‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 250 sur 404 · ES · texte numérisé non relu

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refusé de l’accepter comme loi civile, Leur code national est le droit romain, et porte un nom significatif, e/ Kanoun, le canon, mot d'origine évidemment cirétienne. Chez eux, l’organisation munic'pale, la constitution de la propriété sont réglées sur le droit romain. Il en est de même de la famille : pendant que tous les peuples musulmans, de la Chine au centre de l'Afrique, ont embrassé la polygamie et réduit la femme en esclavage, seul, le Berbère a conservé la monogamie chrétienne ; il n’a qu'une épouse, et cette compagne unique est son égale au foyer domestique, elle jouit de tous ses droits civils, elle n’est pas forcée de se voiler le visage et de s’enfermer dans un harem, elle est traitée, dans les tribus, avec un respect et des égards chevaleresques. Evidemment, il y a là un souvenir des traditions et des enseignements du christianisme.

Voici quelque chose de plus significatif encore : on sait l’horreur que tous les vrais croyants ont pour la croix, qu'ils regardent comme un signe de honte et de malédiction. Dans toutes les tribus berbères, au contraire, la croix est en honneur. Les hommes la portent tatouée sur le front et sur la main, et ils se rendent parfaitement compte de sa signification.

Voici une conversation, à ce sujet, entre un prefesseur du grand séminaire d'Alger et un Kabile :

€ — Que portes-tu inscrit sur le front et sur la main ?

€ — C'est le signe de l’ancienne voie,

€ — De quelle voie veux-tu parler ?

€ — De celle que suivaient nos pères.

€ — Pourquoi l’as-tu gravé sur ton front :

€ — Parce que c'est un signe de bonheur.

€ — Pourquoi ne suis-tu pas la voie de tes pères, puisque c’est la voie du bonheur ?

€ — Moi, non, je suis né musulman, et je » mourrai musulman ; mais mes fils mourront » chrétiens, et mes petits-fils naîtront chrétiens, »

On voit que ces populations ont gardé un souvenir très vif de leur origine chrétienne, et qu'il serait facile de les ramener doucement dans la voie de leurs ancêtres. Si une administration faussement libérale et jalouse à l'excès de ses droits, n'avait, pendant plus d’un demi-siècle, forcé l'Eglise à se tenir à l'écart de ces enfants égarés, il est probable qu'à cette heure, le rapprochernent serait bien près d’être fait. Et ce serait un résultat très appréciable et nullement à dédaigner au point de vue des intérêts français, car les tribus Kabyles de l'Atlas ont été les plus difficiles à soumettre, et rien ne dit que, dans un jour de crise nationale, elles n’essaieront pas encore de se révolter.

Puisque vos concessions religieuses et vos armes n'ont pas réussi, en cinquante ans, à vous rallier ces populations, laissez à son tour agir le prêtre catholique, laissez-le instruire les enfants, soigner les infirmes, secourir la misère des pauvres, Cet apostoiat de ja charité fera peut-être |

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE,

plus pour la pacification du pays que la force du sabre et tous vos règlements administratifs.

La population de l'Algérie, au t-c:nsement de de 1886, était de 3.310.412 âmes. Elle se répartissait ainsi :

233.937 Français, 114.320 Espagnols, 33.693 Italiens, 15.402 Anglais (Malte), 4.200 Allemands, 23.328 de nationalités diverses ; soit 424 880 Colons européens.

2.850.866 Musulmans, 35-665 Juifs naturalisés ; soit 2.886.531 Indigènes.

Sous le rapport religieux, les recensements diocésains de 1890 donnent un total de 450.567 catholiques.

Sur ces 450.000 cathc'iques, il y a malheureusement un bon nombre de libres-penseurs et de révolutionnaires, Comme dans toutes les colonies de formation récente, la population algérienne se recrute un peu au hasard et sans beaucoup de choix. Il est certain néanmoins qu’il y a dans la colonie bien des éléments encore chrétiens. Environ 500 prètres, 10 congrégations religieuses d'hommes, 23 congrégations de Sœurs hospitalières ou enseignantes, des œuvres qui prospèrent, permettront de développer de jour en jour tous les germes de bien que renferme à cette heure notre grande colonie africaine.

Statistique comparée de la province d'Alger.

En 1800, o évêque, ? prêtres, ? églises ou chapelles, ? écoles, environ 4.000 catholiques.

En 1890, 1 archevêque, 2 évêques, 407 prêtres, 308 églises ou chapelles, 220 écoles, 450.567 catholiques.

Voilà les résultats merveilleux d’un apostolat de cinquante années, contrarié sans cesse par la mauvaise volonté de l'administration.

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