Annal, de la Prop. de la Foi. Année 1858, tom. X, p
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204 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXmMe SIÈCLE.
épiscopaux et un grand nombre de paroisses furent desservis, au début, par des missionnaires venus de France ; d'un autre côté, l'œuvre de la Propagation de la Foi fut l'instrument providentiel dont DIEU se servit pour assurer à l'Eglise des Etats-Unis les ressources nécessaires au développement de ses œuvres. Dès le début, les aumônes de l'Association avaient été partagées par moitié entre les diocèses de l’Union et les missions de l’Extrême-Orient. Pendant de longues années, des allocations qui varièrent de 600.000 francs à plus d’un million, constituèrent la meilleure part du budget de cette Eglise. Elle ferait bien de s'en souvenir, aujourd’hui qu’elle est riche et prospère, pour rendre aux missions catholiques une partie de l'assistance qu'elle en reçut jadis,
À peine émancipée du joug de l'Angleterre, la République Américaine chercha naturellement à s'étendre autour d'elle, et à occuper tout le Continent, Les jeunes Etats ont de ces ambitions qui vont bien à leur âge, et que le succès couronne souvent. Déjà notre influence politique était bien amoindrie, dans les provinces du centre et sur les bords du Mississipi. En 1803, Bonaparte, alors premier consul, tout occupé de ses projets de guerre continentale, se débarrassa de ia Louisiane, en la cédant pour une somme dérisoire aux Etats-Unis. D’un autre côté, en cinquante ans, les colonies espagnoles, la Floride, le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie, abandonnées de la mère-patrie, livrées aux révolutions et aux intrigues des politiciens, furent forcées d'entrer dans l'Union. La grande République avait tout absorbé et dominait désormais d’un océan à l’autre.
Ce changement politique fut loin d'être favorable aux intérêts du catholicisme, Une nuée d’aventuriers, gens de toutes religions, et la plupart sans religion aucune, de ministres richement rentés, de prédicants fanatiques, appartenant à toutes les dénominations, s'abattit sur ces contrées pour en faire leur proie. En quelques années, le Vankee, entreprenant et sans scrupules, eut vite fait de s'emparer du marché et de l'emporter sur l’indolence proverbiale des créoles.
En deux ou trois générations, les Français de la Louisiane, les Espagnols de la Floride et du Texas, se virent complètement américanisés.
Comment le catholicisme aurait-il pu lutter contre l’envahissement ?
La situation religieuse des colonies françaises et espagnoles était lamentable. Dans la Floride, il n’y avait, au moment de l'annexion, qu’un.seul prêtre, et trois ou quatre au Texas, La Louisiane n'était guère mieux pourvue ; ce ne fut qu'en 1815 qu'on put relever le siège de ia Nouvelle- Orléans ; encore, le premier titulaire, Mgr Dubourg, ne put s'établir dans sa ville épiscopale, et fut forcé, jusqu'en 1823, de résider à Saint-
Louis. L'action du protestantisme put donc | 7e
s'exercer sans obstacles, dans ce pays autrefois tout catholique,
Néanmoins, il y avait toujours un antagonisme latent entre le Nord et le Sud. Le Yankee protestant considérait d'un œil jaloux la prospérité des planteurs catholiques du Sud. C’est à cet antagonisme de races, bien plus qu’à la question de l'esclavage, qui ne fut qu'un prétexte, qu'on doit la guerre fratricide de 1860. On connaît les résultats : le Sud, complètement écrasé par le Nord, se vit systématiquement ruiné par son concurrent victorieux ; il fut abandonné, sans défense, aux intrigues des politiciens et à l'oppression d’une majorité de noirs, affranchis sans préparation et investis, contre leurs anciens maîtres, de droits politiques qu'ils étaient parfaitement incapables d'exercer avec intelligence et modération, Ce fut la ruine de tous les grands planteurs du Sud, au détriment de l'influence catholique.
III. Voilà ce qui regarde la situation religieuse des anciens colons, établis depuis longtemps dans le pays. Parlons maintenant de ce flot continu d'émigrants qui, depuis un siècle, n’a cessé de se déverser sur ces immenses territoires, et qui atteint, s’il ne le dépasse, le chiffre formidable de quarante millions.
Au point de vue religieux, le seul qui nous intéresse ici, ces émigrants, dont la moitié, au moins, appartenaient au catholicisme, se rattachent à plusieurs nationalités,
En tête de ces émigrés volontaires, qui ont abandonné leur patrie pour s'en faire une seconde de l’autre côté de l'océan, il faut placer les Irlandais, Pour échapper à l'oppression religieuse et aux famines périodiques, que la mauvaise constitution de la propriété entretient dans la fertile Irlande, chaque année, deux à trois cent mille enfants de la Verte Erin s'arrachent en pleurant aux rivages aimés de leur pays, et vont demander à un autre sol ce pain quotidien, que la haine implacable de l’Anglo-Saxon refuse À leurs labeurs, Mais, sous quelques cieux qu'ils s’exilent, des rivages de l'Australie sux plaines du Nouveau-Monde ils emportent avec eux l’indestructible amour de la patrie irlandaise et de la foi catholique, pour lesquelles ils ont tant souffert.
Comme l'écrivait, en 1850, un évêque américain (1) : € On dirait qu'il a plu à la divine Pro- » vidence de tenir ce peuple filèle sous le pres- » soir, afin qu'il quittât la demeure de ses pères, » et que sa dispersion fût une semence de catho- » liques chez les nations lointaines, »
Ce sont les Irlandais qui, au nombre d'environ quatre millions, forment aux Etats-Unis la majorité de la population catholique. Chaque année, un contingent de cent à cent cinquante mille âmes vient peupler les paroisses du Nouveau-Monde. Groupés en associations, les enfants
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de saint Patrice savent se souvenir et se faire respecter des protestants américains ; ils pourvoient, avec une générosité qui ne se lasse jamais, à tous les besoins du culte et à l'entretien de leurs évêques et de leurs prêtres. Plus d'un grand Etat catholique pourrait envier pour son clergé 1-5 largesses royales que « ce peuple de mendiants », comme l'appelle avec dédain l’Anglais,fait chaque année pour soutenir l'éclat du culte et les œuvres de l'apostolat.
À côté de l'émigration irlandaise, la race fran-
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çaise ne formerait, aux Etats-Unis, qu'un appoint insignifiant, si, depuis une trentaine d'années, les Franco-Canadiens, à l'étroit désormais chez eux, n'avaient débordé dans les Etats voisins, en y apportant un contingent de sepf à huit cent mille âmes.
Il faut dire un mot de cefte émigration francocanadienne aux Etats-Unis, parce qu'elle s'y présente avec des caractères particuliers.
Pendant que toutes les autres races, sans excepter les Irlandais, s'américanisent prompte-
ÉTATS-UNIS. — MISSION DE LA CONCEPTION ; d’après un croquis de M. Domenec, premier missionnaire du Texas.
ment et se fondent, au bout d'une ou deux générations, dans la grande République Américaine, les Français du Canada, émigrés aux Etats-Unis, entendent bien y garder leur langue, leurs mœurs êt leur nationalité, comme ils l’ont fait au Canada, sous la main peu douce, cependant, des Anglais. Ils re veulent pas entendre parler de se laisser absorber peu à peu, comme il est arrivé aux ancicns colons français de la Louisiane ; et, malgré les contradictions acharnées qu'une pareille prétention suscite chez tous les Américains, catholiques aussi bien que protestants, ils espèren échapper à l'absorption, ct rester Français aux
Etats-Unis, Si leur espoir se réalise, ce sera encore la reugion qui, là comme au Canada, aura été la sauvegarde de la nationalité.
Il faut reconnaître que la race française, bien qu'éminemment sociable, s'est toujours prêtée assez mal à l'assimilation avec les autres peuples. Partout où il s'établit, le Français aime à rester lui-même, Français d'allures et de caractère avec ses qualités nationales et aussi ses défauts : gai, insouciant, spirituel, causeur, mais dans sa propre langue, car il se montre absolument rebelle à
| apprendre et à parler une langue étrangère ; un
peu léger, un peu glorieux, prompt à s'enflam-
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mer, mais sans rancunes, extrêmement chauvin à l'étranger, et trouvant généralement, à tort ou à raison, que, chez les autres peuples, rien ne vaut la France. Tel est, très particulièrement, le ty du Franco-Canadien émigré aux Etats-Unis.
Avec ce caractère, l’'émigrant doit rencontrer
sur sa route bien des déboires et bien des diff. cultés, Les premiers qui passèrent du Canada aux États-Unis en firent la douloureuse expérience : isolés, au début, au milieu de populations dont ils n’entendaient pas la langue, dont le caractère froid et formaliste répugnait absolument à la vivacité du leur, les premiers émigrants se laissèrent aller très vite au découragement, et nulle part ils ne se sentirent chez eux, pas même à l'église, où l'on préchait en anglais ; la raideur administrative du clergé américain contrastait absolument avec la bonhomie et la rondeur de leur ancien curé canadien. Aussi, en dix ans, la moitié s'était déjà éloignée des pratiques religieuses. Ils allaient perdre, du même coup, leur nationalité et leur foi, si l'évêque de Burlington, un Breton, Mgr de Goesbriand, mieux capable que personne d'apprécier les besoins religieux de ses compatriotes, n'avait fait retentir un cri d'alarme (1): € Si onne vole au secours de ces émigrés, ils vont perdre leur foi et déshonorer leur nation. Les Canadiens ont besoin de missionnaires de leur nation ; ils ont besoin d'églises séparées, DIEW, dans sa Providence, veut que les nations soient évangélisées, au moins généralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes et leurs dispositions, »
Ce cri d'alarme fut entendu : les évêques des États-Unis, particulièrement ceux des Etats de l'Est, dans lesquels les Canadiens sont plus groupés qu'ailleurs, s'élevèrent généreusement audessus des préjugés de races et de nationalités, pour ne voir que le bien des âmes, et la plupart secondèrent de tout leur pouvoir la fondation, dans leur diocèse, de paroisses séparées pour les Canadiens français.
De leur côté, les émigrants ne s'épargnèrent pas. En vingt ans ils ont construit, dans les Etats de l'Est, cent vingt églises paroissiales, desservies par cent cinguante prêtres canadiens, qu'ils entretiennent à leurs frais. Quelques-unes de ces églises ont coûté soixante à cent mille piastres (500.000 francs). De pauvres ouvriers, chargés de nombreuses familles, ont su ainsi prélever sur leur salaire de quoi loger dignement le bon DIEU et son prêtre.
Et à côté de l'église et du presbytère, l’école catholique est tenue le plus souvent par des religieuses venues du Canada. Sur les cent vingt paroisses dont je viens de parler, cinquante ont leur couvent-école, la plupart d’une valeur de quinse à vingt mille piastres : et là où l'on n’a pu encore construire le couvent, partout au