Duveyrier, Voyage à travers le Sahara
282 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXmw SIÈCLE,
IONNAIRES D’ALGER, massacré dans le Sahara tripolitain, près de R'damès, le 21 décembre 1881.
supposait. Un Mzabite disait un jour à un professeur du grand séminaire d'Alger :
€ — Nous avons des livres, à nous; qui ne parlent pas de Mahomet. »
« — Et que disent donc ces livres ? »
€ — Ils disent qu'il faut honorer JÉSUS, le fils de Marie, »
Malheureusement les tribus du Sahara sant très difficiles à aborder. La liste des voyageurs européens qui se sont hasardés à travers le désert,
our se rendre dans a mystérieuse cité de Tombouctou, n'est guère qu’un martyrologe. En 1874, deux voyageurs français, MM. Dournaux-Duperré et Joubert,furent n'assacrés par les Touaregs. Au mois de février. 1881, la mission Flatters, composée d’une cinquantaine de personnes, était anéantie à son tour, On verra plus loin que les premières tentatives des missionnaires du Sahara n’ont pas été plus heureuses
Pour faciliter l'évangélisation de ces tribus, Mgr Lavigerie a fondé. une nouvelle Société de missionnaires, qui renoncent à la vie européenne, pour prendre le costume et la manière de vivre des Arabes, afin de se faire tout à tous, selon le précepte de saint Paul, et de les gagner tous à JÉSUS- CHRIST.
Leur mode d’évangélisation n’est pas la prédication directe qui serait prématurée, et
n'aurait d'autre effet que de réveiller le fanatisme.
Les missionnaires commencent par employer
toutes les industries du zèle apostolique afin de gagner la confiance des indigènes, ce qui leur a réussi presque partout. Les Pères Blancs commencent à être connus et appréciés par les populations du Sahara et de la Grande Kabylie. Plusieurs tribus ont demandé d’elles-mêmes qu'ils viennent s'établir sur leur territoire, Dès 1875, dix établissements étaient déjà formés dans les montagnes de l'Atlas et au milieu du grand désert. Chaque établissement se compose de /rois | missionnaires, avec dispensaire et écoles. Les
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pauvres, les enfants se pressent aux portes de ces maisons ; les uns viennent chercher une consultation et des remèdes gratuits, les autres, très intelligents, ré:lament l'instruction, dont ils commencent à comprendre l'utilité Les missionnaires reçoivent aussi de nornbreux visiteurs appartenant à l'aristocratie des tribus, qui viennent voir de leurs yeux ce que font chez eux ces étrangers si peu semblables aux autres. Au contact du prêtre catholique, bien des préjugés tombent, la lumière se fait dans ces esprits si longtemps fermés à tout ce qui vient de l'Europe, et l'on peut dire sans exagération que, partout où ils ont eu le temps de se faire connaître, les Missionnaires d'Alger ont appris aux indigènes à respecter le nom du christianisme. et celui de la France.
On comprend qu'il ne peut encore en être de même là où les missionnaires ne font que passer, C'est ce qui explique l’insuccès des deux premières tentatives qui ont été faites pour traverser le Sahara. Au mois de décembre 1875,une caravane composée de trois missionnaires, les PP. Bouchaud, Paulnier et Ménoret, était massacrée par les Touaregs, sur la route de Tombouctou. Une seconde catastrophe eut lieu, au mois de décembre 1881. Le P.
Richard, chef de la future expédition, avait fait, l’année précédente, une tournée
R. P. RICHARD, DES MISSIONNAIRES D'ALGER, chef de la caravane de Rhat, massacré le 21 décembre 1881.
quelle prudence il faut s’avancer pas à pas dans ces régions inhospitalières, où tout étranger est considéré comme un ennemi et comme une proie envoyée du ciel,
Voici la situation religieuse du vicariat apostolique du Sahara (1890) :
Personnel : 1 vicaire apostolique en résidence à Biskra, 30 missionnaires-prêtres, 4 Frères, 4 catéchistes indigènes, 10 Sœurs de la même société (Missionnaires d'Alger).
Œuvres : 1 noviciat à Maiscr-Carrée (Alger), 34
d'exploration au milieu des tribus du Sahara ; | novices prêtres, 17 laïques, 1 école apostolique à Notre-
partout il avait été r.çsu de manière à concevoir les meilleures espérances pour le succès du voyage projeté ; mais dans l'intervalle avait eu lieu le massacre de la mission Flatters ; les tribus étaient surexcitées et redoutaient les représailles. de la France. Partis le 18 décembre de R'damès, pour aller fonder une nouvelle station à Rhat, les PP. Richard, Morat et Pouplard, furent mis à mort, le 21 du même mois, à peine entrés dans le désert,
Ces deux catastrophes successives, sans décourager les Missionnaires d'Alger, ont montré avec
Dame d'Afrique, 98 élèves.
1 institut médical à Malte pour former des médecins et des catéchistes indigènes à l'usage des missions du Sahara, de la Kabylie et de l’Afrique centrale. 8 stations de missionnaires dans la Grande Kabylie, 2 écoles primaires de garçons et 1 de filles, 12 chapelles,
Population caiholique : 260 catholiques groupés en deux villages et environ 160 dans les différentes stations, en tout, environ 420 catholiques sur 4.000.000 d'habitants,
TUuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent. Il luminez, Seigneur, ceux qui, depuis des siècles, sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort,
Statistique comparée des Missions de | Afrique septentrionale.
En 1800 : 2 missions, 2 préfets apostoliques, ? prêtres, ? églises, ? écoles, environ 15.000 catholiques.
En 1805 : 1 délégation apostolique, 1 archevêque ou évêque, 623 prêtres, 474 églises ou chapelles, 330 écoles, 578.880 catholiques.
Sur ce chiffre, la plus grande partie, soit environ 450.000 catholiques, appartient à l'immigration, et ne peut par conséquent être portée à l'actif de l'apostolat. Néanmoins, en voyant ce qui s'est fait dans l’Afrique du Nord au cours du x1xe siècle, on ne peut qu'admirer et remercier DIEU. Après 12 siècles de servitude, l'Eglise romaine a repris position sur ces rivages, si longtemps désolés, de la Méditerranée. Partout, à Alger, à Carthage, -n Egypte, à Tripoli, au Maroc et jusqu’au fond des déserts du Sahara, le nom chrétien est connu et se fait respecter, même de ses ennemis, par les merveilles de son inépuisable charité, En Algérie, après un demi-siècle d'attente, les barrières qu’on avait élevées entre les indigènes et nous sont renversées en partie. Désormais le disciple de Mahomet peut s’aporocher des prêtres catholiques et les voir à l'œuvre. En Egypte, le schisme séculaire des Cophtes est profondément ébranlé.
Comme toutes les vieilles hérésies de l'Orient, le monophysisme croule au contact le la civilisation et à la lumière de l’histoire mieux étudiée, Ce n'est plus qu’une affaire de temps, et si les intrigues de la politique ne venaient se mettre à la
LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
— de,
traverse, si surtout le catholicisme avait des ressources plus abondantes et un plus grand nombre d'ouvriers, la réconciliation entre Rome et Alexandrie serait faite, vu bien près de se faire.
Mais si l’on peut raisonnablement espérer le retour des Cophtes à la vraie foi, si l’on peut se promettre de rapprocher de nous les anciens Chrétiens d'Afrique, les Berbères de l'Atlas et du Sahara, il faut bien reconnaître que, jusqu'ici du moins, la race arabe pure demeure réfractaire aux tentatives de l'apostolat, Son fanatisme meurtrier a fini avec sa puissance ; mais son orgueil religieux refuse toujours de s'incliner devant la supéricrité pourtant évidente de la civilisation chrétienne. Les sectateurs du Prophète reviendront-ils un jour au DIEU qui a fait guérissables toutes les nations de la terre ? C'est le secret de l'avenir, En attendant, l’apostolat catholique prépare ses cadres, organise des légions de religieux pour prêcher la foi aux Arahes, quand l'heure de la Providence aura sonné pour eux. Puissent ces courageux apôtres voir bientôt se réaliser la prophétie que fit, dit-on, il y a un siècle et demi, un vieux marabout de Laghouat (1) :
€ Une armée chrétienne, protégée de DIEU, s'avance vers nous. Le pouvoir des chrétiens n'aura pas de limites. Les mosquées seront abandonnées, La religion des vrais croyants est morte à Alger. C'était écrit ! »
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1. On peut consulter sur cette prophétie, très répandue parmi les Arabes de l'Algérie, plusieurs ouvriges : L'Algérie, par Carette, A/gérie et Tunis, par le capitaine Kennedy, etc., etc,
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E grand malheur de l'Afrique occidentale fut d’avoir été évangélisée par le Portugal, qui, après trois siècles d’un glorieux et fécond apostolat, abandonna tout à coup l’œuvre des mis-
FPFrS sions, et en ferma, aussi longtemps qu'il le put, l'accès aux missionnaires des autres pays. Il avait pourtant bien débuté dans la carrière de l’apostolat: ses missions se développaient, tout le long de la côte occidentale, du Sahara au Cap, sur une étendue de cinquante degrés de latitude (1.250 li ues), en deçà et au delà de l’'Équateur, et sur une profondeur moyenne de frois cents lieues de l'Atlantique au centre de
l'Afrique. Pendant trois siècles, des légions d'apôtres se succédèrent sur les plages de l'Afrique occidentale.
Vers 1400, trois Pères Dominicains arrivèrent les premiers au Congo, à la demande du roi du pays. En quelques mois, ils baptisèrent plus de cent mille noirs. On vit bientôt, au Congo, une dynastie de princes chrétiens, qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Plus tard, ces princes secouèrent le joug des Portugais; mais ils restèrent soumis à celui du CHRIST, et se mirent directement en rapport avec le Saint-Siège pour avoir des missionnaires. Rome entendit leurs prières : au cours du XVIIIe siècle, on trouve dans le pays deux préfectures apostoliques confiées aux Capucins, celle du Congo proprement dit, et celle du Grand Makoco, située à plus de trois cents lieues dans l’intérieur.
Et ici qu’on me permette de faire une observation : des documents série1x, des lettres, des cartes géographiques consr:vées aux archives de là Propagande, permettent d'établir que le centre de l'Afrique était connu et exploré des missionnaires dès l2 milieu du Xv° siècle, Sans vouloir rien enlever au mérite des voyageurs modernes, qui ont retrouvé, il y a trente ans, la route des grands lacs et traversé l'Afrique de l’est à l'ouest, il est bien permis de faire observer que ce qu'ils ont exécuté, avec le concours des sociétés savantes et l'appui des gouvernements européens, de