‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 252 sur 404 · CARTHAGE, — VILLAGE SUR LES RUINES DE CARTHAGE · texte numérisé non relu

CARTHAGE, — VILLAGE SUR LES RUINES DE CARTHAGE

D'après une photographie envoyée par S. Ém, le Cardinal Lavigerie,

mais il craint la vengeance des autres princes musulmans, et demande la protection du puissant sultan des Francs, le roi sant Louis, dont la première croisade av:it porié le nom sur tous les rivages de la Méuiterrarée,

À cette nouvelle, qui c :chait probablement un piège, le saint oi quitta tout: € Ah ! s'écria-t-il, si je pouvais vair que je fusse jamais le compère et parrain d'un si sentil et si illustre filleul !» Au mois de juillet 1240, ti débarque avec son armée sur la côte ‘le Carthage. Le reste est connu des lecteurs : le roi de Tunis manque à sa promesse, la peste se met 2u camp Css croisés, et, le 25 août, le héros chrétien e:-pire couché sur la cendre.

Mais l'expédition e.. 1n résultat sérieux : avant |

de s'embarque- pour revenir en France, Philippe

le Hardi, fils et successeur de saint Louis, conclut avec le roi de Tunis un traité qui :.ssurait la liberté de l’apostolat (1), Voici l'article troisième de ce traité :

€ Il sera libre aux moines et : ::::0: chrétiens » de s'établir dans les États du Commandeur » des croyants. On leur accordera un lieu où ils » pourront bâtir des maisons, élever des chapelles > et enterrer les morts. Il leur sera j:::inis de prê- >» cher dans j'nvirieur des églises, de réciter à ÿ haute voix leurs prières, en un mot, de servir » DIEU conformément à leurs rites, et de faire » généralement tout ce au’ils faisaient dans leur » Days.)

#. Lori:

nationale,

e ce traité se conserve encore à la Bibliothèque

La mission de Tunis était fondée, et fondée par la France. Elle devait durer sans interruption jusqu’à nos jours. Grâce au dévouement apostolique des trois grands Ordres de Saint-Dominique, de Saint-François et de Notre-Dame de la Merci, jamais le flambeau de la foi ne s'éteignit complètement sur ces plages inhospitalières.

En 1450, saint Laurent Compani, vingt-septième général des PP. de la Merci, étant venu à Tunis pour travailler au rachat des esclaves chrétiens, fut fait prisonnier avec son compagnon et demeura quatorze ans dans les fers, Ses vertus et ses miracles convertirent le roi de Tunis, qui embrassa la foi chrétiennne avec toute sa famille. Mais un exemple parti de si haut demeura sans effet sur le cœur endurci de ses sujets musulmans.

Au moins, s'ils ne purent réussir à convertir les infidèles, les missionnaires eurent la consolation de soulager les souffrances de leurs frères chrétiens captifs, Ce n'était pas une œuvre sans importance ; à certaines époques, on comptait en Tunisie jusqu'à 200.000 esclaves chrétiens : la moyenne ordinaire variait de 10.000 à 20.000.

On n’a pas l’idée aujourd’hui des souffrances qu'enduraient, dans les Etats barbaresques, les chrétiens captifs. Voici le tableau qu’en trace un historien moderne (1) :

« Les prisonniers se divisaient en deux classes : » la première comprenait le capitaine et les offi- » cirrs du bâtiment capturé, avec leurs femmes » ec leurs enfants. Cette première classe était » soumise à un travail moins dur que celui des » simples matelots, qu'on vendait au plus offrant. » Les enfants étaicnt presque tous envoyés au » palais du Dey, ou dans les maisons des pre- » mières familles ; les femmes servaient les » dames maures, ou entraient dans des harems. » Mais les plus malheureux étaient ceux qu'on > employait aux travaux publics. Ils étaient > nourris de pain grossier, de gruau, d'huile » rance et de quelques olives. L'Etat leur accor- » dait pour tout vêtement une chemise, une » tunique de laine à longues manches et un » manteau, Chaque bagne formait un vaste édi- » fice, distribué en cellules basses et sombres, » qui contenaient chacune de guinse à seise » esclaves. Une natte pour quelques-uns et la » terre humide pour le plus grand nombre, leur » servaient de lit, C'était là qu'étaient détenus » les esclaves de l'Etat. Ceux des particuliers » étaient généralement mieux traités, surtout »> ceux qu'on présumait rachetables. }

Pendant des .iècles, l’Europe chrétienne, malgré les objurgations des Souverains-Pontifes, supporta à ses portes un pareil état de choses. Mais si les princes chrétiens, distraits par les préoccupations égoïstes de la politique et leurs guerres intestines, faillirent à tous leurs devoirs envers leurs nationaux réduits en esclavage

i, Æxtrails de L'éfistoire d'Algérie, par Galibert,

l'Eglise catholique n'oublia jamais ses enfants captifs, et, ne pouvant mieux faire, elle prit soin de leur envoyer des apôtres, pour adoucir leurs maux et les maintenir dans la foi. Qu'on se représente la situation navrante de ces malheureux, courbés jour et nuit sous le bâton du garde chiourme, insultés à chaque instant par les cruels ennemis de leur foi, raillés par des milliers de renégats, qui faisaient parade devant eux d’un bien-être acheté au prix de l’apostasie. Que de tentations délicates pour ces infortunés ! Que de désespoirs à consoler ! Que de martyrs à préparer au dernier supplice ! La moindre désobéissance, un mot, un geste surpris par hasard, une dénonciation, ou un simple caprice du maître, et le malheureux chrétien était condamné à être brûlé vif, lapidé, empalé, suspendu vivant aux crocs de fer qui garnissaient les portes de la ville. Le missionnaire était 1à pour l'encourager à la mort ; il prenait soin d’ensevelir ses restes mutilés ; quelquefois il était appelé à lui donner l'exemple du martyre, et il le précédait dans les tortures. Pendant cinq siècles, 1.000 à 1.200 religieux moururent ainsi, victimes de leur héroïque dévouement.

Puis, de temps en temps, on voyait les saints apôtres repasser la mer et rentrer en Europe pour mendier, au nom de JÉSUS-CHRIST, la rançon des captifs. Des calculs précis permettent d'établir que, de 1195 à 1800, les Trinitaires et les PP, de la Merci réunis ont racheté, dans les Etats barbaresques, 1.200.000 esclaves chrétiens. Au prix moyen de 6.000 francs (1), cela fait sept milliards deux cents millions de francs mendiés sou par sou, à la porte des châteaux et des chaumières ; car, en rc ‘res de foi, nulle porte n'était fermée aux pteurs des pauvres esclaves chrétiens -hez les Maures.

Et voilà les hommes que ions catholiques ont proscrits, comme des p tes inutiles à la société |

On sait que, de 1605 à 1607, saint Vincent de Paul fut esclave en Tunisie. Son maître, un renégat chrétien, se convertit au spectacle de ses vertus, Il lui rendit la liberté et revint avec lui en Europe. Plus tard, le saint prêtre, devenu fondateur d'une société de missionnaires, se souvint des pauvres esclaves chrétiens qu'il avait laissés derrière lui en Tunisie. Il leur envoya quelques-uns de ses enfants, qui, jusqu'à la Révolution, travaillèrent avec beaucoup de zèle, à Tunis et à Alger, au soulagement spirituel et temporel des captifs.

En 1652, le Saint-Siège érigea la Tunisie en préfecture apostolique, confiée aux fils de saint François. Cette préfecture subsista jusqu'en 1842; elle fut rempiacée alors par le vicariat apostolique de Tunis,

Cependant la puissance du Croissant allait déclinant de jour en jour. Déjà en 1535, Charles

1. Quelques-uns, comme Cervantès, le célèbre auteur de Don Quichotte, coûtèrent jusqu'à 25.000 francs,

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