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Mgr Grégoire Jusef, Patriarche grec-melchite.
décesseurs catholiques étaient exilés depuis cent dix ans.
Quand la Syrie retomba, quelques années après, sous le joug des Turcs, le vaillant patriarche alla lui-même à Constantinople plaider sa cause et celle des Grecs catholiques. Traversé par les intrigues du Phanar et l'influence Russe, il passa en Italie et en France (1839), pour réclamer l'appui de notre gouvernement. La France soutint la cause catholique. Le succès
de Mgr Maximos, disputé pendant dix ans, fut
complet. En 1848, il était reconnu par la Porte comme chef civil de la communauté grecquemelchite, déclarée indépendante de toute autre communauté religieuse. Pour récompenser le vaillant prélat, le Pape voulut qu'il joignit à son titre patriarcal d'Antioche, ceux de jérusalem et d'Alexandrie, donnant ainsi une seule tête à l'Église grecque-melchite,
Le reste de la vie du saint patriarche fut employé à consolider son œuvre. L'Église grecque melchite était ressuscitée ; mais, après plus d'un siècle de persécutions acharnées, tout était à refaire : circonscriptions épiscopales, paroisses, églises, écoles. Mgr Maximos tint plusieurs synodes épiscopaux, pour restaurer la discipline et s'occuper des meilleurs moyens de ramener à l'unité catholique les nombreux schismatiques de l'Orient. Ses successeurs ont marché dans la même voie, et, sous le patriarcat du titulaire actuel, Mgr Grégoire Jusef, ancien élève des Jésuites de Ghazir, les progrès de l'Église melchite se sont encore accentués. Il s'est produit par tout l'Orient, dans ces dix dernières années, un mouvement de retour vers Rome, Ce ne sont plus des personnages isolés, mais des familles nombreuses, quelquefois des villages entiers, qui demandent à rentrer dans l'Église catholique. — Hélas! ce mouvement de retour vers Rome est retardé par le manque de ressources, et surtout pas le manque d'hommes.
En effet, le grand besoin de cette Église qui renait à la vie catholique, ce sont des prêtres, des prêtres de rit grec, de nationalité grecque, mais instruits et pieux. Les missionnaires latins peuvent très peu ici, une longue expérience l'a trop prouvé! Leur œuvre, l'œuvre que seuls ils peuvent faire, c'est de former un clergé national, mais un clergé national qui aura puisé dans une forte éducation cléricale la science, les vertus et l'esprit catholiques de l'Occident, au lieu du particularisme étroit des Orientaux.
C'est pour répondre à ce grand besoin des Églises orientales que le cardinal Lavigerie a ouvert à Jérusalem, en 1882, dans la maison que ses missionnaires occupent à Sainte-Anne, un séminaire pour les grecs melchites, afin de fournir aux évêques de ce rit un clergé fervent et instruit, Cet utile établissement a reçu la bénédiction du Vicaire de Jésus-Crusr, et Île concours empressé de l'épiscopat melchite, Voici
ce qu'écrivait à ce sujet un des évêques du pati iarcat :
€ L'école apostolique française de Jérusalem > vient à son heure, Les moissons jaunissent, » et le Maitre, exauçant nos prières, enverra » bientôt enfin les ouvriers. Ils sortiront de > Sainte-Anne, pleins de vie et d'ardeur pour > se mettre à l'œuvre. Leurs travaux seront > couronnés de succès qui étonneront bien des » gens, Oui, nous l'espérons, ces missionnaires > d'un genre nouveau, indigènes du rit grec, » entés sur l'arbre plein de sève de l'Église > latine, porteront des fruits, précisément parce > qu'ils conserveront leur espèce propre en la > fortifiant. »
[ne faut pas nous le dissimuler, jamais les grecs ne seront efficacement ramenés à l'unité romaine par les latins. Des préjugés invincibles s'y opposent. Puis, pour tous ces peuples orientaux, chez lesquels les forr:es extérieures du christianisme ont tant de puissance, un changement de rit est presque un changement de religion, C'est pourquoi les Souverains Pontifes, en particulier Benoit XIV, ont sagement recommandé aux missionnaires de ne pas chercher à latiniser les grecs. Ces prescriptions n'ayant pas toujours été suffisamment observées, le Pape Léon XIIT vient de les renouveler. Non content d'avoir rétabli le rit grec auprès de lui, dans le sanctuaire de’ Grotta Ferrata, il vient de décider que tous les grecs de la Palestine ramenés à l'Église depuis trente ans, et qui, faute de missionnaires de leut rit, avaient embrassé le rit latin, devront, maintenant qu'ils ont des pasteurs, revenir au rit grec.
Ne soyons pas plus sages que le Vicaire de Jésus-Cnrisr. La liturgie grecque, qui remonte à saint Basile et à saint Jean Chrysostome, est fort belle ; la discipline de l'Église grecque n'a rien de blâmable, et, dans les grandes lignes, c'est la discipline générale de l'Église. S'il était permis à un humble missionnaire d'exprimer un avis à ce sujet, je n'y verrais qu'un seul point, fort grave, ilest vrai, à réformer, c'est le mariage des prêtres. Ilest certain qu'un clergé marié ne fera jamais qu'un clergé médiocre, comme suience et comme esprit sacerdotal. Mais il faut observer que, chez les grecs, le mariage des prêtres, qui est toléré avant lordination, n'est nullement obligatoire, C'est par un abus
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que, dans l'Église russe, tout diacre appelé à l'ordination doit commencer par se munir d'une femme. Rien de pareil n'existe dans l'Église grecque catholique, Si donc Nos Seigneurs les évêques du rit grec n'élevaient au sacerdoce que des diacres encore libres du lien conjugal , comme, même dans les Églises schismatiques, le mariage a toujours été rigoureusement interdit au prêtre après l'ordination, la question du célibat ecclésiastique serait bien près d'être résolue dans l'Église grecque, comme elle l'est depuis longtemps dans l'Église latine,
Quelle est actuellement la situation de l'Église grecque-melchite ? Dans une note envoyée, en 1877, à Mer l'archevêque de Paris, Mer le patriarche la résume en ces termes :
[y à dans l'église grecque-melchite : 12 sièges épiscopaux, dont 3 sont administrés par des vicaires patriarcaux, et les o autres par des archevéques et des évêques élus et confirmés par le patriarche, Celui-ci est élu par le synode des évêques et confirmé par le Pape, qui lui envoie en signe de communion le sacré pallium.
En 1877, l'Église grecque comptait : 10 évéques, 12 sièges épiscopaux, 190 paroisses, 19 monastères, 333 prêtres tant séculiers que régu liers (ces derniers appartiennent tous à l'Ordre antique de saint Basile) : 33 relivieuses, appliquées à l'enseignement et aux œuvres‘ de charité, 1 séminaire patriarcal, 2 grands collèges, 127 écoles, et 100.000 grecs catholiques,
Voici maintenant quelle est, en 1890, la hiérarchie de l'Église grecque-melchite (1),
1. On n'a compris dans ce tableau que les ;rêtres du rit grec, laissant de côté les nombreux missionnaires latins qui travaillent dans les diocèses grecs-melchites. Comme il manque le chiffre des prêtres grecs de deux diocèses, et qu'il y a encore des paroisses de ce rit en Égypte, à Constantinople, à Livourne, à Marseille, etc., le chiffre total des prêtres gre
cs-melchites s'élève aux environs de 220, Les uns font partie
du clergé séculier, mais le plus grand nombre sont religieux de Saint-Basile, Cet Ordre antique, qui compte au moins 500 religieux, se Partage en trois Congrégations: les Salvatoristes, les Alépins et les Baladistes. Il ÿ à aussi dans le patriarcat plusieurs couvents de religieuses du même Ordre,
En tenant compte des grecs-melchites répandus en dehors desdits diocèses, dans l'Asie-Mineure, en É Unople et dans plusieurs villes d'Europe breux pour avoir des paroisses de total de 114.000 grecs-melchites, ct
gypte, à Constanoù ils sont assez nomleur rit, on arrive au chitfre tire ofticiel donné pour 1890
par le patriarcat, Ce nombre ne fera certainement qu augmenter,
Car il se produit dans tout l'Orient, surtout depuis ces dernières années, un grand mouvement de retour vers Rome,
5 ms 1 patriarche du titre d'Antioche (en résidence à Damas). 1 vicaire patriarcal, À Jérusalem,
1 vicaire patriarcal, à Alexandrie, 4 archevêchés :
catholiq.
ARE tb pr. 6 égl. ou ch, 6 éc. 9.000 Bosra et Hauran, 1 » 10 » 12 » 4) 7.000 Emèse et Apamée 1 » 20 » 20 » 18» 8.000 Émile foi rl » 13 » 6,200
7 évêchés :
Balbeck. ..,.,7 évêq. 15 » 10 » 8» 56.000
| Beyrouth, . .,, 5 » > » » 19 } 15.000 DAME ps à. 9 ? » 12,000
| Panéas. ,..., LD» 16} 9 » 21 } 3.600 LES — (= "25-)p 35 » 7 } 11.000 | Ptolémais ..,, D 34) 25 » 8 » 9.000 ADI Er 9 35 » 30 » 12 Ÿ 17.000 Total, r pat., 11 arc. ec Év., 186 » 157 } 116 » 102,800
Tous ces évêchés sont situés en Syrie. Il y à encore des églises du rit grec-melchite à Rome, à Livourne, à Marseille, à Alexandrie, à Constantinople et dans quelques autres localités du Levant, en dehors de la Syrie,
Statistique comparée des Jidèles du rit £grec-melchite.
En 1800 1850 1890
Ï À nation arménienne n'a pas contre l'Église — latine les préventions et la haine des Grecs. Amenés à la foi chrétienne par saint Grégoire l'Hluminateur, les Arméniens se laissèrent malheureusement entrainer, au vire siècle, dans l'hérésie des Monophysites. Néanmoins, à l'époque des Croisades, loin d'imiter la trahison et les fourberies des Grecs, les Arméniens combattirent vaillamment à côté des Francs pour la délivrance des Saints Lieux. Cette fraternité du champ de bataille les rapprocha des Latins, et ramena à Ja foi catholique un bon nombre d'entre eux, Depuis le concile de Florence, il y eut toujours dans la nation arménienne un certain nombre d'évêques et de prêtres catholiques.
Malheureusement, en Orient, la question de nationalité prime toutes les autres. Soumis, au temporel, au patriarche hérétique de leur nation, les catholiques arméniens n'ont cessé d'être persécutés Jusqu'au jour où ils purent se cons- Utuer en communauté distincte. En 1700, un de
150 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.
leurs docteurs les plus célèbres, Pierre Mékhitar, religieux du monastère patriarcal d'Edchmiadzin, ayant embrassé la foi catholique, fut dénoncé aux Turcs pour ce fait par son patriarche et forcé de se réfugier à Venise, où, avec la protection du Souverain Pontife, il ouvrit une église et un monastère aux religieux de sa nation appelés de son nom A/élhitaristes. Cette maison devint comme une pépinière de religieux ariméniens catholiques, qui partirent de la pour aller évangéliser leurs compatriotes. Mékhitar joignit à son œuvre une imprimerie, d'où sont sortis crand nombre de publications savantes et de livres catholiques à l'usage des Arméniens.
En 1742, Benoit XIV, prenant en pitié les besoins de l'Église arméno-catholique, institua le patriarcat de Cilicie pour les Armé dant dans l'Arménie Mineure et la Cilicie ; ceux lie et de la
ns rési-
de la Turquie d'Europe, de l'An Grande Arménie restèrent, eux et leurs prêtres, sous la juridiction du vicaire patriarcal de Constantinople, Le premier titulaire du patriareat arménien de Cilicie fut un moine du nom d'Abraham, qui, en signe d'union avec Rome, prit le nom de Pierre, usage suivi par ses successeurs, I] fixa sa résidence au couvent de Bzommar, dans le Liban, ayant sous sa juridiction deux évêques de son rit, à Mardin et à Alep, avec environ 20.000 catholiques,
Cet arrangement avait un grave défaut : il laissait en dehors du patriarcat de Cilicie près de 40.000 Arméniens catholiques répandus à Constantinople et dans la Grande Arménie, Soumis au temporel au patriarche hérétique de leur nation, ces malheureux se voyaient exploités et pressurés de toutes les manières. De 1827 à 1830, le patriarche grégorien, non content de les rançonner, voulut abuser de son autorité pour leur enlever leur foi. I priva de ses droits civils quiconque refusait de le reconnaitre comme chef spirituel de la communauté arméno-catholique. Les prêtres arméniens, n'ayant pas d'évéque de leur rite pour les représenter et les défendre auprès de la Porte, furent détenus en prison ou jetés en exil; plus de 30.000 fidèles, plutôt que de reconnaitre la juridiction spirituelle du patriarche hérétique, sortirent de Cons tantinople et prirent le chemin de l'exil On peut dire, sans eéxagération, que, dans cette
persécution qui dura trois années, la constance
des Arméniens catholiques fut admirable, Pie VIII leur donna, en 1830, un archevêque primat, qui fixa sa résidence à Constantinople, et étendit sa juridiction sur tous les catholiques lu patriarcat de Cilicie. Grâce aux bons offices de l'ambassade de France, les Arméniens catholiques furent reconnus par la Porte comme formant une com-
arméniens résidant en dehor
munauté distincte et soustraits pour toujours à la juridiction civile du patriarche grégorien.
Vingt ans plus tard, pour répondre au mouvement de conversion parmi les Arméniens, Pie IX créa six nouveaux diocèses en Asie- Mineure : Brousse, Angora, Trébizonde, Erzeroum, Karpouth et Artwin, sous la juridiction de l'archevêque primat de Constantinople.
Mais cet arrangement laissait encore à désirer, car il donnait à l'Église arméno-catholique deux têtes indépendantes l’une de l’autre : le patriarche de Cilicie et l'archevêque primat de Constantinople. Le peuple arménien et son clergé désiraient généralement la réunion des deux sièges, C'est pourquoi, le patriarche qui résidait à Bzommar étant vend à mourir, les évêques du patriarcat de Cilicie élurent unanimement pour lui succéder Myr Hassoun, qui occupait déjà depuis plusieurs années le siège primatial de Constantinople (14 septembre 1866). Pie IX s'empressa de confirmer la réunion des deux sièges dans la bulle Aeversurus (12 juin 1867), et, pour prévenir le retour de certains abus, il prescrivit quelques règles fort sages pour l'élection des évêques arméniens et l'administration des biens ecclésiastiques, Ce fut l'occasion d'une tempête cffroyable, dans laquelle l'Église arméno-catholique parut sombrer un instant.
Il faut dire un mot du schisme et de ses causes,
On à vu plus haut avec quelle héroïque fidélité le peuple arméno-catholique supporta, au commencement de ce siècle, la persécution, plutôt
que de renoncer à la fois Néanmoins l'esprit
particulier, l'esprit de nationalité, vit toujours chez les Arméniens, comme chez les Orientaux. Nous autres, peuples de l'Occident, qui regardons Rome comme la patrie de nos âmes, nous ne pouvons qu'imparfaitement nous faire l'idée de la susceptibilité jalouse des peuples de l'Orient dès que les privilèges et les droits de leur na-
tionalité sont en jeu,
lité om tôt prit urs LUX, rar- OUS dée ient na-
Il faut ajouter que, parmi les nations orientales, le peuple arménien est certainement le plus avancé pour le développement de la civilisation, la richesse, l'éducation, et ce qu'on a coutume d'appeler les idées modernes, Il en résulte que, surtout chez les chefs laïques de la nation, la ferveur et la simplicité de la foi ont bien diminué depuis un demi-siècle. La francmaçonnerie à fait là, comme partout, son œuvre satanique, qui consiste à battre en brèche l'au-
torité de l'Église, De là, chez les Arméniens
catholiques, une tendance déplorable à s4culariser le gouvernement ecclésiastique et à em-
pièter sur les droits des pasteurs, Ajoutez à ce mauvais esprit certaines ambitions froissées, la tendance des religieux mékhitaristes vers le catholicisme libéral, les imprudences de évêques occidentaux, au moment du
certains concile, pour englober les Arméniens dans l'opposition ; joignez à toutes ces causes la pression des loges, le mot d'ordre donné à Constantinople comme il l'avait été à Berlin et à Genève, l'attitude de notre ambassadeur, M. Bourée, qui prit d'abord partie pour les opposants à la bulle Reversurus et conseilla à la Porte de les reconnaitre comme catholiques, et l'on comprendra la gravité de la crise qu'eut à traverser l'Église arménienne au lendemain du concile,
Qu'y avait-il donc dans la bulle Leversuyns de si attentatoire aux droits de nienne ? Selon le désir de la grande majorité, le Pape sanctionnait d'abord l'union du si
la nation armé-
ève patriarcal avec le siège primatial de Constantinople ; il décrétait ensuite que, selon l'antique discipline de toutes les communautés orientales, le patriarche serait élu exclusivement par le synode des évêques de la nation et confirmé par le Pape. Fort bien, répondaient les opposants, Mais pendant que les fidèles des autres diocèses participent à l'élection de leurs évêques, ceux du diocèse patriarcal de Constantinople se trouvent seuls exclus de toute Participation au choix de leur Propre pasteur, On répliquait que cet inconvénient est inhérent à la dignité patriarcale, que nulle part, en Orient, chez les schis- Matiques aussi bien que chez les catholiques, le peuple n'est consulté sur l'élection du patriarche, Du reste, par esprit de condescendance et de charité, le Saint Siège permit de consulter les
liques sur la nomination de deux évêques