Propos rapporté par le maréchal Bugeaud
n'avoir pas su réprimer 4 le fanatisme intolérant des Sœurs. »
Néanmoins, sur la demande de l'évêque, le gouvernement consentit, en 1840, à lui livrer une mosquée abandonnée, pour en faire sa cathédrale. Heureux de constater ge pan du catholicisme sur l'Islam, le pieux prélat fit graver, en lettres d'or, sur les murs la belle sentence de l'Apôtre : Christus hori, hodie et in sæcula (1). An lieu de s’irriter de cette prise de possession du catholicisme, comme l'avaient prédit des esprits mal disposés, le Grand Muphti dit au général d’Erlon, alors gouverneur : € En changeant de culte, > notre mosquée ne changera pas de maître, car » le Dieu des chrétiens est aussi le nôtre. »
La vérité sur les dispositions des Arabes, c'est qu’ils étaient impressionnés et satisfaits de cette manifestation inaccoutumée d'un sentiment chrétien chez leurs vainqueurs. Ces musulmans, qui ne cachaient pas leur mépris pour les Français incrédules ou fanfarons d’impiété, entourèrent iamédiatement d'estime et de respect les hommes de la prière, les warabouts chrétiens, comme ils les appelaient, Quant aux Sœurs de Charité, qui les soignaient dans leurs maladies, qui pansaient leurs plaies hideuses et les soulageaient dans leurs misères, ils avaient pour elles un véritable culte. Rien dans l'Islam ne les avait préparés au spectacle de la charité et du dévouement catholiques.
En 1840, Abd-el-Kader avait envahi à l'improviste la plaine de la Métidja et enlevé, aux portes d'Al zer, des colons et des officiers français. N:turellement il refusait de les rendre au gouvernement avec qui il était en guerre. L'évêque d'Alger, confiant dans l’ascendant moral que lui donnait aux yeux de l’émir son caractère sacré, se chargea de cette difficile négociation, Après s'être abouchié directement avec Abd-el-Kader, il en obtint ia délivrance des captifs, contre un nombre égal de prisonniers arabes, Ce résultat, que n’eussent pu obtenir, sans effusion de sang, tous les efforts de l'administration, monuait bien l'estime que l’émir professait pour le grand marabout des chrétiens.
€ Je sais, disait-il une autre fois à M. Suchet, » grand vicaire d'Alger, je sais tout cz: que » l'évêque a fait pour l'Algérie depuis qu'il est » ici, et j'ai une grande vénération pour sa > personne, }
Ce qui n'empêchait pas le lieutenant Pellissier d'écrire :
€ Depuis l’évêque et le procureur général, » jusqu’au sacristain et au garde champêtre, on » pourrait, à la rigueur, se passer de tout en » Algérie, Il n’y a que l’armée dont on ne peut > pas se passer (2). »
1, Le CHRisr était hier, il est aujourd’hui, il sera demain et dans les siècles des siècles.
2. Pellissier, Za Colonisation en Algérie, — Ne pas confondre avec le général Pélissier, qui s'est toujours montré en Aloérie très bien disposé à l'égard de l'Eglise et de ses œuvres,
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Heureusement tout le monde n'était pas de son avis,
€ Si la France s'est consolidée dans l'Afrique » du nord, écrivait, en 1856, un ministre pro- » testant, c'est surtout à l'influence morale du » clergé catñolique qu'elle le doit (1). »
Le premier évêque d'Al: # itra bien des déboires, dans ce mauvai: t de l’administration. Mal secondé ; : ‘istère, dont les bureaux lui étaient hosi |: +‘ auraient vu avec plaisir un échec, empor: zèle qui ne sut pas assez compter, ei p besoins d’une situation où tout était à fa... À la fois ; obligé d'ouvrir, dans chaque locali ‘ qui se formait, des chapelles, de, ‘bytères, des écoles, il contracta «| lourdes dettes, qu'il se vit bientôt dans l'impuissance d’acquitter. Sans l'intervention bieñveillante du prince Napoléon, devenu, en 1848, président de la République, le premier évêque d'Alger serait mort insolvable et prisonnier pour dettes. Selon la prophétie de la bonne Sœur Rosalie, il avait vendu crosse et mitre ; il avait fait plus, aux yeux des indifférents et des ennemis :
il avait compromis son honneur épiscopal. Mais, en quittant l'Algérie au bout de dix ans d’apostolat, il laissait derrière lui 91 prêtres, 140 religieuses de différents Ordres, 60 églises ou chapelles paroissiales, et une magnifique floraison d'œuvres, écoles, séminaires, hôpitaux, nrphelinats, qui l’absolvent du péché d'imprudence.
Ses deux successeurs à Alger, Mgr Pavy et Mgr Lavigerie, se heurtèrent aux mêmes difficultés et au même parti-pris d’exclure l'infiuence chrétienne. En 1853, M. Girard, Lazariste, supérieur du grand séminaire d'Alger, avait recueilli dans les rues quelques pauvres enfants abandonnés, et ouvert, avec l'autorisation de Mgr Pavy, un catéchuménat pour les instruire dans la foi. Il fut dénoncé à Paris, et le Ministère envoya l'ordre de l’expulser immédiatement, 11 fallut l'intervention bienveillante du général Pélissier, alors gouverneur, pour lui permettre de rester à Alger, mais à la condition de s'abstenir de tout prosélytisme.
Si l’administration française se refusait obstinément à laisser instruire les Arabes dans la foi de la France, en revanche, elle ne faisait pas de difficulté d'ouvrir pour eux des écoles musulmanes, pour les entretenir dans la foi de l'Islam. D'après un rapport officiel publié en 1864, le gouvernement français entretenait en Algérie, à cette époque, trois wedarsas, ou séminaires musulmans,avec cent trente-neuf élèves en théologie,