ABD-EL-KADER
secours religieux. On vit même des Français, croyant faire plaisir à l'administration, renier publiquement leur baptême et embrasser l'islamisme, Ils y gagnèrent le mépris public et l’aversion des musulmans eux-mêmes,assez intelligents pour comprendre que ces renégats n'étaient pas meilleurs mahométans que chrétiens. L'Arabe, chez qui le sentiment religieux est profondément
| QuVCiOppé, Cornme chez tous Îles Orientaux,
résumait en ces termes méprisants son impres-
266 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
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sion sur nos compatriotes : € Les Français sont des chiens, puisqr.ils ne prient jamais Ga} » Voilà tout ce que nous avions gagné dans leur estime en affectant l'irréligion.
Enfin on se décida, au ministère, à garder l'Aigérie et à y faire venir des colons. Dès lors, il devenait indispensable d'y organiser le culte catholique, Le roi signa, au mois d'août 1838, une ordonnance appelant au siège restauré de Julia Cæsarea (Alger) Mgr Dupuch, de sainte et douloureuse mémoire. Tout était à créer : mais le nouvel évêque d'Alger était une de ces âmes anostoliques qui ne savent compter ni avec les difficultés, ni avec leurs propres sacrifices. Enfant, la Sœur Rosalie, qui l'avait à peu près élevé, disait de lui en souriant : € Si jamais il devient évêque, il vendra sa crosse et sa mitre. » Evêque, il ne fit pas mentir l'horoscope : sn arrivant dans son diocèse, il avait trouvé, comme personnel, trois prêtres, et comme œuvres, néant ; un an après, il y avait déjà dans la colonie 25 prêtres, 8 églises, 7 chapelles, un séminaire, 8 écoles catholiques, 2 orphelinats et un hôpital indigène sous la direction des Sœurs de Saint-Vincent-de- Paul.Le chiffre total des catholiques, en dehors de
l’armée d'occupation, s'élevait déjà à 20.000 âmes. | A côté du clergé paroissial, les Ordres reli-
gieux vinrent prendre leur place sur le sol de l'Algérie. En 1842, sur les instantes démarches de M. de Corcelles, les Trappistes s'établirent à Staouëli, sur l'emplacement même du champ de bataille qui nous avait livré le pays, pour montrer aux colons le parti qu’on pouvait tirer de ce sol si riche. Après les difficultés inséparables d'un premier début, après avoir enseveli vingt de ses frères emportés par les fièvres et les travaux excessifs de la fondation, dom François-Régis, un des grands bienfaiteurs de la colonie, eut la joie de voir son abbaye de Staouëli devenir le premier établissement agricole de l'Algérie, et les Arabes, qu'on dépeignait comme si hostiles à l'influence chrétienne, se presser aux portes du monastère, pour contempler ces colons si peu semblables aux autres Européens,
Cependant le gouvernement, fidèle à ses idées fausses en matière religieuse, avait interdit rigoureusement au clergé tout essai de prosélytisme auprès des disciples de Mahomet. Sous ce rapport, l'apostolat des missionnaires n'était pas plus libre que sous les anciens Deys d'Alger ; il était beaucoup plus gêné qu'aux Indes ou en Chine, où rien n'empêche le prêtre catholique d'annoncer, au péril de sa vie, l'Evangile aux âmes de bonne volonté, L'administration française poussait si loin le scrupule à cet égard, qu'elle donna l'ordre d'enlever des salles de l'hôpital indigène le crucifix, € dont la vue, disait-elle, aurait pu froisser la conscience délicate des Arabes. » Les Sœurs ayant refusé d'obéir à cette injonction, un blâme officiel fut adressé par le Ministère à Mgr Dupuch, pour