‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 176 sur 404 · L'e Tocqueville, De /a Démocratie aux États-Unis, tom · texte numérisé non relu

L'e Tocqueville, De /a Démocratie aux États-Unis, tom

ch, 5.

5 Julius Frœbel, Six uns dans / "Amérique centrale, ch, 5.

d'autres tribus encore, entrèrent à plusieurs reprises dans le sentier de la guerre, et firent chèrement payer à leurs oppresseurs les injustices commises à leur égard. Tout en plaignant les victimes de ces drames affreux, il est juste de reconnaître qu’il y avait à ces atrocités des Indiens des circonstances atténuantes, puisque les blancs avaient commencé.

Ces révoltes ne servirent d’ailleurs qu’à précipiter la ruine des Indiens. Innocents et coupables furent enveloppés dans une répression impitoyable ; des femmes, des enfants à la mamelle furent massacrés avec des raffinements de cruau té ! C'est ce que le général Jackson, connu par ses

LE R. P. DE SMET, missionnaire jésuite aux Montagnes-Rocheuses,

sanglantes victoires sur les Indiens, appelait en plaisantant € une police expéditive }, pour en finir promptement avec ces races infortunées, qui s'obstinent à ne pas mourir assez vite au gré de leurs envahisseurs,

Encore, si le gouvernement fédéral, voulant à to‘ prix se débarrasser des Indiens, avait permis aux missionnaires catholiques de consoler au moins leur agonie! Mais il n’en fut pas ainsi. Infidèle à son fameux principe de la liberté de conscience, il a partagé les tribus indiennes entre les différentes sectes qui couvrent le pays, et dans ce partage, les catholiques n'ont obtenu que deux ou trois réserves. Les autres, malgré les réclamations des indiens, redemandant à grands cris leurs anciennes Aobes notres, ont été livrées aux Anäbaptistes, aux Presbytériens, aux Mctho-

| distes, aux Quakers, et à ces centaines de déno-

minations re Unis.

Cette injustice, la plus monstrueuse de celles dont aient eu à se plaindre les Indiens, n'a pas permis aux missionnaires catholiques de travailler, comme ils l’auraient voulu, au relèvement physique et moral de ces peuplades, destinées À périr dans un avenir prochain. D'ici cinquante ans, ces races, autrefois si vaillantes et si intéressantes pour l'ethnographie, auront complètement disparu du sol de la grande République. On ne peut s'empêcher de penser, et les auteurs améri. cains Île reconnaissent franchement, que, si les malheureux Indiens avaient eu affaire à une nation catholique, comme la France et l'Espagne, ils auraient conservé leur nationalité, € Hélas ! » s'écrie pour conclurz un ministre protestant, » quelle terrible responsabilité a encourue notre » nation! Le paganisme est presque éteint aux » Etats-Unis, mais c'est parce que les païens > sont presque anéantis. »

Malgré la mauvaise volonté des autorités fédérales, l'Église catholique, la vraie mère des âmes, a fait ce qu’elle a pu pour adoucir, en la sanctifiant, l’agonie des Indiens. Les anciennes missions des Jésuites avaient disparu, par suite de la suppression de la Compagnie et des malheurs des temps.

Elles ont été vaillamment reprises au cours de ce siècle, et les nouveaux Jésuites se sont inontrés dignes de leurs aînés. Un d’eux, le R. P. de Smet, dont le nomest resté populaire aux Montagnes-Rocheuses et dans toute l'étendue de la République, a consacré sa longue vie au service des Indiens. Commencé en 1830, son apostolat se continua jusqu’à sa mort, arrivée en 1873. Ilsefit, par dévouement, le compagnon inséparable des sauvages, les suivit, avec des fatigues inouïes, dans leurs campements et leurs longues excursions à travers les solitudes du Far-West, soigna leurs malades,’ instruisit leurs enfants, les domina par l’ascendant de sa vertu

ieuses qui pullulent aux Etats-

reprises, en 1851, en 1858 et en 1868, le gouvernement fédéral dut reco: r à son influence pour pacifier les tribus révoltées.

Cinq ans avant sa mort, ce vieillard désarmé obtint par la persuasion ce que les soldats n'avaient pu arracher par les armes. Au péril de sa vie, il osa se présenter, seul et sans armes, au milieu des Indiens exaspérés, pour obtenir la soumission du célèbre Sitting-Bull, qui, depuis plusieurs mois, désolait la contrée à la tête d’une troupe de cinq cents cavaliers, Le gouvernement fédéral reconnut publiquement ses services, et les généraux témoignèrent hautement qu'on lui devait la pacification du pays, ce qu'ils attestèrent dans une lettre qu’on conserve à Saint. Louis, aux archives de ja Compagnie : € Nous » voulons vous témoigner notre estime pour les » services que vous nous avez rendus, ainsi qu'à

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et ouvrit leurs yeux aux clartés de la foi. À trois |

» tout ce pays. Sans votre long et pénible |

> voyage au cœur même du territoire ennemi, » sans votre influence sur les tribus les plus > sauvages, nous n'aurions jamais pu atteindre » les résultats que nous avons obtenus. »

On,compte encore environ 300.000 sauvages aux États-Uris : 50.000 habitent au Nord, dans l'Alaska ; près de 200 000 sont groupés au pied des Montagnes-Rocheuses, dans les plaines infertiles et sans eau de l'Orégon, de la Névada et de l'Utah ; une autre portion, environ 70.000, qui résidaient dans les États du centre, ont été parqués par le gouvernement fédéral dans le Territoire indien, vaste réserve qui a environ 200 lieues de longueur sur 100 lieues de largeur. Là sont groupés, au nombre d'une trentaine, les débris de toutes les tribus qui parcouraient autrefois le pays, de l'Atlantique aux Montagnes- Rocheuses : Apaches, Cherokees, Cheyennes, Comanches, Natchez, Osages, Séminoles, etc, etc. On estime à près de 50.000 le nombre des Indiens catholiques sur tout le territoire de l'Union.

Et maintenant, pour nous rendre compte de l’effroyable dépopulation de cette race infortunée, consultons les anciennes statistiques. En 1836, un recensement très exact, fait par ordre des autorités fédérales, avait porté à 4.346.803 le chiffre des Indiens vivant dans les territoires du centre. Ceux du Texas, du Nouveau-Mexique, de la Californie, et, À plus forte raison, de l'Alaska, ne sont pas compris dans ce recensement, puisque ces pays ne faisaient pas encore partie de l’Union. En tenant compte des nombreux massacres qui s'étaient déjà produits depuis 1800, on peut affirmer, sur ces données, que le chifire de la population sauvage dépassait certainement dit millions au commencement de ce siècle. Aujourd’hui, il n’en reste que érois cent mille ! On voit par ces chiffres l'étendue de la catastrophe ; littéralement c’est l'extermination en masse d’un peuple,

IT. Parlons maintenant des Elancs, et d’abord des anciens colons :

Au point de vue de la colonisation et de l’occupation du pays par les blancs, le territoire des

tats-Unis doit se partager en trois zones : le long des côtes de l'Atlantique, la colonie de la Nouvelle Angleterre, peuplée au XVIe et au XvII* siècle par les protestants anglais ; elle comprenait les treize États actuels de l'Est : Boston, New-York, New-Jersey, le Maine, la Pensylvanie, le Delaware, le Maryland, le Kentucky, l'Ohio, le Tennessée, la Virginie, les Carolines, la Georgie et la majeure partie de l’Alabama. Les Anglais et les Hollandais furent les premiers qui s'établirent dans ces riches contrées : mais les Hollandais ne firent que passer, et, jusqu'à l'émancipation, tout ce territoire demeura le patrimoine de la Grande-Bretagne, sous le nom de Nouvelle-Angieterre.

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avaient reconnu le cours du Missouri, descendu le Mississipi, et leur domination, plus ou moins reconnue des Indiens, s'étendait sur tous les territoires du centre, qui forment aujourd’hui les Etats de l’Indiana, de l'Illinois, du Michigan, du Missouri, du Mississipi, de la Louisiane et d’une partie de l'Alabama. L'inflience catholique et française rayonnait librement dans ces vastes territoires, que de nombreuses Robes-noires parcouraient en tous sens, pour initier les Indiens à la civilisation et à la vraie foi, On sait comment une détestable politique coloniale et les longues guerres de la Révolution nous firent perdre, au dernier siècle, ces belles colonies qui devinrent la proie, longtemps convoitée, de l’Anglo- Saxon.

Enfin les Espagnols s'étaient établis, au sud et à l’ouest, dans la Floride, le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie. Là encore régnait sans partage l'influence catholique, Malheureusement, il semble prouvé qu’au point de vue de l'évangélisation, ces colonies espagnoles étaient fort en retard. La plupart des tribus sauvages étaient demeurées païennes, faute d’apôtres, et les Séminoles, les Comanches, les Apaches faisaient par leur férocité la désolation et laterreur des rares colons espagnols fixés dans le pays,

Ainsi, au début, nous trouvons trois grandes races de colons établis sur le territoire actuel des Etats-Unis : les Anglais, à l’est, les Français, au centre, les Espagnols, au sud et à l’ouest ; mais les forces étaient bien loin d'être égales, et l'élément znglo saxon n'allait pas tarder à englober et à faire disparaître les deux autres.

Les premiers colons de la Nouvelle-Angleterre furent des puritains anglais repoussés de leur patrie par l'intolérance de l'Église officielle, Ils s'établirent d’abord en commun dans les territoires qui forment aujourd’hui les États de l’est ; mais lelibre examen ne tarda pas à produire parmi eux ses fruits ordinaires, et ils furent bientôt forcés de se séparer et de former des colonies” distinctes, dans lesquelles chacun fut libre d’honorer DIEU à sa manière, Divisés sur tous les points, ils ne s'accordèrent que sur un seul : l’exclusion absolue des catholiques.

Ainsi les États-Unis, qui sont aujourd’hui la terre classique de la liberté religieuse, commencerent par mettre en pratique la persécution et l'exclusivisme le plus étroit, On se ferait aujourd'hui difficilement l’idée du bigotisme haineux des Pères pèlerins, comme ils s’appelaient,

Ces odieux sectaires ruinèrent sans pitié toutes les missions catholiques déjà établies au milieu des sauvages, massacrèrent à l'autel le P. Rasle, ct mirent à prix la tête des Jésuites, pour lesquels on donnait la même prime que pour la tête d'un loup.

À l'exception des Quakers de la Pensylvanie, qui, persécutés eux-mêmes par le fanatisme puritain, ouvrirent généreusement leur territoire À

toutes les dénominations religieuses, il était rigoureusen.ent interdit aux catholiques de se fixer sur aucun point de la Nouvelle-Angleterre. En 1630, un noble catholique irlandais, Lord Baltimore, avait obtenu de Charles Ier la permission de s'établir, avec ses coreligionnaires, sur une partie des côtes de la Nouvelle-Angleterre ; il y fonda la colonie du Maryland (ja terre de Marie). Les catholiques, plus larges que les protestants, avaient généreusement ouvert leur territoire à toutes les dénominations religieuses, Is en furent très mal récompensés, comme d’habitude, Au bout de vingt-cinq ans les protestants, ayant pris le dessus, expulsèrent les Jésuites, confisquèrent tous les biens de la communauté catholique, et supprimèrent, autant que possible l'exercice du culte. La législature du Maryland pour dégrader les Irlandais catholiques, poussa l'infamie jusqu'à exiger, par tête d'émigrant, la même taxe que pour l'importation d’un nègre.

Voilà comment les catholiques étaient traités chez eux; et ce sont ces mêmes hommes qui accusent chaque jour l'Église romaine de violence et de tyrannie !

€ On voit assez, écrivait à ce sujet l'évêque de » Charleston (1), les obstacles que les émigrants » catholiques rencontrèrent à leur entrée dans » les colonies anglaises. Avant l’année 1 771, les » catholiques irlandais ne s'étaient guère établis » qu'au Maryland et dans la Pensylvanie ; quel- » ques Allemands catholiques vinrent aussi habi- » ter ce dernier pays. Mais la disette de prêtres » y était si grande, que c'est à peine si l'on en » comptait deux ou trois. Ainsi privés de tout » secours spirituel, séparés de leurs compagnons > d'infortune, devenus étrangers à leurs familles, » perdus, pour ainsi dire, au milieu des sectaires, » habitués à voir la religion outragée et ceux qui » la suivaient maltraités, la plupart cessèrent de » faire profession de leur foi ; ils se laissèrent » entrainer dans les temples protestants, ils pri- > rent des femmes dans les familles protestantes, » et leurs enfants sont aujourd’hui des sectaires.y

Avec l'émancipation s’ouvrit pour les catholiques des États-Unis l'ère de la liberté religieuse, Néanmoins, les résultats de cette grande mesure furent assez lents à se manifester. On manquait également de prêtres et de ressources pour soutenir toutes les œuvres que réclame une Eglise au berceau: construction d'églises et de presbytères, entretien des prêtres, ouverture d'écoles, de collèges, de séminaires, fondations d'œuvres de charité, tout était à faire à la fois ; et les catholiques, si longtemps écrasés sous l'oppression protestante, étaient trop pauvres alors pour commencer et soutenir toutes ces œuvres. Dans cette crise décisive pour l'avenir du catholicisme américain, la France vint généreusement en aide à cette jeune Église, en fournissant, sans compter, des hommes et de l'argent. La plupart des sièges

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