‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 12 sur 404 · OO, A · texte numérisé non relu

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nations restées en dehors du christianisme: les musulmans, les brahmanistes de l'I nde, les bouddhistes de Ceylan, les lettrés de la péninsule hindoue, de la Chine et du Japon. Je ne parle pas, et pour cause, des peuplades abruties sous le fétichisme ; ici, tout terme de comparaison fait défaut : c’est la barbarie absolue, la décadence intellectuelle, morale et sociale de l’homme redescendu au.

dessous de la brute, jusqu’à faire douter nos libres-penseurs que ces malheureux aient avec nous une origine et des destinées communes,

Ce serait donc une belle et touchante histoire que celle des missions catholiques, depuis les temps apostoliques jusqu’à nos jours. Que d'efforts, que de dévouements, que de sueurs, que de sang versé pour propager et affirmer Ja foi! Que d'apôtres, que de martyrs, que de saints connus de DIEU, et dont les noms glorieux resplendiront pour la première fois au grand jour des Rétributions !

Mais ce travail serait évidemment trop audessus de mes forces. Mon dessein est beaucoup plus modeste, je me limite au x1xe siècle ; et, Sans entreprendre de donner l’histoire complète des missions catholiques pendant cette période restreinte, ce qui exigerait plusieurs volumes, je me propose simplement d'en esquisser les principaux traits, afin de constater le travail fait et les résultats acquis. Pour cela, il faut commencer par dire quelle était, au début de ce siècle, la situation vraie des missions dans les cinq parties du monde, afin de pouvoir comparer en connaissance de cause et voir les progrès obtenus depuis 1800.

Si l’on veut apprécier équitablement l'état des missions. au commencement du xIxe siècle, il faut se rappeler que l'Église catholique sort, à cette époque, d’une crise effroyable. Pie VI vient de mourir prisonnier du Directoire à Valence, et le commissaire de la République, chargé de présider aux obsèques, s’est écrié avec une joie satanique : { Nous avons scellé le cercueil du dernier Pape ; désormais il n'y en aura plus. » La France républicaine a rompu avec l'Église ; ses temples sont fermés, le sang des pontifes et des prêtres a coulé à flots sur les échafauds, et les misérables débris de cette illustre Église gallicane sont errants sur tous les chemins de l'exil. L'Allemagne, les États héréditaires de l'empereur sont livrés au joséph ne, et l'esprit du schisme a gagné jusqu’au clergé. Les Bourbons d'Espagne et de Naples ont gardé les traditions parlementaires, qui viennent de mener à l'échafaud les Bourbons de France. Ils prétendent être Papes chez eux, et ne cessent de fatiguer de leurs exigences le Père commun des fidèles, Selon le mot si vrai et si méchant de Voltaire, le Vicaire de JÉSUS-CHRIST est pour eux « un

personnage à qui on baise les pieds en lui liant |

les mains. » Je regarde au-delà, et je ne vois plus

rien, Sur tous les autres trônes de l’Europe, l'hérésie et le schisme sont assis. jauns peut-être, depuis les jours du Calvaire, l’ iglisé catholique ne s'est vue si abandonnée, De son ancienne puissance, il ne lui reste plus rien, rien si ce n’est DIEU, et, au fond d’une obscure cellule du conclave de Venise, un moine inconnu, qui s'appelle Barnabé Chiaramonte, et qui demair scra Pie VII.

On comprend ce que l’œuvre des missions, qui ne vit que de la surabondance des nations catholiques, a dû souffrir d’un pareil état de choses.

D'autres causes encore étaient venues, au dernier siècle, affaiblir l’action de l'apostolat. La ruine de la Compagnie de Jésus, qui marchait incontestablement la première à l'assaut de l’idolâtrie, avait été pour les missions une véritable catastrophe, Comment remplacer, du jour au lendemain, 16.000 religieux expérimentés qui étendaient leur action des rives du Paraguay aux côtes du Japon? D'autant que les vocations deviennent rares à la fin du XVII{e siècle. L'esprit du temps, l'esprit de Voltaire et de l'Encyclopédie, s'est glissé, sous des dehors hypocrites, jusque parmi les plus saintes familles religieuses. Avec la foi qui a diminué, la charité d’un grand nombre s’est refroidie. Les grands Ordres de saint Dominique et de saint François, qui, pendant la période du Moyen Age, ont donné à l'Eglise tant d’illustres missionnaires, ne fournissent plus à l'apostolat que de rares,recrues.

Pour achever de paralyser l’apostolat, de misérables chicanes ont répandu je ne sais quel esprit de division entre les différentes Sociétés, qui travaillent en commun à l’œuvre des missions. Au lieu de s'aimer comme des frères, on se jalouse ; au lieu de s’éclairer mutuellement, on s'accuse. La malheureuse question des Rites Malabares et Chinois, envenimée surtout par des compétitions d'Ordres et de nationalités, vient, pendant près d'un siècle, de fatiguer Rome et de jeter la discorde parmi les néophytes. A la fin, le Pape, avec son autorité infaillible, a mis un terme à la controverse ; mais, si les esprits sont soumis, les cœurs restent divisés, les froissements subsistent. Au milieu de ces douloureux conflits, que deviennent la charité fraternelle, l'union des cœurs, les féconds labeurs de l’apostolat ?

Enfin la Révolution française vient achever la ruine des missions, en mettant sa main sacrilège sur les anciennes fondations, qui constituent le trésor de l’apostolat catholique et permettent d'entretenir au loin de nombreux missionnaires. Mais d’ailleurs, à quoi bon des fondations quand les hommes font défaut ? La Révolution a fermé tous les séminaires de l’apostolat ; en France, en Italie, en Espagne, elle a dispersé successivement toutes les grandes familles religieuses ; le clergé séculier lui-même a péri en grande partie sur les échafauds, et il lui faudra plus d'un demi-siècle pour reformer ses cadres. Perdus à d'immenses distances, au fond de l'Inde et de ja Chine, les rares

survivants de l’apostolat s’épuisent avant l'heure

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dans un travail disproportionné, et leu: voix mourante, qui ne trouve plus aucun écho en Europe, appelle en vain un successeur qui ne viendra point.

Telle est la situation des missions au moment où s'achève le XVIII siècle, A raisonner selon les prévisions de la prudence humaine, on peut croire

(é MISSIONS D'EUROPE EN 1800. à

RACE au schisme grec et au protes-

tantisme, qui sont venus, dans le cours des âges, briser l’unité de l'Eglise et déchirer la robe sans couture du CHRIST, une grande partie de l’Europe est à reconquérir par le catholicisme. La hiérarchie ayant été détruite partout où domine l’hérésie, ces peuples infortunés sont réduits à l'état de missions, et les catholiques y sont dirigés par des vicaires apostoliques, qui relèvent de la Propagande.

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