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140 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
fluence des protestants et le schisme portugais. Le relèvement s'est fait à mesure que ces causes de ruine ont disparu, et dans la proportion exacte de leur disparition,
Parlons d'abord du petit nombre de missionnaires, Voici quelle était, en 1800, la hiér. “chie catholique aux Indes :
Un archevêque de Goa, primat des Indes orientales, un archevêque de Cranganore, deux évêques de Cochin et de Méliapour. Ces quatre prélats avaient sous leur juridiction environ 400 prêtres de Goa, avec 340.000 fidèles, y compris Ceylan,
Mais il faut bien nbserver que, depuis que la politique de Pombal a prévalu en Portugal, les sièges épiscopaux de l'Inde sont demeurés sans titulaires, les Ordres religieux ont été expulsés en partie ; en un seul jour (1755), 127 Jésuites portugais furent enlevé; aux missions de l'Inde et transportés à Lisbonne, où ils s'éteignirent lentement dans les cachots du fort Saint-Julien ; quelques années plus tard, c'était au tour des Jésuites français de se disperser ; puis vint, en 1774, la suppressionde l'O:dre par Clément XIV. En mème temps, la Révolution française, en fermant, en France et en Italie, tous les noviciats, en confisquant les ressources que la piété de nos pères avaient ménagées à l’apostolat, allait achever la ruine de ces missions,
L'Eglise des Indes resta donc, pendant près d'un demi-siècla, abandonnée aux prêtres de Goa. Or, ces piêtres, il faut bien le dire, quelque triste qu'en soit l’aveu, ne relevaient pas le prestige du catholicisme dans les Indes. Pour ne pas être accusé d'exagération et de malveillance dans une matière aussi grave, je suis forcé de citer des faits,
Ces prêtres, dépourvus également de vocation ecclésiastique et de surveillance, puisque les évêques ne résidaient pas, ‘‘aient choisis ordinairement parmi les fopas, c'est-à-dire les métis portugais nés de mariages illégitimes. À ce titre, les Indiens les regardaient comme des gens sans caste, des parias. Leur conduite justifiait trop souvent l’£loignement qu'ils inspiraient : « À Seringapatam, écrit un vicaire apostolique de l'Inde, un prêtre goanais fut arrêté par les soldats de Tippo-Saïb, et mis au corps de garde, une nuit, qu'étant ivre, il parcourait les rues, armé d’un tison enflammé avec lequel il voulait, disaitil, incendier .a ville. il y en eut un autre qui, pris de vin également, poursuivait, armé d'un couteau, un des principaux chrétiens du lieu, auquel il prétendait couper les oreilles. À Négapatam, deux prêtresgoanais se battirent à coups de sabre. 11 y en eut un qui mourut, dans le Palghat, à la suite d’excès d’opium. M. Mottet, ancien missionnaire à Pondichéry, en découvrit un engagé comme maître de musique dans les troupes anglaises. Ah ! conclut le vénérable signataire de cette lettre, le cœur est déchiré quand on vient administrer les chrétientés où ces prêtres ont passé quelque temps. }
Voilà les hommes que Sa Majesté Très Fidèle employait aux Indes pour remplacer les émules des François Xavier et des Jean de Britto, Mieux eût valu certainement pour les catholiques rester sans pasteurs que d'avoir affaire à de pareils prêtres, Un grand nombre de chrétientés furent amenées à l'apostasie par l'horreur qu'inspiraient aux fidèles leurs débauches et leurs simonies ; car, non contents de lvurs vices privés, ils rançonnaient impitoyablement leurs paroissiens, et faisaient tout payer.
En, dehors des sièges épiscopaux portugais, dont on vient de voir la triste situation à la fin du dernier siècle, il y avait, dans l'Inde, quatre missions confiées aux envoyés du Saint-Siège :
19 Au nord, la mission d'Agra, qui comprenait toute l’Inde septentrionale, n'avait pas d'évêque; une dizaine de religieux Capucins évangélisaient les 5.000 catho'iques dispersés dans ces immenses régions.
2° A l'est et au sud, la mission de Pondichéry comprenait alors toute la côte de Coromandel, le Carnate, le Maduré, le Maïssour et le Coïmbatour, C'est la Société des Missions Etrangeres de Paris qui fut chargée par le Saint-Siège, en 1777, de ce vaste territoire, auparavant l'apanage de la Compagnie de Jésus. Mais le nombre des missionnaires était absolument disproportionné avec les hesoins des populations catholiques : six missionnaires seulement pour remplacer une centaine de Jésuites ; ils avaient à leur tête un évêque, qui, pour ménager les susceptibilités du Portugal, portait simplement le titre de supérieur de la mission, car ce ne fut qu'en 1836 que le vicariat apostolique fut érigé. En 1800, le chiffre des catholiques de la mission de Pondichéry s'élevai* À 42.000.
3° A l’ouest, le long de la côte de Malabar, était le vivariat apostolique de Malabar, érigé en 1659 et confié aux Carmes déchaussés. La mission se composait d'wx vicaire apostolique, de #rofs religieux Carmes, et d'un certain nombre de prêtres indigènes, chargés de pourvoir aux besoins spirituels de 80.000 catholiques, moitié de rit latin et moitié de rit syro-chaldéen.
4° Enfin, au nord de Goa, le vicariat apostolique de Bombay avait été érigé à la demande de la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui, indignée de la conduite scandaleuse des prêtres de Goa, les chassa en 1718 de l’île de Bombay et de Salsette, et s’adressa au vicaire apostolique du Malabar, afin qu’il se chargeât de l'administration de cette Eglise. Avec l'autorisation du Souverain Pontife, les Carmes s'en chargèrent en effet. En 1800, le vicariat de Bombay comptait w» vicaire apostolique et deux missionnaires, pour environ 8.000 catholiques.
Et c’est tout! En dehors du clergé goanais, trois évêques, dont deux seulement ont le titre de
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La position des catholiques hindous ainsi abandonnés était déplorable ; mais plus triste encore ‘elle des rares missionnaires, demeurés au milieu des débris de ces belles Eglises autrefois
si prospères,
{ Pendant près de soixante ans, écrit un auteur protestant (1), c'est-à-dire depuis 1760 jusqu’en 1820, aucun soin ne fut pris des missions catholiques et de leurs nombreux néophytes. Les anciens missionnaires mouraient les uns après les autres, et personne n'arrivait d'Europe pour les remplacer, » À côté du ministre protestant, voici le témoignage identique du prêtre catholique (2): € De temps en temps, se présentent ici des députations de ces chrétiens abandonnés. Depuis que je suis ici, j'en ai vu deux dont l’une, composée de trois principaux Personnages du pays, avait fait près de cent lieues Pour venir à Pondichérvy. lis apportaient une lettre écrite sur des feuilles de cocotier; ils se Plaignaient que, lepuis six ans,
aucun Père n'était venu les visiter, quoiqu'ils l’attendissent avec impatience, et qu'ils lui eussent préparé une belle cabane pour le loger ; ils ajoutaient, dans leur style simple mais sublime, que leurs âmes avaient faim de Dieu, Ces paroles touchantes, que je ne PUS entendre sans verser des larmes, me rappelèrent ce Passage du prophète Jérémie : Parvui Delierunt panem, et non eral qui frangeret eis, y Comme si ce n'était Pas assez de ce triste abandon des catholiques, Par suite de la pénurie excessive des missionnaires, la persécution vint s'abattre, à la fin du siècle dernier, sur ce mal. heureux troupeau, laissé à PEu près sans pasteurs. Le féroce Tippo-Saïb fit périr en vingt ans plus de cent mille Catholiques dans le sud de l'Inde ; il dispersa toutes les chrétientés du Maiïssour, brûla les églises, ei, dans un seul jour, força 40.000 chrétiens du Tanjore à recevoir la circoncision, c'est-à-dire à embrasser le mah Au Canara, dans !e cours de l'an chrétiens furent enlevés de force comme esclaves aux musulmans, Les protestants hollandais se montraient presque aussi féroces que les disciples du Prophète, À Ceylan, ils Proscrivirent absolument l'exercice du culte catholique, et chassèrent de l'île tous les missionnaires ; ils agirent de même sur le continent, et convertirent en factories toutes les chapelles catholiques.
es protestants anglais agirent avec moins de
et donnés
1, Missions dans Muilens,