VICARIAT APOSTOLIQUE DU ZANGUEBAR SEPTENTRIONAL
À, leur arrivée à Zanzibar, les Pères du Saint- Esprit comprirent bien vite qu'il n’y avait rien à faire avec la population musulmane adulte de l'île et du littoral, Quant à se lancer au milieu des tribus de l'intérieur, avant de s'être assuré sur la côte une base solide d'opérations, c'eût été folie. Une seule chose restait possible : recueillir sur le marché de Zanzibar autant d'enfants qu'on pourrait en racheter, et quand ils seraie.\t en âge de s'établir, fonder, dans l'intérieur du pays, autant de Réductions chrétiennes que le permettraient les ressources des missionnaires, Ce plan, si pratique et si simple, fut appliqué avec un grand esprit de suite par le R. P. Horner, premier supérieur de la mission;'et par ses successeurs, C’est à son exécution que la mission du Zanguebar doit la prospérité dont elle jouit actuellement et le bel avenir qui lui semble réservé.
Naturellement les missionnaires commencèrent par la ville de Zanzibar. Les enfants ne manquaient pas sur le marché, En dépit des traités imposés par l'Angleterre au sultan pour l'abolition de la traite, en 1820, 1822, 1839, 1845 et 1864, les caravanes arabes de l'intérieur amenaient, chaque année, au marché de Zanzibar, une moyenne de 45.000 esclaves, sans parler de ceux introduits dans l'ile en contrebande, et dont les évaluations les plus modérées portent le chiffre à 20 200. C'était donc une moyenne annuelle de 65.000 têtes de bétail humain, sur lesquelles les Pères avaient à choisir, en regrettant amèrement que leur pauvreté ne leur permit d’en racheter
qu'un petit nombre. Les missionnaires eurent ainsi toute facilité pour ouvrir, à Zanzibar, un orphelinat de garçons, sous leur direction, et un orphelinat de filles, qu'ils confièrent à la Congrégation des Filles de Marie, venues de la Réunion.
Ces enfants, rachetés des misères et des hontes de l'esclavage domestique, il fallait les former à la civilisation et au travail, pour les mettre plus tard en état de gagner leur vie. C'est pourquoi les missionnaires fondèrent à Zanzibar une école d'arts et métiers, qui fit bientôt l'admiration du sultan Saïd-Madgid et de tous les visiteurs européens. Au bout de deux ou trois ans, les Pères étaient en état de fournir au prince arabe des charpentiers, des forgerons, des mécaniciens même, sans parler d’un orphéon pour rehausser ses fêtes. Aussi la bienveillance du sultan fut désormais acquise à la mission, et se traduisit plusieurs fois en généreuses offrandes et en protection efficace pour les missionnaires et leurs œuvres, à mesure que celles-ci s’étendaient à l’intérieur.
Tous les voyageurs de passage à Zanzibar
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le commandant Caneron (1), ont été tout à fait bons et hospitaliers pour nous, Ils élèvent beaucoup d'enfants, qu'ils convertissent au christianisme et auxquels ils apprenne : , outre la lecture et l'écriture, un métier qui leur permet de gagner leur vie. » Stanley déclare de son côté que € cette remarquable création témoigne de l'activité intelligente et des méthodiques efforts des
missionnaires (2). » Comme Cameron il se loue de la cordialité avec la ruelle les Pères l'ont reçu.
Au bout de six ans d'apostolat, voici quelle était, en 1868, la situation religieuse de la mission : 4 Pères du Saint-Esprit, 6 Frères coadjuteurs,
8 Filles de Marie ; — 2 hôpitaux à Zanzibar, un
pour les Européens, l'autre pour les noirs ; 1 petit séminaire : 8 élèves étudiant le latin ; ! école pro-
fessionnelle, 2 écoles primaires. Au total, 1 50
enfants rachetés de l'esclavage, dans les établis. sements de la misssion,
Le moment était venu d’essaimer hors de la ruche devenue trop étroite. D'un côté, l'école professionnelle de Zanzibar n'offrait à la petite famille qu'un débouché restreint ; d'autre part, on ne pouvait songer à abandonner, au milieu d’une ville toute musulmane et très corrompue, les jeunes pupilles des r..issionnaires arrivés À l’âge de s'établir. Le travail des champs, le séjour à la
campagne devaient leur être meilleur à tous les points de vue. La fondation de Bagamoyo fut résolue,
En 1868, la nouvelle maison s’ouvrit avec deux enfants, En peu de temps, la petite colonie se peupla, les brousses furent défrichées, de magnifiques plantations s’épanouirent, à la place des marais infects qui couvraient le sol, En quelques années, l'orphelinat agricole de Bagamoyo, qui mesure soixante-quinse hectares de terrain, devint un établissement modèle, avec hôpital, écoles, noviciat de Sœurs indigènes, ouvroir pour les filles et un village chrétien formé À l'ombre de
l'établissement par les jeunes ménages élevés dans la maison,
1, Cameron, À érauers l'Afrique, 2, Stanley, Comment j'ai retrouvé Livingstone,