‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 247 sur 404 · Rév, Blakerley, Quatre mois en Algérie · texte numérisé non relu

Rév, Blakerley, Quatre mois en Algérie

un grand collège islamite-fränçais, des écoles franco-musulmanes dans les villes, sans compter les nombreuses écoles de tribus dirigées par les talebs et subventionnées par la France, pour enseigner aux jeunes Arabes la lecture, l'écriture, le calcul et le... Coran. Le tout sous la surveillance des Bureaux Arabes et de nos officiers, transformés pour la circonstance en docteurs et théologiens musulmans,

Chaque année, le gouvernement poussait la générosité jusqu'à fréter à ses frais un navire, pour transporter à la Mecque des cer aines de pèlerins, qui rapportaient de la ville sainte la

MGR Pavyy

haine de la France et l'horreur du nom chrétien. Et on a vu, en 1870, un officier supérieur, le général Desvaux, monter, à Tuggurt, dans la chaire d’une mosquée, pour faire publiquement l'éloge de l'Islam, et pour exhorter les Arabes à rendre grâce au Prophète pour les bienfaits sans nombre que la France accordait aux vrais croyants. Combien de faits du même genre on pourrait citer |

| l'administration se propose, qui est de nous rallier

ER

268 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

€ Il ne faut pas croire, écrivait, sous l'Empire, » un de nos meilleurs publicistes, que noustirions > un grand parti de notre tolérance, Les Arabes » nous dédaignent un peu plus, et ne nous détes- » tent pas moins. }

C'est assez naturel : on entretient, on soudoie tout ce qui puut nourir leur fanatisme, puis l’on s'étonne des insurrections continuelles qui désolent la culonie. C'est vraiment montrer trop de naïveté.

Un voyageur irançais écrivait de Constantine, en 1864 (1) :

€ Le peuple arabe n'est pas plus avancé en civilisation qu'il l'é‘ait au premier jour de la conquête ; il n’est pas plus aujourd’hui qu'alors l'ami de la France ; il l'est peut-être moins, Je ne demande pas qu’on persévute les Arabes, loin de là ! Mais pourquoi favoriser officiellement une religion absurde, incohérenite, immorale ? Pcurquoi lui construire, à grands frais, des minarets et de superbes mosquées ? Pourquoi rétribuer leur fa/eës et leurs warabouts, qui se croient obligés en conscience, d'après le Coran, de prêcher la guerre sainte et d'entretenir la haine de leurs coreligionnaires contre nous ? Laissez-les libres, rien de mieux ; mais ne favorisez pas leur fanatisme. Serait-ce même faire une mauvaise action que de chercher à les éclairer doucr nent ? Après tout, si » vous voulez ‘aire des Arabes un peuple dévoué » à la France, tâchez d’en faire un peuple chré- » tien ; et pour cela, laissez agir librement le » missionnaire catholique. Tout est 1à, croyez-le » bien. Vous ne parviendrez pas à en faire des » incrédules ou des impies. [1 faut à l’'Arabe une » religion, et puisque la sienne est une mons- » truosité, pourquoi ne pas lui enseigner la » nôtre, qui est si belle, et la seule vraie? »

Ainsi raisonnent tous les écrivains laïques dont l'irréligion et le parti-pris administratif n’ont pas irrévocablement faussé le jugement.

Cependant, en 1866, vu l'accroissement considérable de la population européenne, le gouvernement impérial se décida d'assez bonne grâce à demander à Rome l'érection de deux nouveaux sièges épiscopaux. La province ecclésiastique d'Alger se trouva donc ainsi constituée : Archevêché d'Alger et deux évêchés suffragants à Oran et à Constantine,

Page 1