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MISSIONS DES INDIENS

ANS l'Amérique du Sud, la plus grande

partie du pays est catholique, grâce au zèle des religieux espagnols, qui, dès les premiers jours de la conquête, s’élancèrent sur les traces des aventuriers chercheurs d'or, non pour leur disputer leurs richesses, mais Pour arracher les malheureux Indiens, leurs victimes, aux horreurs de l'esclavage, en même temps qu'aux ténèbres de l'idolâtrie. Néanmoins, dans l’intérieur du vaste continent, il y a encore bien des sauvages à atteindre et à convertir, Au sud, en dehors des pays déjà colonisés par l'Espagne et le Portugal, s'étendent, jusqu’à l'extrémité de la Péninsule, les plaines sans fin de Ja Plata et de la Patagonie, Un demi-siècle auparavant, grâce aux travaux de la Compagnie de Jésus, l'évangélisation de ces peuplades sauvages faisait d'immenses progrès chaque année, Les célèbres Réductions du Para- Suay ont fait l'admiration des Protestants, et Voltaire, après les avoir violemment attaquées, leur a rendu justice dans une heure de bonne foi, où il s'est oublié jusqu'à dire que cette œuvre était €le triomphe de l'humanité. »

Mais, un jour, Ja jalousie de Leurs Majestés très catholiques et très fidèles les rois d'Espagne et de Portugal, vint détruire, d'un trait de plume, cette œuvre incomparable, disperser les pasteurs, renvoyer dans leurs forêts les sauvages déjà convertis et civilisés, De peur qu'on ne soit tenté de

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m'accuser d’exagération, je n’apporterai ici que des témoignages d'auteurs protestants etennemis | des Jésuites.

Southey, auteur d'un Voyage dans l'Amérique | du Sud, écrivain très hostile au catholicisme, et par conséquent aux Jésuites, s'exprime ainsi : Après avoir fait un tableau saisissant de ces hordes de sauvages, errant, avant leur conversion, dans un état de nudité complète, et se repaissant même de chair humaine, il ajoute ("): € A la fin » du xvir siècle, les Indiens de ces Réductions » formaient un peuple brave, industrieux, rela- » tivement policé. Un progrès considérable avait » été réalisé dans les arts utiles et dans les arts » d'ornementation. Outre des charpentiers, des > maçons et des forgerons, ils avaient des tour- » neurs, des sculpteurs, des peintres et des do- » reurs, Ils étaient assez versés dans la méca- » nique pour établir des moulins à manège, dans » l’hydraulique pour élever l'eau, afin d’arroser

» les terres et d'alimenter les citernes publiques. » Dans chaque Réduction, la lecture, l'écriture, » l’arithmétique, étaient des connaissances uni- » verselles ; en outre, il y avait des Indiens en » état de lire l'espagnol et le latin, aussi bien » que leur propre langue. » -

En bon protestant, l’auteur s'en tient à constater le progrès matériel, mais on comprend que ce passage de l’anthropophagie à la vie civilisée n'a pu se faire sans amener un grand perfectionnement moral. Dans un rapport officiel au roi d'Espagne, l’évêque de Buenos-Ayres, assez peu favorable d’ailleurs aux Jésuites, écrivait en 1721: € L’innocence des Indiens est si grande, que je » ne crois pas qu'il se commette un seul péché » mortel, dans ces Réductions, pendant le cours » d’une année, }

Ce témoignage du prélat catholique, qui paraitra sans doute empreint d’exagération au lecteur, est confirmé au fond par notre auteur protestant, lequel s'évertue à chercher de mauvaises raisons pour expliquer une pareille transformation morale: Ç Peu de vices, écrit-il sérieusement, pou- » vaient exister dans de telles communautés ; » l’avarice et l'ambition en étaient exclues ; il y » avait peu de place pour l'envie, peu de motifs > capables d’exciter la haine et la méchanceté. } L'auteur oublie ici que la nature humaine se retrouve partout avec ses faiblesses et ses misères. { L’ivrognerie, continue-t-il, était prévenue » efficacement par la prohibition des liqueurs » fermentées ; la pureté des mœurs résultait de » l'esprit de monachisme, car celui qui n'avait » en quoi que ce soit péché contre les lois de la » modestie, était seul jugé digne d'être compté » au nombre des serviteurs de la Reine des » Vierges. Au fond le systèrne idolâtre des Jcsuites, uni aux précautions les plus sévères de » l'esprit monastique, faisait toute la vertu des Indiens (2), »

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