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du cap Guardafui au cap de Bonne-Espérance ; à l'intérieur du continent, elle n'avait d’autres limites que les dernières stations des missionnaires.
Puis, après ces jours de prospérité, l’inévitable décadence. Vers la fin du XvITe siècle, le roi du Monomotapa expulsa les Portugais du Zambèze et les refoula à la côte. À la même époque, les Arabes réoccupèrent Mélinde, Mombaze, Zanzibar et toute la partie septentrionale des possessions portugaises, de la mer Rouge au cap Delgado. Dans le sui, les Hollandais d’abord, les Anglais ensuite, s'établirent au cap de Bonne- Espérance, et peu à peu firent remonter leurs établissements jusqu’à la baie Delagoa, que naguèrc encore ils se disputaient au Portugal. La colonie de Mozambique se trouva donc successivement réduite à une bande étroite de terre, qui s'étend, le long du rivage, du cap Delgado, au nord, à la baie Delagoa, au sud. Ce territoire est partagé en neuf districts ou capitaineries : sept districts maritimes : le cap Delgado, Mozambique, Angoche, Quélimane, Sofala, Inhambane, Lourenço-Marquez, et deux districts à l'intérieur, Tété et Senna, sur le cours supérieur du Zambèze, avec plusieurs commandements militaires, et un certain droit de suzeraineté sur les roitelets voisins, qui reçoivent l'investiture du Portugal, et sont décorés du titre pompeux de Capitan- Major.
Le gouvernement de Lisbonne a fait récemment un effort infructueux pour dominer de nouveau dans le bassin du Zambèze. A la conférence de Berlin, en avait posé le principe de l’Æsnterland ou de l'arrière-pays, en vertu duquel toute puissance qui détient une portion des côtes de l'Afrique, a le droit de s’avancer dans l’intérieur, jusqu'à ce qu’elle rencontre le territoire d'une autre puissance européenne. D'après ce principe, le Portugal, maître à la fois de la côte de Mozambique et de celle d’Angola, situées presque à la même hauteur, comptait réunir ses deux colonies par une chaîne ininterompue de postes à travers le bassin du Zambèze, dont ses anciennes expiorations et ses traditions historiques l’autorisaient à se
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regarder comme le maître, En droit, rien de plus naturel que la prétention du Portugal. Il est rationnel qu’à l'heure où toutes les nations européennes, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie elle-même, se partagent le continent noir, le Portugal, qui a découvert et occupé successiment toutes les côtes de l'Afrique, du golfe de Guinée à la mer Rouge, essaie de faire revivre
ses droits de suzeraineté sur une portion restreinte
de ce vaste territoire. En conséquence le major Serpa Pinto fut chargé de conclure des traités avec les chefs de l’intérieur du pays.
Mais cela ne faisait pas les affaires de l'Angleterre, qui compte bien, dans ce partage de
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l'Afrique, se faire la part du lion, en reliant ses colonies de l'Afrique australe aux vastes territoires qu'elle vient de s'attribuer, de partage avec l'Allemagne, sur la côte du Zanguebar et dans la région des Grands-Lacs ; ce qui, avec le protectorat plus ou moins déguisé de l'Egvpte, et les comptoirs qu'elle possède sur le golfe de Guinée, lui ferait un immense empire africain, à peu près d’un seul tenant, avec des débouchés au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. La prétention du Portugal, en coupant le continent du Mozambique à l’Angola, allait ruiner ce beau plan, Il fallait s’y opposer.
D'après le Foreign Office, qui ne s’est pas tou-
jours montré s! scrupuleux, les prétentions du Portugal sur le bassin du Zambèze sont insoutenables, parce qu'il n’a pas occupé la contrée qu'il revendique aujourd'hui, En vain il argue de la souve aineté morale qu'il exerce depuis trois cents ans sur un pays qu'il a le premier découvert, exploré, ouvert au commerce et à la prédication chrétienne; tout cela, c'est de l’histoire ancienne, Actuellement le Portugal n’exerce plus, en fait, aucune action sur le territoire dont il revendique le haut domaine : il est donc désormais déchu de son droit, et les traités et arrangements particuliers qu’il voudrait passer avec les chefs indigènes sont nuls, tant qu'ils n’ont pas été sanctionnés par les autres puissances, En conséquence, le gouvernement de l’'Angle-
HAUT-ZAMBÈZE (AFRIQUE ORIENTALE), RÉCEPTION DU R, P. DEPELCHIN PAR LE ROI LEBUSCHI.
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terre engloba, par voie de simple déclaration, le Matabéléland et tout le bassin du Bas-Zambèze dans ses vastes colonies du sud de l'Afrique, en dépit des protestations des Boërs du Transwaal et des Portugais du Mozambique. En même temps, par un ultimatum en date du 11 janvier 1890, il défendait au Portugal de s'établir sur le cours moyen du Zambèze, le sommant d’évacuer les territoires récemment &:quis par le major Pinto. de rappeler ses troupes, et de se désister à l'avenir de toute prétention sur cette partie du continent,
Vingt-quatre heures étaient données au gouvernement de Lisbonne pour obéir à ces injonctions/hautaines, qu’une escadre, réunie À l'avance, s'apprêtait à soutenir par la force, Trop faible
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pour accepter la lutte contre l'Angleterre, le Portugal n'avait plus qu'à se soumettre. C’est ce qu’il fit en protestant avec beaucoup de dignité, contre la violence qu'il subissait, et en réservant d’ailleurs tous ses droits. Les autres puissances européennes se montrèrent généralement blessées de ce procédé brutal de l'Angleterre contre une nation chrétienne qui n’a d’autre tort que d'être faible ; elles laissèrent faire néanmoins, en vertu du fameux axiôme moderne: 4 Chacun pour soi, chacun chez soi, »
Le Portugal a cruellement expié, en cette occa: sion, la faute irréparable que lui fit faire, au dernier siècle, la politique sectc.:re de Pombal, je veux dire la destruction systématique des missions et l’expulsion violente des religieux qui en étaient chargés. Supposons un instant que les Capucins du Congo et les Jésuites du Zambèzr: aient eu la liberté de continuer leur œuvre d'apostolat : il n'est pas douteux qu’à cette heure, les missions portugaises de la côte orientale et de la côte occidentale seraient reliées par une chaîne ininterrompue de stations catholiques, placées naturellement sous le protectorat de Sa Majesté Très Fidèle. En réclamant aujourd’hui sa part légitime d'influence à l’intérieur du continent, le Portugal aurait des droits sérieux à faire valoir, et l'Angleterre ne pourrait pas lui jeter à la face que ses droits de suzeraineté qu'il réclame sont de l’histoire ancienne ; tant il est vrai que les grandes iniquités nationales se payent tôt ou tard. En chassant les Capucins du Congo, en jetant les Jésuites du Zambèze dans les casemates du fort Saint-Julien, le gouvernement de Lisbonne se croyait bien fort: c'est si peu de chose, un moine qu’on expulse, ou qu'on envoie pourrir en prison | Ce peu de chose, c'était tout simplement la ruine des missions po:tugaises et la perte d’un immense empire colonial. Le Portugal est bien récompensé aujourd’hui de s'être traîné pendant trois quarts de siècle à la remorque de l'Angleterre protestante |
Hâtons-nous de constater ‘que, depuis une vingtaine d'années, il est revenu à une politique plus chrétienne. Les RR. PP. Jésuites de la mission du Zambèze, comme je le dirai tout à l'heure, n’ont qu’à se louer de leurs rapports avec les autorités de la colonie de Mozambique. Espérons qu’il n'est pas trop tard pour revenir sur une politique néfaste, qui a fait perdre aux Portugais la plus grande partie de leur empire colonial.