueil, en manifestant sa honte aux yeux du monde

civilisé,

L'œuvre de la Sainte-Enfance a donc eu déjà des martyrs en Chine, ce qui n'a nullement empêché nos libres-penseurs de nier son existence, et de la représenter comme une escroquerie des Jésuites, qui ne repose que sur des exagérations et des mensonges, Un homme d'esprit, qui est, depuis trente ans, un des

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rédacteurs des journaux parisiens les plus en vue, s'est fait une triste spécialité d'attaquer cette œuvre angélijue, jusqu'à ce qu'une condamnation judiciaire, bien méritée, soit venue lui apprendre la modératien et la prudence (1).

Vraiment, on a peine à s'expliquer un pareil acharnement contre une œuvre toute d'abnégation et de dévouement, qui ne fait appel qu'à des souscriptions volontaires. Vous ne croyez pas des témoins qui vont là-bas se faire égorger, pour sauver l'âme et le corps de ces malheureux enfants ? Vous êtes plus difficiles que Pascal, qui admet comme irrécusable ce témoignage du sang. Les missionnaires, dites-vous, sont des exploiteurs qui exagèrent les choses pour soutirer de l'argent : c'est leur attribuer des sentiments bien vils et bien bas, contre lesquels toute leur vie proteste. Mais soit, laissons de côté le témoignage des missionnaires. Ces nobles femmes qui ont tout quitté, qui ont dit adieu à leur patrie, pour venir au bout du monde prodiguer à des orphelins les soins et les tendresses d'une mère, les accuserez-vous, elles aussi, de mensonge? Croyez-vous qu'elles s'expatrient, qu'elles s'exposent à mille dangers, pour l'unique plaisir de soutenir une imposture et de grossir le budget des missions ?

Des voyageurs, qui ont parcouru la Chine, n'ont jamais rencontré d'enfants exposés sur les routes. Qu'est-ce que cela prouve ? D'autres voyageurs : l'amiral Dumont d'Urville, le marquis de Beauvoir, le baron de Hübner, le capitaine de vaisseau de la Faille, le capitaine de frégate, aujourd'hui amiral Humann, des libres-penseurs, des protestants attestent en avoir vu ; nos soldats, en entrant dans les murs de Canton, ont trouvé aux portes de la ville deux grands paniers pleins d'enfants exposés. Pourquoi ne voulez-vous tenir compte que des témoignages négatifs, qui ne prouvent rien, alors que des centaines de laïques, instruits et désintéressés dans la question, vous disent : J'ai vu.

Un voyageur a traversé la Chine sans rencontrer d'enfants exposés ; mais comment a-t-il vovagé ? Ia remonté les fleuves, confortablement installé dans la cabine d'un bateau à vapeur ; il a traversé les villes, enfermé dans une chaise à porteurs ; il a parcouru les quartiers européens de Canton, de Shang-haï et de Péking. Est-ce là connaître un pays ? Comment ce témoignage d’un voyageur de passage peut-il contrebalancer le témoignage des missionnaires et des Sœurs de Charité, qui vivent vraiment dans l'intérieur du

pays, qui se mêlent aux populations, qui circulent, de

-et de nuit, dans les ruelles perdues des villes, qui remontent en barque le cours des moindres cours d'eau, qui pénètrent au fond des derniers villages ? Voilà des témoins sérieux, qui connaissent vraiment le pays ; et quant à la valeur de leur témoignage, n'en déplaise à nos beaux esprits, je me ferais davantage à la parole d'un pauvre prêtre où d'une humble Sœur de Charité, martyrs quotidiens de leur dévouement, qu'à l'affirmation de tous les savants de l'Institut et de tous les journalistes du boulevard.

Du reste, pour tout homme de bonne foi et qui n'est pas volontairement aveuglé par l'esprit sectaire, je crois que la question est résolue désormais. Les dénégations intéressées de certains lettrés chinois, devenus nos hôtes de passage, pas plus que les attaques des ennemis de

1. Jugement du tribunal correctionnel de la Seine, rendu le 23 déce bre 1875, contre MM. About et Sarcey, rédacteurs du MZX® Siècle

convaincus d’avoir diffamé l'œuvre de la Sainte-Enfance,

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AU XIX® SI toute œuvre catholique, ne peuvent prévaloir contre des faits évidents, quotidiens, qui s'étalent au grand jour. Le Céleste Empire n'est plus la terre du mystère. Il a beau chérther à farder les plaies hideuses qui le dévorent, sa civilisation ne peut plus faire illusion à l'Europe chrétienne, qui, var ses ambassadeurs et ses marchands, est désormais en rapports quotidiens avec la Chine.

Et puis, il n'y a pas que la Chine. Nos orphelinats, nos œuvres d'éducation pour l'enfance payenne couvrent le globe entier. Depuis les îles perdues de l'Océanie jusqu'aux sables brûlants de l'Afrique, nos marins, nos amiraux, ont rencontré nos établissements ; ils ont visité nos écoles, nos ateliers, nos fermes ; ils ont interrogé nos enfants, ces enfants rachetés et nourris par le sou mensuel de la Sainte-Enfance ; et partout, tous, mêrne les protestants, ont fait le plus sincère et le plus chaleureux éloge de nos œuvres. C'est donc chose jugée, et sur laquelle il n'y a plus à revenir.

Un dernier mot, au sujet de l'utilité morale de l'œuvre de la Sainte-Enfance pour ses jeunes associés. Rien de plus touchant et de plus aimable que de lire, dans les Annales de l'œuvre, le récit des sacrifices joyeux que ces enfants s'imposent volontairement pour secourir leurs petits frères payens. Que de charmantes industries, que de pieuses inventions pour grossir, chaque année, leur petit trésor ! Que de fleurs délicates au milieu de cette gerbe d'épis que Ruth va glaner, tous les mois, dans les cinq parties du monde! Les deux fêtes annuelles de la Sainte-Enfance, grâce à l'enthousiasme communicatif des enfants et des mères, deviennent les fêtes les plus aimées et les mieux chômées de nos paroisses. Que de bons sentiments développe dans l'âme de l'énfant l'habitude, prise de bonne heure, de l'aumône et du sacrifice ! La Sainte- Enfance, c'est là son caractère spécial, est comme le sourire du christianisme ; elle parle efficacement à tous les cœurs, même à ceux des incrédules ; elle habitue l'enfant chrétien à penser aux autres, à s'élever au-dessus de cet égoïsme et de cet amour des jouissances qui est le grand mal de la société moderne. Sous ce rapport, je ne crains pas d'affirmer que le bien fait par l'œuvre de la Sainte-Enfance à ses jeunes associés, surpasse peut-être celui qu'elle fait au loin, en arrachant à la mort ces millions d'enfants payens. Puisse la bénédiction de DIEU se reposer toujours sur cette œuvre bénie, qui remplit le Ciel de prédestinés, et allume dans tant de jeunes cœurs le feu sacré de la charité !

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