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russes de l'église cathédrale et de l'église des Bernardins.
Protestation de l'administrateur du diocèse, Mgr Bialobrzki, qui ordonne la fermeture des églises polluées ; sur son refus de les rouvrir, il est traduit devant une Cour martiale et condamné à mort. On se contenta de l'envoyer en Sibérie.
1862. Mer Félinski est préconisé archevêque de Varsovie, Par ses opinions politiques, Île nouveau prélat appartenait au parti Russe, c'està-dire qu'il réprouvait l'insurrection et voyait le salut de sa malheureuse patrie dans une soumission franche et loyale au Czar de Russie.
Cette année 1862 fut signalée en Pologne par des violences et des excès déplorables : incendie des villages, massacre des populations inoffensives, pillage des
églises catholiques et des j'esbytères, plusieurs centaines de prétres fusillés ou pendus., Leur crime, à la plupart, c'était d'avoir été surpris sur le champ de bataille, donnant à leurs compatriotes les derniers secours de la religion ; très peu, quatre où cinq au plus, s'étaient réellement compromis dans l'insurrection, que tous les évêques de Pologne réprouvaient hautement,
1863, 22 avril Pie IX écrit à l'empereur Alexandre IT, pour l'implorer en faveur de la Pologne : € Sire, que les lamentations de cette nation, qui ont retenti dans toute l'Europe, et qui ont ému même les cœurs indifférents à la religion, arrivent jusqu'à votre trône et touchent votre cœur magnanime !» Cette lettre, ainsi que plusieurs autres adressées au Czar par le Pape, resta sans réponse.
1863. L'abbé Konarski, chanoine de la cathé-
+ Église Sainte-Croix À Varsovie, =
draie, prêtre vénéré de toute la population de Varsovie, est condamné à être pendu, et l'exécution a lieu devant les fenêtres de l'archevêque.
Mgr Félinski proteste solennellement, et renvoie au Czar toutes ses décorations,
Il est enlevé de Varsovie et déporté à Jaroslaw.
1864, 24 avril. À l'occasion de la fête de saint Fidèle de Sismaringen, martyr, Pie IX prononce un magnifique discours, dont le retentissement en Europe fut immense, En voici les passages les plus importants :
€ J'aurais voulu ne pas parler avant le prochain consistoire ; mais je crains, en gardant plus longtemps le silence, d'attirer sur moi la punition céleste annoncée par les prophètes: Ve mihr, quiu tacui / La conscience me force à élever la voix contre un souverain puissant, dont les États s'étendent jusqu'au pôle... Ce monarque persécute avec une féroce cruauté la nation polonaise, et il a entrepris d’extirper en Pologne la religion catholique, et d'y introduire de force le schisme. Les prêtres de cette nation catholique sont arrachés à leurs trou- “peaux, d’autres sont exilés, d’autres sont condamnés aux travaux forcés ou à des
peines infamantes ; heureux encore ceux qui ont pu fuir, et qui maintenant errent sans asile sur la terre étrangère! Les églises sont jrofanées, d'autres sont fermées, à cause de l'absence des prêtres. Enfin cet arrogant potentat s'est attribué un pouvoir que le Vicaire du Curisr ne possède même pas : après avoir arraché à son diocèse, exilé et tenu en captivité notre fils bien-aimé l'archevêque de Varsovie, il a osé le destituer de cette charge, que nous lui avons confiée.
» En jetant l’opprobre contre de tels actes, nous ne voulons nullement donner par là un encouragement à la Révolution européenne. Nous savons faire la a uérence entre la Révolution sociale et les légitimes revendications d'une nation qui lutte pour son indépendance et le salut de la religion. En flétrissant les persécuteurs de la religion catholique, nous remplissons un devoir sacré de notre conscience. »
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USSIE, 1800-1890, 91
Un mois plus tard, le Pape renouvelait les mêmes plaintes en consistoire :
€ Il est impossible de garder le silence devant l’atroce persécution qui a eu lieu ans le grand empire du nord. Après avoir poussé ses sujets à la révolte, le souverain de ce pays, sous prétexte de réprimer l'insurrection, extirpe le catholicisme, déporte les populations dans des contrées glaciales, où elles sont dépourvues de toutes consolations religieuses, exile les évêques, et, fait inouï! les prive de la juridiction que je leur ai confiée. »
1864, 30 juillet Lettre encyclique du Pape à tous les évcques de Pologne,
1864, novembre, Ukase supprimant cent vingtcinq couvents, qui subsistaient encore en Pologne, et plaçant ceux qui restent sous l'autorité immédiate de l'administration.
1865, 27 octobre, L'administrateur du diocèse de Varsovie, Mgr Rzewenski, est interné à Astrakan, pour avoir refusé de concourir à Ja nomination d'une commission schismatique, qui devait faire partie du consistoire archiépiscopal.
1865, 29 décembre, A la réception des ambassadeurs, M, de Meyendorff, chargé d'affaires de la Russie, s'étant oublié jusqu'à dire au Pape qu'en Pologne «la Révolution et le Catholicisme sont la même chose, » Pie IX se lève de son trône, avec une dignité suprême, et réplique froidement : € Monsieur, j'ai pour votre maître la considération et les égards que les Souverains se doivent entre eux, On le dit tolérant, mais sa tolérance ne va pas certainement jusqu'à supporter que son représentant m'insulte chez moi. Sortez. » M. de Meyendorff se retira atterré, Tous les rapports diplomatiques sont rompus avec la Russie,
1866, 26 octobre, Allocution de Pie IX en consistoire sur les persécutions en Pologne et en Russie. Le Pape se plaint vivement de la nonexécution du concordat de 1847. L'évèque de Chelm, empêché depuis deux ans de recevoir la consécration épiscopale, est déporté en Sibérie : l'évêque de Wilna exilé, l'évêché de Kaminice supprimé,
1866, 4 novembre. Abrogation du concordat de 1847. À cette occasion, le journal officiel russe à le triste courage de publier les lignes suivantes :
«1 plusieurs mois et désirée par tout le monde, met fin à une situation fausse,
-abrogation du concordat, prévue depuis
sans blesser en rien
| les droits de la conscience. La tolérance religieuse | est dans nos mœurs, et les catholiques savent, | Par une longne expérience, qu'ils n'ont rien à | craindre pour le libre exercice de leur culte, »
| 1866, décembre, Lu Cour romaine publie les | documents relatifs aux affaires de l'Église en | Pologne et en Russie, et dénonce le gouverne- | ment moscovite au ban des nations civilisées.
| Dans le courant de cette année, avaient eu | lieu la déportation et la mort de l'évêque de
Chelm, Mgr Kalinski, empoisonné par ordre de l'administration.
Mgr Félinski, archevêque de Varsovie.
Un mauvais prêtre, l'abbé Waginski, avait été nommé par le pouvoir civil administrateur du diocèse, avec la mission d'amener au schisme le clergé et le peuple.
1867, 5 janvier. Ukase prononçant la suppression du royaume de Pologne.
1867, 22 mai. Ukase supprimant le diocèse de Podlachie (Pologne). L'évêque, Mgr Szymanski, est exilé, et meurt en prison,
1868. Mgr Popiel, évêque de Plock (Pologne), est enlevé de son diocèse et interné à Arkangel, pour avoir refusé de faire partie du collège prétendu catholique de Saint-Pétersbourg,
1868. Mer Lubienski, évêque d'Augustow (Pologne), est déporté, et meurt empoisonné à Nijni-Noveorod, en se rendant à Perm, lieu de
son exil.
Précédemment, Mgr Majérizak, évêque de Kieke (Pologne), avait été déporté à Perm, pour refus de reconnaitre la juridiction du collège prétendu catholique de Saint-Pétersbourg.
NN.SS. Domagalski, Szesygielski et Zwolenski, nommés successivement administrateurs du diocèse de Varsovie, après l'exil de l'archevêque, Mer Felinski, et du premier administrateur, Mor Rzewenski, sont internés dans l'intérieur de la Russie, Le siève de Varsovie reste plusieurs années sans administrateur.
Mer Sosnowski, administrateur du diocèse de Lublin (Pologne), échappe à la déportation, en se réfugiant en Autriche,
1869. Mur Borowski, évêque de Luck et Zitomir (Russie), est déporté à Perm (Sibérie).
1869. Ukase supprimant en Russie le diocèse de Minsk, qui est réuni à celui de Wilna. L'évèque, Mer Woilkiewiez, est gracieusement relevé de ses fonctions par le Czar, qui daigne lui faire grâce de la déportation, à la condition que le prélat se retire à l'étranger.
A la fin de cette malheureuse année 1869, il ne restait dans la Pologne russe qu'un évêque catholique, Mer Juszynski, évêque de Santomir.
Les premiers pasteurs étant ainsi traités, on comprend ce que devait être le sort des simples prêtres. En 1870, il y avait en Sibérie plus de 500 prêtres et environ S0,000 Polonais, déportés, il est vrai, sous prétexte politique, mais en réalité pour cause de religion, surtout les prêtres. Et la preuve, c'est qu'à plusieurs reprises on offrit à ces infortunés le retour immédiat dans leur patrie, s'ils voulaient embrasser le schisme.
Une autre preuve aussi convaincante, c'est que, lorsque le Czar accorda, en 1872, une amnistie générale aux Polonais, et leur permit de rentrer chez eux, les prètres catholiques furent formellement exclus de cette mesure de clémence, C'est done bien comme prêtres, et non comme citoyens, qu'ils étaient frappés.
La situation de ces prêtres était affreuse :
déportés à des milliers de lieues de chez eux, au milieu de populations paiennes et féroces, sans argent, sans secours d'aucune sorte, privés par
surcroit de toutes consolations religieuses, et
dans l'impossibilité même de dire la messe, beaucoup périrent de misère ; d'autres furent mis à mort, avec la complicité et quelquefois par les ordres du gouvernement,
Quant aux prêtres catholiques demeurés en Pologne et en Russie, leur sort n'est guère plus enviable, [ls sont sous la surveillance de la police, qui les accable d'opprobres et de vexations, Défense de sortir, sans permission, de leurs paroisses, même pour aller se confesser les uns aux autres ; défense de recevoir au confessionnal des personnes étrangères à la paroisse ; défense de prêcher d'autres sermons que ceux qui sont imprimés dans un manuel officiel, et qui ont l'approbation du gouvernement,
Cependant cette situation intolérable ne pouvait se prolonger indéfiniment. Plus de sept millions de catholiques, encore subsistant en Russie, redemandaient au Czar des évêques et des prêtres. Impossible d'étouffer entièrement leurs plaintes, ou de les réduire en masse au schisme, Le gouvernement russe fit donc faire en 1871 des ouvertures à Rome, pour savoir si le Pape consentirait à instituer de nouveaux évêques pour la Russie. Pie IX fit répondre qu'il s'y prèterait avec joie, pourvu que les élus fussent dignes, Mais une nouvelle difficulté se produisit : le gouvernement ne voulant à aucun prix rappeler les évêques exilés, il leur fit demander leur démission, promettant, en ce cas, de leur payer leur traitement d'évèque, et de leur permettre de se fixer à Saint-Pétersbourg ou méme à l'étranger, Les confesseurs de la foi refusérent catévoriquement de se démettre ; et, pour tourner la difficulté, Rome prit le parti d'instituer des administrateurs apostoliques pour les sièges dont les titulaires vivaient encore. Tout étant ainsi arrangé, le Pape, au mois de février 1872, préconisa huit évêques, savoir :
Pour la Pologne : Mer Wierzbowski, nommé dvéque d'Augustow, en remplacement de Mer Lubienski, empoisonné en 1868 ;
Mor Gintowt, administrateur du diocèse de Plock, le titulaire Mer Popiel étant en exil ;
Mgr Kolinski, administrateur du diocèse de Kiece, le titulaire, Mer Majérizak, étant en exil ;
Mer Baranowsky, évêque de Lublin ;
Pour la Russie : Mor Fialkowski, évêque de
au:
de
en
de
Kaminice, en exil à Kiew, métropolitain de Mohilew, en remplacement de
Mer Staniewski, mort excommunié :
nommé au siège
Mgr Brinck, évêque de Kaminice, et administrateur des sièges réunis de Lucéoria et Zytomir ;
Mgr Zottman, évêque de Téraspol ;
Mgr Swaszkiewicz, auxiliaire de Mohilew.
Les nouveaux prélats furent reçus à la cour, où depuis longtemps n'avait paru aucun évê catholique ; l'empereur Alexandre II dai exprimer sa satisfaction de
que gna leur voir les catholiques
Devant cette courageuse protestation, l'empe-
reur Nicolas répondit de sa main à Mgr Szum- | berski que, puisque lui-même avait garanti la | liberté religieuse de ses sujets, il ne songeait | nullement à les amener de force a l'É
glise ortho: | doxe, Les uniates de Chelm restèrent donc, au nom- | bre d'environ 250.000, en possession de I catholique ; mais ce n'était qu'un délai, L'évêque de Chelm étant mort, on lui donna, en 1864,
a foi
pour successeur un homme qu'on croyait plus souple et mieux disposé à répondre aux vœux secrets du Czar, Malheureusement le
Vue de Kiew.,
de son royaume heureux de posséder les évêques que depuis longtemps ils appelaient de leurs VŒUX,
Belles paroles, et rien de plus ! A l'heure même où elles étaient prononcées, le gouvernement du Czar poursuivait la ruine de la dernière Eglise Ruthène Unie, l'Église de Chelm.
Lors de la défection de 1340, l'évêque de Chelm, loin de faire cause commune avec les trois Judas, avait écrit à l'empereur que, si on voulait les violenter dans leur foi, il allait passer au rit latin avec tout son clergé et son peuple,
pouvoir civil s'était trompé sur le nouvel élu, Mgr Kalinski ; il demandait un valet, il trouva devant lui un évêque. Après l'avoir empêché, pendant deux ans, de recevoir la consécration épiscopale, il prit le parti de le déporter en Sibérie, et de s'en débarrasser par le poison, Dès lors, sans même recourir à Rome, le Souvernement russe, de sa propre autorité, nomma un administrateur schismatique, l'abbé Waginski, Celui-ci était bien l'homme à tout faire désiré, et la russification de la malheureuse Église de Chelm marc ha rapidement, Sans rom-
Pre ouvertement avec Rome, l'intrus supprima
APE RRIR hottes Crt men mener»
A | Drm om LADA HEIN
d'abord tout ce qui, dans le culte public, pouvait distinguer les uniates des schismatiques, et fit enlever de toutes les églises les orgues, Îles statues, les ostensoirs. Aux réclamations du clergé et du peuple, il ne craignit pas de répondre qu'il ne faisait qu'exécuter les bulles des Souverains Pontifes, qui, à plusieurs reprises, ont défendu de toucher aux anciennes liturgies des différents rites unis. Pie IX envoya alors aux Kuthènes une encyclique pour protester contre ces innovations sacrilèges, L'apostat démasqué n'en tint aucun compte, et continua de russifier toutes les églises du diocèse de Chelm, pour les ramener, disait-il, à la pureté de leur ancien rite, Quand l'œuvre fut achevée, quand il n'y eut plus de différence extérieure entre les uniates et les schismatiques, un ukase impérial déclara la réunion de l'Église de Chelm à
Alexandre II.
l'Église orthodoxe. Bientôt l'on vit se renouveler les scènes d'horreur de 1840 : tous les prêtres qui réclamèrent furent déportés au loin, avec leurs femmes et leurs enfants ; on les remplaça par des popes envoyés de Saint-Pétersboury , mais le peuple catholique refusa, en beaucoup d'endroits, de les recevoir, Il fallut employer la force armée pour les trainer dans leurs églises devenues schismatiques. Là on leur distribuait de force la communion, et les soldats leur brisaient les dents, en leur ouvrant la bouche avec leurs baïionnettes. Dans d'autres endroits, on les exposait nus, en hiver, sur des étangs glacés ; dans d'autres on tirait dans le tas, les martyrs offrant d'eux-mêmes leurs poitrines aux balles, et criant : € Tuez-nous ; nous ne voulons pas vivre schismatiques. » Il y eut des scènes lamentables ; une malheureuse mère à qui on enleva de force son enfant pour le faire baptiser par le
pope, l'étrangla de ses propres mains, en disant : € Au moins, celui-là, ils ne l'auront pas. » Dans un autre village, un père de famille inscrit, malgré ses protestations, sur le registre du pope, rentre chez lui, s'enferme avez sa femme et ses six enfants dans sa chaumière, et y met le feu, en disant : € Nous mourrons catholiques. »
À Varsovie, un officier polonais, forcé de choisir entre l'apostasie et la ruine des siens, se tire un coup de pistolet, en demandant à DrEu de lui pardonner l'acte de désespoir auquel les persécuteurs l'ont réduit.
À VWilna, plus de six cents notables et négociants profitent du passage d'Alexandre IT dans leur ville, pour lui présenter une pétition dans laquelle ils supplient Sa Majesté de leur permettre de passer au rit latin, s'il ne leur est pas permis de garder le rit ruthène-uni. L'empereur déchire la pétition en disant : € Vous êtes ruthènes, donc vous êtes orthodoxes. Quant à passer au rit latin, à quoi bon? Dans quelques années, il n'y aura plus en Russie de Latins. »
Dans le cours des années 1872 à 1880, près de 100.000 uniates, tous chefs de famille ou hommes influents dans leur pays, ont été déportés au loin. Les femmes, les enfants restent seuls en Pologne, exposés à toutes les séductions de la misère et de l'apostasie, Malgré cela, la grande masse du peuple catholique tient bon ; ils s'éloignent avec horreur de leurs églises russifices, ils baptisent eux-mêmes leurs enfants, ils s'en vont au loin chercher les sacrements ; mais les prêtres catholiques ne peuvent les secourir sans s'exposer à être immédiatement déportés en Sibérie, Cette situation violente ne saurait durer, et, comme le schisme moscovite ne cédera pas, il est bien à craindre qu'au bout d'une génération, de deux tout au plus, ces malheureux, abandonnés sans prêtres, sans culte, sans sacrements, ne se laissent entrainer peu à peu à l'apostasie.
Les diocèses du rit latin ne sont guère moins éprouvés. À chaque instant, des familles leur sont enlevées et inscrites d'office sur les registres de l'Eglise orthodoxe, On va chercher dans le passé ceux dont le père, le grand-père même, appartenaient autrefois au rit ruthène, Au com-
ins
eur risins ne, M -
mencement du siècle, sous les persécutions de l'archevêque de Mohilew, plusieurs milliers de familles embrassèrent le rit latin ; bon gré, mal gré, leurs descendants sont déclarés orthodoxes, La conscience n'a rien à voir ici, C'est affaire de bureaucratie et d'administration. Après cela, les nouveaux convertis sont bien libres de ne jamais mettre le pied dans une église schismatique ; mais malheur à eux, s'ils s'avisaient de faire acte de catholicisme ! La loi qui punit de l'exil et de la confiscation toute personne qui sort de l'Église officielle, leur serait immédiatement appliquée, Quant au prêtre catholique qui se hasarderait à leur administrer les sacrements, il serait déporté en Sibérie, C'est à l’aide de ces procédés apostoliques que l'orthodoxie moscovite arrache chaque année au catholicisme des millions d'enfants, qui sont irrévocablement perdus pour lui, Depuis 1873, le gouvernement russe a inventé contre les catholiques une nouvelle machine.
C'est l'emploi de la langue russe dans la prédication, la prière publique et l'administration des sacrements. À plusieurs reprises, la cour de Rome, importunée à ce sujet, a déclaré qu'elle ne voulait rien décider sur ce point sans s'être entendue au préalable avec les évêques, On s'est passé, comme d'habitude, du consentement du Pape. Les, évêques qui ont manqué de complaisance ont été exilés, et l'on a mis à leur place, comme à Wilna, des intrus qui, trouvant l'occasion de faire une bassesse, se sont bien gardés de la laisser échapper. Quant au peuple catholique, il a déclaré plusieurs fois qu'il préférait se passer de prêtres et de sacrements, plutôt que d'accepter le rituel russe, On ne peut donc douter que, dans l'état des esprits, l'introduction de la langue russe dans les églises ne soit la ruine de ce qui reste de catholicisme en Pologne. C'est précisément le but que poursuit le gouvernement,
En 1877, l'ambassadeur de Russie à Rome, ayant entendu dire que Pie IX allait protester une fois de plus en consistoire contre les agissements du gouvernement russe, fit une démarche pour demander qu'avant de dénoncer la Russie au monde catholique, le Souverain Pontife fit connaitre d'abord à la chancellerie impériale les plaintes qu'il croyait avoir à formuler contre le gouvernement russe,
Voulant user de condescendance, Pie IX
ordonna au cardinal Siméoni, secrétaire d'Etat,
| d'adresser au prince Gortschakoff, chancelier de | l'empire, un long Mémoire sur les sc ‘ffrances de l'Église cat' olique en Pologne et en Russie, | Voici le résumé de ce Mémoire. I] donne l'exposé de la situation présente du catholicisme dans l'empire du Czar,
Le Souverain Pontife se plaint qu'après avoir | entièrement détruit en Pologne et en Russie le rit uni, le gouvernement fait chaque jour de
| grands progrès dans la destruction du rit latin,
PA Po, 211 ‘ . / D] CE L'ovann ant iprsor CAL 7 -) É ce, on ail ee
Le Cardinal Siméoni.
1° Toute relation entre le Saint-Sièce et le clergé est interdite sous les peines les plus sévères,
2° Les séminaires sont entièrement soustraits à la direction des évêques, et le pouvoir civil y introduit des professeurs notoirement schismatiques,
3° L'instruction religieuse, dans les écoles
EL A ASS a RS
96 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIX"e SIÈCLE.
catholiques de l'empire, est soustraite à l'autorité des évêques ; dans beaucoup d'écoles, elle est entièrement supprimée ; dans d'autres, à Varsovie par exemple, elle est confiée à des popes schismatiques, et l'on impose dans les écoles l'enseignement du catéchisme orthodoxe,
4° Malgré les protestations des fidèles et des évêques, dont plusieurs ont souffert l'exil à ce sujet, on introduit la langue russe dans la liturgie et la prédication.
5° Les curés sont internés dans leur paroisse, et ne peuvent en sortir, sans une autorisation écrite, même pour aller se confesser.
6° La prédication leur est interdite, à moins qu'ils ne fassent viser leurs sermons par le pouvoir civil.
7° Il leur est défendu, sous les peines les plus sévères, d'admettre aux sacrements ou d'entendre en confession les personnes étrangères à leur paroisse qui recourent à eux.
8° Les enfants issus de mariages mixtes sont incorporés au schisme, même contre la volonté formelle des parents.
9° Un grand nombre d'églises sont fermées ; les plus belles ont été enlevées aux catholiques et livrées aux orthodoxes. Il est absoliment interdit de bâtir de nouvelles églises ou de restaurer les anciennes (1).
109 La plupart des couvents ont été supprimés et leurs biens confisqués.
119 Plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres ont été déportés au loin, pour avoir obéi aux règles de l'Église (2).
129 Plusieurs sièges épiscopaux ont été supprimés sans l'agrément du Pape (3). D'autres restent vacants indéfiniment, À Minsk, l'administrateur nommé par le gouvernement est un intrus, qui n'a aucune juridiction,
13° À Saint-Pétersbourg, on a établi, maluré les réclamations réitérées du Souverain Pontife, un collège prétendu catholique romain, qui cen-
1.,Dans la plupart des provinces, le gouvernement russe n'a conservé qu'une église catholique par arrondissement ; or ces arrondissements ont, en moyenne, l'étendue d’un département français.
2. En 1877, il y avait encore cinq évêques en exil et environ quatre cents prêtres ; à l'avènement de Léon XIII, ces malheureux trouvèrent le moyen d'envoyer une adresse au Pape (1878).
3. Le diocèse de Kaminice, réuni à celui de Zytomir (1866), le diocèse de Podiachie (1867), le diocèse de Minsk, réuni à celui de Wilna (1867), le diocèse de Chelm rit uni (1875).
tralise toute l'autorité des évêques et supprime celle du Pape, Pour éviter de plus grands maux, le Souverain Pontife a permis qu'il s'occupât des questions d'ordre extérieur et temporel ; mais il a défendu, sous peine d'excommunication, qu'il s'immisçât en rien dans l'administration spiri. tuelle des diocèses, Nonobstant cette défense, le collège, soutenu par l'administration, continue à empiéter sur la juridiction des évêques.
Tel est en résumé le Mémoire pontifical.
Quinze jours après l'avoir reçu, le prince Ovroussoff, chargé d'affaires de Russie, le rapportait au cardinal Siméoni, en déclarant que le gouvernement russe n'est pas habitué à subir la censure de qui que ce soit, et qu'en conséquence, il ne se croit pas autorisé à transmettre la pièce en questio: à la chancellerie impériale.
Le cardinal secrétaire d'État fit observer à l'ambassadeur que ce Mémoire était un acte de haute condescendance, accordé à la demande du gouvernement russe lui-même, pour lui éviter l'affront d'une flétrissure publique ; il ajouta qu'on avait pris soin, en exposant les justes plaintes du Chefide l'Église, d'éviter toute parole blessante ; enfin il fit remarquer au prince combien son procédé s'écartait des convenances diplomatiques. À toutes ces observations, le chargé d'affaires répondit : € Si le Saint-Siège veut avoir la guerre, il l'aura. »
Pour la troisième fois depuis douze ans, tout rapport diplomatique fut rompu entre le Saint- Siège et la Russie,
Telle était la situation religieuse à la mort de Pie IX. Son successeur s'est efforcé de l'améliorer un peu, et il y a réussi, à force de longanimité et de patience, Le 22 février 1878, l'empereur écrivit de sa main au nouveau Pontife, une lettre dans laquelle on lit cette phrase : € La tolérance religieuse est un principe consacré en Russie par les traditions politiques et les mœurs nationales, »
Qu'y a-t-il derrière ces belles paroles? Très probablement rien de sérieux. La Russie est profondément schismatique, et le schisme est aux mains des Czars un instrument de règne trop commode, pour qu'ils consentent jamais volontairement à s'en dessaisir. En présence de
ai
l'absolutisme et de la servitude asiatiques, le Catholicisme représente en Russie les idées de l'Europe occidentale, la liberté des âmes, l'indépendance de la conscience humaine. Il y a là deux principes contradictoires qui ne peuvent habiter à côté l'un de l'autre, et le mot de M. de Meyendorff à Pie IX a du vrai : € En Russie, le Catholicisme et la Révolution sont la même chose. >» Car en Russie, la Révolution n'est que la revendication des droits sacrés dé la conscience trop longtemps méconnus, Entre l'Église orthodoxe et l'Église romaine, la question de dogme n'est rien, Il n'y a que quelques difficultés byzantines, dont un peu de connaissances historiques aura vite raison, La question de discipline n'existe pas davantage, car l'Église catholique admet la discipline de l'Église grecque, et a même défendu à plusieurs reprises d'y toucher. La seule difficulté, mais cette difficulté parait, pour le moment, insoluble, c'est la question politique. Jamais les Czars n'accepteront chez eux une Église libre, un clergé indépendant, relevant uniquement du Vicaire de Jésus-Curisr, et, d'un autre côté, jamais l'Église catholique n'acceptera la servitude ; elle fera bien des concessions au prince ; au besoin, elle sacrifiera tous les avantages temporels, elle prêchera sans arrièrepensée l'obéissance aux pouvoirs établis, elle travaillera à calmer les esprits, à empêcher les révolutions, Mais le jour où le successeur de César voudra toucher au spirituel, il trouvera devant lui l'Église catholique prête à l'exil, à la confiscation, à la mort s'il le faut. Potius mort quam fædari. Plutôt la mort que le déshonneur. Quelle est en ce moment la situation numérique des catholiques en Russie et en Pologne ? Un recensement officiel comptait en 1871
quatre millions et demi de catholiques polonais ainsi répartis :
L'ÉGLISE EN RUSSIE, 1800-1890, 97 Rit latin 4,326,473 Rit ruthène 246,485
Total: 4,572,958 catholiques polonais,
En 1889, après vingt ans de persécutions,
on pense qu'il y a encore en Pologne environ 4,200,000 catholiques du rit latin. Quant aux uniates, bien qu'il n'existe plus officiellement d'Église ruthène unie, il est certain qu'il y a encore plus de 100,000 uniates demeurés fidèles : à l'Église romaine,
Cela fait pour toute la Pologne, en 1889 :
Rit latin 4,200,000 cath, Uniates 100,000 }
4,300,000 cath.
Dans la Russie proprement dite, les derniers recensements officiels distribuent ainsi les catholiques de "empire :
Dans l'archevêché de Mohilew et les diocèses
Total pour toute la Pologne :
suffragants : , Rs Dans les provinces du Caucase , 25.915 Dans la Sibérie (Russie d'Asie). 24,316 Dans l'Asie centrale. . . . 1,396
Total pour toute la Russie : . 2,934,618
Reste:t-il encore des uniates dans les trois diocèses enlevés en 1840 à l'Église catholique ? C'est très possible, mais on comprend que les recensements officiels n'en parlent pas.
Au demeurant, en additionnant les catholiques polonais et ceux qui habitent en Russie, on * trouve encore, en ce moment, plus de sept millions de catholiques. Que Dieu prenne en pitié ce petit troupeau, qu'il lui accorde des pasteurs fidèles, et qu'il lui rende enfin la tranquillité et la paix! (1)
1. Au moment où nous publions cet ouvrage, un accord est intervenu entre le Saint-Siège et la Russie et nous pouvons saluer l'aube de la paix. (Note de la Rédaction.)
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