PRÉFECTURE APOSTOLIQUE DU ZAMBËÉZE
C'est seulement en 1870 qu’un décret de la Propagande, en érigeant la préfecture apostolique du Zambèze, rouvrit aux Pères de la Compagnie de JÉSUS leurs missions de l'Afrique orientale, d'où la main brutale de Pombal les avait arrachés en 1750. Bien des choses s'étaient passées dans ces cent vingt années, La puissance prépondérante du Portugal avait fait place à
celle de l'Angleterre, sauf dans la colonie du Mozambique ; toute trace de christianisme et de civilisation avait disparu de ces vastes régions, qui couvrent environ trois cents lieues carrées et comptent plusieurs millions d'habitants; à la place du fameux empire de Monomotapa, évangélisé par leurs devanciers, les nouveaux missionnaires trouvaient, dans le bassin du Zambèze, quatre États principaux : au sud, le Bétchouanaland, entièrement soumis à l'influence britannique ; dans la région du Moyen-Zambèze, l'État des Matabélés, qui, depuis, est tombé, lui aussi, sous le protectorat de l'Angleterre ; à l’est, dans la sphère d’action du Portugal, le royaume d'Umzila ; enfin au nord, dans le Haut-Zambèze, l'État des Barotsés, toujours déchiré par les révolutions. € On ne vieillit pas chez les Barotsés, > a écrit Élisée Reclus; les missionnaires n’allaient pas tarder à en faire l'expérience. En dehors de ces quatre grands États, une vingtaine de roitelets cafres, les uns complètement indépendants, les autres sous le protectorat de l'Angleterre ou du Portugal.
Telle était, à grands traits, la situation politique de la mission du Zambèze, quand le K. P. Depelchin vint en prendre possession avec ses compagnons, en 1879. On comprend que les difficultés et les souffrances de toutes sortes ne devaient pas manquer aux nouveaux apôtres. Les Missions catholiques ont fait le récit des dix premières années d'épreuves, récit que je vais essayer de résumer.
Partis de Grahamstown (vicariat du Cap oriental), le 11 avril 1879, les Jésuites se rendirent dans leur lointaine mission sur de lourds wagons, traïnés chacun par dix-huit à vingt bœufs ; c'est le seul véhicule en usage dans ces régions réculées de l'Afrique. Le 11 mai, ils étaient à Kimberley, la capitale de la Terre des Diamants. Leur projet était de s'établir d’abord chez les Bétchouanas et chez les Matabélés, dans le sud de leur mission. En conséquence, poursuivant leur route, ils arrivèrent le 24 juillet à Shoshong, capitale du Bétchouanaland : mais le roi Khama, surnommé le gentleman de l'Afrique australe, les reçut fort mal, et leur refusa nettement la permission de s'établir chez lui. Ce prince avait été endoctriné depuis longtemps, lui et les siens, par les Wesleyens ; il fut
impossible de le faire sortir de ce dilemme, qui lui avait été évidemment suggéré par ses prédicants : € Ou vous prêcherez la même religion de JÉSUS que les missionnaires arrivés avant vous, et, dans ce cas, je n'ai pas besoin de vos services ; ou vous nous apporterez une autre religion, et alors vous a mènerez le trouble et les dissensions religieuses : je n’en veux pas. }
Il y avait bien une troisième hypothèse à poser, à savoir, si la religion qu'on lui avait J'abord enseignée était la vraie ; mais le prince, stylé par ses prêcheurs, se refusa à la laisser dis-
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pauvre peuple, Espérons qu’à mesure que l’Angleterre établira son influence politique sur ces régions reculées, on verra cesser les prétentions intolérantes des ministres protestants, prétentions bien singulières, il faut l'avouer, de la part de ceux qui rejettent toute autorité doctrinale. Que font-ils donc de leur fameux principe du libre examen, là où ils sont les maîtres ?
Repoussés du Bétchouanaland, les voyageurs apostoliques arrivèrent, le 27 août, chez les Matabélés, où le roi Lo Bengula les reçut fort bien, et leur permit de s'établir, Ils se fixèrent à Gubula- Wayo, qui devint ainsi la station centrale de la mission du Zambèze. Néanmoins les débuts furent longs et pénibles, et les missionnaires consumèrent #wif longues années à attendre.
C’est seulement en 1887 qu’ils obtinrent la liberté de l'apostolat, Ils se transportèrent alors à Empédani, où leurs prédications commencent à porter des fruits. Aux dernières nouvelles un certain nombre de noirs se préparaient sérieusement au baptême, et chaque dimanche, la petite chapelle est remplie de Cafres, qui assistent avec respect aux cérémonies et écoutent attentivement le catéchisme qu’on leur fait.
Pendant le temps qu'ils passèrent à Gubulawayo, les Pères employèrent leurs loisirs forcés à parcourir leur immense mission, afin de reconnaître les localités les mieux disposées à recevoir la Bonne Nouvelle. Dès 1880, une expédition.
apostolique s'organisa pour le royaume d'Umzila, dans la partie orientale de la mission. La caravane se composait de deux prêtres, les Pères Law et Wehl, et des Frères Hadley et Desadeleer. L'expédition devait aboutir à une catastrophe.
Pendant ce temps, le P. Depelchin explorait
les rives du Zambèze et remontait au nord jusque chez les Barotsés, Cest au cours de ce voyage qu'il visita les célèbres chutes du Zambèze, découvertes quelques années auparavant par Livingstone. Cette année-là, 1881, le Père organisa quatre stations le long du fleuve : dans le sud, le poste de Pantamatenka, en communication facile avec le Transwaal; sur le Moyen- Zambèze, le poste de Sainte-Croix des Batongas, chez un chef indigène nommé Moemba ; enfin dans le Haut-Zambèze, les deux postes de Katonga et de Sheskéké, chez le roi Lebuschi, prince des Barotsés, qui reçut très bien le Père et lui promit toute sécurité pour ses missionnaires,
De ces quatre stations, aucune ne devait subsister. Le poste de Pantamatenka fut abandonné, j'ignore pour quelle raison ; la station de Sainte-Croix des Batongas, à peine installée, fut pillée par Moemba, et dans ces tristes conjonctures, le P. Terôerde, supérieur de la mission, déjà malade de la fièvre, succomba aux privations, Quant aux deux postes ouverts chez les Barotsés, lorsque les missionnaires se présentèrent pour les occuper, ils se virent, au mépris des conventions passées l’année précédente avec le Père Supérieur,
impitoyablement rançonnés et même menacés de mort par Lebuschi, qui les retint plusieurs mois prisonniers dans son kraal, Le Frère Desadeleer périt dans cette seconde expédition, en se noyant dans les rapides du Zambèze (3 aviil 1883),
videmment, il n’y avait rien à faire pour le moment auprès de ces tyranneaux noirs, qui voient dans tout Européen venan’ s'établir chez eux une proie à exploiter, En attendant que les nations chrétiennes aient étendu leur protectorat sur toute la contrée et rendu au pays un peu de sécurité, les missionnaires, sans se laisser décourager par tant d'insuccès, se sont mis À faire le siège de leur difficile mission, en l’entourant d’une ceinture de postes avancés, d'où ils pourront facilement, quand le moment de DIEU sera venu, pénétrer à l'int‘rieur, C'est ainsi qu'ils se sont établis successivement dans le vicariat du Cap oriental, où ils desservent plusieurs postes et ont ouvert une maison d’études et d’acclimatation ; dans le Transwaal, où ils évangélisent les Cafres, et dans la colonie de Mozambique, où les autorités portugaises heureuses de les voir suppléer à l'insuffisance numérique du clergé paroissial, leur ont fait le meilleur accueil,
Voici quelle était, au rer janvier 1890, la situation religieuse de la mission du Zambèze :
La préfecture apostolique a pour limites : au nord, les vicariats apostoliques du Congo belge, du Congo supérieur, et la mission du Nyassa ; à l'ouest, la colonie de Mozambique ; au sud, le Transwaal et la Cimbébasie ; à l’ouest, la préfecture du Congo méridional,
Personnel : 1 supérieur de mission, en résidence à Grahamstown (Cap oriental), 18 missionnaires prêtres de la Compagnie de Jésus, 8 scholastiques et 20 Frères cohdjuteurs, Sœurs Dominicaines.
Œuvres : 9 stations, 1 À Grahamstown, Colonie dn Cap. — 1 à Fort-Salisbury, Mashonaland. — 1 à Fort-Macloutsie, Matabéléland.— 1 à Kélands, Cafrerie britannique, — 1 à Statterheim, Colonie du Cap. — 1à Dumbrody, Colonie du Cap. — 1 à Vlesfontein, Transwaal, — 1 à Tété, Mozambique, — 1 à Senna, Mozambique.
8 églises ou chapelles. — x séminaire à Grahamstown, 8 scholastiques. — 1 collège à Grahamstown, 71 élèves. — 2 écoles élémentaires garçons, 36 élèves. — 4 écoles filles, 88 élèves, — 2 orphelinats à Dumbrody, 78 enfants noirs.
La population catholique de la préfecture du Zambèze est assez difficile à déterminer. On compte environ deux mille Portugais et métis, dans les postes desservis par les missionnaires, Quant aux nègres, les documents précis font défaut ; mais il est certain qu’on peut compter en ce moment plusieurs centaines de catéchumènes, chez les Matabélés,